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samedi 22 juillet 2023

S'il pleut à la Sainte-Brigitte, il pleuvra six jours de suite.

 

Pour l’édification des générations du futur. Et des actuelles… quand on pense à tant d’ « atrocités » documentées sur mesure...



https://rarehistoricalphotos.com/weeping-frenchman-1940/

Non, malgré les apparences, ce monsieur ne pleure pas, inconsolable à côté d’une femme qui applaudit, bien sereine, elle, au passage des troupes allemandes dans les Champs Elysées à Paris après l’armistice en juin 1940. Erreur ! Monsieur Jérôme Barzetti fond en larmes, en septembre 1940, à Marseille, au passage des troupes françaises embarquant pour l’Afrique. Ces images, la revue LIFE (édition du 3 mars 1941 ; le « créatif » Franz Capra ?) s’en est servie, en tant que propagandiste alliée, pour les insérer dans un autre flot d’images illustrant l’entrée de la Wehrmacht à Paris. Les centaines de légendes concernant cette photo et glosant l’émotion, le courage, l’impuissance de ce citoyen exemplaire, etc. ne sont que du pipeau.                                                                    ---


Non, Robert Capa n’a pas capté juste le moment de la mort d’un milicien en 1936. Il y a eu « interprétation ». Si vous avez le temps, l’envie et la curiosité, visitez :

EastRiver: MUERTE DE UN MILICIANO (1/5): HISTORIA DE UNA FOTOGRAFÍA MÍTICA (ramoneastriver.blogspot.com)

Fotorreporteros de guerra (2): Robert Capa - MiquelPellicer.com

La verdad sobre Robert Capa | El Diario Vasco

Et, par la même occasion :

Juan Antonio Ríos Carratalá, La mirada del documental. Memoria e imposturas, Publicaciones de la Universidad de Alicante, 2014 (ISBN 978-84-9717-335-3, pp. 49-60);

José Manuel Susperregui Echeveste, Sombras de la fotografía, EHU/UPV Servicio Editorial, 2009 (ISBN 978-84-9860-230-2)

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Les États-Unis ont livré des bombes à fragmentation à l'Ukraine. La dynamique et l'intensité de la lutte n'en seront pas modifiées pour autant. Ces bombes ne changeront pas l'issue de la guerre, qui se joue à un autre niveau, où l'OTAN a déjà échoué. Ce niveau est celui de la guerre électronique, dans laquelle les Russes ont démontré depuis le 4 juin leur capacité à brouiller les systèmes de communication, de commandement et de contrôle, les systèmes de défense aérienne occidentaux et les radars de combat de contre-batterie. Les militaires de l'OTAN ont eu la mauvaise surprise de constater que leurs systèmes « hors pair » basés sur les séries Motorola DP1400 et 4000, d’un design élégant et d’un poids de 200 gr., étaient inutiles. Dans les 10 minutes qui ont suivi le lancement de la « contre-offensive », les forces armées ukrainiennes étaient devenues sourdes. D'après les résultats, il semble que la communication dans les unités russes ait fonctionné de manière assez satisfaisante avec leurs lourdes boîtes d’un 1,2 kg. Ils ont également été surpris que les essaims de drones préparés pour le soutien n'aient pas décollé et que ceux qui l'ont fait soient allés n'importe où. La surprise a suivi lorsque les radars russes ont détecté l’endroit de lancement de ces drones et ont fait exploser les positions dans lesquelles ils étaient stockés. Et la plus grande frayeur lorsque les véhicules blindés ukrainiens ont été traqués par des hélicoptères russes au milieu de la nuit et que d'autres ont été détruits soit par des mines, soit par des embuscades de drones nomades ou par d'autres armes que personne ne connaît. Pour ajouter au sarcasme, les défenses aériennes de l'OTAN couvrant l'opération n'ont pas fonctionné du tout, et les hélicoptères et les avions d'assaut russes ont opéré sans pertes. Les soldats ukrainiens croyaient qu'ils avaient un avantage : les systèmes OTAN de vision nocturne. Mais il s'avère que les soldats russes avaient eux aussi une vision nocturne, d’une égale ou meilleure qualité. Mais le plus dur a été de réaliser que le renseignement russe en savait autant ou plus que celui de l'OTAN. Ils avaient convaincu l'armée ukrainienne qu’ils étaient les seuls à avoir des satellites de reconnaissance, des drones stratégiques qui voient tout, qu’ils étaient les seuls, eux uniquement, à écouter tout le monde secrètement, mais... il s'avère que les Russes ont attaqué la plupart des lieux de stockage et de concentration des troupes des forces armées ukrainiennes à l'arrière. On pourrait, si ça se trouve, parler de l'entraînement de l'OTAN pour former des chasseurs de combat, mais ce serait humiliant à l'excès. Après deux semaines d'attaques de ce type, l’armée ukrainienne n'a pas réussi à pénétrer dans la zone de sécurité russe et a subi de lourdes pertes en équipement et en effectifs. Après, l'armée ukrainienne et ses conseillers de l'OTAN ont changé de tactique. Maintenant, ils attaquent constamment les positions russes par de petits groupes tactiques d'infanterie sans soutien blindé. Ce qui, évidemment, provoque la mort de soldats ce dont les dirigeants ne semblent pas se soucier outre-mesure. On dit de gros mensonges au peuple ukrainien. Les forces armées ukrainiennes utilisent actuellement des tactiques de « hachoir à viande » en raison du coût trop élevé de l'équipement occidental. Ils pensent ainsi affaiblir l'ennemi et en profiter pour faire quelque chose de « sérieux » le plus vite possible.
Plus de renseignements utiles: https://t.me/s/russiejournal?before=18380

