« Ne gâche pas ta carrière de raté pour un succès de merde. » Javier Ortiz« Essayer encore. Rater encore. Rater mieux encore. Ou mieux plus mal.
Rater plus mal encore. Encore plus mal encore. Jusqu’à être dégoûté pour de
bon. »
Samuel Beckett, Cap au pire
« Écrire, et plus encore écrire en français, semble être la projection de l’échec absolu de soi-même. »
Dominique De Roux, La mort de L.-F Céline
Ces nuages silencieux que personne ne regarde. La véritable question ne
porte pas sur ce qu’un service secret ou un groupe quelconque a pu espionner
chez P.S., ce grotesque individu, après avoir piraté son téléphone portable avec le
fameux spyware Pegasus, mais sur les informations dont il dispose concernant un
très grand nombre de personnes haut-placées, y compris au sein de son propre parti, grâce
aux caméras d’espionnage installées dans les maisons closes du père de sa
femme. C’est là que réside essentiellement la source de son immunité et
l’explication de la survie de son gouvernement de bras cassés. Son bilan, ce
n’est pas de l’impréparation. La mission des parasites incompétents et
corrompus de cette administration tient, à mon sens, en deux points : d’abord,
mener une belle vie, imméritée, que les – très – modestes talents dont ils font
preuve interdiraient à presque la totalité de ses membres dans un monde normal ;
ensuite, dévaliser tout ce qui reste de ce pays, au profit d’eux-mêmes et de
leurs marionnettistes, quelles que soient les obscures raisons de l’utopie
technique délirante de leurs maîtres de Davos et d’ailleurs. Pour le reste,
c’est la politique du chien empoisonné, abandonné dans une eau stagnante et
croupie. Et comme une partie considérable de la population n’y voit aucune
objection, ces gens-là auraient tort de s’interdire toutes les saloperies et
dingueries qui les confortent dans l’idée qu’ils sont la démocratie assiégée,
la digue inébranlable contre « la droite », « l’extrême
droite » et le dérèglement climatique.

Bilan pré-vacances : humiliation
sans broncher à Ankara, des incendies sauvages, l’invasion de la frontière marocaine
par les foules envoyées directement par leur « ami » Mohammed VI, le
milliardaire corrompu guignol du Mossad et de la CIA … Ils s’en foutent
« royalement » ! Vaine tentative, donc, manquant d’une
indispensable boussole, pour toute personne qui chercherait à y voir clair dans
un brouillard idéologique et politique de plus en plus épais. Lutter contre la
désinformation ! Si l'information ne vient pas des médias qui
appartiennent au gouvernement, elle est probablement fausse. Voilà tout, c’est
facile à comprendre. Allez, partez en vacances, rompez, circulez, il n’y a rien
à voir ! Il faut aussi ne pas être beaucoup sorti de chez soi pendant le
dernier demi-siècle pour considérer encore la social-démocratie et le sanchisme,
qui s’en réclame, comme une pensée neuve et dangereuse pour « les riches »,
« les possédants », « les classes dominantes » alors que
cette salade idéologique est, depuis sa naissance, un lieu commun de l’impérialisme
anglo-américain et du sionisme, seriné à tout bout de champ, avec tous les moyens,
toutes les ressources et plateformes imaginables, du cinéma à la presse people,
de l’université à la crèche. Il me
paraît difficile de croire que le groupe de 61 « journalistes » laquais
du gouvernement ne s’en soient pas rendu compte. C’est pourquoi je pense qu’il
ne s’agit de leur part que d’un comportement purement rhétorique, contre
espèces sonnantes et trébuchantes, visant tout simplement à orner des rutilants
atours intellectuels la vieille, puante et corrompue, idéologie capitaliste de
gauche, ce fameux « capitalisme de partage » (surtout entre eux !).
***
Après le démantèlement de la Russie et le pillage systématique de ses
ressources, ce sera au tour de l’Iran, de la Turquie, du Pakistan et même de la
Chine, qui sait …
***

Face à moi, au nord, de beaux nuages gris pâle de plusieurs épaisseurs en forme
de masses de coton, effrangés de blanc par le soleil au-dessus. Au-dessous, du
bleu timide qui se laisse voir par moments. Parti à jamais le beau soleil d’Alicante !
Il est bien là-haut, le soleil, ce matin, en train de se lever, tout á fait propre
et aoûtien par contraste avec le piteux état de la végétation et des
pelouses, récemment tondues mais desséchées et jaunies suppliant un peu de
pluie. Tout semble paisible et en silence dans le quartier. Les gens sont
partis. Pratiquement pas de voitures et déjà loin, oubliés, semble-t-il, les problèmes
d’années précédentes à cause de l’accès au réseau autoroutier français, récemment
coupé à cause des incendies, mais pas à cause de la station de péage de
Biriatou, pour une fois. Pas de nouvelles, bonnes nouvelles, autrement :
ne parler qu’au silence, à la fraîcheur du jardin et encore, car silence total
impossible par l’attention constante portée à l’écoute des dialogues
intérieurs, des vieux ressassements qui depuis l’enfance occupent ma tête comme
un essaim de drones.
***
Fixation des feux. Le feu est un ennemi invincible, infatigable, immortel, que l’on peut
toutefois tenir en respect et faire reculer, temporairement. L’Espagne
calcinée. Une fois de plus. Nouvelles alarmantes de Bordeaux des médias
mainstream. Fort heureusement, le désagrément s’est borné à des odeurs
désagréables et à la fumée provoquée par les feux prochains. Pour ceux qui sont
confrontés directement aux flammes ou aux évacuations, c'est une autre paire de
manches. Tristes aussi, que cette région voisine et qui nous est familière soit en
feu, tout pareil de chez nous. Les incendies, côté espagnol, continuent à y faire rage illustrant qu’on
n’apprend pratiquement rien des catastrophes précédentes.
***

