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vendredi 23 avril 2021

Il en faut peu pour être heureux...



Casa Grande fin 19ème siècle 

Le domaine connu comme El Vivero (La Pépinière) s’étendait à un demi-km du village de Villamuriel de Cerrato*, entre le Canal de Castilla – voie artificielle de navigation – et le fleuve Carrión. Partant du reboisement de peupliers appelé El Plantío, il intégrait un vaste triangle dont la base longeait le chemin descendant du Canal jusqu’au site dénommé Los Carriones. À la fin du 19ème siècle, quand la vallée du Duero avait été atteinte par la redoutablement dévastatrice plaie phylloxérique, un notable local, M. Narciso Rodríguez Lagunilla, avait aménagé une pépinière pour produire des plants de vignes américains en vue d’effectuer des repiquages sur son propre vignoble ainsi que sur ceux d’autres producteurs qui lui en feraient la demande. D’où le nom porté toujours par l’actuelle zone agricole. À la disparition de cet illustre personnage en 1908, le travail à la direction du domaine fut poursuivi par son beau-fils M. Vicente Almodovar Gil, époux de Mme Carmen Rodríguez Pascual. El Vivero était le lieu d’agrément préféré des Almodóvar-Rodriguez. Si les tours du propriétaire passaient par les vignes ou la cave pressoir du Canal, la famille au complet descendait en calèche à El Vivero pour s’y détendre de nombreux après-midi, notamment en été et à l’automne. Ils vivaient d’ordinaire au village dans leur vaste maison familiale rue du Moral. À part la pépinière, à l’intérieur de cet espace au vignoble le plus étendu et d’une meilleure qualité, il y avait deux maisons, aujourd’hui disparues. Au départ du chemin de passage pour le bétail vers les pâturages de Los Carriones, une grille flanquée de deux colonnes en brique – toujours mystérieusement debout, seules au milieu des champs encore aujourd’hui – ouvrait l’accès à la maison principale (Casa Grande) par un chemin garni tout au long d’arbres fruitiers variés : des poiriers, des cerisiers, des pommiers, des figuiers, des noyers, des amandiers…

Pour l’arrosage des fruits et légumes du jardin, on avait installé une noria qui, actionnée par un âne ou un mulet, faisait monter l’eau du Carrión à hauteur de la maison à travers une galerie souterraine en brique. Cette Casa Grande avait un plan rectangulaire. Au sous-sol, une étable à bétail et une dépendance pour entreposer des outils agricoles. À l’extérieur, on devait monter à peine quelques marches au niveau rez-de-chaussée pour atteindre la maison, composée de 3 pièces : trois chambres, cuisine chauffée par le sol et garde-manger ou réserve. L’autre maison (La Casa Pequeña), légèrement décalée à droite après la grille du portail, a dû servir de logement au gardien à une certaine époque. Quand j’étais petit, elle se destinait à ranger des outils de travail du sol. La Casa Grande, du temps où mes parents l’ont occupée, avait déjà perdu sa jolie tour adossée et elle était privée d’installations d'eau courante et d'électricité si tant est qu’elle en ait jamais eues. Après notre départ en mars 1962, mes souvenirs restent toujours liés à l’extrême dévouement de mes parents, à leur dur labeur, à une enfance extrêmement heureuse entre les jupons de ma mamie maternelle et surtout de ma propre maman, le rire aux lèvres en permanence, gardant toujours bravement ses soucis pour elle… Il y a quarante ans, en 1981, une rapide visite des lieux m’avait collé un cafard durable après la rencontre fortuite sur place du père Serapio, régisseur du domaine depuis je ne sais pas combien de temps à qui on donnait du « monsieur » ; il était devenu au fil des ans plu gros, courtaud et secret qu’à l’époque où je fis sa connaissance. Excepté les très éloignés liens affectifs liés à la mémoire de mes chers parents, je manque d’autres repères pour bien me replacer mentalement dans ces parages de mes premiers souvenirs. En revanche, j’en garde toujours un vraiment ému d’un passage à Herrin de Campos, d’où ma mère était originaire, petit village attachant et chaleureux que j’aimerais bien revoir après confinements, vaccins et toutes les formalités imaginables et à présent indispensables aux bons citoyens soumis…

La Casa Grande 1981

* Villamuriel < Villa Moriel < Villa Maurellus, avec d'autres anthroponymes genre Maurello, Moriel, Morillo, Murillo, Maurillio, etc. D'où la signification du toponyme : « la villa de Maurilio »Évolution : Villamuriel < villa Maureli, s. XII / Villamoriel, s. XIV – s. XVI / villamuriel, s. XVI / Villa Muriel, s. XVIII / Villamuriel de Cerrato, s. XIX.  Sources : Manuel Vallejo del Busto et le blog Amigos del Patrimonio de Villamuriel).   

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Quoi de plus apaisant que ce soleil qui brille chaque matin et qui vers midi, l’heure où il touche la table décorée de plantes cactées minuscules, est visité par des nuages de plus en plus nombreux, ce qui ruine mon espoir de continuer ma lecture au jardin. Désagréable froid persistant d'avril, vraiment froid, presque comme un mois d’hiver supplémentaire.

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« Les spécialistes en matière de coercition ne s’y trompent pas, multipliant avec un zèle subit les organismes nationaux ou internationaux consacrés à la condition féminine, sans pour autant que la législation change réellement. Ils ne sauraient d’ailleurs beaucoup se fourvoyer depuis qu’Aragon, chantre de la répression depuis près d’un demi-siècle, a annoncé que la femme est « l’avenir de l’homme ». J’ai les plus grands doutes sur cet avenir quand il peut lui arriver de prendre les traits d’Elsa Triolet. »

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« Pendant que le vieux monde s'essouffle à se rénover, les femmes acquièrent lentement une indépendance, mais une indépendance de consommateurs. Le néo-féminisme sert à les presser d'accéder à ce bonheur, venant les conforter dans une identité de pacotille qui ne vaut qu'à la lumière des échanges marchands et des rapports de force qui les engendrent. »  Annie Le Brun, Lâchez tout

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« Entre la droite et la gauche, il y a la différence qu'il y a entre ce qu'on dit de moi et ce que je dis de moi. L'homme de droite, en général, est dit de droite.  On le parle. On l'accuse. On le définit. Être de droite, c'est être dans une attitude passive, une situation de défini. Masochisme. L'homme de gauche, en revanche, se dit de gauche. C'est de lui-même que vient sa propre définition. Quand il le dit, il manifeste en même temps une immense satisfaction de son être. Il faut entendre ce qu'il dit de lui-même comme un soupir de satisfaction. » Philippe Muray, Ultima necat II

Voilà voilà... Être « de gauche », c’est toujours être dans le camp du Bien… Même Mr Abascal préférerait se faire couper en morceaux que de se dire d’extrême droite ! Adhérer à la pensée correcte vous permet de vous considérer vous-même comme intellectuellement et moralement supérieur aux ignares coincés et complexés qui ne la partagent pas. Vrais moutons et faux rebelles oublient un détail essentiel : les dits coincé-complexés ont, eux aussi été soumis à l’endoctrinement idéologique ambiant et l’ont intériorisé, ils l’ont fait leur. Ne serait-il pas possible d’envisager que réflexions, lectures et expériences les en aient éloignés ? Que la fidélité à des idées de tout le monde est peut-être moins un titre de gloire qu’un symptôme de paresse ou de sclérose intellectuelle ?

