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jeudi 14 septembre 2023

En septembre, les feignants peuvent s'aller pendre.

 

Séance cinéma insupportable : aller-retours de spectateurs aux chiottes, leur portable comme lampe de poche, bruit de conversations à tue-tête et de mastication sans complexe. Et ça ne chouine plus chez les propriétaires de cinémas dès qu’on peut de nouveau manger des cochonneries dans leurs salles. Il semble que ce soit ça qui rende rentable cette activité dite culturelle alors qu’il s’agit souvent de simple distraction. Quand je fréquente ces lieux, je ne peux pas m’empêcher de pester contre le bruit des grignoteurs. Dommage que l’interdiction de l’époque du covid ne soit pas devenue définitive ! Curieux, tout de même, comme un simple bruit ininterrompu de mastication peut donner au misophone, perdant le fil de son raisonnement, des envies de meurtre.
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Discussion (brève, après Oppenheimer). Il me semble impossible et néfaste de séparer la croyance de la connaissance. C'est l'erreur du scientisme actuel qui gouverne partout. Or, aucune connaissance n'échappe à la croyance, et si elle le prétend, elle est une croyance redoublée. Tout savoir peut être repris dans sa dimension de croyance et de conviction. La fidélité au vivant ne se laisse pas perdre par l'observation et les faits bruts ne peuvent être analysés que par la pensée et un sujet. Entre l’un et l’autre, Kierkegaard établissait un lien : « Penser est une chose, exister dans ce qu'on pense est autre chose. » Exister dans ce qu'on pense, dans ce qu'on fait, dans ce qu'on enseigne, dans l'amour, dans la haine …  Croire et savoir. Partage indissoluble. 

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Fragilité de nos corps. Ma nièce, attrapée elle aussi, comme R., par une sorte de cancer. Il est silencieux, le traître, la plupart du temps, mais ce silence n'est silence que pour l’extérieur. Dans nos corps, il s’exprime par des symptômes que notre cécité ne capte pas comme le fait un spécialiste. Pourtant, nos organes font constamment du bruit, ils s'expriment sans cesse, ils ne connaissent pas le repos, eux, et quand on entend un cœur qui bat, on est drôlement affolé.

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Anniversaire de R. Notes-souvenir (suite) des nuits d’hôpital d’à peine six mois. Chambre, bruits des couloirs, seuls dans un espace réduit avec des appareils partout, avec des fils et des tuyaux partout. J’observe les infirmières et « ma » malade. Tout le monde est très gentil. On se croirait presque dans le monde d'avant. J'hésite à appeler, comme l’infirmière n’a pas arrêté de me dire, parce que j’ai l’impression de déranger en quelque sorte. Si j'appelle, si je leur explique le motif de mon appréhension, ils vont revenir, faire plus d'examens. À trois reprises, on se retrouve avec une voisine de lit, dont on ne voit que les pieds à travers le rideau de séparation et une partie des jambes. En revanche, j'entends beaucoup les ronflements de l’une d’entre elles, et les voix d’une autre, collée à son portable. Elle communique en basque avec son mari et ses enfants qui viennent de la quitter. Une voix étouffée, ronde, alourdie par la fatigue. Dans la pièce, des bips différents, qu'on peut classer en deux catégories. De très jolis bips, discrets, bref, sobres, qui ressemblent aux cris de ces animaux nocturnes qu'on entend parfois la nuit, à la campagne, et qui ont tant de charme et d'élégance dans leur simplicité essentielle. Et puis d’autres bips, beaucoup plus stridents mais qui forment avec les premiers une jolie polyrythmie que je trouve rassurante tant qu’ils ne s’arrêtent pas. J'aime cette surveillance accompagnée de bruits, ils me portent, ils me guident au travers la nuit qui passe. Visites des infirmières et nouvelles prises diverses que je ne comprends pas. Elles m’expliquent. Pas photo avec les cons du cabinet dentaire d’Irun : personnel pas gentil du tout mais maladroit. Ils doivent s'y reprendre à trois fois pour l’anesthésie du maxillaire et ils le font toujours de travers ; R., très polie leur annonce que l’anesthésie ne marche pas puisque les piqûres qu'ils lui ont faites n’ont pas pris. Mais ils s'en foutent. « Ça fait mal, Madame, il faut supporter ». Simultanément : mauvaise praxis, négligence, nullité professionnelle et connerie arrogante. Personnel jeune et sans expérience, sous payé par les vampires qui les recrutent sans scrupule. Trop pour le prix que ça coûte ! Je ne leur en veux même pas : changement illico de clinique dentaire ! Vers huit heures du matin, visite de la cardiologue. Décontractée, souriante, elle est loquace et veut se faire comprendre. Ça tombe bien, je vois bien que les réponses à R. sont rassurantes et qu'il peut même s'engager un semblant de dialogue entre nous, moi, complètement ignare, elle prête à me laisser parler, ce qui est déjà énorme. Je garde dans ma tête le bref dialogue – pour ce qui me concerne – avec le cardiologue d’Irun expliquant ce qu'est un remplacement de valve aortique. J’avais toujours peur de lui demander quoi que ce fût vu qu’ils n'ont pas beaucoup d'humour, ces médecins. On les dérange quand on leur demande des détails sur leur diagnostic. En tout cas, il n'a pas hésité une seconde, lui, avant de dire à R. qu’elle avait intérêt à faire vite. Les quelques mois écoulés depuis sa dernière intervention pour son cancer d’utérus et de son traitement, qui fut une réussite, n’ont rien à voir avec la situation d’aujourd’hui. Faut pas confondre. Il lui parle des examens qu’elle va devoir faire très vite et qu’il est hors de question de laisser traîner. En juin, après le cauchemar, un gentil cardiologue tout guilleret a donné à R. le meilleur traitement post-opératoire qui soit : la marche ! La marche remet les organes à leur place, c'est-à-dire qu'elle les soumet à la loi du corps, qui lui-même est soumis à la loi du vivant, qui ne se laisse pas impunément segmenter. Bref, l’orage passé, on ne lui en veut pas du tout, au cœur de R.  C'est tout de même extraordinaire ce qu’elle a réussi depuis avril 2023, tout de même, avec toutes les émotions que nous avons traversées, elle et moi. Non, c'est un bon cœur, qu’elle a là, solide et fidèle.

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« Abriter en sa maison ce trésor que représentent un père ou une mère, ou le père et la mère de ces derniers, que l’âge réduit à l’impuissance, c’est avoir, que personne n’en doute, se dressant au cœur même de son foyer, une statue que nulle autre ne surpasse en puissance, à la condition en tout cas que son possesseur lui rende correctement le culte qui lui est dû. » 
Platon, Les Lois, IX

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Montaigne, qui avait des avis sur tout et y compris sur ce à quoi il ne connaissait rien, en rajoute, dans son essai sur les Cannibales : non seulement les Indiennes ignorent la jalousie, mais au contraire des Européennes, qui mettent tout leur zèle à éloigner de leur mari les autres femmes, celles-là mettent tout le leur à les en rapprocher («C’est une beauté remarquable en leurs mariages, que la même jalousie que nos femmes ont pour nous empêcher de l’amitié et bienveillance d’autres femmes, les leurs l’ont tout pareille pour la leur acquérir»). Les expériences de la vie n’ont pas souvent permis de constater une telle libéralité dans la psychologie féminine, ni d’ailleurs dans la masculine. La question n’est guère débattue, bien que la polygamie tende maintenant à se répandre en Europe sous l’influence de l’immigration et si on interroge Google au sujet de la jalousie entre co-épouses, surprise : nos amis progressistes, d’ordinaire si prompts à s’extasier devant les merveilles des cultures différentes, paraissent totalement muets, en tout cas absents de la première page de résultats.

