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mercredi 1 mars 2023

Peur (et surtout courage !) sous le feu ennemi


Le divin n’est jamais absent de nos vies, quoi qu’on pense. Il relie les péripéties d’un fil invisible, qui ne rompt jamais. Ma mère avait raison : paix à son âme.

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R. devra, une fois de plus en moins d’un an, passer en salle d’opération. Son cœur doit être minutieusement travaillé afin de remplacer sa valve aortique. Retour des nuits blanches et recherche de la sérénité ;  travail donc de rattrapage acharné de notre chère routine essuyant à nouveau « le feu de l’ennemi », de nos (moins) longues promenades à quelques mètres de la plage ensoleillée, de  l’odeur des plats cuisinés (par elle !) chaque midi, de notre nouvelle voiture si peu utilisée …  Mais nous avons déjà connu tout ça ! Le temps a seulement empilé ses effets par-dessus nos projets, son hasard, son grotesque, et les sens, qui nous rendent la vie trop simple et décevante nous replongent dans la crainte quand on était si bien dans le calme retrouvé. Il faut dire que les années, dans leur indifférence révoltante, manient le burin et la masse avec désinvolture. Je les entends passer, ces années et ce temps traître comme tout, écrasé d’oubli, il me fait peur car il n’a peur de rien. Il n'est plus temps que de raconter, mal, avec espoir d’y arriver. La vie qui passe, c'est toujours une chanson sentimentale qui nous empêche d’exister au moment où il le faudrait. Quoi qu’on fasse, on arrive trop tard : plus personne ne s’intéresse à nos soucis. Vieux et fatigué, on parle seul. L’autre jour, devant la caisse du supermarché, j’ai croisé une jeune fille à qui j’ai demandé des renseignements sur le nouveau parking. J’ai bien vu à son regard étonné qu’elle croyait parler à un fantôme. Je n’ai pas voulu l’effrayer et j’ai poursuivi sans insister. Nos deux mondes n’avaient qu’un étroit couloir commun dans lequel je suis passé bien vite sans me retourner, de peur qu’on me demande des comptes sur mon insistance à communiquer avec les vivants. Nos connexions entre conducteurs échangées n’ont produit qu’un profond silence en se croisant ; c’est sans doute très bien ainsi. L’exil généralisé est absolu : faisons semblant de ne pas le remarquer. La seule tendresse qui (nous) reste ne peut venir que de nos fantômes. La « nouvelle année  ? ». Elle n'a eu rien de neuf, je vous assure. Je la vois tassée sur elle-même comme une petite vieille effrayée. Pour un peu, on serait allongé sur elle sans même s'en rendre compte, on lui marcherait dessus sans la voir. Mais son choc de vague morte nous emporte. On marche pour éviter le pire mais il arrive quand-même, ce pire. Et partout tous les mêmes visages aveugles, sourds, fermés, inversés, ricanants, la bouche grande ouverte – semblant en pleine digestion d'idiotie, comme une colonie de portraits cubistes qu'on aurait arrachés au néant – revendiquant à pleins poumons : nous sommes les propriétaires du Monde ! Il faut en être, ou périr.

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https://www.1erdegre.ch/blog/2013/12/09/les-insomniaques/

Réveillé plusieurs fois entre trois heures et les alentours de cinq heures et demie. Je ne me suis pas levé. Ne pas bouger, sentir, ressentir les draps chauds, la surface moelleuse du matelas, écouter le silence de l’intérieur de la maison, toucher l’écran du portable sur la table de nuit du côté hors oreiller pour vérifier l’heure, attendre, résister à l’envie de revérifier l’heure, se tourner, ne pas bouger, penser, chercher un sujet de rêverie pour lâcher prise, ça ne marche pas, tiens le voisin fait du bruit, le détecteur de présence du palier s’allume tout seul, il est déjà peut-être en bout de course malgré la puissance de sa pile, je devrais voir demain si je dors mieux sans y faire attention, ne pas regarder le réveil, bouger un peu pour sentir une portion de drap plus chaud. Quand je me suis réveillé, la lumière passait à travers les volets. Quelques sifflotements joyeux des oiseaux. Je suis sûr d’avoir rêvé des tas de trucs dont je ne garde le moindre souvenir. Le détecteur de présence ne s’allume plus à mon passage. Les jours sont encore assez courts et la température fraîche, mais il y a eu ces jours-ci un bel ensoleillement et c’est l’époque bénie où la broussaille retombe, ce qui en fait le moment idéal pour aller visiter les mines abandonnées d’Irugurutzeta, les vieilles installations et leurs alentours où il y a au moins quelques endroits agréables à contempler.