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La morale du troupeau est essentiellement mensonge, ruse, déni du réel et bien sûr, volonté de puissance elle aussi. Puissance sans chefs ? Une société sans chefs ne peut exister ou alors à l’état végétatif comme les rares exemples de peuplades sans ordre et subordination décrites par les ethnologues. Que les responsables devraient rendre des comptes c’est un fait, mais l’exercice du pouvoir devrait aussi être un réel honneur et non une corvée, ou plus exactement une honorable corvée. La responsabilité des gestionnaires ! Il est insupportable que des individus dont l’incompétence nuisible est démontrée puissent encore donner des ordres et des leçons, pour ensuite s’en tirer sans représailles. Cela finit par se payer trop cher… Normalement, l'histoire présente l’addition.

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Étourdis par les gadgets en tout genre de la société de consommation, épouvantés par les destructions des guerres mondiales, les peuples riches ont donné une entière liberté de manœuvre aux hommes politiques pour jouir sans entraves. Il manque à tous ces sages improvisés beaucoup de compétences, un brin de modestie et des doses raisonnables d'altruisme pour céder un peu de leur temps précieusement rétribué au service des autres. La politique dans ce qu’elle est devenue est à vomir, mais la politique en tant qu’organisation de la cité devrait être une chose sacrée. Je crois que c’était notre brave Philippe II qui affirmait être un « esclave couronné », tant la pratique du pouvoir s'avérait ingrate pour celui qui a le sens de ses responsabilités. À la sécurité des ordures des élites autoproclamées, Céline voyait une autre raison : dans leur immense majorité, les esclaves, mis au pouvoir, n’agissent pas très différemment des maîtres. La corruption des grands garantit et autorise celle des petits parce qu’elle l’excuse. Réflexion ignoble, entendue trop souvent, sous des formes plus ou moins élégantes : « À leur place, on ferait pareil. » Si les salauds peuvent dormir tranquilles, ce n’est pas parce que la population est lasse, hypnotisée ou habituée, c’est qu’elle est à l’image de ceux dont elle a approuvé la désignation. Dans ce crime, tous complices, et depuis fort longtemps. En juger autrement, c’est aimer la littérature optimiste. Plus jeune, quand je polémiquais encore avec mes camarades et amis, j’avais fait la remarque à un petit magouilleur de ma connaissance, qui avait obtenu je ne sais plus quel avantage parce qu’il connaissait quelqu’un bien placé, que ce n’était pas très cohérent de reprocher leur conduite à nos dirigeants pour faire la même chose à son échelle. Je m’étais entendu répondre que ce n’était pas pareil que les enjeux n’étaient pas les mêmes, etc. Sous-entendu que l’on pouvait profiter d’une certaine corruption à petite échelle, mais pas à une grande. Fallait-il comprendre que le petit magouilleur qui prendrait des responsabilités deviendrait subitement probe. J’en doute, je suis même persuadé que le pouvoir peut tourner la tête à d’honnêtes gens. Pour en revenir à la réflexion de Céline, même si je suis entièrement d’accord avec lui, je suis convaincu que la multiplication des affaires les banalise, il n’y a qu’à constater qu’il n’y a plus d’affaires comme autrefois capables de faire déchoir une personnalité. Les affaires se succèdent à un tel rythme que les précédentes sont oubliées noyées dans la fange générale par celles qui suivent avant que le public n’ait le temps de s’indigner. Même si l’esprit de corruption est devenu majoritaire, pour des donneurs de leçons il est toujours ennuyeux d’être entachés d’où l’utilité du procédé.

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Felix qui potuit rerum cognoscere causas,/ Atque metus omnes et inexorabile fatum / Subjecit pedibus, streptitumque Acheronis avari. « Heureux qui a pu connaître les causes des choses et qui a mis sous ses pieds toutes les craintes, et l’inexorable destin, et le bruit de l’avare Achéron ! »  (traduction de Maurice Rat)

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Au retour de la rando j'écoute France inter et tombe par hasard sur la définition de Woke. J'avais vu passer le terme sur Twitter il y a trois ans et après avoir eu la flemme de chercher pour en approfondir la portée, j’avais rapidement lu la version espagnole du désopilant Woke, d’une certaine Titania McGrath au pseudonyme transparent... et on avait déjà considérablement rigolé avec un ami à qui j’avais offert ce petit volume. Bref, cela signifie littéralement éveillé. Il s'agit de prendre conscience d'être blanc et d'expier sa culpabilité face aux autres couleurs de peau. J'ai peur d'exagérer en retranscrivant ce que j'ai entendu. Donc je vous laisse le lien pour écouter l'émission. L'invité est Mathieu Bock-Côté, québécois, auteur de La Révolution racialiste et autres virus idéologiques. D’après ce que, peu ou prou, j'ai compris, Bock-Côté salue la résistance de la France à cette idéologie, souligne la « tentation totalitaire » des démocraties et se fait reprendre par le journaliste qui identifie totalitaire au nazisme ou au stalinisme, c'est-à-dire à ses illustrations historiques, et non à son sens, c'est-à-dire à l'exigence de représenter la seule façon admise de penser et d'expliquer le monde. Il donne l'exemple de Kamala Harris, soupçonnée de trahison de la cause parce qu'elle a épousé un blanc « juif de surcroît » (sic). Il explique que le mouvement venu des USA encourage les descendants d'émigrés en Europe à s'identifier au sort des descendants d'esclaves aux US. En résumé, les races n'existent pas. Vous êtes identifiés à et par votre couleur de peau. Les Blancs sont méchants.



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lundi 3 mai 2021

Regards prisonniers sur les ravages de l’imbécillité ambiante…

Une situation d’urgence sans résoudre amène logiquement à la catastrophe avec l’assentiment de la majorité. C’est dans l’ordre des choses. Actuellement nous vivons la période où il faut faire avaler à la population la nécessité de tout réinitialiser en jouant les démocrates peinés de devoir rogner vos libertés en reformatant vos têtes. Même sous Staline la propagande marchait à plein régime, histoire de faire perdre leurs repères aux gens et de créer un monde de bonheur toujours remis au lendemain. Les cocos se savaient défendus par les gentils intellectuels du monde entier ce qui leur donnait une certaine immunité contre la vérité qui a duré jusqu’à maintenant. « Je n'ai jamais cessé de me proclamer communiste », déclarait Chignon-chic, l’un des plus grands fantoches du microcosme politique espagnol aux jeunes de l'UJCE à Saragosse le premier mars 2012. « Les idées du communisme, si décriées en ce moment, restent essentiellement justes et elles se perpétuent parce que leur noble utopie est au-dessus des erreurs des hommes », fin janvier 2020 en hommage à un poétaillon controversé précocement doué pour la suppression physique de ceux qui ne lui étaient pas sympathiques. De paisibles manifestants ne cessent de rappeler à tue-tête à ceux qu’ils traitent de fachos que ce sera super bien de les « faire cramer comme en 36 » (¡arderéis como en el 36 !). Une fine touche psychologique lardée d’humanisme transversal, qui caractérise normalement les plus radicaux au sein de cette grande famille des forces du progrès et de la culture, rafraîchit agréablement leurs lèvres délicates aux cri de : « sus aux fachos comme à Paracuellos ! » Rien d'autre ne rentre dans ces têtes généreuses si ce n’est leur droit imprescriptible de vivre du budget de l’État. Quoi de plus révolutionnaire que l’origine fiscale de ses revenus ! La loi de mémoire historique a aussi donné naissance à une ample littérature mythologique sur ces « années les plus resplendissantes de notre Histoire » (Sanchez dixit, ce pauvre type qui se croit président) : les grasses empreintes laissées sur la gorge des victimes ont été minutieusement effacées à coups d’éponge trempée de bons sentiments, de même que les traces de sang sur les murs de pierre des cachots ont été badigeonnés par la superstition des exigences de la guerre ou du contexte historique. À la place des milliers de dangereux témoignages de cette sinistre époque, on a mobilisé des historiens mercenaires, et dans le rôle de chroniqueurs larmoyants du camp du Bien, des pantins sommés de rédiger l’histoire conformément aux instructions. La lutte pour la redistribution des rôles de méchant ou de gentil continue à faire pencher un plateau de la balance vers ceux qui possèdent l’hégémonie du moment… « ¿Dónde está Nin? ¡En Salamanca o Berlín! » Mon cadran d’affichage à moi voit toujours l’aiguille pencher du côté du plateau où on a placé Orwell, Melchor Rodríguez, Juan Ajuriaguerra plutôt que sur celui des Bergamin, Alberti ou Serrano Poncela… Et avec ça, une réflexion de Céline – décrété salaud officiel depuis longtemps – en expert connaisseur : « Le fait d’avoir été un jour victime ne veut pas dire qu’on est un ange ! » 