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Qu'en sera-t-il encore de l’Espagne, de son « image interprétée », comme les photos ci-dessus, après les élections, juste demain  ? Il vaudra mieux regarder ailleurs. Je suis lâche, sans doute, mais je sais qu'il ne me reste que peu d'années à vivre, et le paradis des images du passé me tend les bras, content devant mes difficultés à imaginer l’avenir. Ils se débrouilleront très bien sans nous, les nouveaux-venus. On ne perdra pas notre temps à les déranger. On a essayé de leur parler, on a essayé de se faire comprendre d'eux, et l'on a dû se rendre à l'évidence. C'est impossible. Le monde yankisé, wokisé à fond, qui s'avance et qui s'impose ne laisse aucune place au doute : il proclame notre défaite en tant que société « normale » en hurlant la culture de l’effacement partout et nos paroles n'ont aucune chance d'être entendues. Les livres nous tombent sur la figure et se referment sur nous. Ça me fout la déprime petit à petit. Je vois la grande terrasse aux plantes, côté nord, et le petit coin de jardin, côté sud de la maison, qui nous séparent du monde hostile qui frappe déjà à nos portes. Je vois le grand pré submergé par l’avancée de la brousse jusqu’aux pieds de notre haie et de l'autre côté, les chemins qui communiquent les métairies avec leurs vaches, leurs arbres et, un peu plus en bas, l’autoroute. Un jour proche, ils commenceront à niveler les terrains en vue d’y construire un stade d’athlétisme et des pistes omnisports. Il n'y aura plus rien entre notre havre de paix actuel et le ciment. On a acheté la maison en 2002, c'était le paradis. M. était déjà partie vivre sa vie mais venait très souvent avec N. À la maison, on parlait de littérature, de politique du goût des vins transfrontaliers et des projets des uns et des autres. Cela ne heurtait personne. Nous avions nos rituels et nos détestations. On pouvait disparaître à l’intérieur de la maison comme on pénètre dans la forêt vierge. Et les barbecues et les sorties dans des cidreries et, de temps en temps, des dîners entre amis. Il n’y avait rien de meilleur. Il faut cultiver les amitiés fidèles, il faut les préserver au fil du temps : ça ne s'achète pas. Après la pandémie, les deux versants de la frontière sont tuméfiés. Ils ont pris tellement de coups qu'on ne les reconnaît pas plus que les paysages. Où que se pose le regard, on voit des hématomes et des plaies, des champs et des rivières saccagées, des bâtisses défigurées, enseignes et pubs éteintes, portes de magasins fermées et, surtout côté français des scénarios de guerre civile. On voit bien que quelqu'un s'est acharné contre nos sociétés avec une brutalité qui étonne. Et cela s'est fait en plein jour, sous une joie mauvaise. Nos tortionnaires ont les dents blanches des bonnes intentions et le jarret musclé du tchékiste. Nous sommes encore quelques-uns dont la mémoire n'a pas été complètement formatée. Tout notre malheur vient de là. La réinitialisation n'a pas fonctionné, pas vraiment. Nous portons nos derniers souvenirs comme des lépreux exhibant leurs bandages. Ils nous signalent de loin, c'est une odeur qui nous colle à la peau, c'est un stigmate indélébile. Le vent de l'Histoire nous avait relativement épargnés mais il a fait de nous des naufragés inconsolables. J'ai cru un temps que la lecture allait me sauver. Elle m'a au contraire précipité dans l'œil du cyclone. Elle m'a tant appris que je suis devenu trop obscur pour me comprendre, trop fidèle pour les aventures d'un enthousiasme électoral passager ou pour des utopies stupidement criminelles qui tentent toujours les plus obtus de chaque génération. Nous n'avons plus soif d'une indépendance et encore moins d’un fumeux socialisme, mais d'un jardin, de conversations libres entre amis, des voisins bienveillants et de parfums de paix. Besoin que les nuits d'été nous apportent de loin la rumeur du monde. Besoin des conquêtes simples et aimables, privées, qui nous arrangeraient comme on s'arrange entre compères de vieille date, dans un jeu aux règles souples et changeantes. Mais ces ô combien modestes vœux s’avèrent non-négociables aux yeux des agents du mondialisme farfelu et des écologistes poitrinaires. Il y a trop de calme, trop de sérénité, pour eux, de désinvolture. Et il faut tout effacer ! À commencer, les grammaires heureuses de la connaissance et de la délicatesse et le silence, qui permet à la langue autogérée de se faufiler entre les jambes de la radicale soldatesque inclusiviste. Pourquoi avons-nous choisi la défaite devant le malheur ? La vie semble nous avoir désertés, comme si elle se tenait tout entière dans nos mémoires, ces mémoires qui nous font honte, ces phrases que l'on saccage, ces pages que l'on arrache, ces films qu’on interdit, cette histoire méprisée et censurée et toutes les limites que la vie avait sagement disposées à l'intérieur de nos vies déjà complexes. Nos blessures et nos folies étaient trop douces, si on les compare au « Bien obligatoire » sans grâce qui partout confond l'homme et l’écrase de son triomphe obscène.

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J’apprenais à la radio il y a quelques jours la mort de Jane Birkin et c’était, presque comme avec Johnny Hallyday, parti pour les hommages, jusqu’au ridicule, et la diffusion de chansons signées Serge Gainsbourg qu’on se garde bien de faire entendre intégralement, car elles sont aujourd’hui condamnées par le nouvel ordre moral. Depuis quelques années, les journaux s’ingénient à faire le procès de Gainsbourg, la seule à le défendre, nuances et réserves à part, étant sa fille Charlotte. On se gardera bien de montrer les images « cultes » que fit « l’immense compositeur » de sa muse, pour Lui, « le magazine de l’homme moderne », où la filiforme Birkin le se contorsionne nue entre les griffes de son pygmalion. On préfère évoquer celle qu’elle devint ensuite. Le fil de voix de ses chansons érotiques et ses rôles plus ou moins déshabillés dans plusieurs navets ont fait rêver des ados dans les années soixante-neuf à soixante et onze aux salles de cinéma qui font partie de l’histoire. Sinistre monde du showbiz, impeccablement généreux et de gauche, qui feint d'être libéré de tous les préjugés bourgeois et des envies ridicules du people mais dont la vie nous montre qu'il est en réalité régi par des lois de castes aussi impérieuses que celles de la tradition indienne.