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La fiction inspire la défiance. Abandonner, ne serait-ce qu’un peu, des idées que les gens croient leur être propres serait une atteinte intolérable à leur sécurité essentielle, une méchante brèche dans la haie, qu’ils présument infranchissable, délimitant leur périmètre existentiel. C’est de là, peut-être, que vient leur désamour fondamental pour la littérature, qui ne délivre pas de vérités, qui sape les croyances et qui complique les relations que nous entretenons avec le monde, incapable qu’elle est de tirer des traits droits et univoques entre les choses et nous, entre nos sensations et nos représentations. Les phrases écrites nous attendent alors que nos opinions nous précèdent, et c’est bien ce qui est pénible, quand l'écrivain a affaire à des gens habillés de pied en cape par leurs convictions, qui les recouvrent complètement, sans qu’aucune partie de leur être ne se présente libre, à nu, aux dangers de l'écrit. Les rapports entre les humains pourraient être beaux, si « la société » ne s’en mêlait pas. Mais nous sommes incapables de nous soustraire au regard social qui pèse sur notre nuque dès que nous quittons notre solitude, notre individualité. « Nous voulons vivre dans l’idée des autres d’une vie imaginaire » a écrit Pascal.

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Les imbéciles ont toujours des explications simples qui répondent merveilleusement mal aux questions complexes. Ils aiment répondre à côté.

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Quel exemple de décentralisation ! (sic) Un ami et ancien collègue de l’Université prétend me fournir des renseignement sur l’eurorégion NAEN. Que j’avais connue, et où j’avais participé activement depuis sa mise en marche, en sa version AEN. À l’époque, la Navarre était plutôt froide, elle boudait les réunions craignant sans doute de tomber dans l’escarcelle nationaliste basque. Je rassure mon ancien collègue, très emballé par l’existence de cette nouvelle (?) collectivité territoriale. En janvier 2021 les départements du Haut-Rhin et du Bas-Rhin ont fusionné pour être remplacés par la Collectivité Européenne d’Alsace. Tout aurait été beaucoup mieux, et naturel, pour eux si l’Alsace avait accédé à l’indépendance, exactement comme l’ont eu obtenue, un peu par hasard, les Luxembourgeois. Elle forme un ensemble culturel et linguistique suffisamment cohérent pour former un pays. Culturellement, elle est germanique, version Saint-Empire romain germanique, un assemblage hétéroclite de principautés et de duchés, mais sans entretenir de bons rapports avec l’Allemagne depuis que les Prussiens ont eu l’idée de vouloir la réunifier. Il faut d’ailleurs remarquer que les thuriféraires de l’UE ont toujours eu un double discours : promettre à la France que l’Union serait une grande entité bien centralisée, car les Français sont historiquement persuadés que plus le pouvoir est centralisé, et plus on est fort et promettre aux anciens du Saint-Empire que l’UE sera une Europe des régions, laissant un maximum de libertés aux différents régions économiques.

En Belgique, la propagande de l’UE était principalement axée sur cette Europe des régions, notion peu développée en France. L’Allemagne a conservé une mentalité décentralisatrice, grâce à sa structure fédérale et ses länder, mais depuis peu, l’UE rogne sur leurs prérogatives, ce qui est inhérent à toute structure bureaucratique. La France n’a plus jamais été structurée de manière décentralisée depuis la Révolution. La fameuse nuit du 4 août, célébrée par la république, consistait à supprimer les privilèges, en particulier fiscaux, de la noblesse et du clergé, mais surtout, et on l’oublie trop souvent, à abolir les chartes de privilèges accordées de longue lutte depuis des siècles par le pouvoir central aux gouvernements locaux : parlements régionaux, chartes communales, etc. Le principe des révolutionnaires était : il faut que chaque région, chaque province, chaque ville, soit gérée pareil. Et Napoléon en a scellé le principe quelques années après, car sa vision des choses était qu’un pays en guerre doit avoir un lieu de décision unique. Plus tard, Bismarck a fait pareil en Allemagne, avec le succès qu’on sait pour les deux générations qui ont suivi. Cette nuit du 4 août est le véritable point de départ de beaucoup de malheurs de la France, le début de sa centralisation absolue. Avant ça, même Louis XIV devait avoir l’assentiment des parlements régionaux, qui faisaient sans aucune gêne leur boulot en préservant les intérêts locaux contre des décisions royales quand ils l’estimaient nécessaire. Et les combats étaient parfois durs, mais jamais le roi n’a tenté de les faire taire définitivement. Pour revenir à nos moutons « naénesques » : la multiplication des eurorégions ne dépasse pas les limites de l’encouragement à la coopération transfrontalière pour donner l’impression d’une forte coopération qui a du mal à se concrétiser dans la vie réelle.

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Tiens, en évoquant la Révolution (1). La première république française est née sous la terreur, ce qui est un indicateur, quand même. Le système républicain, en soi, n’est ni plus ni moins pervers qu’un autre. En France, il était corrompu depuis le début grâce à ce qu’on a appelé la philosophie des lumières sorte de fourre-tout dans lequel se sont engouffrés tous ceux qui voulaient changer l’homme afin qu’il soit enfin conforme à leurs fantasmes. Et ça a débouché sur toutes les horreurs du XXème siècle. Cette philosophie des lumières était également l’inspiratrice de la constitution américaine. On la retrouve donc à chaque fois à l’origine du mouvement, au point de se demander si le principe républicain est concevable hors de cette philosophie. Qui repose sur une méprise tragique, à savoir que l’homme est bon à l’état de pure nature. Rousseau avait émis ce postulat qui se retrouve également chez Diderot (Supplément au Voyage de Bougainville, pur joyau de suffisance et d’hypocrisie) et chez Voltaire. De fait, la constitution américaine est bien d’inspiration des lumières et son esprit franc-maçon n’est plus contrebalancé aujourd’hui par une conscience religieuse forte.

Façade de Saint-Roch, théâtre d'un massacre sanglant

(2) Je vois passer les ans et l’année 1789 est toujours présentée au lycée comme un exemple de situation où des pauvres qui voulaient du pain avaient pris les armes et réussi à faire cracher les riches et obtenu par là des libertés pour le bonheur de tous et la prospérité d’un pays florissant. Je me rappelle le bicentenaire : les vitrines avec des cocardes, les posters de sans-culottes, les banquets mélangeant gastronomie et révolution, etc. Pas un mot sur la Terreur, plutôt fêtée et « progressiste », ni sur l'inéluctable (Saint-Roch, 5 octobre 1795), ni sur la nature du pouvoir, de l’autorité, de l’ordre, de la légitimité, pas un mot sur les inquiétudes déjà bien présentes et les mises en garde des esprits éclairés, jamais cités. Mais bien l’accent sur les milices populaires et les futurs massacreurs de septembre 1792. À propos d’autres événements historiques, il n’y a qu’à voir comment est présentée partout la Commune de Paris sous son plus beau visage. Le nombre d’établissements placés sous le vocable de Louise Michel, évoquée comme institutrice féministe. Or, ce qui la distinguait, c’est qu’au retour de Nouvelle Calédonie, elle a eu une carrière de prêcheuse sous chapiteau où elle lançait des appels au meurtre et au massacre un soir après l’autre. On présente toujours aux lycéens les différentes révolutions qui se sont succédé (russe, mexicaine, espagnole, cubaine …) comme autant d'exemples de situation où des pauvres qui voulaient du pain avaient pris les armes et réussi à faire cracher les riches et obtenu par là des libertés pour le bonheur de tous et la prospérité, tout en oubliant soigneusement les épisodes qui fâchent. C’est ça, l’endoctrinement, former des progressistes à la pelle depuis des générations. La fascination tordue pour les monstres criminels est un symptôme de maladie sociale. On n’adule pas Untel malgré ses crimes, mais en raison de ses crimes, surtout en les minimisant « dans leur contexte ».