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Notre erreur consiste probablement à voir la presse comme un quatrième pouvoir, ce qui, pour qui observe les médias résulte risible : loin de chercher la vérité, encore plus loin de fournir au public une source d’information équilibrée destinée à son édification, la presse actuelle n’est plus que le reflet quasiment parfait des discours officiels, pour tous les sujets. Elle n’est plus qu’un organe de propagande qui récite la leçon officielle et ce n’est que quand on approfondit qu’elle se trouve déstabilisée. Et même dans des cas flagrants de mensonge et d’obscène manipulation, elle se réfugie derrière les dogmes officiels. La peur y est bien sûr pour quelque chose, les subventions sont la manne bienfaisante dont elle dépend, la pauvre, mais le confort intellectuel aussi, pour une large part. 


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Ma petite fille repartie, je reprends l’écriture de ce blog mais, que voulez-vous, Il ne se passe rien de nouveau. Des variants qui se baladent comme chez eux, surtout un tout nouveau du nom « variant indien » qui, pour parler comme les bouffons au pouvoir, « suscite les plus vives inquiétudes », des vaccins dont on accélère toujours l’inoculation, des ministres qui causent pour ne rien dire si ce n’est l’hystérique campagne électorale de Madrid, convertie par les soins de la coalition au pouvoir central en une interminable bataille de bouses. J’ai été un moment tenté par un articulet avec ça mais il ressemblerait à tous ceux qui l’ont précédé. Seule la date changerait et ce ne serait pas une nouvelle. Comme n’est pas une nouvelle que ce pays, qui a commencé à pourrir par la tête du plus affectueux des monarques (Campechano 1er, le Bienveillant !) voit l’infection gagner le corps entier. L’Espagne agonise sous la baguette d’un esbroufeur fort de l’appui indéfectible de toute la racaille médiatique et audiovisuelle, ne troublons pas ses derniers instants. Notre époque est déprimante à plus d’un titre. Mais notre classe politique l’est plus encore. On a en effet l’impression d’un concours à celui qui nous enfoncera le plus dans la merde. Je commence à douter sérieusement qu’on puisse se sortir d’une embrouille de ce calibre. Nous en sommes encore à envisager obligatoirement (force est donnée à la loi!) de confier le gouvernement du pays à des enfoirés qui, depuis quarante ans, ont accompagné copains comme cochons cette œuvre sinistre de démolition. Depuis Suárez jusqu’à l’escroc magouilleur actuel à la tête du conseil de ministres en passant par González-ni-de-Flick-ni-de-Flock, Aznar-la-Moustache-torche-Bush, l’inquiétant bouffon Rodríguez Zapatero et Rajoy le flemmard, ils nous ont tous, sans exception, enfoncés dans un trou qui nous ensevelira vivants. Les seuls qui n’aient jamais trempé dans la combine resteront toujours les moins votés. Toujours la balance hésitante entre « moisis » et « pourris ». Voilà le choix où nous en sommes réduits et qui nous sera une fois encore imposé, même si le grotesque personnage présidant l’assemblage de chèvres et de choux de son conseil de ministres se voit forcé, après les élections madrilènes, à modifier en sa faveur la date de la proche échéance électorale, car les électeurs n’auront jamais le courage de réclamer une réforme de la loi électorale en vigueur. Il faudra bien attendre, après tout, le retour d’un temps de sagesse (tant attendu !), de modération et de compétence, celui dont les Suisses profitent encore après des siècles pour avoir su se débarrasser des cons de toute espèce qui font parmi nous leurs choux gras. Mais, rassurez-vous, Chignon-chic, qui rêve déjà d’un avenir de star médiatique, et Madame se feront toujours du beurre aux frais de la princesse. Après que Monsieur a quitté la vice-présidence du conseil ils bosseront deux fois moins. Ce qui ne leur demandera pas d’efforts supplémentaires vu qu’ils ne bossaient déjà qu’à moitié. Ce genre de charlatans, ça me gave ! Les plus perspicaces d’entre vous s’en doutent peut-être déjà :  mon enthousiasme pour l’opéra-comique podémite est assez tiède.

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Dimanche 25 avril. Anniversaire des œillets au Portugal. Réécoute nostalgique de Grandola Vila Morena. Philippe Sollers invité de Remède à la mélancolie, à dix heures sur France Inter. « Je suis résolument hostile à la mélancolie », déclare-t-il d’emblée. « Comme je suis innocent, je ne suis pas mélancolique », ajoute-t-il en se revendiquant du bonheur. Titillé en lui rappelant qu’il s’est prosterné devant le pape, il répond « J’ai été béni par un saint. J’en ressens les avantages tous les jours ».

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D’autres (si vieux !) souvenirs ravivés par la vieille photo de El vivero (voir billet précédent). Il faut dire que, bien que né dans la campagne castillane et y ayant passé mes plus jeunes années, je n’ai plus jamais gardé le contact avec la vie campagnarde et que depuis presque soixante ans, j’ai vécu complètement coupé d’un environnent rural. Pourtant, voir tuer un animal, que ce soit une poule, un lapin ou un cochon ne m’a jamais choqué et encore moins traumatisé. A El Vivero, mes parents élevaient poules et lapins. Il fallait bien en passer par là pour les retrouver dans leurs assiettes. L´évolution hygiéniste a bientôt eu raison de ces activités. Tout a été aseptisé et on en est aujourd’hui à une niaise sensiblerie menant à l’antispécisme, plaçant l’animal à égalité avec l’humain. Plus qu’un progrès cela me semble une dégénérescence découlant d’une rupture entre l’homme, la nature et sa culture. Quand on s’indigne autant, voire davantage, de la mise à mort d’animaux, nés et élevés pour ça, que de l’égorgement d’humains par des fanatiques, je crains qu’on se prépare mal à affronter les menaces qui se profilent. Je me rappelle avoir vu mes parents aidés de quelques personnes abattre dans l’arrière-cour, comme dans une cérémonie, le cochon qu’ils avaient nourri toute l’année. Gestes et outils restaient les mêmes. Par un matin d’hiver, les protagonistes se retrouvaient dans la ferme en toute légalité, car au contraire d’aujourd’hui, l’abattage du cochon était autorisé ailleurs que dans un abattoir. Le saigneur de cochon arrivé, la première étape consistait à sortir le porc de sa bauge, ce qui n’allait pas de soi. L’intrusion du saigneur et de ses assistants dans son logis semblait inquiéter l’animal qui se débattait et poussait des cris aigus. Des cordes nouées à ses pattes et à son cou permettaient de l’en extraire. On lui entravait ensuite les pattes pour l’immobiliser puis le tueur lui tranchait la gorge et son sang était recueilli dans un grand récipient. On procédait ensuite au brûlage des soies. Le cadavre du porc était placé sur un lit de paille auquel on mettait le feu. Opération délicate car un feu trop vif endommagerait la couenne. Les flammes éteintes, on grattait la couenne après quoi on passait à suspendre à une grosse poutre le cochon par les pattes arrière ou à le placer sur une échelle où on l’attachait également par ses pieds arrière et on le plaçait contre un mur pieds en haut et tête en bas. Le saigneur lui ouvrait alors le ventre et en extrayait viscères et boyaux qui seraient retournés, grattés et nettoyés afin des participer à la confection du boudin, des saucisses et autres andouillettes. La bête était ensuite débitée et sa viande mise dans des récipients emplis de sel ou encore hachée pour préparer la charcuterie. La graisse serait fondue pour en faire du saindoux. Cette pratique multi-centenaire, faisait partie de leur culture, à présent totalement disparue… Voilà la cancel culture (culture de l’annulation ?) si chère aux Amerloques bien à l’œuvre !