On m’a appris la semaine dernière la mort de J. Gil Diez-Conde, que j’avais
connu à l’époque où nous étions à la Fac de Philosophie, il y a une
cinquantaine d’années, sans avoir, depuis cette époque si reculée, cessé le
contact. Il faisait partie de la mouvance plus ou moins maoïste dans l’agitation
des années 80. Après le concours de 1979 on a été nommés au lycée d’Irun où on
a été collègues de longues années. Il s’y occupait principalement, avec
ténacité et vraie vocation, de l’animation d’un groupe de théâtre, Katamitus, créé par lui.
C’était un homme de convictions où transparaissait un tempérament remuant. Je
me souviens d’avoir discuté avec lui à cause du vrai socialisme, à l’époque où nous
prenions encore cette religion au sérieux et, plus amplement, de littérature et
de langue (basque). Nous nous sommes rapprochés au moment où j’ai été chef
d’établissement et reçu son soutien à chaque initiative de notre équipe. Sa
femme, Ch., a failli être mon élève à la Fac de lettres de Gasteiz mais elle a
dû changer d’avis au dernier instant et je ne l’ai pratiquement jamais revue.
Je savais qu’il était très lié à José-Luis Cancho, un autre maillon d’une chaîne de connaissances
perdue dans le brouillard des quotidiens distants. Selon les thèses de Von
Hayek, Popper ou Friedman, l'utopie communiste était à la fois une erreur, un
échec et un crime. Ils ont crevés, ces génies-là, sans connaître la revanche géopolitique,
historique, de la Chine, s'articulant principalement autour du développement
technologique, de la puissance militaire et du contrôle des chaînes
d'approvisionnement mondiales. Je pense à des tas de choses de cette eau-là,
j’ai soixante-douze ans et tout l’essaim de mes juvéniles espérances s’est
envolé. Je me suis, donc, considérablement trompé sur le passé mais je pourrais
difficilement m’abuser sur le sort qui nous attend : l’isolement
progressif au fil des temps à venir, la rumination mentale, la nostalgie
réveillée grâce à des pensées qui relient notre quotidien aux souvenirs de
jeunesse, la disparition progressive de gens qu’on a connus : une lente course
en direction du désert. A-t-on encore devant soi quelques années, quelques mois
ou quelques heures seulement ? Un affaiblissement graduel, une fin de vie progressive, marquée par la maladie, ou un renversement
accélérée ? Comment supportera-t-on les inévitables temps difficiles et
comment les vivra-t-on ? On essaiera, en dépit de tant d'incertitudes, de faire sur scène en sorte que notre numéro se termine avec
calme et dignité ...
***

Ils sont de retour ? Ils n'étaient jamais partis ! Au Pays Basque (Bilbao) et en Navarre espagnole (Berriozar, dont le maire a condamné les "violences"), certaines localités sont en tête du martèlement
médiatique, semblant décidément être des lieux privilégiés pour l'expression sociale
de la poésie et de l'humanisme de la part de nos amis patriotes basques radicaux, de vrais
socialistes nationaux puisque les nationaux-socialistes, c’est des fachos, et c’est
pas bien, faut pas confondre. Des soutiens « patriotes » (abertzaleak),
solides, à fond, sans fissures, à Madrid, de la constellation de bandes
mafieuses du sanchisme proliférant qui prétend gouverner. Le Système et ses
laquais sentant que la construction de leur monde va échouer tentent le chaos
contrôlé à travers la peur – tous contre tous – avec les bêtes sauvages
déchaînées comme seuls recours, en oubliant que le propre du chaos est de
n'être pas contrôlable. On en vient à espérer que la famille suprémaciste crève
dans son coin, qu’elle éclate comme un bouton de fièvre. On n’a plus guère
envie de discutailler avec cette engeance-là, tant on sait que c’est vain après
tant d’années d’ergotages inutiles. La simplification gagne à tous les coups,
dans ce genre de discussions. Cette question est un trou noir dans lequel on
tombe dès qu’on essaie d’en parler calmement, sans sacrifier la complexité. C’est,
à force de temps, comme un aspirateur à poncifs. C’est une société folle et
insupportable que ces affaires à répétition (agressions, hommages à des
assassins, intimidations en tout genre) nous révèlent, en tout cas. Et, à ce qu’il
paraît, on n’a rien vu encore, car les intentions de vote les donnent gagnants aux
prochaines élections. Omniprésents toujours sur les réseaux sociaux, ce repère
favori des cinglés de toute espèce. Finkielkraut a bien
raison de dire qu’ils sont la poubelle du monde. Et ce pays est devenu un
claque-merde puant où chacun épie son voisin par les persiennes numériques pour
sonner l’hallali « pour que la bête espagnole ne relève pas la
tête ». On a encore revu ça pendant la coupe du monde, la rage déchaînée contre
des gamins exhibant le tee-shirt de la sélection espagnole. C’était terrifiant.
« Il y a encore dix ans, t’avais trois balles dans la tête ! » lâchait
un brave hominidé à un de ces gosses après le lui avoir arraché avec férocité. Pas
de réaction, ah, ça, non ! Le gouvernement a beau jeu, avec de pareils
citoyens, qui vont eux-mêmes quémander toutes les muselières existantes, implorer
toute l’impunité qu’on veuille imaginer, pour se donner l’idée qu’on est sorti
vainqueurs de la lutte contre l’ETA et ses fidèles sbires toujours actifs. Absorbé
par ces idées qui me donnent le tournis, j’ai failli ignorer une surprise de
taille qui m’avait fait sourire sur place. Dans le comptoir 100 Montaditos,
j’ai face à moi un garçon serveur à cheveux gominés, tatoué partout où on peut
regarder, aux yeux et à la bouche maquillés, aux longs ongles vernis et à
l’épaule dénudée. Manifestement, ma gueule de vieux ringard ne lui fait aucun
effet.
***