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Auto-invitation par surprise. Quand j'entends qu'on envisage de me faire l'honneur de me rendre visite, genre « on passera te voir », je me mets à trembler. Ces mots me laissent perplexe au plus haut point. Après deux convalescences sérieuses de R., sans visite ni appel, à l'exception d'un vague et paresseux « tu nous tiendras au courant » mécaniquement répété (ça ne mange pas de pain !), une telle disponibilité unilatérale et soudaine m'irrite au plus haut point. Je ne vois pas ce que j'aurais à partager, à part le discret confort de mon chez moi, qu’on imagine subitement ouvert à ceux qui ont pensé à moi pour me faire généreusement chier, mais pas du tout pour un peu de compagnie dans les moments difficiles récemment traversés. J'ai passé ma vie à réclamer, et à appliquer, soit dit en passant, le plus strict principe de réciprocité : si je dérange, je dois admettre qu'on me dérange ; si je suis casse-pied, je dois consentir à la lourdeur d’autrui ; si je fais preuve de largesse (ça m'arrive !), j'espère me rendre créancier des largesses de quelqu’un d’autre … Mais qu’on cherche à m'importuner impunément alors que j'ignore même l’existence du raseur, c'est quelque chose qui dépasse mes limites d'endurance et cela me fait penser que certains humains sont des larves tenaces creusant leurs galeries jusqu'à ce qu'ils atteignent leur objectif.

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Bibliarekin bueltaka. La Bible n’est pas un livre mais une bibliothèque. Elle rassemble des livres d’auteurs, d’intentions, de langues et de genres littéraires très divers, dont la rédaction définitive s’échelonne sur près de neuf siècles. Et, parmi ces livres, certains reprennent des traditions antérieures de plusieurs siècles à leur rédaction définitive. Le Pentateuque découle d’une tradition qui remonte à Moïse et son principal objectif est de donner une loi au peuple d’Israël. Les Livres des Rois sont des livres à prétention historique. Les Psaumes sont des poèmes et des prières. Les Évangiles sont des récits-témoignages etc. La variété de certains détails, la divergence de certaines formulations est d’abord une preuve de l’existence d’un « fond » qu’on creuse depuis des siècles, de prise en compte par les différents auteurs de leur public et de l’objectif de leurs ouvrages. Cette variété montre aussi, a posteriori, la fidélité dans la transmission séculaire des textes, qu’il s’agisse de tradition orale ou de tradition manuscrite. Comparer la Bible ou les Évangiles à telle œuvre de tel auteur, voire à toute l’œuvre d’un auteur, voire à l’ensemble des ouvrages d’un mouvement littéraire ou idéologique serait pure et simplement réducteur et absurde…

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11 septembre. « La guerre américaine contre le terrorisme a tué près de 5 millions de personnes et en a déplacé près de 40 millions. Personne n’en a rien à foutre, personne n’est tenu pour responsable, tous les principaux criminels sont devenus extrêmement riches et sont toujours au pouvoir pontifiant sur la démocratie et les droits de l’homme et profitant des nouvelles guerres chaudes et froides contre la Russie et la Chine. »  (Mark Ames, in X – ex-Twitter)

 

jeudi 17 août 2023

Et pendant ce temps … Victor Frankenstein, sorti gagnant de la foire d’empoigne contre le PP, s’arroge le droit de démanteler l’Espagne ...


Montesquieu a dit que toute la philosophie tenait en trois mots : je m’en fous. Quand je vois le désintérêt de mes concitoyens pour l’avenir de leur pays et leur indifférence face aux signes de plus en plus alarmants que quelque chose d’infiniment grave se prépare je me demande si, par je ne sais quel miracle, la quasi-totalité de la population ne serait pas constituée aujourd’hui par de grands philosophes.

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Oppenheimer. Comme je m’y attendais : à vomir. Des ruines du plus meurtrier conflit de l’Histoire un monde s’est bâti sur des mensonges. Il n’a pas prospéré pendant des décennies grâce à sa généreuse idéologie comme le clament ses thuriféraires, mais a simplement profité d’une croissance économique due à des progrès technologique inédits jusqu’alors. Cette société est aujourd’hui arrivée en bout de course et les mensonges sont toujours là nous empêchant de réfléchir à une solution autre que le suicide collectif emballé dans un paquet cadeau que l’on nous présente en grimaçant un sourire qui se voudrait avenant. Suicide collectif ? La passivité des ovins autorise la formule mais il faut se dire qu’il y ades responsables, des coupables, des assassins : les bergers et leurs chiens, les tondeurs, les équarisseurs, ainsi que leurs employeurs, également propriétaires du troupeau et des pâturages.

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Le vote est devenu un problème. Ça va de paire avec la loi électorale. En Espagne, elle est particulièrement retorse. Le séparatisme périphérique, avec moins de deux millions de voix, toute obéissance confondue, conditionne la vie de plus de trente-sept millions d’électeurs. Sinon, le système démocratique a été pourri avant par la propagande : on diabolise celui d’en face et par réflexe moral les gens votent pour le candidat du « camp du bien ». Que les comédiens de la bande à Sanchez votent pour lui contre Abascal en qui ils voient un fachiste est consternant, puisque une bonne partie de l’électorat ancien de la gauche populaire est précisément parti chez Abascal. Nous avons donc des gauchistes qui font élire les bourgeois, les marchands, les affairistes et financiers qu’ils honnissent ! Le piège, c’est la posture morale des individus jusque dans l’isoloir, le fameuse vertu ostentatoire, mais tournée vers soi : je n’ai pas voté pour celui qu’on a désigné comme le démon, donc je suis un type bien ! Et le rôle des médias aux mains des milliardaires qui font de la retape pour le candidat des riches jusqu’à l’écœurement et participe de la diabolisation ou de la clownisation des autres candidats. Un type pourtant très sérieux comme Tamames est considéré comme un guignol, comme je le serais sur un vélo avec la prétention de remporter le Tour de France. La plupart des gens sont assez peu politisés et votent comme il faut, c’est à dire, pas pour un fasciste (Abascal), pas pour des clowns (Feijoo et compagnie), mais pour des gens qui vont casser l’unité et l’égalité devant la loi, vous confisquer vos biens avec des airs de vampires assoiffés. Et comme l’Espagne vieillit, que les vieux appréhendent pour leur retraite, ils ont une peur panique de l’instabilité politique. Et même s’ils n’aiment pas Sanchez (le mec est imbuvable, vraiment en dessous de tout, et Dieu sait si la politique est propice à la prolifération de tout type de personnalités pathogènes), ils trouvent que c’est le moins pire et votent pour lui. Bref, chacun vote pour ses petits intérêts et jamais pour celui du pays. Si les gens avaient leur pays en tête et dans le cœur, ils veilleraient à ne surtout pas voter pour des sociodémocrates corrompus qui maîtrisent tous les canaux de la domination sociale. Comme personne. Il faudrait garder la tête froide. Les pharaons ou les empereurs chinois n’avaient pas de QR-Code ni de caméras à reconnaissance faciale, et pourtant ils dominaient des masses soumises. Rome fonctionnait sur un terrible ordre social esclavagiste. Napoléon menait ses hommes à la mort au simple son du tambour. Les gourous dans les sectes dominent leurs adeptes par leur ascendant. Cest à dire que le système n’a pas nécessairement besoin d’en venir à de telles extrémités pour se maintenir, surtout quand il sait caresser dans le sens du poil pour mieux vous asservir.





vendredi 4 août 2023

Fin de partie ...