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Alors que, dans la société espagnole promptement oublieuse, la consommation d’ouvrages formatés, vite écrits, vite lus, vite disparus des rayons, prépare le grand public à l’immersion dans des idées prêt-à-porter d’un volume quasi surhumain, les œuvres sérieuses sur quoi que ce soit, vu qu'elles exigent toujours un effort, ont vu leur lectorat décroître hormis pour ce qui est des classiques prédigérés plus ou moins ancrés dans la tradition scolaire. Et encore! La littérature sur la mémoire historique a suscité en dépit de cela un afflux de productions, majeur sans doute que ne le requiert la demande, les œuvres critiques du passé franquiste y compris dans la fiction, étant accessibles depuis longtemps, bien avant l'arrivée au pouvoir de l'actuelle coalition. Tel ne fut pas le cas en Pologne, en Hongrie, en Tchéquie, en Slovaquie, dans les pays Baltes, en Bulgarie, en Roumanie, etc. Ça l’a été moins dans l’ex-Yougoslavie où des auteurs carrément anticommunistes, genre Soljénitsyne, étaient publiés avant même la chute du Mur et l'éclatement sanglant de la Fédération. Avec des cas particuliers, comme en Albanie où la pratique du français, très répandue dans l’intelligentsia, donnait à beaucoup accès aux éditions existant dans cette langue une fois disparu le pathétique Enver Oxha. Pour en revenir chez nous, un abîme sépare les travaux de recherche, méticuleux, hônnetes et professionnels, d'un P. García Colmenares, entre autres, de celui des fantoches consacrés par les clans du requinat supérieur (The spanish Holocaust, etc). Quoi qu’il en soit, faites attention : la poubelle jaune, c'est pour le recyclage. Les livres de merde se mettent dans le compost.

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La révolution 36-39 fut le théâtre d’un conflit politico-religieux passionné dont l’histoire n’a retenu souvent que les outrances, celles de prêtres, des religieuses, des fidèles pratiquants pourchassés, torturés, d’églises vandalisées et d’un catholicisme malmené et banni. S’il n’a pas lieu de le nier, la question religieuse pendant la Révolution sociale est néanmoins trop ambiguë pour amalgamer antireligion et anticléricalisme. Un gouffre opposa en réalité le fanatisme de quelques-uns de ceux qui dénonçaient les conséquences néfastes de l’intrusion du clergé aussi bien dans le domaine public que privé. Reste qu’en s’attaquant de front à l’Église catholique pour la mettre au pas, les révolutionnaires ont froissé une partie de la société en ne prenant pas le poids de l’attachement populaire à l’institution et à ses hommes. Leur volonté de contrer l’influence et la puissance cléricales déboucha sur une crise d’une ampleur rare dont les conséquences sont encore présentes aujourd’hui.

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« Avec mon profond mépris. » J’aime bien cette formule pour conclure une lettre à une ordure arrogante. Et pourquoi pas : « Je vous mépriserais bien, si vous en valiez la peine » ou, faisant un peu trop confiance au destinataire, le laconique « Avec mes compliments choisis. »


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lundi 25 mars 2024

« Se faire servir sur un plateau d'argent » ?

 


Bientôt arrivera le moment d’échouer sur les côtes de la vie comme ces magnifiques baleines blanches qui arrivent de temps en temps sur les côtes du Golfe de Gascogne. Des choses remuent, des pensées. Je me jette dedans la tête la première. Des souvenirs brouillés, les pieds dedans, la tête ailleurs. Parti dans la vie de moins que rien, comme quelqu’un qui part a priori perdant dès le départ et qui arrive inopinément quelque part, par la rage, l’étude, l'amour des livres, la persévérance, l’amour de la beauté des rites, des pierres, des toiles, par l’enchantement de l’encens entre les mains – servant, tant d'hivers, la messe de huit heures du matin – déposé sur les charbons brûlants de la routine, par le désir, la cruauté, la solitude, la jalousie, l’échec souvent, l'humour : tout en même temps ! Pour en arriver là, une éternité plus tard. À l’insomnie. À la fatigue pour tout. Perdant au départ, gagnant à l’arrivée en secouant sa tête et sa carcasse contre les murs gelés de la réalité. Ma mère chérie, à qui on avait, bien plus tard, efficacement chauffé les oreilles avec ma baraka, atténuait toute pulsion triomphaliste dans mes élans par un « écoute, tu t’es fait tout servir sur un plateau d’argent », coupant comme l’obsidienne.
Cela voulait simplement dire que j’avais reçu des tas de choses sans vraiment les mériter ? Peut-être. Que ce soit sur un coussin de soie ou un plateau d’argent, l’idée restait la même : la personne ainsi servie, moi, en l’occurrence, serait dépourvue de tout mérite ou qualification : ou il avait fait de la lèche ou été obséquieux ou, pire, volé, usurpé ou s’était arrogé abusivement des prérogatives découlant d’une imposture. Bref, cela morigénait largement ce qu’il pourrait y avoir d’excessif dans un éventuel moment d’optimisme de ma part et consolait la noble frustration des jaloux qui observaient de loin, impuissants, tout pleins d’amour fraternel, sans doute, et très loin, en tout cas, de donner à l’expression un quelconque sens péjoratif. Comme disait une dame entière du Nord, très sincère, que j’appréciais par son franc parler, la méchanceté, ça ravigote … Comme le bon armagnac.