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Simon Leys (Pierre Ryckmans) dans un discours qu'il prononça le 18 novembre 2005, lorsqu'il fut reçu docteur honoris causa de l'Université catholique de Louvain, où il avait fait une partie de ses études, affirmait : « Si l'exigence d'égalité est une noble aspiration dans sa sphère propre – qui est celle de la justice sociale –, l'égalitarisme devient néfaste dans l'ordre de l'esprit, où il n'a aucune place. La démocratie est le seul système politique acceptable, mais précisément elle n'a d'application qu'en politique. Hors de son domaine propre, elle est synonyme de mort : car la vérité n'est pas démocratique, ni l'intelligence, ni la beauté, ni l'amour – ni la grâce de Dieu. […] Une éducation vraiment démocratique est une éducation qui forme des hommes capables de défendre et de maintenir la démocratie en politique ; mais, dans son ordre à elle, qui est celui de la culture, elle est implacablement aristocratique et élitiste. »






samedi 15 juillet 2023

Sur la terre sableuse de juillet

 

Toute comparaison est odieuse, à ce qu’on dit. L’immigration d’il y a quelques années aux vagues déferlantes actuelles, par exemple. Pour les gens de la photo, il fallait ravaler les larmes amères de leur pauvreté en quittant l’Espagne, l’Italie, le Portugal à la recherche d’un avenir meilleur. Ils n’ont pas reçu des aides dont ils avaient cruellement besoin ni des subventions ni créé des mafias pour vivre sur le dos du contribuable. Ils n’ont pas, non plus, attaqué les institutions du pays d’accueil ni voulu lui imposer leurs modes de vie. Bien au contraire, l’intégration représentait pour eux une fierté, une conquête, une victoire durement remportée à force de ténacité et de courage. Grand respect à ces générations qui ont fait don de leurs vies et de leur force de travail « à l’étranger » …

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Sur la terre sableuse du Champ de Mars, apparaît la Tour Eiffel comme symbole de la modernité et de la technique, comme « temple de la science » dans un ciel vide éclairant les moindres recoins de la capitale (Roland Barthes, La Tour Eiffel). Elle deviendra mythologique grâce à des artistes, des écrivains, des poètes : Apollinaire, Bonnard, Buffet, Chagall, Cocteau, Delaunay, Léon-Paul Fargue, Picasso, etc. La regarder, la visiter deviennent quelque chose d’obligatoire pour chaque visiteur de Paris.

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Anniversaire de l'assassinat de Miguel-Angel Blanco. Conciliation, réconciliation, mécanismes judiciaires pour les crimes graves. Le « conflit basque » a-t-il été réglé à l’amiable ? La réconciliation aurait été possible si on avait pu restaurer les liens détruits par le crimes, les blessures, les offenses. Les pratiques non-officielles de réconciliation, essentiellement sociales, en marge des cours de justice mais sans être forcément une défaillance de celle-ci, auraient pu conjuguer l’idée de responsabilité collective mais aussi individuelle. La réconciliation (collective), c’est la base, mais pour se mettre en œuvre correctement, il aurait fallu que justice (individuelle) eût été faite et qu’elle bénéficiât d’un climat général d’apaisement. Ce ne pas le cas à l’heure actuelle.

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Étonnement d’apprendre, à la lecture d’un texte de F. Fanon (Peau noire, masques blancs, Seuil, Paris) l’histoire du garçon de campagne qui revient dans la ferme où il prétend ne pas savoir à quoi sert un outil agricole particulier. La même histoire que j’avais tant de fois, plié de rire, entendu raconter à mon propre père quand j’étais petit. Le paternel du garçon oublieux lui rend miraculeusement la mémoire en lui faisant tomber sur les pieds l’outil en question. Après avoir colonisé des continents, les Européens sont colonisés. Rien n’interdit de penser que le processus de colonisation ne puisse s’étendre à des peuples européens victimes de l’inextinguible rapacité américaine. « Tout peuple colonisé – c’est-à-dire au sein duquel a pris naissance un complexe d’infériorité du fait de la mise au tombeau de l’originalité culturelle locale – se situe vis-à-vis du langage de la nation civilisatrice » (Peau noire, masques blancs,). Le colonisé, dépossédé de sa langue maternelle, souffre de cette dislocation qui ne fait que renforcer son complexe d’infériorité car le colonisateur lui dit en fait que sa langue est sans valeur : l’histoire, la culture et l’origine du colonisé perdent également toute valeur. Sans langage, la nature humaine se réduit à la notion hégélienne de « certitude sensible » sans pouvoir exprimer d’émotions, de passions et d’énergie liée à la vie même. Pour s’intégrer, le colonisé est forcé de renoncer à son identité ancestrale et de revêtir le costume de la société et de la culture auxquelles il souhaite adhérer. Vivre comme des Yankees même si on ne comprend rien à leur monde.