 

Jadis, les politiciens étaient censés servir l’Espagne. Aujourd’hui, ils commandent aux Espagnols qui, d’ailleurs ne demandent que ça, à part se cracher à figure, faute de s’étriper périodiquement les uns les autres. C’est le temps de la jouissance de toute espèce de salauds, de parasites et même de criminels ayant une bien haute idée de leurs prétendues compétences pourtant très difficiles à démontrer dans les faits quand on considère leurs résultats dans tous les domaines autres que mafieux. Voilà ce à quoi le résultat des élections me fait penser. Aux prodiges de la Bête, à la toute fin. Il sera toujours plus aisé, par les temps qui courent, de salir un saint que de rendre prodigieux n’importe quel ignoble tartuffe. Quand on voit le genre d’individu aux commandes de ce pays, on sent bien que séparatistes, wokistes de tout pelage et intrigants de tout acabit n’auront pas à beaucoup lui forcer la main pour obtenir tout et n’importe quoi. Ce qui me fait remettre en question l’action du Saint Esprit qui nourrit l’intelligence et affûte le discernement de la communauté. J’en veux pour preuve que, une fois connus et discutés les abus, scandales, escroqueries, méfaits et piétinements de la loi du gouvernement Frankenstein sortant, les électeurs progressistes se sont majoritairement prononcés pour sa reconduction à la tête du pays, à contrario de « la droite » qui a refusé l’alliance avec l’autre droite pour rester bien au chaud dans l’opposition. En fin de compte, la gauche « à l’assaut du ciel » a été chassée à coups de pieds au cul, elle aussi, et il ne reste que la jeune-vieille et vieillie social-démocratie, un tas de ruines fumantes accueillant un groupe d'âmes pures qui ne rêvent que d’embrasser les meurtriers devenus citoyens exemplaires, les comploteurs suprématistes et les autocrates corrompus. Ce n'est rien de plus qu'un placebo moral pour un électorat qui a besoin de se croire du bon côté de l'histoire. Que celui qui a des oreilles pour entendre entende.

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La droite l’emporte aux élections locales aux parlements autonomes et aux municipales. Quelques semaines après, la logique gauche contre droite, férocement dressée, restructure le champ politique. L’expression « ce n’est pas la girouette qui tourne, c’est le vent », on pourrait la reprendre à son compte tant le positionnement politique de la fraction de l’électorat espagnol fidèle au « socialisme » aux législatives a été constant depuis plus de 40 ans. Disons qu’il se situe aujourd’hui à gauche toute, très éloigné de la majorité du parti socialiste des grandes années, disons de la victoire socialiste de 1982, avec une large majorité ne se revendiquant pas socialiste du tout mais étant plutôt pour une vague suppression des inégalités avec des nuances. Quand on fréquente des prosélytes néo-nocialistes dans son cercle d’amis proches, on est vite surpris de voir comment ils arrivent à s’incendier pour des broutilles et à être complaisants avec les pires aberrations Entre autres, celle de convertir tranquillement le pays en protectorat du roi du Maroc. Leur ami le Roi.
J’ai été réellement estomaqué, à partir de l’arrivée de Sanchez au pouvoir, quand j’ai vu une partie de ces militants de gauche (!), appelés tout simplement électeurs avant, devenir proches de la pire racaille sioniste ou d’une russophobie « otanesque » proche de l’hystérie, positions qui feraient plutôt rire si elles n’étaient si lourdes de conséquences pour tout le monde et presque à l’opposé de ce qu’ils pensaient auparavant… Que l’on fasse la campagne de quelqu’un avec qui on n’est pas d’accord à cent pour cent est une chose, si on considère qu’il est le seul à pouvoir gagner, qu’on le défende en permanence par la suite quoi qu’il fasse, me semble surréaliste, surtout quand il faut taper sans raison sur des partis de droite mais qui représentent presque la moitié de la population. Vous me répondrez que seuls les imbéciles ne changent pas d’avis. Ces néo-socialistes ont entrainé avec eux une partie des socialistes classiques, voire tout le parti si l’on considère que le premier ministre lui-même est bien dans cette mouvance. Il n’empêche qu’ils ont entrainé une majorité d’électeurs avec eux. Un bon rappel ne nuit pas mais si on en revient au « ce n’est pas la girouette qui tourne, c’est le vent », j’aurais tendance à penser que les électeurs ne bougent pas mais que la girouette est forcée par des politiciens qui ont perdu leur tête. Ça me rassurait, quand j’étais dans « le camp du bien » à chaque élection, y compris 2004, mais pas 2019 ni 2023. A une époque, j’accordais le bénéfice du doute à la gauche. Mais on est perplexe quand on pense qu’une grande partie des électeurs de juillet est restée en faveur de l’actuel président. J’avais l’impression qu’il fallait aérer un peu l’atmosphère du microcosme politique, quitte à jouer contre son propre camp. Lécher le derrière de Biden, se soumettre à l’OTAN en crachant nuit et jour sur la Russie, s’agenouiller devant le roitelet corrompu et milliardaire du Maroc, coqueluche des sionistes et grand allié des Amerloques… Ce ne sont pas des marqueurs de gauche ni un rejet des positionnements franchement à droite du PP. Qui joue donc contre son propre camp ? Avant de savoir si je joue contre mon propre camp, il faudrait bien le définir. Le mien, celui au sujet duquel je me vantais de ne pas avoir bougé d’un iota depuis des années, c’était PC, IU, EE ... Des résultats toujours loin du pouvoir mais proches des gens. Au nom de qui on veut gouverner ? Ça donne une idée. Tout cela ne veut évidemment pas dire grand-chose. Disons que j’ai été dans les marges à gauche de la gauche traditionnelle et à des années-lumière de la gauche woke actuelle imprégnée de yankisme. Jusqu’en 1986, j’ai voté communiste car je pensais que c’était la meilleure manière de rendre fort mon camp, même s’il ne pouvait pas gagner. Après, Euskadiko Ezkerra, mais le charme n’a pas duré longtemps. Et la gauche nationaliste HB n’était clairement pas mon camp. Un camp politique est d’une part « un programme » – comme le martelait sans repos le regretté Julio Anguita – mais aussi une tactique visant à acquérir le pouvoir au bénéfice d’une majorité. La gauche plastiqueuse pour le progrès, flingue au poing, ne fut jamais et n’est pas du tout dans cette logique. Elle s’auto-donnait le droit de taper sur tout le monde sans le moindre remord. Dans ses composantes racistes et communautaristes, qui se veulent plus nationalistes que celles du PNV, il y a une équivoque de taille, attirante pour nombre de militants et d’électeurs, mais pas pour moi : à force de se revendiquer d’un socialisme national, on devient sans crier gare national-socialiste. Il y a une autre base, collée à la pratique du crime politique pur et simple, au racket, aux enlèvements. Elle a été très importante pour beaucoup. Je conçois bien le fait que des électeurs aiment bien certaines propositions politiques mais cela ne suffit pas. Il y a en outre des points du programme que je rejette totalement : l’énergie nucléaire, par exemple. Je considère que la rejeter n’est pas du tout écologique en regard des émissions de gaz à effet de serre. Les talibans écolos m’emmerdent mais en aucun cas mes concitoyens moyennement instruits et bienveillants qui s’inquiètent du réchauffement climatique mais aussi de l’approvisionnement en électricité. Avant de savoir si je joue contre mon propre camp, il faut savoir ce que parler veut dire. Je communique essentiellement avec mon blog où chaque billet est lu seulement par quelques lecteurs, avec mon compte Facebook, confidentiel comme tous les comptes Facebook qui n'atteignent que des personnes égarées qui passent par chez vous gentiment pour lire vos partages et vos renseignements utiles concernant la politique, la culture ou des curiosités. Moins d’écho qu’une blague de comptoir. Enfin, s’il est de bonne guerre de faire des prédictions sur les futures personnes qui pourraient me représenter, après l’inévitable catastrophe à prévoir avec la proche mandature de l’escroc de La Moncloa, et surtout qu’on a peu de choses pour se donner espoir, je me demande s’il ne serait pas plus urgent de taper contre tous les camps. Je pense principalement à l’actuel candidat le plus sérieux de « la droite », au galicien insipide qui avouait sa préférence pour les socialistes vrais des vrais pour se reconvertir en héritier estampillé du sanchisme. C’est amusant qu’il reste des vestiges de la gauche de toujours dans mon entourage, mais orientés politiquement à l’intérêt municipal. Au moins, notre cher maire retiendra quelques suffrages lors qu’il y aura des pleurs et des grincements de dents à la chute de l’empire sanchiste en carton-pâte…