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J’ai eu de la chance : je suis venu au monde dans un village de la région de El Cerrato : Villamuriel. À l'époque, « un tout petit village à proximité de Palencia », comme l’écrit le journaliste et navigateur Jesús Cacho à propos du sien, Villarmentero de Campos, plus petit encore. Même pas dans la commune, la mienne d’arrivée. Un peu plus loin, à deux kilomètres des premières habitations, à mi-chemin entre la rivière Carrion et le Canal de Castille. Une modeste maison, la Casa Grande (sic !), sur le terrain d’un domaine dénommé El Vivero, sans électricité ni eau courante, complètement isolée, surélevée au-dessus d'une petite écurie. Une exploitation avec des vignes entre El Plantio et les vallons de Los Carriones. Mes parents ont atterri au même endroit après avoir vécu le drame terrible de la perte d’un enfant de quatre ans à Herrin de Campos. J'ai eu la chance d'avoir une grand-mère qui m'a appris à lire pendant les longs hivers de pluie et des crues incessantes qui coupaient les chemins et rendaient la route de l'école impraticable. J'y allais d’ailleurs de façon irrégulière. Les appréciations sous la rubrique assiduité de mon bulletin scolaire en témoignent : "médiocre" - "très médiocre" - "moyen". Je n'ai plus de famille dans les parages, pour autant que je m'en souvienne. Il est donc logique que je n'y revienne pratiquement jamais, sauf pour y chercher des images effacées de mon enfance. Et il n'y en reste rien que deux vieilles colonnes de briques au milieu des champs cultivés. Elles y sont toujours, debout, pour monter la garde à l’entrée d’un chemin qui ne mène nulle part, sans pouvoir même pas passer entre elles. C’était, dans le bon vieux temps, l’accès à la propriété d'un riche notable de la région. Mes parents n'en étaient pas originaires. Ils venaient de la Tierra de Campos. Mon père ainsi que ma mère ont traversé la vie comme en s'excusant de devoir travailler si dur pour un salaire presque inexistant. Ils sont tous deux morts sans abri et sans fortune dans la chaleur de la maison de leur fille, entourés de l'amour de leurs petits-enfants. Je me sens donc relativement loin du discours nostalgique propre aux récits d’aventures de l’enfance à jamais disparue.
Je sais que, de manière obscure, confuse, incompréhensible je ne suis pas lié de naissance à tel endroit, à tel milieu, à telle ville, capitale ou province, si ce n'est qu’administrativement parlant, parce que c’est bien ce que disent mes papiers. Papiers pour lesquels j’éprouve une totale indifférence. Et j’en suis bien content. Ce sont mes affaires ... Ces vastes collines et ces champs à perte de vue ne m'émeuvent pas au-delà des choses intimes que je garde dans mon esprit et dont je ne peux pas partager la vision avec presque personne. Avec une émotion immatérielle, nichée dans un coin du grenier de ma tête, qui revient par le simple fait de me concentrer et de revivre sans effort l'attente nocturne du retour de mon père après ses corvées d'été, au clair de lune, assis sur les genoux de ma mère, qui me raconte des histoires d'une voix chaude et légère, comme si elle était capable d'envelopper le noir de ces heures dans de petits paquets de magie séduisante. Et l'écho des pas de mon père quand il prend le détour du chemin bordé d'arbres fruitiers et tapissé de pierre broyée et de charbon concassé ... Évidemment, la commune actuelle n'est plus la même que lorsque j'étais un enfant. Mais le clocher de son église exhalait, chaque fois que je le voyais avec mes yeux d’alors, un halo de respect qui me ravissait, capable de transcender toutes les difficultés, de surmonter toutes les contingences. Un secret templier non encore dévoilé, capable de rassasier l’appétit de mystère du petit enfant que j’étais. Le concert silencieux de ses vieilles pierres dans ma tête défraichie m’invite, depuis longtemps, à revisiter avec curiosité ses contours, tesselles minimes du souvenir en jachère de ma première enfance.

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Préambule de gentleman, lu quelque part. Si le contenu de cet article portait atteinte aux intérêts de quelqu'un, veuillez m'en informer afin qu'il soit immédiatement retiré. / Si el contenido de este artículo dañara los intereses de alguien ruego me lo hagan saber para ser inmediatamente retirado.
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Il est fâché d'être fâché. Pithecanthropus Erectus, ministricule espagnol des transports. Il remue, s’agite, éructe. Il est droit sur ses pattes, haut, ferme, mais à l'intérieur, ça remue et ça grouille : la chiasse, en imaginant qu’un jour il faudra rendre des comptes, quand le boss ne sera plus en place pour protéger ses sbires. Quand la bande aura été chassée du pouvoir à coups de pied au cul. On peut rêver …

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Semaine Sainte en Palestine : sépulcre collectif en plein air pour des milliers d'innocents


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mercredi 29 novembre 2023

Un peuple de bourreaux posant comme victime

 


Lorsque mes parents sont venus s’installer dans la comarque du Cerrato, ils ont d’abord vécu quelques années dans une maison située non loin du fleuve Carrión, le long du chemin menant à la propriété connue sous le nom de El Vivero (post du 23 avril 2021). J’y suis né et je me souviens de belles heures champêtres de ma vie quotidienne vers mes neuf ans. Derrière la maison se trouvait une large bande de terre, de la dimension d’un petit champ, au bout de laquelle passait un chemin non loin du cours d’eau du Carrión. J’ai le souvenir vague mais persistant de bons moments passés seul à musarder parmi les arbres au bord du fleuve du côté de Calabazanos. Ils bruissaient follement sur les plis du chemin emplissant tout de rumeurs comme si nous étions au milieu d’une forêt devenue folle. Je voyais le vent s’engouffrer partout et agiter le thym, le romarin et d’autres herbes qu’on ne m’avait pas encore apprises à nommer. Je ne sais plus très bien à quoi je m’occupais, peut-être juste à rêvasser. Je me souviens surtout du bruit des feuilles des trembles et des peupliers, de cette sensation de solitude tranquille, légèrement à l’écart du monde, dans la lumière du soleil triste de l’automne tamisée par le feuillage. Ce bruit de feuilles m’a accompagné toute ma vie. Et je reste toujours émerveillé quand les feuilles d’un peuplier dansent agitées par le vent et deviennent torrent d’étoiles argenté. Souvent ces derniers temps, quand nous nous promenons un moment dans les sentiers piétons bordant la Bidassoa pour oublier nos tracas, j’ai l’impression de revivre, de reproduire indéfiniment cette danse de feuilles soufflées par le vent, cette scène initiale, en quelque sorte initiatique.

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Tout ça pour ça ? Chaque jour que le bon Dieu fait, à longueur de journée, à toute heure, mois après mois, année après année, urbi et orbi, le discours tourmentant sur l'Holocauste et la Shoa nous avait rebattu les oreilles, souvent jusqu'à la caricature et l'absurdité touchant jusqu’aux derniers replis du cerveau, de ce que le peuple juif avait souffert, de ce qu'il avait dû endurer à travers l’Histoire, de sa douleur pour ses biens perdus, spoliés par des méchants de tout poil à travers le monde. Tout cela universellement reconnu par des textes de loi incluant des sanctions très graves pour que ce discours narratif ne soit pas mis en question, pour qu'il ne puisse venir à l'esprit de qui que ce soit de contredire ses termes dans des autobiographies, biographies, mémoires, essais ... Voilà maintenant plusieurs semaines que les premiers bénéficiaires de ce beau discours de victimisation systématique baignent dans leur sauce sans complexe : ça tue, ça torture, ça pilonne sans répit et sans pitié des pauvres gens privés de tout, sans armée, sans avions ultramodernes, sans marine de guerre, sans l’arme atomique brandie sans vergogne par leurs gouvernants au jour le jour, expulsés de chez eux, massacrés par une armée qui ne craint pas la communauté internationale, hautement équipée sans regarder la dépense par leurs parrains angloaméricains.