Puta España. La mouvance nationaliste n’aurait pas trop à se plaindre de la société espagnole,
dans laquelle dès l’époque de l’après-guerre elle fut bénéficiaire d’aides et
d’investissements variés avant de mener une trajectoire de fusée se détachant
de l’ensemble espagnol si honni. Malgré quoi, la réaction de toute la mouvance
nationaliste, y compris les secteurs « Dieu et vieilles lois » fut d’une
extrême virulence, après la disparition de Franco. Il était parfaitement
légitime, surtout à l’époque, de protester contre les méfaits ou les rudesses du
régime prêt à disparaître, cela n’autorisait pas à raconter n’importe quoi. Le
nationalisme indépendantiste présente toujours une vision manichéenne où tout
est soit noir soit blanc, sans nuance. Pour lui, l’appartenance à une même nation
est une chimère sans aucun aspect positif, il refuse de considérer, ou juge
négligeables, les « privilèges » fiscaux, propres d’une société d’Ancien
Régime, l’équipement du pays en toute sorte d’infrastructures, etc. Il mêle, en
un tout diabolique, le reste du territoire avec la langue commune, qu’il
assimile à Franco, pour idéaliser l’indigène, ou l’assimilé, résumé admirable
de perfection citoyenne. Il ne tient pas compte visiblement des aspects fâcheux
(les sacrifices humains les plus lâches, lors de la « lutte armée » mafieuse,
en une seule direction, contre des gens sans armes, à la différence de
l’Irlande où il y avait deux groupes armés se faisant face, le rackett
patriotique, l’enlèvement contre rançon pour financer « la cause », les
vendettas sans fin contre les proches des victimes, la profanation systématique
des tombes et des lieux commémoratifs, etc) ou ne veut rien en savoir. Il est toujours avantageux de
prendre la pose en lançant des anathèmes, plutôt que d’étudier sérieuse et
loyalement les problèmes que créent inévitablement les contacts entre régions
au développement inégal. Une grande part de l’argumentation, côté
« souverainiste », consiste à présenter des poncifs racistes,
méprisants ou condescendants, destinés à prouver la malveillance fondamentale
de l’espagnol. Il en existe aussi de positifs et bienveillants, mais ils ne
font pas le poids d'un équilibre impossible. Cette médiocre marchandise qui se veut discours politique ne
vaut même pas ce qu’elle coûte. Elle s’en vend paraît-il très bien lors des campagnes
électorales. Ce succès tient plus, je pense, à la mentalité moutonnière d’une
petite société fanatisée qu’à l’intérêt, l’originalité ou la portée pratique d’un
discours véhiculant une pensée politique fondée sur une quelconque forme de
réel. Sur une question aussi difficile que celle de « la
souveraineté », par exemple, il est toujours décevant de lire de telles
balourdises. C’est encore un numéro contre la tyrannie étatique et marchande, de
capitalisme-patriarcal-qui-explique-tout et de socialisme-qui-résout-tout. Le
tout imbibé d’un wokisme épais, qui sans cesse le porte à faire cas des plus
accablantes sottises : la République anale basque, que sais-je encore … Que l’on transporte
les crétins où l’on voudra, ils pataugeront dans la sottise, ils mettront
partout l’ânerie et le bruit. Au moins, le Président Ibarretxe, s’y connaissait
un peu en préhistoire : il nous expliquait que jadis, il y a au moins sept mille
ans, les Basques déjà un brin supérieurs, ont vécu dans un état paradisiaque, avant que ces salauds d’Espagnols (et de Français !) ne viennent les
corrompre, ce qui est très méchant.
***
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