 

jeudi 27 juillet 2023

Le retour des beaux jours...


Mon bureau est tapissé de livres escortés de mille et un bibelots et de quelques cavaliers de plomb montant la garde, infatigables. Peu de plantes, excepté côté sud, sur le solarium. Mon nouveau loisir, j'espère qu'il me durera des mois : changer régulièrement l’emplacement de certains volumes, de vieux dictionnaires dont personne n’en veut lorsque j’essaie de faire place nette pour de nouvelles pléiades. Quand je me lance dans ce type d'activité, j'ai tendance à y investir un peu trop de mon temps, façon de procrastiner, de fuir la réalité, en l'occurrence la longue période en perspective avant de voir formé un nouveau gouvernement pour ce pays surréaliste. Je reprends le contact par courriel avec d’anciennes collègues, très proches et très chères, de la fac. Je n'arrive pas à préparer mes longues réponses d’avant, bien fignolées et pleines de lyrisme amical. J’ai un peu la flegme et la fatigue des derniers mois passés dans l’angoisse et qui revient chaque fois que ma sœur me donne des nouvelles de sa fille aînée, atteinte d’un cancer au poumon. Espérons que début août j'aurais réussi à mettre un bémol à pondre quelques alarmes, en compagnie de ma petite fille. En attendant, je me jette à corps perdu dans le téléchargement de gros livres oubliés, marginaux ou carrément interdits pour me faire un stock de trucs respirables, la nuit, jusqu’à la rentrée. Je (re)fais pour le moment des projets de voyage avec R. si son cardiologue lui donne le feu vert. J'ai pu ainsi feuilleter tranquillement des brochures d’une agence top niveau, qu’on connaît déjà d’avant la pandémie, proposant des visites à Naples, Pompéi et Herculanum pour la rentrée. On verra bien si on peut toujours récidiver, comme avant le grand tsunami de la santé. R. fait chaque jour une cuisine toute simple, délicieuse, basique, dont je raffole. Notre petite fille saura, elle aussi, s’en régaler les semaines à venir. Personnellement, à défaut de ne rien foutre d’intéressant, autant essayer malgré tout de faire quelque chose de positif, de joli, pour ma santé mentale : des petits articulets pour le blog. Cela me permettra de me forcer à lire ou à relire des articles grapillés çà et là avec le sentiment de revêtir un vêtement pas encore ajusté à ma taille : critique de l’actualité. La modifiant, le reprisant jusqu'à ce que je sois à l'aise dedans...



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mardi 25 juillet 2023

Des lendemains qui déchantent



Ce n’est pas moi qui me plaindrais de la douceur qui règne à Irun alors qu’il est tant d’endroits où l’on est victime d’une chaleur infernale. Aussi, je me satisfais du ciel gris et de la pluie qui sont d’actualité ce lundi postélectoral. Un peu de pluie au réveil, qui a cessé à l’heure où je tape ces lignes mais qui nous a complètement trempés, ma femme et moi, en direction du cabinet médical lorsqu’il s’est mis à pleuvoir à torrents quelques minutes. Ce mois de juillet à Irun, c’est ville en fête et des touristes français partout. J’en côtoie quelques-uns quand je prends une bière à la Vinothèque ou au Casino. Ils ne sont pas moins bavards que les locaux. Je cherche des bouts de phrases pour déguster en silence. Le plus souvent, c’est des discussions creuses ponctuées de propos ordinaires ou de rires polis. Pas de quoi me détourner d’une longue conversation avec R. Exemple de discussion de café :
-Je voulais aller au cinéma mais j’ai pas trouvé le temps.
-Pour voir quoi ?
-Bah, je sais pas, Oppenheimer ou Barbie ...
J'aimerais être indifférent, vu le résultat des élections, à cette disparition annoncée d’un monde imaginé qui mine de l'intérieur presque tous nos espoirs, nos énonciations à propos d’un avenir meilleur, d’une politique propre, qui les rend si éphémères et si précaires, qui rend nos calculs faux, nos phrases incertaines, fragiles. Le spectre d’un éclatement définitif de la nation revient sans cesse me déloger de moi-même, aux moments où je m'y attends le moins. Écrire pour saluer une victoire sur le fascisme serait sans doute plus facile mais cela n'aurait plus aucun intérêt : "no pasarán", vociféraient quelques crétins hier encore… Oh que si ! Ils sont passés, juste au moment où il aurait fallu qu’ils ne passassent pas, mais le culte stupide du slogan creux et honteux, vu sa cohérence historique, semble inguérissable. Je suis plus vieux que mon père aujourd'hui mais je suis toujours plus jeune que ma mère, bien qu'elle soit morte il y a vingt-quatre ans. Qu’en penseraient-ils de nos générations de dégénérés ? La vie, ce n'est pas ce qu'on a vécu, mais ce dont on se souvient, dit Gabriel Garcia Marquez. Quand nous perdons la mémoire, est-ce que nous perdons tout ? Je refuse de répondre par l'affirmative, je ne peux m'y résoudre, mais je n'ai pas suffisamment de mémoire pour être sûr de ne jamais avoir affirmé le contraire. Chaque sale discours de basse politique politicienne de ces jours semble signer la fin des récoltes sur une terre où plus rien ne poussera. On ne parvient à penser dans des moments pareils que par indifférence à ces phénomènes. C'est sous la plume d’un écrivain roumain philosophe que je lis ça à l’instant, et c'est comme si la coïncidence des pensées, aussi éloignée semble-t-elle, marquait le présent d'une lumière inattendue… Voilà devant nous un futur proche qui promet à la nouvelle coalition frankenstein des lendemains qui déchantent, tant ses membres ne sont d'accord sur rien tout en étant d’accord pour s’agripper au pouvoir...



samedi 22 juillet 2023

S'il pleut à la Sainte-Brigitte, il pleuvra six jours de suite.