Un quidam juif des Carpates qui voudrait s'installer en Palestine n'aurait qu'à le dire : il a déjà plus de droits pour s'y installer où il veut qu'un Palestinien vivant sur place depuis des générations. Le rouleau compresseur meurtrier des sionistes écrase sur place tout ce que notre Europe pourrie, soumise depuis longtemps et presque irrémédiablement au Mammon nord-américain progressiste, n'apprécie plus : des populations modestes vivant de leur travail dans un petit jardin avec une roue hydraulique et un pauvre âne, quelques oliviers, le tout dans le respect des traditions, des grands-parents, dans le souci de l’éducation de leurs enfants, tenant une modeste boutique... Pouah ! Des populations arriérées pourries par l'islamisme ! L'orc sioniste, toujours arrogant et dément, menteur compulsif, veut tout, salit tout, ronge tout et ne se soucie pas du prix en sang et en chair humaine que les autres devraient payer. Et pour commencer par le commencement, ces ploucs Palestiniens qui salissent la terre ancestrale d'Israël élue de Dieu sont-ils des êtres humains ? Alors, avançons haut les cœurs avec plus d’entrain que jamais dans le projet d'expropriation de ces sous-hommes anachroniques et barbares ! Tant que n'arrivera pas le faucheur impitoyable capable d’éliminer ce fléau de mauvaises herbes, inutile pour le feu, inutile pour nourrir du bétail, les Palestiniens continueront à subir le déchainement de sévices de la part de ces colonisateurs sans âme et en même temps inlassablement plaintifs, sourds au volcan de sang qu'ils provoquent, largement applaudis et soutenus par « le monde libre ». Ils représentent la modernité, le progrès face à l'obscurantisme et la barbarie. Il apparaîtrait, si l'on en croit le président Isaac Herzog, que toute la population de la bande de Gaza est quasiment aussi coupable de tout que les membres du Hamas et que, par conséquence, la tragédie qu’elle vit actuellement est logique voire justifiée. En partant de ce magnifique principe, de cette même logique et puisque le discours politico-médiatique en Occident est au soutien inconditionnel à l’opération génocidaire en cours, il ne faudra pas s’étonner de l’augmentation sensible des agressions et attentats ou d'autres formes de réaction violente qui pourraient venir d'une forte communauté hostile à l’État hébreux présente en Europe. Je laisse les médias faire la différenciation subtile entre ces réactions dans les mois et les années qui viennent. S’il on tient à être cohérent, comme MM. Herzog ou son vaillant Yoav Gallant de ministre de la "défense", on se doit de reconnaître que la grand-mère qui promène son chien, le collégien qui rentre chez lui, le joggeur du dimanche, vous et moi sommes aussi coupables que le pilote d’hélicoptère de Tsahal ou les ministres de Netanyahou et, conséquemment, des cibles potentielles et légitimes. En invoquant le droit et le devoir de se défendre ... Tout le monde n'a pas ce droit ? Ah, d'accord, j'avais oublié ! Seulement pourraient l'avoir, dites-vous, les citoyens de l'unique démocratie au Moyen Orient ? Mais s'ils tuent, massacrent, torturent, bombardent ? S'ils le font dans le respect des droits de l'homme les plus fondamentaux et le plus strict droit international, pas de problème. C'est ce qu''affirment infatigablement tous les larbins de la presse libre européenne, suivant le discours du prestigieux Antony Blinken, digne successeur du non moins prestigieux Powell, Colin-aux-petites-fioles, démontrant que Saddam avait des armes redoutables menaçant la planète !

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Je me positionne clairement en soutien du peuple palestinien. N’étant ni arabe, ni musulman et n'ayant par ailleurs aucun intérêt particulier à prendre fait et cause pour une population plutôt qu’une autre, il va de soi que ce soutien s’inscrit dans une logique plus universelle en termes de valeurs. Je persiste à penser que la création de l’Etat d’Israël n’est rien d’autre que le fruit d’un braquage à main armée en pleine vue et dans l’impunité totale. Les repères religieux des colonisateurs sionistes sont sans intérêt dans cette histoire. Ce sont bel et bien des Européens, surtout de l’Est, et des Américains qui se sont installés sur des terres qui ne leur appartenaient pas à la suite des manœuvres du Royaume-Uni sur la région en ce sens. Le traité de Versailles ayant notamment démantelé ce qui restait de l’empire Ottoman, le Royaume-Uni avait alors la responsabilité d’administrer l’actuelle Palestine sur laquelle il disposait d’un mandat en ce sens. Mais rien ne l'autorisait à faciliter une colonisation occidentale de ces territoires en vue de constituer un Etat fantoche en pleine péninsule arabique. On ne peut refaire l’Histoire mais au moins admettre la profonde injustice et immoralité qui ont consacré la fondation de l’Etat israélien. Une injustice qui s’est poursuivie avec une politique de massacres, de guerre, de ségrégation raciale et religieuse et d’enfermement des populations arabes dans de véritables camps de concentration à ciel ouvert. C’est aussi pour cette raison que les fatwas en antisémitisme ou en rappel aux “heures les plus sombres de l’Histoire” par les agents d’influence israéliens que l'on entend chaque jour dans l'espace médiatique, n'ont jamais eu de prise sur moi. Je me fous de la religion de chacun de la même façon que je trouve aussi écœurant qu’hypocrite de se référer à l’Histoire pour légitimer l’inacceptable et faire oublier ses propres crimes contre l’Humanité d’aujourd’hui. Si je n’ai aucune influence sur des faits historiques, c’est à dire largement passés, j’estime pouvoir au moins témoigner sur ce qu’il se passe actuellement et de mon vivant. Cela signifie que la question morale et juridique à la source des malheurs des Palestiniens, sources de mon soutien à la cause palestinienne, qui se veut universel concernant le droit à l’autodétermination des peuples et la dénonciation de toute entreprise coloniale ou guerrière, ne me fait pas oublier que la Palestine n’est malheureusement qu’un sujet géopolitique parmi d’autres. Le conflit russo-ukrainien, en réalité la guerre menée par l’OTAN contre la Russie, les exactions ayant cours dans la région des grands lacs en Afrique, la déstabilisation de nombreux autres pays africains, le conflit entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie ne sont que quelques exemples qui nous rappellent que les Hommes de pouvoir agissent en cyniques irresponsables et n’ont aucun problème à faire couler le sang d’autres qu’eux-mêmes pour régler des difficultés qui auraient pu trouver une résolution diplomatique.
Quant à la solution à deux Etats qui revient aux médias quand l’entité sioniste est en danger, elle est non seulement improbable mais pire : elle assujettirait définitivement les Palestiniens au joug israélien. Sans continuité territoriale, il est prévisible qu’un État se retrouve à devoir gérer un conflit au long cours parce qu’une partie de son territoire se trouve enclavé dans un autre pays. C’est exactement ce qui est à la source du conflit entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie et certains ne semblent en tirer aucune leçon pratique. L’œil pour œil énième puissance pratiqué obsessionnellement par les sionistes ne servira à rien. Bombarder et opprimer une population ne résout rien et chaque Palestinien tué sous les bombes ou la mitraille, forge à sa mort dix futurs combattants qu’Israël devra affronter dans 5, 10 ou 20 ans. Israël a le droit, et le devoir, ajoute l’abominable A. Blinken, de se défendre. Et les Palestiniens, alors, à qui on a tout volé, ils n’ont pas ce même droit et ce même devoir ? Je défends la cause palestinienne car il est du droit légitime et moral que ce peuple se défende, y compris par la force. Israël reste un Etat voyou, terroriste, illégitime et dangereux pour la stabilité du monde. Que les Palestiniens légitiment le Hamas, lui-même largement issu de la volonté des dirigeants israéliens de fabriquer une opposition à l’OLP, pour assurer la lutte armée contre Israël, cela ne me choque pas. Que le Hamas se revendique islamiste, cela en plein territoire musulman, ça ne me choque pas plus. Faudrait-il que le Hamas se revendique du wokisme le plus radical, laïc ou même chrétien pour que sa résistance armée soit légitime ? Les Israéliens comme les Angloaméricains et la clique européenne se foutent complètement de l’idéologie de la résistance armée à l’Etat d’Israël. Ils ont installé des islamistes en Libye, ravagé la Syrie et détruit l’Irak. Un ancien ministre français avait osé signifier “qu’Al Nosra faisait du bon boulot en Syrie”. Preuve étant que lorsqu’il s’agit de démolir un Etat dans des guerres par proxy, les occidentaux ne reculent devant rien. Des groupuscules nazis en Ukraine ont bien été promus par les USA pour renverser Ianoukovitch. Et Bachar Al Assad n’a pas eu à se battre contre des factions laïques ou chrétiennes mais bien contre des islamistes qui faisaient du “bon boulot”.