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Le cas Nahel. Impossibilité d’adhérer au principe marxiste selon lequel une théorie ne peut attirer les masses que lorsqu’elle devient radicale. Pour être radical il faut saisir « la racine de la chose », pour reprendre l’expression de Marx (Critique du droit politique hégélien, Éditions sociales, Paris 1980) selon qui, pour l’homme, la racine c’est l’homme lui-même. Mardi, à l’issue d’une demi-heure de course-poursuite, commencée alors qu’un jeune chauffard récidiviste mais toujours sans permis avait été surpris en train de rouler à vive allure dans un couloir de bus, au volant d’une voiture dont on ne sait d’où elle sort, le pilote s’est fait flinguer par la police. C’est cher payer le refus d’obtempérer, mais enfin on ne peut pas dire que le défunt n’avait pas cherché les ennuis. Dans cette affaire, le président de la république, en se précipitant pour juger le policier « inexcusable » avant même de savoir au juste ce qui s’est passé, et l’abruti milliardaire Mbappé, en qualifiant carrément le malfrat de « petit ange », se sont comportés comme deux irresponsables. Le lendemain la mafia politique, ne ratant jamais une occasion de prendre le parti de la racaille, a fait observer à l’assemblée nationale, s’il vous plait, une minute de silence à la mémoire du hors-la-loi abattu. On n’en fait pas tant, semble-t-il, pour les innocents massacrés chaque semaine par la meute sauvage. Les télévisions ont retransmis les déclarations de la mère et de la grand-mère de l’automobiliste, le dépeignant sans gêne et contre toute vraisemblance comme un gentil petit garçon sans problème.

Aucun regret quant à ses infractions répétées, ni quant à sa très imparfaite éducation. Accessoirement aucune larme, à ce que j’ai pu observer, tout au contraire on a vu la mère, portant déjà un t-shirt à l’effigie de son lardon, pérorer sur un camion et une motocyclette. Et bien sûr dans les jours et surtout les nuits qui ont suivi, les hordes de banlieue, déjà très indisciplinées en temps ordinaire, et ne se sentant plus pisser dès qu’un tel prétexte leur est fourni, ont fait régner toute la sauvagerie dont on les sait capables. La horde d’en bas est l'alliée objective de la horde d’en haut dans une guerre contre la population qui les arrange bien : à la peur générée par les bandes déchaînées succédera comme on commence à en avoir l’habitude, des restrictions de libertés. D’un autre côté, les dirigeants sont incapables de ramener le calme. Aucun n’a dit à propos du drame de Nanterre qu’il s’agissait d’une situation confuse au terme d’une course-poursuite dangereuse et que la justice essayait de débrouiller les faits. Les journaux parlent d’un simple contrôle routier, comme les faux-barrages mis en place en Algérie dans les années 90 par des pillards islamistes, sans doute. Le président a parlé de geste inexplicable, ce qui a pour effet de signifier « ne cherchez pas à comprendre, indignez-vous sous le coup de l’émotion », ou bien encore « si vous avez une idée, nous les autorités, on n’en a pas et on n’en reconnaîtra pas, donc soyez bien furieux ». Bingo. Je ne dis pas que ça aurait tout changé, mais l’une des caractéristiques des troubles est qu’ils s’apaisent quand les gens sentent non seulement un pouvoir, mais une volonté déterminée en face d’eux. Il n’y a plus ni l’un, ni l’autre.

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Que peut-on faire quand on a été professeur de philologie française dans une université de « l'État espagnol » et que tout semble vouloir s’évanouir autour de soi, que votre femme, que vous aimez le plus au monde et pour laquelle vous vous faites en permanence du souci – infirmière dévouée avec une « clientèle » fidèle et admirative : saluée partout dès qu’elle met les pieds dans la rue ! –  a donc dû se résoudre à passer en salle d’opération à deux reprises en moins d’un an, que vos enfants, dans la course accélérée de leurs vies, semblent au bord de verser définitivement dans le progressisme optimiste, la forme même du temps, que votre petite-fille pense, évolue et réfléchit exactement comme une adulte, que le fisc vous harcèle, qu’un Monsieur Feijoo est sur le point de battre à l'élection qui s'annonce dans une semaine un chef du rayon vêtements de chez LIDL qui s’était trompé de lieu, pathétique pantin gonflé de suffisance, que votre entourage professionnel disparaît sans faire du bruit, que vous avez renoncé à consulter l’immonde presse quotidienne à la vitesse habituelle et à ouvrir votre courrier, sachant trop bien ce qu'il contient de pénible ? Que peut-on faire, disais-je ? Rien. Si ce n’est se résigner à écluser jours après jour, seul ou accompagné d’autres coureurs de fond, quelques verres de blanc ou de rouge. Quitte à refaire le monde avec vos connaissances nulles et laisser l’opinion gober les conneries dont elle raffole. Eh bien, quand la vie change à ce rythme, il n’y a comme issue que la lucidité : franchir vite fait les frontières de Baskoland et foncer vers les chaudes plages méditerranéennes pour y jouir du lever du soleil. Et, une fois rénové de fond en comble un appartement qui était presque aussi fragilisé que votre existence, s'y installer dans le but hautement affirmé de lire à perte de souffle des auteurs oubliés et d'écrire des billets anodins que presque personne ne lira et que le monde entier n‘attendait point de vous.

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jeudi 6 juillet 2023

Fugiendo Vincimus ...