 

Pour l’édification des générations du futur. Et des actuelles… quand on pense à tant d’ « atrocités » documentées sur mesure...



https://rarehistoricalphotos.com/weeping-frenchman-1940/

Non, malgré les apparences, ce monsieur ne pleure pas, inconsolable à côté d’une femme qui applaudit, bien sereine, elle, au passage des troupes allemandes dans les Champs Elysées à Paris après l’armistice en juin 1940. Erreur ! Monsieur Jérôme Barzetti fond en larmes, en septembre 1940, à Marseille, au passage des troupes françaises embarquant pour l’Afrique. Ces images, la revue LIFE (édition du 3 mars 1941 ; le « créatif » Franz Capra ?) s’en est servie, en tant que propagandiste alliée, pour les insérer dans un autre flot d’images illustrant l’entrée de la Wehrmacht à Paris. Les centaines de légendes concernant cette photo et glosant l’émotion, le courage, l’impuissance de ce citoyen exemplaire, etc. ne sont que du pipeau.                                                                    ---


Non, Robert Capa n’a pas capté juste le moment de la mort d’un milicien en 1936. Il y a eu « interprétation ». Si vous avez le temps, l’envie et la curiosité, visitez :

EastRiver: MUERTE DE UN MILICIANO (1/5): HISTORIA DE UNA FOTOGRAFÍA MÍTICA (ramoneastriver.blogspot.com)

Fotorreporteros de guerra (2): Robert Capa - MiquelPellicer.com

La verdad sobre Robert Capa | El Diario Vasco

Et, par la même occasion :

Juan Antonio Ríos Carratalá, La mirada del documental. Memoria e imposturas, Publicaciones de la Universidad de Alicante, 2014 (ISBN 978-84-9717-335-3, pp. 49-60);

José Manuel Susperregui Echeveste, Sombras de la fotografía, EHU/UPV Servicio Editorial, 2009 (ISBN 978-84-9860-230-2)

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Les États-Unis ont livré des bombes à fragmentation à l'Ukraine. La dynamique et l'intensité de la lutte n'en seront pas modifiées pour autant. Ces bombes ne changeront pas l'issue de la guerre, qui se joue à un autre niveau, où l'OTAN a déjà échoué. Ce niveau est celui de la guerre électronique, dans laquelle les Russes ont démontré depuis le 4 juin leur capacité à brouiller les systèmes de communication, de commandement et de contrôle, les systèmes de défense aérienne occidentaux et les radars de combat de contre-batterie. Les militaires de l'OTAN ont eu la mauvaise surprise de constater que leurs systèmes « hors pair » basés sur les séries Motorola DP1400 et 4000, d’un design élégant et d’un poids de 200 gr., étaient inutiles. Dans les 10 minutes qui ont suivi le lancement de la « contre-offensive », les forces armées ukrainiennes étaient devenues sourdes. D'après les résultats, il semble que la communication dans les unités russes ait fonctionné de manière assez satisfaisante avec leurs lourdes boîtes d’un 1,2 kg. Ils ont également été surpris que les essaims de drones préparés pour le soutien n'aient pas décollé et que ceux qui l'ont fait soient allés n'importe où. La surprise a suivi lorsque les radars russes ont détecté l’endroit de lancement de ces drones et ont fait exploser les positions dans lesquelles ils étaient stockés. Et la plus grande frayeur lorsque les véhicules blindés ukrainiens ont été traqués par des hélicoptères russes au milieu de la nuit et que d'autres ont été détruits soit par des mines, soit par des embuscades de drones nomades ou par d'autres armes que personne ne connaît. Pour ajouter au sarcasme, les défenses aériennes de l'OTAN couvrant l'opération n'ont pas fonctionné du tout, et les hélicoptères et les avions d'assaut russes ont opéré sans pertes. Les soldats ukrainiens croyaient qu'ils avaient un avantage : les systèmes OTAN de vision nocturne. Mais il s'avère que les soldats russes avaient eux aussi une vision nocturne, d’une égale ou meilleure qualité. Mais le plus dur a été de réaliser que le renseignement russe en savait autant ou plus que celui de l'OTAN. Ils avaient convaincu l'armée ukrainienne qu’ils étaient les seuls à avoir des satellites de reconnaissance, des drones stratégiques qui voient tout, qu’ils étaient les seuls, eux uniquement, à écouter tout le monde secrètement, mais... il s'avère que les Russes ont attaqué la plupart des lieux de stockage et de concentration des troupes des forces armées ukrainiennes à l'arrière. On pourrait, si ça se trouve, parler de l'entraînement de l'OTAN pour former des chasseurs de combat, mais ce serait humiliant à l'excès. Après deux semaines d'attaques de ce type, l’armée ukrainienne n'a pas réussi à pénétrer dans la zone de sécurité russe et a subi de lourdes pertes en équipement et en effectifs. Après, l'armée ukrainienne et ses conseillers de l'OTAN ont changé de tactique. Maintenant, ils attaquent constamment les positions russes par de petits groupes tactiques d'infanterie sans soutien blindé. Ce qui, évidemment, provoque la mort de soldats ce dont les dirigeants ne semblent pas se soucier outre-mesure. On dit de gros mensonges au peuple ukrainien. Les forces armées ukrainiennes utilisent actuellement des tactiques de « hachoir à viande » en raison du coût trop élevé de l'équipement occidental. Ils pensent ainsi affaiblir l'ennemi et en profiter pour faire quelque chose de « sérieux » le plus vite possible.
Plus de renseignements utiles: https://t.me/s/russiejournal?before=18380