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Je suis malheureux depuis que j'ai perdu la possibilité de me connecter périodiquement à ZLibrary. Dernier rempart qui tombe ! D'abord ce nom me déplaisait souverainement. Mais ce n'est pas l'essentiel. L'essentiel, c'est que j'aime posséder des libres numériques. J'aime être « propriétaire » des sources de mes élucubrations. J'aimais acheter des livres papier. Oh oui, Dieu sait que j'ai aimé ça ! Des milliers. C'était « mes » livres. Je n'avais pas une bibliothèque impressionnante, même si j'ai eu au-delà de cinq mille volumes et une belle collection de livres rares que j'ai malheureusement dû abandonner progressivement. Je disposais également d’une considérable liste de sites légaux (je croyais, puisque à but non lucratif hors le pur et simple partage) d’échange et téléchargement réduite en peau de chagrin, d’interdiction en fermeture et d’exils en mutations de domaine. Depuis que j'utilisais ZLibrary, je me disais chaque jour ou presque que j’allais arrêter les téléchargements, mais à chaque fois, je repoussais l'échéance, car je suis fasciné par tout ce que je peux avoir et consulter à tout moment quand je le veux. Je peux lire quatre versions d'une même œuvre, alors qu'auparavant je n'en avais qu’une ou deux en papier. Je pouvais découvrir tout ce qui me faisait envie, l'espace d'un instant. Je pouvais, je peux plus… Et je ne peux plus rien y faire. Le jour où on a arrêté la page « par décision de la justice américaine » et française et espagnole et … mon abonnement n’avait pas disparu mais je ne pouvais plus rien télécharger. « Vous ne posséderez plus rien et vous serez heureux ! » Cette phrase de Klaus Schwab, sinistre personnage, est pour moi terrifiante. J'aimais bien « mes » livres numériques, mes « livres » en papier, « mes » vieux CD que je pouvais éventuellement donner ou prêter à ceux que j'aime. Je me rappelle très bien le moment où on est passés au numérique au commencement des années 90. Moment magique s'il en est. J’étais fou de joie. C'était la terre promise ! Je me souviens encore parfaitement des premiers PDF qui étaient encore rares. J'ai aimé apprendre à les éditer pour travailler dessus loin de la galère du papier et des notes prises à la main qu’il fallait reconstruire lentement par le biais de la machine à écrire. Photocopier des livres pour les convertir en chantier de travail ! Enfin, j’allais pouvoir être débarrassé des défauts des tapuscrits, des erreurs qui étaient chose courante, avec les possibilités limitées que nous avions à ce moment-là, imparfaites, lentes, peu sures, une carafe de blanco à proximité pour badigeonner des mots ou des phrases de travers et puis le gain de place, de temps, etc. Quel luxe ! Quelles facilités ! C'était si pratique ! J'ai assez vite été en mesure, puisqu'à l'époque je préparais ma thèse de doctorat, de me rendre compte de tous ces avantages progressifs. Le traitement de texte, par exemple, très pratique et qui paraît si rudimentaire par rapport à ce qu’on connaît aujourd’hui … Le numérique est toujours merveilleux, mais perclus de défauts. L’aspect le plus négatif est sans doute qu'il a habitué les gens à se satisfaire d'une rapidité trompeuse et au copie-collage partout, le considérant comme la seule alternative. Quand on ne connaît que le saumon d'élevage, on trouve ça très bon. Le mirage du numérique a été grandement facilité par le fait qu'il arrivait avec quantité d'avantages très réels accompagné d’un discours qui le rendait inattaquable, quasiment invincible, ou indiscutable. Il est fragile pourtant. Il est dépendant d'une tonne de choses adjacentes. Je suis donc progressivement revenu au papier car on s'est bien fait avoir, là, et sacrément. C'est une fable édifiante, le numérique. On nous a expliqué que cette facilité ne retirait des données d’ensemble que des choses inutiles pour aller droit au but. Ou, pour le dire autrement ou avec plus d'arrogance, pour être plus « efficaces », plus compétitifs. Ah les cons ! Le numérique, c'était la Science qui parlait par la bouche de l’Informatique. Et nous, on n'avait qu'à gober des résultats. Et puis il faut dire aussi qu'on avait envie d'y croire ! Et les livres sont si fragiles : leur lecture exige de la disponibilité et des doses assez conséquentes de patience, souvent la qualité douteuse du papier empêche la moindre manipulation, ils attrapent des tonnes de poussière, l’excès de lumière les fragilise tout comme l’usure ordinaire, etc. Pourtant, il y a plus de vérité dans le tangible que dans le numérique. Allez comprendre… Il faut en faire l'expérience, physiquement, pour l'admettre. Ce n'est pas blanc ou noir, juste ou faux, et c'est précisément dans cette petite marge d'incertitude que la vie des livres arrive à passer à travers le prisme de ce qui ne sera jamais qu'une existence « virtuelle ». On oublie toujours qu'il s'agit de ça : de reproduire le réel « objet » avec quelque chose d’intermittent avec la part d'aléatoire que cela comporte (il suffit d’une panne ou d’une coupure d’électricité pour que tout s’évapore dans le néant !).