Notes du 5 juillet. Le ciel est bleu foncé. Très bleu en haut, avec une mince bande nuageuse le long de l’horizon, loin derrière les montagnes, côté nord, d’un gris liquide de mercure bleuté, zébré ça et là de légères cicatrices de nuages blancs. Le jour commence à se lever, pas encore de soleil. Notre voyage à Alicante sera si bref ! Juste le procès verbal de réception des travaux de l’appartement, rue Melva. La lumière sur la mer a uni le ciel, dans un dégradé de bleu poussiéreux. J’ai peu dormi, de 5h à 6h30. De nouveau, le bonheur d’être seul avec ma petite Rosa. Notre relation particulière depuis 50 ans ! Les relations humaines ne peuvent être autres que particulières. Les gens qui s’en étonneraient, j’en viens à croire qu’ils n’ont aucune relation. Je m’approche de la cuisine et j’entends de la musique d’il ya longtemps. Le temps transmué en sons. Douceur infinie du souvenir. Naissance, demain, de notre petite M. Elle a commencé sa traversée de l’éternité avec nous en 1979. Nos trajectoires sont là, marquées quelque part, discrètes, silencieuses. Bienheureux voyageurs à travers le calendrier ! Qu’en sera-t-il de nous, loin d’elle depuis longtemps, qui a ses propres nuages à regarder dans le ciel tout de lumière de sa vie. Calme et tourmente. Patience et agitation. Gammes de bleu dans l’après-midi, souvenirs de tant d’années heureuses. Je me demande si elle, avec son expérience des classiques, aurait aimé cette année des épreuves à tant de titres, mon poème improvisé comme un bouquet de fleurs d’un gosse émerveillé à sa maîtresse …



jeudi 22 juin 2023

Flaubert et Thomas d'Aquin

 


Typologie des cons, in Thomae Aquinatis Opera Omnia cum hypertextibus in CD-ROM, Milano, Editoria Elettronica Editel, 1992. On a cru, faisant confiance à Saint-Jérôme, que l’Ecclésiastes (1,15) affirmait : « Stultorum infinitus est numerus » ... Réflexion, ô combien exacte, dont les droits d'auteur reviendraient à Salomon, s'il a existé, ce sage picoleur raisonnant, comme la tradition le veut « sotto influenza del vino », ou d'une manière plus sûre, à Cicéron : « Stultorum sunt plena omnia » (Ad familiares, 9,22,4)

asyneti    cataplex    credulus

fatuus    grossus    jebes

idiota    imbecillis   inanis

incrassatus    inexpertus    insensatus

insipiens    nescius    rusticus

stolidus    stultus    stupidus

tardus    turpis    vacuas

vecors

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Tout savoir est fondé sur une information, mais il y a plus dans la connaissance que l’information ou l’opinion vraie, comme l’avait soutenu Platon. Dans la connaissance il y a aussi la justification et la raison. Le sophisme sur lequel repose le « progrès » est celui selon lequel tout changement technologique induit un changement cognitif et, partant, une amélioration cognitive. Avec la confusion qui part de la thèse de la « richesse » des choix accompagnant la « liberté » quand on « navigue » en ligne : on serait plus libre quand on papillonne de manière rapide que quand on doit se concentrer en lisant linéairement et lentement avec des enseignants en dialogue permanent avec l’étudiant. Un dialogue réel et pas seulement « virtuel » ou dans des discussions sans queue ni tête baladées sur des forums. La production d’un savoir au rabais pour les masses, où tout serait en ligne accessible à tous à l’échelle mondiale, ne pourra jamais, par un coup de baguette magique, recréer les conditions d’une véritable transmission de la connaissance. Un pseudo modèle mondial qui ne différencie pas les publics, qui ne distingue pas les types de savoir et d’enseignement ni les types de support et d’apprentissage n’est qu’une arme de destruction massive de l’éducation : votre esprit n’est plus dans votre cerveau, il est passé sur votre tablette ou dans votre smartphone.

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Ce ne sera tout de même une chose pas banale que de devoir quitter une maison qui aura été la nôtre durant plus d’une vingtaine d’années. Années de jeunesse de M., que je vis descendre les escaliers du salon en superbe robe de mariée. Maison que nous avions choisie pour nous y regarder vieillir, celle que A. considérait comme une sorte de Paradis secret pour prolonger ses vacances avec nous et faire les délices des jeunes mamie et papi que nous étions à l’époque. La chambre d’A. donnant sur la façade sud et les Trois Couronnes gardera à jamais imprégnés sur ses quatre murs le bonheur et la joie de notre petite belette en train de suivre les yeux fermés « le petit conte » raconté par papi chaque soir ou la comptine de papa (« câlin, câlin, câlin papa… ») pour la consoler des ténèbres que les arbres, dehors, rendaient plus mystérieuses, plus fascinantes. Même la maman de R. eut l’occasion de s’émerveiller des fleurs et des plantes d’un jardin exquis fruit de l’imagination et des mains prodigieuses de sa fille. De s’asseoir sur la terrasse, en fin d’après-midi, pour plier de rire quand A. prétendait observer de loin « les embouteillages de Bilbao » derrière la silhouette du mont Jaïzkibel. Nous l’occuperons encore quelques mois. Mais il faudra bien la vider un jour ! Dans ces moments-là il ne faudra pas trop tergiverser : énormément de souvenirs seront condamnés à la déchetterie. Ce sera un peu harassant mais cela finira bien par arriver. Bientôt après nous passerons devant mais ça ne sera plus chez nous. Nous lui aurons donné une nouvelle existence pour recevoir d’autres gens, d’autres vies, d’autres projets. Et elle attendra d’autres mains pour allumer le feu de sa cheminée, meubler sa terrasse et habiller son jardin … Puissent, ses futurs nouveaux occupants, bien la mériter et en jouir à fond pendant la durée de leur vie dedans !  