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Les Israéliens ne ménagent pas leur peine pour s’ingérer partout dans la vie publique. Leurs agents d’influence pullulent dans nos médias, les J. Losantos, J. Juaristi, G. Albiac et compagnie même jusqu’au parlement pour influer sur notre politique extérieure comme intérieure et sur notre opinion publique. L’Espagne n’a aucun intérêt à prendre parti pour un régime d’apartheid qui ne représente rien sur le plan économique sauf pour ses parrains anglo-américains. En revanche, de très nombreux critères objectifs doivent pousser notre pays à adopter une politique plus soucieuse de l’opinion publique des pays arabes. Non seulement comme une façon de détourner le regard des militants plus ou moins radicalisés, fâchés à juste titre contre l'occident, de notre propre pays mais pour envoyer se faire foutre les Anglosaxons, responsables de tout, et qui considèrent le Moyen-Orient comme leur pré carré. Une façon de s’assurer éventuellement des liens commerciaux et des importations en hydrocarbures qui seraient favorables à l’Espagne. Quel que soit l'angle d'approche, si nous sommes attachés au droit, à une certaine morale politique et humaniste, il est plus que normal que l’on soit sensible aux souffrances du peuple palestinien, depuis des années, non seulement depuis le sept octobre dernier. Est-ce que cela signifie que l’on soit prêt à se prostituer face à l’islamisme ou au repli communautaire ? Que l’on fasse l’apologie du terrorisme ? Nullement. Ce sont des sujets distincts et l’on peut se montrer tout à fait intransigeant sur notre politique intérieure tout en étant très clair sur nos prises de positions concernant le conflit de l’entité sioniste contre le peuple palestinien. Soutenir les Palestiniens, reconnaître le Hamas comme force de résistance armée contre Israël mais aussi acteur politique avec lequel il convient de parler, ne signifie pas cautionner les uns ou les autres ni accepter de manière opportuniste les replis identitaires, comme ceux de la stupide Pilar Rahola ou du grotesque Manuel Valls Galfetti. Que l’on soit juif, chrétien, athée, agnostique ou musulman : nos seuls intérêts devraient être ceux de notre pays et de notre peuple en harmonie  avec ceux de la communauté internationale civilisée.

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Israël est attaqué par des pays arabes qui veulent sa destruction : ils ont le droit et le devoir de se défendre. L'Iran dispose d'un potentiel nucléaire et souhaite effacer Israël de la carte : ils ont le droit et le devoir de se défendre. Le Hamas est déterminé à tuer des civils israéliens, alors : ils ont le droit et le devoir de se défendre. La liste est sans fin des choses qui ne laissent pas d'autre choix à Israël que de se défendre, d'attaquer, de tuer, surtout des Palestiniens. Ce droit de se défendre va de soir dès lors qu'on admet que "in principio erat Israelum et Israelum erat apud Deum et Deus erat Israelum"C'est donc sans espoir et il n'y a aucune raison d'attendre un changement. C'est la réplique forgée officiellement, vers 1956, par le général Moshe Dayan, bien qu'à l'occasion, des sionistes y aient eu recours déjà auparavant, pour justifier n'importe quel crime. M. Dayan, rendu célèbre par son bandeau grâce aux médias et au cinéma, était connu aussi pour voler des antiquités et par ses appétits sexuels. C'est comme chef d'état-major de l'armée israélienne que Dayan a eu recours à cette excuse du devoir de se défendre dans un éloquent panégyrique qu'il avait prononcé avant l'attaque de l’Égypte par Israël en 1956. Dayan alimentait la peur lorsqu'il décrivait les pauvres réfugiés dans la Bande de Gaza comme " attendant de nous massacrer et de répandre notre sang " parce que, comme il le reconnaissait lui-même, " nous avons pris leur terre et en avons fait la nôtre ". Mais, expliquait-il, nous l'avons fait parce que nous n'avions pas le choix après des milliers d'années d'exil et de persécutions sans fin. Après le génocide nazi, nous voilà revenus mais nous devons toujours vivre par l'épée et toujours tenir fermement cette épée, car dussions-nous relâcher cette prise, ces sauvages Arabes assoiffés de sang y verraient un signe de faiblesse et le sang juif inonderait les rues. Autrement dit, peut-être ces Arabes qui nous regardent de derrière les portes de Gaza sont-ils fondés à nous haïr mais c'est une réalité où nous n'avons pas le choix. C'est notre destin de vivre toujours par l'épée. Les crimes commis par Israël le sont parce qu'Israël n'a pas le choix. Il doit se défendre. Dans une interview donnée il y a quelques années par un responsable des interrogatoires des services de renseignement israéliens, celui-ci décrivait comment, dans des hôpitaux israéliens, des médecins fermaient les yeux quand les agents venaient torturer, à l'hôpital, des blessés " suspectés de terrorisme ". Il décrivait comment ces agents " tiraient un peu sur les tubes " et qu'aussitôt, " les Arabes se mettaient à parler ". Puis il ajoutait que bien sûr personne ne pense que c'est bien mais que devrions-nous faire ? Nous avons le droit de nous défendre. Il justifiait la torture la plus immorale et la plus horrible contre des personnes hospitalisées, avec des médecins regardant ailleurs pendant que les agents font leur petite besogne, avec cette même excuse sans gêne. Dites, je vous prie, que ce que font partout tout le temps les Israéliens est justifié, que tuer des Palestiniens en nombre est acceptable parce qu’on a le droit et le devoir de se défendre. Le nettoyage ethnique de la Palestine est justifié parce que les Juifs n'ont pas le choix. Le lent génocide du peuple palestinien est justifié parce qu'Israël n'a pas le choix, tuer des milliers de Gazaouis se justifie parce qu'Israël n'a pas le choix, et ainsi de suite. Les médias américains ont poussé la chose un pas plus loin en y joignant : " Nous ferions de même ", comme si cela ajoutait du poids à l'argument du devoir de se défendre. Peut-être est-il temps de penser sérieusement à cet argument et d'examiner s'il n'a une formule parallèle équivalente du côté palestinien. Que devrait faire Israël pour ne plus être pas à la défensive mais à l'offensive sinon à " la compréhensive " ? Foutre le camp des villes et villages palestiniens et alentours injustement occupés. Démanteler, en partant, le mur et tous les points de contrôle. Que devrait faire Israël avec les roquettes tirées de Gaza ? Lever le siège de Gaza, démanteler le mur et les points de contrôle qui s'y trouvent, et laisser au peuple de Gaza la liberté à laquelle il a droit. Que devraient faire les Israéliens ? S'ils n'aiment pas l'idée de vivre dans un pays à majorité arabe, ils peuvent aller ailleurs ou s'y faire et, s'ils choisissent de rester, qu'ils se comportent en immigrants plutôt qu'en colonisateurs. Israël devrait libérer tous les prisonniers palestiniens, abolir toutes les lois qui octroient au peuple juif des droits exclusifs en Palestine, abolir les lois qui interdisent aux Palestiniens de revenir sur leur terre, et débloquer les milliards de dollars qui seront nécessaires pour payer des réparations aux réfugiés et à leurs descendants. Israël devrait alors appeler à des élections libres, une personne une voix, où tous ceux qui vivent dans la Palestine mandataire voteraient à titre d'égaux. Voilà ce qu'Israël a le droit et le devoir de faire.

  


dimanche 3 mars 2024

J'attends comme chaque année que le printemps revienne ...