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« Fais-toi voter par Txapote ! » lui lance-t-on dans la gueule, où qu'il se rende, au sinistre crétin malfaisant à la tête de cette espèce de pays qui est le mien. Au responsable d'avoir définitivement soldé la douleur des victimes innocentes au profit des coupables et du galvaudage irréversible des pompeux droits de l'homme (et du citoyen !) proclamés par la Révolution française, vidés en réalité et plus que jamais, du fait de leur caractère abstrait et de leur universalisme chimérique, de tout contenu. La preuve, les absurdités juridiques de chaque abomination législative de son gouvernement minable. J. De Maistre soulignait que pour ces formules aussi célèbres que fréquemment citées, il n'y avait pas de destinataire, parce qu'« il n'y a pas un homme dans le monde », qu'il n'avait vu dans sa vie que des Français, des Italiens, des Russes etc., qu'il savait même, « grâce à Montesquieu, qu'on peut être Persan sans avoir jamais quitté Paris » (Lettres à un gentilhomme russe sur l'Inquisition espagnole, Lettre XVIII). Même Voltaire affirmait qu'il n'avait jamais trouvé d'homme tout au long de sa vie, et « s'il existe, c'est bien sûr à mon insu ».

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« Si votre monde est mort, c'est que vous n'avez pas su le maintenir en vie. Apprenez donc le bouche-à-bouche philosophique, et voyons ensuite s'il vous reste un filet de souffle. » (Dantec, Le théâtre des opérations, 1999).  Avant son engouffrement définitif, il est urgent de hurler non ! face à la loi trans qui vient d’être adoptée par un gouvernement espagnol au dessous de tout : même avec toutes les opérations, les traitements, on ne se débarrasse pas de l'identité biologique que la nature nous a attribuée à la naissance. Que ceux qui prétendent le contraire sont des fous, ou des salauds, qui s'engouffrent sur le marché prometteur du désarroi d'enfants perdus, sans repères, de l'abandon du rôle éducateur de leurs parents. Mais comment hurler quoi que ce soit ? Comment lutter contre les algorithmes des géants technologiques qui ont pour vocation d'invisibiliser les propos qui sont assez peu conformes à la doxa dominante ?