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vendredi 16 juin 2023

Le semeur à sa charrue tient les roues du destin

 

Le semeur à sa charrue tient les roues du destin

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Je regarde de vieilles photos d’il y a un demi-siècle. L’amour rend l’homme semblable à un fou capable de détruire sur son passage tout ce qui pourrait briser son désir. Il n’a pas le temps de reprendre son souffle. C’était presque hier. Je me dis que la vie avance trop vite. Je n’en distingue plus les pauses, les étapes. Ou alors, en fin de parcours, je prends pour de la vitesse extrême ce qui n’est que lenteur et répétition. Chaque soir, je ferme la maison et les volets comme on referme un palais secret et sans visites. J’attends des lendemains peu chantants... Quelques semaines avant les prochaines élections, la bêtise et la méchanceté sont colossales, dures comme l’obsidienne. Ce sont les seules choses sur lesquelles nous pouvons compter. Comment éviter le désespoir ? Ils mentent. Ils savent d’instinct qu’ils ont déjà perdu la bataille de la gestion des affaires publiques et ils deviennent plus méchants, plus ignobles, plus frustes que jamais à l’idée d’abandonner le pouvoir. Le présent, ils l’ont rendu abject et ils veulent gagner le passé. Si lourd pour eux, pourtant. Ils ont une obsession pour la mémoire « démocratique » avant de s’effacer de la scène, comme ceux qui s’aperçoivent, gênés, qu’ils sont nus en pleine rue. Ce n’est pas facile à accepter mais c’est inéluctable. La vie « normale » s’est retirée de partout, c’est patent. Mêmes les bêtes l’ont compris. Elles font face aux artifices butés du camp « animaliste » avec une dignité simple et rude qui force le respect. Je manque de courage pour me précipiter où que ce soit dans le marécage de la politique, pour échapper à ma solitude, trop accomplie pour susciter l’intérêt et le respect. On croit qu’on est à la recherche d’un gouvernant honnête, on va le chercher partout, on revient à chaque fois les mains vides, et l’on se rend compte alors que ce n’était pas de politiciens qu’on avait besoin, mais des idées.
Et, de proche en proche, c’est toute la campagne qui est convertie en spectacle clownesque, dont les idées ont été perdues, effacées, toujours de vieilles idées « de la vieille racaille des années trente, de retour », comme écrivait Murray Bookchin, échangées contre n’importe quoi, ou de très anciennes qui sont revenues alors qu’on les avait oubliées. Entre les mots et les idées, un étrange ballet s’installe, qui bientôt nous rend incapables de les distinguer, en attendant que de cette confusion au rythme fou surgisse, enfin, la solution tant attendue. Les discoureurs sont des amis fourbes parce qu’ils mentent, mais on en a tellement besoin pour se donner l’impression qu’on colmate la brèche de l’existence ! La seule possibilité réelle serait de tout miser sur la chance et l’impondérable. Vouloir de la propreté en politique mérite des coups de balai sur la tête et j’ai l’air d’en réclamer pour avoir écrit tant de lignes à ce sujet. Vous irez donc aux urnes, si vous trouvez un parti au candidat idéal mais ses actes ne manqueront pas de vous le révéler encore plus ignoble qu’il n’était quand il voulait vous séduire par ses belles paroles. La parole politique a été faite pour mentir. Surtout quand il y en a beaucoup et toutes s’avèrent fausses. 
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Dans le silence de la nuit, j’écris, j’écris depuis longtemps. Renvoyant sur ma table la lumière de la lampe, l’abat-jour laisse dans l’ombre les livres qui montent en étages sur le fond du cabinet de travail. Les ténèbres de cette chambre sont mystérieuses, parce qu’on y sent confusément l’âme de tous les livres endormis. Que des fantômes apparaissent dans une bibliothèque, rien de plus naturel. Où se montreraient les ombres des auteurs, sinon au milieu des signes qui gardent leur souvenir ? Je fais de courts articles à propos de tout et de rien. J’y prends plaisir non que je me soucie en aucune façon des idées que je pourrais y exprimer mais parce que les traces laissées pourront intéresser, dans quelques années, un lecteur occasionnel. Ajoutez à cela que le temps m’est compté et que je me contenterais de laisser quelques signes avant de quitter la scène le plus dignement possible. Le temps, c’est de la poudre d’or, des dents d’éléphant et des plumes d’autruche. Et la vie est courte. Il faut, sans perdre un moment, naviguer vers l’autre rive, afin de gagner des souvenirs heureux et une mémoire digne des miens. Je ne m’étais jamais inquiété de ce qu’on penserait de moi après ma mort. Mes craintes et mes espérances n’allaient point au-delà de cette vie dont j’ai joui depuis ma naissance. Plutôt qu’assoiffé d’or et d’argent ou d’une vaine gloire, j’ai voulu toujours agir par amour de la bonté et pour ce qu’on appelait « la vertu » dans les temps classiques. J’ai appris que les hommes sont mauvais et que, s’ils sont puissants, ils sont pires. Et qu’ils faut les craindre et s’efforcer de les apaiser. Je me peins tel que je suis et n’ayant pas assez d’esprit pour devenir riche ou célèbre, mes efforts et mon enthousiasme se sont orientés vers la recherche d’ivresses intellectuelles et, rêve contre le néant, des liens avec ce que François Mitterrand appelait « les forces de l’Esprit », que je préfère, et je l'écris, avec un « E » majuscule.

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La démoralisation croissante vers les familles et les couples en âge de procréer, avec une facilité graduelle des avortements et des stérilisations ainsi que les encouragements, plus ou moins déguisés de qualité de vie, à euthanasier les vieux et certains malades participent d’un mouvement amplement développé de banalisation du wokisme et de son introduction partout dès le plus jeune âge.

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Quand un flic se fait tuer, tout le monde de dire : « Il connaissait les risques du métier. » Quand un criminel se fait tuer, personne pour dire : « Il connaissait les risques du métier. » Et des tonnes de larmes.

 

mardi 6 juin 2023

Tic-tac … Et le temps passe !