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Qu'en sera-t-il encore de l’Espagne, de son « image interprétée », comme les photos ci-dessus, après les élections, juste demain  ? Il vaudra mieux regarder ailleurs. Je suis lâche, sans doute, mais je sais qu'il ne me reste que peu d'années à vivre, et le paradis des images du passé me tend les bras, content devant mes difficultés à imaginer l’avenir. Ils se débrouilleront très bien sans nous, les nouveaux-venus. On ne perdra pas notre temps à les déranger. On a essayé de leur parler, on a essayé de se faire comprendre d'eux, et l'on a dû se rendre à l'évidence. C'est impossible. Le monde yankisé, wokisé à fond, qui s'avance et qui s'impose ne laisse aucune place au doute : il proclame notre défaite en tant que société « normale » en hurlant la culture de l’effacement partout et nos paroles n'ont aucune chance d'être entendues. Les livres nous tombent sur la figure et se referment sur nous. Ça me fout la déprime petit à petit. Je vois la grande terrasse aux plantes, côté nord, et le petit coin de jardin, côté sud de la maison, qui nous séparent du monde hostile qui frappe déjà à nos portes. Je vois le grand pré submergé par l’avancée de la brousse jusqu’aux pieds de notre haie et de l'autre côté, les chemins qui communiquent les métairies avec leurs vaches, leurs arbres et, un peu plus en bas, l’autoroute. Un jour proche, ils commenceront à niveler les terrains en vue d’y construire un stade d’athlétisme et des pistes omnisports. Il n'y aura plus rien entre notre havre de paix actuel et le ciment. On a acheté la maison en 2002, c'était le paradis. M. était déjà partie vivre sa vie mais venait très souvent avec N. À la maison, on parlait de littérature, de politique du goût des vins transfrontaliers et des projets des uns et des autres. Cela ne heurtait personne. Nous avions nos rituels et nos détestations. On pouvait disparaître à l’intérieur de la maison comme on pénètre dans la forêt vierge. Et les barbecues et les sorties dans des cidreries et, de temps en temps, des dîners entre amis. Il n’y avait rien de meilleur. Il faut cultiver les amitiés fidèles, il faut les préserver au fil du temps : ça ne s'achète pas. Après la pandémie, les deux versants de la frontière sont tuméfiés. Ils ont pris tellement de coups qu'on ne les reconnaît pas plus que les paysages. Où que se pose le regard, on voit des hématomes et des plaies, des champs et des rivières saccagées, des bâtisses défigurées, enseignes et pubs éteintes, portes de magasins fermées et, surtout côté français des scénarios de guerre civile. On voit bien que quelqu'un s'est acharné contre nos sociétés avec une brutalité qui étonne. Et cela s'est fait en plein jour, sous une joie mauvaise. Nos tortionnaires ont les dents blanches des bonnes intentions et le jarret musclé du tchékiste. Nous sommes encore quelques-uns dont la mémoire n'a pas été complètement formatée. Tout notre malheur vient de là. La réinitialisation n'a pas fonctionné, pas vraiment. Nous portons nos derniers souvenirs comme des lépreux exhibant leurs bandages. Ils nous signalent de loin, c'est une odeur qui nous colle à la peau, c'est un stigmate indélébile. Le vent de l'Histoire nous avait relativement épargnés mais il a fait de nous des naufragés inconsolables. J'ai cru un temps que la lecture allait me sauver. Elle m'a au contraire précipité dans l'œil du cyclone. Elle m'a tant appris que je suis devenu trop obscur pour me comprendre, trop fidèle pour les aventures d'un enthousiasme électoral passager ou pour des utopies stupidement criminelles qui tentent toujours les plus obtus de chaque génération. Nous n'avons plus soif d'une indépendance et encore moins d’un fumeux socialisme, mais d'un jardin, de conversations libres entre amis, des voisins bienveillants et de parfums de paix. Besoin que les nuits d'été nous apportent de loin la rumeur du monde. Besoin des conquêtes simples et aimables, privées, qui nous arrangeraient comme on s'arrange entre compères de vieille date, dans un jeu aux règles souples et changeantes. Mais ces ô combien modestes vœux s’avèrent non-négociables aux yeux des agents du mondialisme farfelu et des écologistes poitrinaires. Il y a trop de calme, trop de sérénité, pour eux, de désinvolture. Et il faut tout effacer ! À commencer, les grammaires heureuses de la connaissance et de la délicatesse et le silence, qui permet à la langue autogérée de se faufiler entre les jambes de la radicale soldatesque inclusiviste. Pourquoi avons-nous choisi la défaite devant le malheur ? La vie semble nous avoir désertés, comme si elle se tenait tout entière dans nos mémoires, ces mémoires qui nous font honte, ces phrases que l'on saccage, ces pages que l'on arrache, ces films qu’on interdit, cette histoire méprisée et censurée et toutes les limites que la vie avait sagement disposées à l'intérieur de nos vies déjà complexes. Nos blessures et nos folies étaient trop douces, si on les compare au « Bien obligatoire » sans grâce qui partout confond l'homme et l’écrase de son triomphe obscène.

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J’apprenais à la radio il y a quelques jours la mort de Jane Birkin et c’était, presque comme avec Johnny Hallyday, parti pour les hommages, jusqu’au ridicule, et la diffusion de chansons signées Serge Gainsbourg qu’on se garde bien de faire entendre intégralement, car elles sont aujourd’hui condamnées par le nouvel ordre moral. Depuis quelques années, les journaux s’ingénient à faire le procès de Gainsbourg, la seule à le défendre, nuances et réserves à part, étant sa fille Charlotte. On se gardera bien de montrer les images « cultes » que fit « l’immense compositeur » de sa muse, pour Lui, « le magazine de l’homme moderne », où la filiforme Birkin le se contorsionne nue entre les griffes de son pygmalion. On préfère évoquer celle qu’elle devint ensuite. Le fil de voix de ses chansons érotiques et ses rôles plus ou moins déshabillés dans plusieurs navets ont fait rêver des ados dans les années soixante-neuf à soixante et onze aux salles de cinéma qui font partie de l’histoire. Sinistre monde du showbiz, impeccablement généreux et de gauche, qui feint d'être libéré de tous les préjugés bourgeois et des envies ridicules du people mais dont la vie nous montre qu'il est en réalité régi par des lois de castes aussi impérieuses que celles de la tradition indienne.



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Simon Leys (Pierre Ryckmans) dans un discours qu'il prononça le 18 novembre 2005, lorsqu'il fut reçu docteur honoris causa de l'Université catholique de Louvain, où il avait fait une partie de ses études, affirmait : « Si l'exigence d'égalité est une noble aspiration dans sa sphère propre – qui est celle de la justice sociale –, l'égalitarisme devient néfaste dans l'ordre de l'esprit, où il n'a aucune place. La démocratie est le seul système politique acceptable, mais précisément elle n'a d'application qu'en politique. Hors de son domaine propre, elle est synonyme de mort : car la vérité n'est pas démocratique, ni l'intelligence, ni la beauté, ni l'amour – ni la grâce de Dieu. […] Une éducation vraiment démocratique est une éducation qui forme des hommes capables de défendre et de maintenir la démocratie en politique ; mais, dans son ordre à elle, qui est celui de la culture, elle est implacablement aristocratique et élitiste. »






samedi 15 juillet 2023

Sur la terre sableuse de juillet

 

Toute comparaison est odieuse, à ce qu’on dit. L’immigration d’il y a quelques années aux vagues déferlantes actuelles, par exemple. Pour les gens de la photo, il fallait ravaler les larmes amères de leur pauvreté en quittant l’Espagne, l’Italie, le Portugal à la recherche d’un avenir meilleur. Ils n’ont pas reçu des aides dont ils avaient cruellement besoin ni des subventions ni créé des mafias pour vivre sur le dos du contribuable. Ils n’ont pas, non plus, attaqué les institutions du pays d’accueil ni voulu lui imposer leurs modes de vie. Bien au contraire, l’intégration représentait pour eux une fierté, une conquête, une victoire durement remportée à force de ténacité et de courage. Grand respect à ces générations qui ont fait don de leurs vies et de leur force de travail « à l’étranger » …

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Sur la terre sableuse du Champ de Mars, apparaît la Tour Eiffel comme symbole de la modernité et de la technique, comme « temple de la science » dans un ciel vide éclairant les moindres recoins de la capitale (Roland Barthes, La Tour Eiffel). Elle deviendra mythologique grâce à des artistes, des écrivains, des poètes : Apollinaire, Bonnard, Buffet, Chagall, Cocteau, Delaunay, Léon-Paul Fargue, Picasso, etc. La regarder, la visiter deviennent quelque chose d’obligatoire pour chaque visiteur de Paris.