 


Vente de l’appartement de Bordeaux en marche. Je me souviens quand j'avais neuf ans, et que mon père avait décidé de quitter El Vivero. L'enchantement qui me prenait à la vue des terres, trop colorées en jaune et en vert, visitées par la lumière de la mi-mars, au loin, au fur et à mesure qu’on s’éloignait de la maison, dont l’image rétrécissait à vue d’œil, me porte toujours dans ma vie, aujourd'hui. La vision des champs effaçant les contours de la maison qui les accompagnait depuis des années m'écrasait littéralement. J'avais presque peur de quitter ce que je voyais, je scrutais les images avec l'espoir de déchiffrer une énigme qui semblait insondable, sans commencement ni fin : j’entendais tout le temps le mot nos-tal-gie. Notre petite maman pleurait. Je n'avais jamais entendu le mot “nostalgie” alors, mais il me paraissait évident que quelque chose de caché allait se révéler à moi si j'avais suffisamment de patience et de sagesse, de prudence et de courage. Les enfants sont souvent livrés à eux-mêmes, confrontés qu'ils sont à des objets, des situations, des compositions ou des discours dont ils ne peuvent ni tout à fait s'emparer ni complètement se débarrasser, et qui les cernent en les enveloppant d'un invisible mystère. Là, presque soixante ans après, j’ai peur de renouveler l’expérience, sauf que cette fois-ci, c’est R. qui va éclater en sanglots au moment où on devra fermer nostalgiquement la porte pour la dernière fois. C'est dans la redécouverte de cette nostalgie, quelques années plus tard, quand on a quitté Behobia, que ce chagrin de l’abandon d’un lieu cher s'est réincarné, et pour toujours je crois bien. Les temps changent, ou plutôt c'est nous qui changeons face à eux, ou avec eux ; lentement mais sûrement, nos goûts se transforment, nos besoins changent, nous nous adaptons à l'être qui évolue en nous sans nous indiquer une quelconque destination, et il faut qu'un axe au moins soit stable, devant lequel nous inclinons nos désirs. Une fois que les orages de ces deux dernières années se sont calmés, quand on a jaugé l’importance des dégâts et qu’on a évalué notre situation par rapport aux marges de manœuvre réalistes dont on dispose dorénavant, une partie de moi s'est détachée sans hésitation et avec soulagement de ce morceau d’une ville qui nous a tenu à cœur depuis tant d’années. Notre Bordeaux de 1977, jeunes mariés ! Cet appartement, on va s’en séparer par impatience, de ma part, et à contre-courant plutôt qu'à contre-cœur, de la part de R. Mon étonnement a été grand, d'avoir pris si facilement une décision particulièrement difficile, si opposée à tout ce qui nous avait motivés jusqu'alors : un joli pied à terre bien situé et à proximité des enfants, qui habitent rive droite … Des traits simples, des gestes méticuleusement médités avaient suffi à R. pour, d'un seul souffle, emplir l'âme et l’espace de ces lieux.

Rideaux japonais, dont la lumière, parlant trop haut, égayait les yeux et les pensées, unanimement admirés ; meubles, décorations, couleurs se révélaient comme ce qu’ils sont le plus souvent : des caprices fragiles et splendides, propres à enchanter nos enfants et à épater gentiment nos proches. Cet appartement, c'était un coin exquis et salutaire dans lequel nous nous étions conviés depuis des années. Le bruit et les fureurs du calendrier ont été supérieurs au talent de R. Il y a désormais trop autour de nous. Trop de soucis, trop de pensées, trop de volontés contradictoires, trop d’abandons lucides de notre part, blessés par l’inattendu : tous ces excès nous déshéritent, nous, à notre insu. La capacité de réaction est une grâce, j'en fais l'expérience avec un sentiment de gratitude immense à R. pour sa compréhension devant ma décision trop expéditive, peut-être, que j’ai adoptée comme quelque chose d’irrémédiable, sans marche arrière. Notre rencontre d’il y a cinquante ans s’est dit très simplement, en dehors des tumultes romantiques et à l'abri de la lumière des poncifs, sur un oreiller d'herbe, à côté d’un vieil arbre, qui existe toujours et dont les racines se perdent au lit d’une rivière. Il ne s’agissait pas, pour moi, d'éblouir, mais d'être ébloui. Je l'ai été largement. Quand je rédige ces lignes, entre les griffes de la nostalgie, je remémore nos déménagements et emménagements, ces moments de notre vie en couple, au long de tant d’années, et j’observe lentement le parcours infatigable de ce chagrin mélancolique, du temps à jamais révolu, s'écoulant sans bruit, sans âge, sans fin et sans marche arrière, au plus profond dans nos corps et nos émotions.

 


mardi 6 juin 2023

Tic-tac … Et le temps passe !

 

Actualité. Celui qui a eu recours à toutes les violences et à toutes les ruses pour conquérir puis garder le pouvoir ne supporte pas l’idée de voir qu’on puisse agir contre lui par des moyens semblables. Lui, qui ose se prétendre légal, seul légitime et seul autorisé à la manipulation éhontée du troupeau électoral. Face à un tel hypocrite, les belles âmes qui s’interdisent, par candeur ou par élégance, la rage et la force ont déjà perdu. En de telles circonstances, il faudrait avoir au plus haut degré le mépris du confort de la propre vie pour combattre sans faillir celui qui atteste le plus haut degré de mépris de la vie de ses concitoyens.

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La seule vérité est peut-être la paix des livres (Saint-Exupéry). Je n'ai jamais été aussi heureux que lorsque j'étais dans ma bibliothèque. Cette pièce, que j'ai aménagée dans toutes les maisons que j'ai habitées, dans laquelle se trouvaient mes affaires de prof, mes dossiers et mes livres. J’y travaillais tard dans la nuit, quand M. dormait et R. était partie faire son tour de nuit à l’hôpital de Saint-Sébastien. Travailler, c'était ça : veiller, combattre le sommeil. L’amour des livres, ça remonte à l’enfance. À la maison, il y en avait pratiquement pas sauf une demi-douzaine que mon père lisait à voix haute pour tous, au coin du feu, dans la modeste maisonnée de El Vivero. Vivre parmi des livres, ç'a été le grand fantasme de ma vie. Depuis toujours. À Bordeaux, Gijón, Fontarabie, Irun, puis à Bordeaux encore. Des tas de livres dans des pièces dont j'ai encore les odeurs en tête. Des pièces qui symbolisaient le silence et le bonheur. Des volumes de toute sorte attendant que mes mains viennent les prendre, les ouvrir. Quand M. travaillait dans la pièce à côté on allumait l’ampli et on passait des heures au milieu de cette forêt de pages, de notes et de sons. On pouvait y aller n'importe quand, dans l'après-midi ou en pleine nuit, ou bien le matin. J'ai encore une très belle bibliothèque mais je n'y mets pratiquement plus les pieds la nuit ou si peu. Je lis au lit, ou en bas dans la cuisine, ou au salon. Les livres dorment sagement. Je prends des notes avec une tablette ou avec un ordinateur. Solitude, toujours. Excepté quelques conversations au téléphone avec Christian F., pas de public avec qui discuter de lecture(s). Pas de collègues, pas d’élèves non plus. Il n'y a plus que les mots, je n'ai plus que les mots et les pages à ma disposition, alors que j'avais des cours, des tâches, des tonnes de projets. Je me rends compte que dans la bibliothèque, il y avait, il y a encore, des livres non lus. Philo, Histoire. Linguistique et poésie. Théorie littéraire, énormément. Et la solitude, bien sûr, sans laquelle rien de tout cela n'aurait été possible. Et tout sombrera dans l’oubli mais la mémoire résiste comme elle peut … C'est ça, la vie, cette constante superposition à plusieurs vitesses d'oubli et de mémoire. D'un côté, on est au milieu de murs de livres, seul, enfermé, et d'un autre côté, on a une vie à vivre, des gens qu'on a connus, rencontrés, aimés, détestés. C'est le double substrat fondamental. Pour traverser la vie en s'arrêtant sur ses rêves. L'histoire n'est faite que de ruines et de souvenirs. Il faudra, à A., tout recommencer encore une fois. Tout recommencer à zéro, ou presque. Avec ses projets, ses espérances, sa vie encore à esquisser dans son propre tourbillon de rêves ...



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