 

Actualité. Celui qui a eu recours à toutes les violences et à toutes les ruses pour conquérir puis garder le pouvoir ne supporte pas l’idée de voir qu’on puisse agir contre lui par des moyens semblables. Lui, qui ose se prétendre légal, seul légitime et seul autorisé à la manipulation éhontée du troupeau électoral. Face à un tel hypocrite, les belles âmes qui s’interdisent, par candeur ou par élégance, la rage et la force ont déjà perdu. En de telles circonstances, il faudrait avoir au plus haut degré le mépris du confort de la propre vie pour combattre sans faillir celui qui atteste le plus haut degré de mépris de la vie de ses concitoyens.

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La seule vérité est peut-être la paix des livres (Saint-Exupéry). Je n'ai jamais été aussi heureux que lorsque j'étais dans ma bibliothèque. Cette pièce, que j'ai aménagée dans toutes les maisons que j'ai habitées, dans laquelle se trouvaient mes affaires de prof, mes dossiers et mes livres. J’y travaillais tard dans la nuit, quand M. dormait et R. était partie faire son tour de nuit à l’hôpital de Saint-Sébastien. Travailler, c'était ça : veiller, combattre le sommeil. L’amour des livres, ça remonte à l’enfance. À la maison, il y en avait pratiquement pas sauf une demi-douzaine que mon père lisait à voix haute pour tous, au coin du feu, dans la modeste maisonnée de El Vivero. Vivre parmi des livres, ç'a été le grand fantasme de ma vie. Depuis toujours. À Bordeaux, Gijón, Fontarabie, Irun, puis à Bordeaux encore. Des tas de livres dans des pièces dont j'ai encore les odeurs en tête. Des pièces qui symbolisaient le silence et le bonheur. Des volumes de toute sorte attendant que mes mains viennent les prendre, les ouvrir. Quand M. travaillait dans la pièce à côté on allumait l’ampli et on passait des heures au milieu de cette forêt de pages, de notes et de sons. On pouvait y aller n'importe quand, dans l'après-midi ou en pleine nuit, ou bien le matin. J'ai encore une très belle bibliothèque mais je n'y mets pratiquement plus les pieds la nuit ou si peu. Je lis au lit, ou en bas dans la cuisine, ou au salon. Les livres dorment sagement. Je prends des notes avec une tablette ou avec un ordinateur. Solitude, toujours. Excepté quelques conversations au téléphone avec Christian F., pas de public avec qui discuter de lecture(s). Pas de collègues, pas d’élèves non plus. Il n'y a plus que les mots, je n'ai plus que les mots et les pages à ma disposition, alors que j'avais des cours, des tâches, des tonnes de projets. Je me rends compte que dans la bibliothèque, il y avait, il y a encore, des livres non lus. Philo, Histoire. Linguistique et poésie. Théorie littéraire, énormément. Et la solitude, bien sûr, sans laquelle rien de tout cela n'aurait été possible. Et tout sombrera dans l’oubli mais la mémoire résiste comme elle peut … C'est ça, la vie, cette constante superposition à plusieurs vitesses d'oubli et de mémoire. D'un côté, on est au milieu de murs de livres, seul, enfermé, et d'un autre côté, on a une vie à vivre, des gens qu'on a connus, rencontrés, aimés, détestés. C'est le double substrat fondamental. Pour traverser la vie en s'arrêtant sur ses rêves. L'histoire n'est faite que de ruines et de souvenirs. Il faudra, à A., tout recommencer encore une fois. Tout recommencer à zéro, ou presque. Avec ses projets, ses espérances, sa vie encore à esquisser dans son propre tourbillon de rêves ...



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dimanche 4 juin 2023

Qu’ils soient comme la limace qui s’en va en bave ! (Psaumes 58,9)

 

Sa Majesté Pierre Sans Chaise I voudrait s’éterniser ! Après le vote en mai, nous continuerons à voter en pleine canicule de juillet, parce que nous resterons une grande démocratie sociale, avancée et que sais-je encore, quoique très en péril de se voir dévorée par le monstre fasciste aux aguets ! Mais nous voterons pour des individus ayant tous à peu près la même nocivité dans leur projet. D’ailleurs pourquoi parler au futur ? J’ai voté pendant presque 50 ans, été plus que proche de la gauche presque un demi siècle, manifesté des tas de fois. Pour rien, absolument rien. Alors certains me sortiront qu’il ne faut jamais désespérer en politique, que c’est le « combat » (sans rire !) qui est important, etc. Je veux bien, sauf que j’en arrive à penser que toute participation autorisée à la vie politique du pays ne fait que renforcer le système en remettant juste une pièce dans le jukebox pour entendre les mêmes airs et voir gesticuler les mêmes danseurs en même temps qu’ils s’en mettent plein les poches et se gavent de privilèges et d’argent public. Je ne vois pas les populations modernes tellement attachées à une forme quelconque de « vraie » (?) démocratie puisqu’elles obéissent partout aux ordres des mêmes journalistes pourris qu’elles prétendent mépriser. Au reste, les positions et grâces accordées par le sinistre individu à la tête du gouvernement depuis 2018 ont plus de poids que l’argumentaire le plus puissant qu’on puisse développer contre son inquiétante personnalité. Délivré d’avoir à choisir, après bilan critique des résultats d’une politique et non des intentions déclarées par ceux qui l’appliquent, le peuple souverain en sera encore plus reconnaissant au bon président censé le défendre contre le fascisme et les ténèbres conservatrices. Surtout en échange d’un bon d’essence, d’un ticket de cinéma à deux euros mardi après-midi ou d’un chimérique appartement, dans une course folle aux promesses fumeuses et des candidatures clownesques. « Un homme, un vote », ça ne veut rien dire de nos jours. Et moins encore dans la bouche de la prétentieuse merde qui nous tient en laisse contre un susucre parce qu'on est de bons toutous. Il nous donne à choisir entre Biden et Trump, et ça se veut de gauche ! Les dirigeants occidentaux tirent la plus grande partie de leur pouvoir de la sacralisation absolue de ce qu’ils appellent « la démocratie ». Ce qui permet, même à ceux qui ne veulent pas tout gober en bloc, de se réfugier derrière des formes de démocratie, aussi imparfaite soit-elle, quand on leur agite au nez l’épouvantail du fascisme. Sans repère les gens perdent pied, il faut leur laisser quelque chose à étudier à l’école et à quoi faire semblant de croire plus tard dans leurs vies. Pour égayer le tableau, l’Espagne vit une catastrophe démographique, identitaire et civilisationnelle irréversible. Tout le reste de nos problèmes en découle. Comme je suis de ceux qui ne discernent aucune parcelle de sacré dans la démocratie progressiste et encore moins parmi les détenteurs actuels du pouvoir, j’ai probablement une mauvaise vue. Et de drôles de difficultés pour voter…