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En lisant La pensée captive de Czeslaw Milosz, on tombe sur ces lignes, à propos de l'intellectuel ou de l'écrivain qui, ayant avalé le dogme de la Nouvelle Foi (marxiste), subit une transformation complète de son être et devient lui-même un adepte totalement soumis à la doctrine : « Malgré sa résistance, malgré ses moments de désespoir, le moment, enfin, arrive. Cela peut se produire la nuit, au petit déjeuner, dans la rue. Quelque chose comme un déclic métallique, comme lorsqu'on passe les vitesses. Il n'y a pas d'autre chemin. C'est l'évidence. Sur toute la longueur et la largeur du globe terrestre, il n'y a pas d'autre salut. » Auparavant, ce nouvel adepte est passé par quelques phases : le vide laissé par l'abandon de la religion, l'abandon d'une philosophie réaliste. Abandons qui procurent un sentiment profond d'absurdité de l'existence. La nécessité, parfois vitale, de s'intégrer dans une pensée collective qui réduit à néant sa propre réflexion individuelle, personnelle. Cette nécessité de se fondre dans la Pensée unique procure alors le succès qu'on recherchait. « Nous voyons concrètement comment se développent les divers processus de dissimulation, de transformation intérieure, comment on en arrive au bond subit de la conversion, comment un homme se scinde en deux hommes. » Milosz a ceci de bouleversant qu'il se questionne tout en essayant d'analyser la transformation et l'aboutissement du processus. Il se demande s'il n'est pas lui-même devenu cet homme nouveau, adepte de la Nouvelle Foi incapable de sortir du chemin de la Pensée collective. Il décrit tout l'art de Ketman qui impose à l'homme de vivre sous la méfiance de tous et qui se dédouble : un homme virtuel qui présente toutes les garanties de soumission au pouvoir et un homme secret, intérieur qui tente de penser par lui-même. Milosz met en garde ses lecteurs contre ce processus qui guettait non seulement les démocraties populaires mais bien toutes les nations. Sur les réseaux sociaux, les commentateurs de groupes de parole, les individus sont arrivés au terme de leur transformation. Ils ont eu ce déclic intellectuel, moral, psychologique. Ils écrivent tous pareil, presque la même chose, toujours dans la même direction. Il n'y a pas d'autre salut hormis la nouvelle foi mondialiste. Et réellement la question pourrait se poser pour nous tous aujourd'hui même. Bien sûr, chacun s'écriera la main sur le cœur qu'il est apolitique, qu'il ne se laisse pas manipuler. Mais il nous faut bien avouer ceci : la vision du monde angloaméricaine a gagné nos pensées et nos manières de vivre tout au fond de nous mêmes. Elle imprègne tous nos esprits, que nous soyons de droite, de gauche, écolos, cathos, païens, européens, blancs, noirs, jaunes, patrons, ouvriers, jeunes, vieux. Certains protestent timidement et à mots couverts contre cet état de choses constatant certains dangers, par exemple, l'urgence de combler le vide démographique qui menace nos sociétés. Mais sans limiter l’immigration illégale. Le trafic de personnes est ignoble mais on souhaite la bienvenue au tout-venant au risque d’être pure et simplement submergés par les vagues incontrôlées de populations de plus en plus agressives et conquérantes. Et on touche de près, là, la réflexion désabusée de Milosz : nous sommes devenus les captifs d'une Pensée qui nous détruit de l'intérieur. A l'époque du Covid que j'ai attrapé assez tard et sans conséquence aucune, je me souviens avoir cédé à la vaccination lorsque j'ai compris que nos libertés seraient restreintes si nous ne cédions pas au vaccin. Je me souviens avoir pensé « il n'y a pas d'autre salut ». Et j'ai cédé. Certes, beaucoup expliqueront que cette soumission est le premier pas vers la captivité intellectuelle, morale, spirituelle. Sans doute. Mais en me dédoublant comme le Ketman décrit par Milosz, intimement persuadé de la problématique utilité du vaccin et me faisant vacciner simplement pour rester libre dans le quotidien, j'ai tenté aussi de garder une part de mon esprit dans la vérité. La question, et Milosz la pose aussi, est de savoir combien de temps pouvons tenir dans ce dédoublement sans devenir soit fou, soit convertis à ce Néant absolu.