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Anniversaire de l'assassinat de Miguel-Angel Blanco. Conciliation, réconciliation, mécanismes judiciaires pour les crimes graves. Le « conflit basque » a-t-il été réglé à l’amiable ? La réconciliation aurait été possible si on avait pu restaurer les liens détruits par le crimes, les blessures, les offenses. Les pratiques non-officielles de réconciliation, essentiellement sociales, en marge des cours de justice mais sans être forcément une défaillance de celle-ci, auraient pu conjuguer l’idée de responsabilité collective mais aussi individuelle. La réconciliation (collective), c’est la base, mais pour se mettre en œuvre correctement, il aurait fallu que justice (individuelle) eût été faite et qu’elle bénéficiât d’un climat général d’apaisement. Ce ne pas le cas à l’heure actuelle.

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Étonnement d’apprendre, à la lecture d’un texte de F. Fanon (Peau noire, masques blancs, Seuil, Paris) l’histoire du garçon de campagne qui revient dans la ferme où il prétend ne pas savoir à quoi sert un outil agricole particulier. La même histoire que j’avais tant de fois, plié de rire, entendu raconter à mon propre père quand j’étais petit. Le paternel du garçon oublieux lui rend miraculeusement la mémoire en lui faisant tomber sur les pieds l’outil en question. Après avoir colonisé des continents, les Européens sont colonisés. Rien n’interdit de penser que le processus de colonisation ne puisse s’étendre à des peuples européens victimes de l’inextinguible rapacité américaine. « Tout peuple colonisé – c’est-à-dire au sein duquel a pris naissance un complexe d’infériorité du fait de la mise au tombeau de l’originalité culturelle locale – se situe vis-à-vis du langage de la nation civilisatrice » (Peau noire, masques blancs,). Le colonisé, dépossédé de sa langue maternelle, souffre de cette dislocation qui ne fait que renforcer son complexe d’infériorité car le colonisateur lui dit en fait que sa langue est sans valeur : l’histoire, la culture et l’origine du colonisé perdent également toute valeur. Sans langage, la nature humaine se réduit à la notion hégélienne de « certitude sensible » sans pouvoir exprimer d’émotions, de passions et d’énergie liée à la vie même. Pour s’intégrer, le colonisé est forcé de renoncer à son identité ancestrale et de revêtir le costume de la société et de la culture auxquelles il souhaite adhérer. Vivre comme des Yankees même si on ne comprend rien à leur monde.

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Le cas Nahel. Impossibilité d’adhérer au principe marxiste selon lequel une théorie ne peut attirer les masses que lorsqu’elle devient radicale. Pour être radical il faut saisir « la racine de la chose », pour reprendre l’expression de Marx (Critique du droit politique hégélien, Éditions sociales, Paris 1980) selon qui, pour l’homme, la racine c’est l’homme lui-même. Mardi, à l’issue d’une demi-heure de course-poursuite, commencée alors qu’un jeune chauffard récidiviste mais toujours sans permis avait été surpris en train de rouler à vive allure dans un couloir de bus, au volant d’une voiture dont on ne sait d’où elle sort, le pilote s’est fait flinguer par la police. C’est cher payer le refus d’obtempérer, mais enfin on ne peut pas dire que le défunt n’avait pas cherché les ennuis. Dans cette affaire, le président de la république, en se précipitant pour juger le policier « inexcusable » avant même de savoir au juste ce qui s’est passé, et l’abruti milliardaire Mbappé, en qualifiant carrément le malfrat de « petit ange », se sont comportés comme deux irresponsables. Le lendemain la mafia politique, ne ratant jamais une occasion de prendre le parti de la racaille, a fait observer à l’assemblée nationale, s’il vous plait, une minute de silence à la mémoire du hors-la-loi abattu. On n’en fait pas tant, semble-t-il, pour les innocents massacrés chaque semaine par la meute sauvage. Les télévisions ont retransmis les déclarations de la mère et de la grand-mère de l’automobiliste, le dépeignant sans gêne et contre toute vraisemblance comme un gentil petit garçon sans problème.

Aucun regret quant à ses infractions répétées, ni quant à sa très imparfaite éducation. Accessoirement aucune larme, à ce que j’ai pu observer, tout au contraire on a vu la mère, portant déjà un t-shirt à l’effigie de son lardon, pérorer sur un camion et une motocyclette. Et bien sûr dans les jours et surtout les nuits qui ont suivi, les hordes de banlieue, déjà très indisciplinées en temps ordinaire, et ne se sentant plus pisser dès qu’un tel prétexte leur est fourni, ont fait régner toute la sauvagerie dont on les sait capables. La horde d’en bas est l'alliée objective de la horde d’en haut dans une guerre contre la population qui les arrange bien : à la peur générée par les bandes déchaînées succédera comme on commence à en avoir l’habitude, des restrictions de libertés. D’un autre côté, les dirigeants sont incapables de ramener le calme. Aucun n’a dit à propos du drame de Nanterre qu’il s’agissait d’une situation confuse au terme d’une course-poursuite dangereuse et que la justice essayait de débrouiller les faits. Les journaux parlent d’un simple contrôle routier, comme les faux-barrages mis en place en Algérie dans les années 90 par des pillards islamistes, sans doute. Le président a parlé de geste inexplicable, ce qui a pour effet de signifier « ne cherchez pas à comprendre, indignez-vous sous le coup de l’émotion », ou bien encore « si vous avez une idée, nous les autorités, on n’en a pas et on n’en reconnaîtra pas, donc soyez bien furieux ». Bingo. Je ne dis pas que ça aurait tout changé, mais l’une des caractéristiques des troubles est qu’ils s’apaisent quand les gens sentent non seulement un pouvoir, mais une volonté déterminée en face d’eux. Il n’y a plus ni l’un, ni l’autre.

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Que peut-on faire quand on a été professeur de philologie française dans une université de « l'État espagnol » et que tout semble vouloir s’évanouir autour de soi, que votre femme, que vous aimez le plus au monde et pour laquelle vous vous faites en permanence du souci – infirmière dévouée avec une « clientèle » fidèle et admirative : saluée partout dès qu’elle met les pieds dans la rue ! –  a donc dû se résoudre à passer en salle d’opération à deux reprises en moins d’un an, que vos enfants, dans la course accélérée de leurs vies, semblent au bord de verser définitivement dans le progressisme optimiste, la forme même du temps, que votre petite-fille pense, évolue et réfléchit exactement comme une adulte, que le fisc vous harcèle, qu’un Monsieur Feijoo est sur le point de battre à l'élection qui s'annonce dans une semaine un chef du rayon vêtements de chez LIDL qui s’était trompé de lieu, pathétique pantin gonflé de suffisance, que votre entourage professionnel disparaît sans faire du bruit, que vous avez renoncé à consulter l’immonde presse quotidienne à la vitesse habituelle et à ouvrir votre courrier, sachant trop bien ce qu'il contient de pénible ? Que peut-on faire, disais-je ? Rien. Si ce n’est se résigner à écluser jours après jour, seul ou accompagné d’autres coureurs de fond, quelques verres de blanc ou de rouge. Quitte à refaire le monde avec vos connaissances nulles et laisser l’opinion gober les conneries dont elle raffole. Eh bien, quand la vie change à ce rythme, il n’y a comme issue que la lucidité : franchir vite fait les frontières de Baskoland et foncer vers les chaudes plages méditerranéennes pour y jouir du lever du soleil. Et, une fois rénové de fond en comble un appartement qui était presque aussi fragilisé que votre existence, s'y installer dans le but hautement affirmé de lire à perte de souffle des auteurs oubliés et d'écrire des billets anodins que presque personne ne lira et que le monde entier n‘attendait point de vous.

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