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ETArekin eta haren oinordekoekin bueltaka. « Un régime révolutionnaire doit se débarrasser d’un certain nombre d’individus qui le menacent et je ne vois pas d’autre moyen que la mort. On peut toujours sortir de prison. Les révolutionnaires de 1793 n’ont probablement pas assez tué. »
Jean-Paul Sartre, entretien avec Michel Antoine Burnier, Actuel, n° 28, février 1973

 L'ETA a cessé de tuer le jour où elle a compris qu'elle gagnait davantage à ne plus le faire, puisque les représentants de l'État de droit acceptaient ses conditions. Les raisons de la reddition des représentants politiques de la Nation espagnole ne sont pas homogènes. Pour certains c’était un préalable à la création d'un front de gauche capable de récupérer le pouvoir et de s’y maintenir, pour d'autres c'était simplement par manque de principes éthiques ou par pure et simple complicité avec l’organisation armée. En définitive, peu importe, l'État a capitulé devant le nationalisme basque et a renoncé à ses obligations de garant des droits et libertés de la Nation et, tout particulièrement, à son obligation de rendre justice aux victimes des agissements du versant directement criminel de ce nationalisme. Après la reddition, faire leurre de la mémoire, réécrire l'histoire. S’immuniser contre la réalité tangible en affirmant que l’ETA omniprésente a été vaincue et que « la guerre » (drôle de guerre où il n’y avait qu’un camp !) a été gagnée. Mais, curieusement, il n’y a jamais eu de paix ! Normalement, la paix, en tant qu’accord qui met fin aux hostilités, représente la fin de la guerre et celui qui gagne la guerre gagne aussi la paix. Or, qui a gagné cette « paix » ? La classe politique de la transition a fait de son mieux pour séparer l'organisation armée de l’élite basque dirigeante alors que, en réalité, la violence résultait d’une large stratégie chorale où les auteurs des meurtres, des enlèvements, du racket, des violences de rue, étaient encouragés ou censurés en fonction des exigences du contexte politique concret de chaque étape. Les activistes et les groupes qui les ont aidés ont arrêté la partie la plus scandaleuse de leur panoplie d’activités, a commencer par l’assassinat pur et simple de l’adversaire, à partir du moment où ils ont eu directement accès au financement public et privé pour l'ensemble du mouvement grâce à leur blanchissement institutionnel et au soutien indéfectible d’une partie considérable de la société civile basque, à commencer par l'Église. On a pollué l’opinion publique – surtout internationale – en refourguant la camelote pourrie qui essaie de faire passer comme générosité envers le « vaincu », qui s’est arrêté de tuer, ce qui n'est rien d'autre que l'accomplissement ponctuel de ses conditions politiques préalables, imposées au soi-disant vainqueur sans ambages et sans détours. On comprend, donc, mieux l'abandon des enquêtes sur les centaines de crimes non résolus pour faciliter ou accélérer leur prescription, la libération de condamnés à des lourdes peines, les rapprochements difficiles des victimes à bourreaux et complices, la permissivité envers les actes d’hommage et d'acclamation aux terroristes devenus des « héros nationaux », qui retournent à l'activité politique sans entraves malgré les condamnations de la Cour suprême et le feu vert d’une Cour constitutionnelle qu'il est difficile de ne pas taxer de prévarication. Le tournant favorable aux criminels de la politique se dessine durablement au moment où, selon les mots d'un vice-président du gouvernement national, la mouvance terroriste constitue un bloc qui sera appelé un jour à prendre en charge la direction de l'État (!). Le résultat de la reddition de ce même État est, comme prévu, une violence politique qui n’a pas cessé d'exister dans la région, bien que de moindre intensité, devenant un modèle de violence institutionnalisée pour certaines administrations régionales. La Catalogne, par exemple. L'ETA est restée seul garante de la paix, avec la certitude qu'elle reviendrait au meurtre si l'État ne respecte pas un jour ses conditions. L'aile radicale du nationalisme basque qu’elle tutelle se prépare, avec le soutien prévisible du parti socialiste, qui a déjà fait souvent appel à elle dans son action de gouvernement depuis 2018, à s'emparer du pouvoir dans la Communauté Autonome, déplaçant le nationalisme historique. La classe politique espagnole a été piégée par cette rengaine de victoire sur l’ETA et, à quelques exceptions près, tente de tourner la page et de retirer l'affaire de l'agenda politique immédiate. Qu’en est-il des victimes ? Les victimes ont été abandonnées et réduites au silence car elles incarnent la mémoire vivante, récente, des événements, les données factuelles qui neutralisent les radotages de la « mémoire démocratique » imposée par l’opportunisme politique et par l’indécence. Mais que fait-on de ces données qui dérangent quand elles ne collent pas avec un « narratif du réel » unique qu’on voudrait bien imposer partout ? On ne se donne même pas la peine de les effacer, on les ignore. Tout simplement.

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