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Retour à Bordeaux. Le paysage défile devant les yeux d’A. avec des variations infimes ou accentuées, avec des absences, aussi, mais avec, toujours, cette linéarité et ce chant intime calme qui la maintient en vie, à l'intérieur d’elle-même. Sa conscience lui paraît translucide, sans épaisseur, étale, mais elle n'est plus celle qu'elle était hier, ou même celle qu'elle était avant de monter dans ce train, et elle ne sait pas si, quand elle sera descendue du train, ce qu'elle est en train de vivre aura encore une quelconque réalité ; elle ne sait même pas si elle en aura le souvenir après que les années auront passé. Elle se dit qu'il est possible que ce qu'elle est en train d'éprouver n'existe que dans le temps de son être présent, à l'intérieur du train en mouvement. C'est effrayant et très doux. Les voyages en train sont des bouts de méditation. Les courbes sont douces, on les éprouve en même temps qu'on les voit (et on peut les entendre !) et le rythme régulier et doux des chocs sur les rails rassure et calme son cœur, son cœur qui peut dialoguer avec ce rythme. Il est impossible d'ignorer le monde qu'on traverse, et l'on doit faire semblant de le comprendre, mais même dans les moments où personne ne nous observe, nous ne pouvons pas nous absenter de ce qui nous relie à lui : les paysages désolés et froids se donnent à nous, ni plus ni moins que le Clarinet Concert en A Major de Mozart que j’envoyais à sa maman avant-hier en souvenir des moments de notre travail ensemble, il y a une éternité. Comme dans les paroles de Noir Désir, « tout disparaîtra / le vent nous portera » : les amis, les femmes, le hasard, les parents, les petits bonheurs précaires qui semblent dérisoires et qui nous tirent les larmes quand on s’en souvient. Il ne restera plus alors qu'une longue et interminable mélodie de dix jours vécus dans sa grande maison de rêve, mélodie qui l'enveloppera après son arrivée et qu'elle ne comprendra pas plus que ce qu'elle a vu et ressenti le nez collé à la vitre de son train rapide. Mais il n'y a que cela. Rien d'autre. Elle aura été seule avec le paysage et le temps. Elle aura été là, c'est tout. Et cela aura été motif d’une vive émotion.




lundi 13 février 2023

Étendards, drapeaux et oriflammes

 " L'umanità si divide in due campi. Quelli che hanno letto I due stendardi e gli altri "

François Mitterrand (1)


« C’est que la musique n’était pas pour lui un simple divertissement des sens, un plaisir de l’ouïe », mais « le domaine mystérieux où se rejoignent le terrestre et le divin, où se confondent les extases de la chair et de la Grâce, bref la terre d’élection au seuil de laquelle s’arrêtent les batailles et où les deux étendards, enfin réconciliés, pouvaient, d’un même mouvement, s’incliner l’un devant l’autre » Jacques Benoist-Méchin, Hommage à Lucien Rebatet

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« J'ai eu, en 1969, un entretien avec Jacqueline Piatier qui m'a coûté très cher, parce que d'une certaine manière il m'a isolé. Je déclarais entre autres que Le Sang noir, de Louis Guilloux, Les Deux Étendards, de Lucien Rebatet, et L'art du roman chez Aragon me semblaient dépasser, de loin, mais de très loin, le nouveau roman. Depuis lors, les oeuvres de Michel Tournier sont venues appuyer cette conviction. Je me demandais, en invoquant Les Précieuses ridicules, pourquoi le pays qui entre tous se voue le plus profondément à la lucidité et à l'ironie s'était laissé droguer par le vertige de l'incompréhensible. J'avais émis l'hypothèse que la France avait reçu un choc énorme après les blessures des victoires allemandes. Et qu'elle avait commis l'erreur de se mettre à l'école de Hegel, Heiddegger, Jaspers, dont le génie de l'obscurité est complètement étranger au génie français. Je comprends que devant un certain style étymologisant, on retrouve le mystère du logos. Cela est possible en allemand, mais en français cela fausse le style. [...] Pour moi, vous le savez, tout style - et toute pensée - est une éthique. La plus grande virtuosité intellectuelle et technique, si elle ne repose pas sur une éthique, mène très rapidement aux fausses situations, aux apories que nous venons d'évoquer. Il y a un paradoxe : c'est souvent la soi-disant droite qui a maintenu la di lognité et la tourmente du style direct. De De Maistre jusqu'à L'Ontologie du secret de Pierre Boutang, c'est du côté des solitaires et des conservateurs que se trouve la tradition centrale de la pensée et de la prose françaises. » 
George Steiner, Le Monde, 24 novembre 1978

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Relecture d'hiver. Discussions théologiques qui s’étendent à n’en plus finir au détriment de l’intérêt romanesque avec l’étalement en détail d’une haine peu commune du catholicisme (et, très particulièrement d’Ignace de Loyola dont les Exercices Spirituels sont habilement détournés du côté de l’imagination érotique). Dans l’ensemble, une longue exploration du désir sexuel, un retour aux descriptions de la belle Anne-Marie, des pages animées par ce désir qui rendent le roman mémorable représentant les lents progrès – des centaines de pages – vers l’amour physique entre Michel et Anne-Marie. Persévérance aussi dans le leitmotiv de la masturbation (plaisir, tentation, rêve et fantasme), comme si l’obscénité faisait écho des multiples angoisses carcérales que l’écriture (« un autre onanisme ») aurait aidé à maîtriser sinon à libérer. Le mystère de la sexualité est qu'elle amène à se consumer sur place, qu'elle écartèle, qu'elle brutalise. Nous sommes là, à nous débattre avec notre corps pendant qu'elle démantèle à chaque fois tout le verbiage à l'abri duquel nous nous présentons à autrui. Il y a un savoir qui vient de la sexualité comme il y a un savoir qui vient du langage et on se demande si, dans les deux cas, ce n'est pas en contrariant le sens commun que ce savoir dérobé à la vue nous est délivré. Le sexe est, en tout cas, une des dernières maladies de la liberté. La forme que prend en nous une bête dévorante qui échappe au regard que l'autre implante en notre surmoi comme un automatisme indéconnectable. Il n'y a plus de particularité dans le monde d'aujourd'hui. Tout doit être soumis au regard général, au regard commun, et comme la sexualité ne pourra jamais être commune ni générale, elle garde, quoi qu'on en pense, quelque chose d'irrattrapable et de mystérieux. Le désir d'égalité emportant tout, la sexualité comme la littérature sont lessivées, réduites à des osselets inoffensifs que tout le monde peut emporter avec lui partout où il va. C'est l'idéal arthritique qui s'est abattu sur nous depuis des générations. « Dans le sexe, en effet, les plateaux de la balance ne s’immobilisent jamais. Il n’y a pas d’égalité sexuelle, il ne saurait d’ailleurs y en avoir ; on n’est pas à parts égales, l’homme et la femme, chacun son lot, en situation d’équilibre. Cette sauvagerie ne se négocie pas de manière quantifiable. On n’est pas dans le fifty-fifty d’une transaction commerciale. On plonge dans le chaos de l’éros, et la déstabilisation radicale qui le rend si excitant. Retour à l’homme des bois, au peuple des marais. La domination change de camp en permanence, on vit en porte à faux. Tu veux exclure les rapports de domination, tu veux exclure la capitulation ? Mais la domination, c’est le silex, c’est ce qui produit l’étincelle, c’est l’allumage. » Ce n’est pas du Rebatet, c'est Philip Roth (La bête qui meurt) qui écrivait cela mais son discours reste pareillement inaudible à nos grossières oreilles corporelles. Il n'y a plus que dans un rêve (surtout en prison !) qu'on peut être pleinement investi dans l'éros en même temps que satisfait du chaos qui nous emporte.

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(1) « Je retire d'ailleurs de ce qu'il [Claude L., de Bayonne] me raconte l'impression qu'il y a chez François Mitterrand toutes les caractéristiques d'un personnage romanesque digne de Balzac et de la conjuration des Treize, parfaitement indifférent à toute idéologie qui ne soit de pure opportunité dans la froide recherche du pouvoir. Il a cette immense qualité des gens qui prennent le temps de flâner, de musarder à l'écart, de s'en foutre. Séduire ne lui coûtant rien, pourquoi s'en priverait-il dans le cours d'une existence pleine de méandres obscurs nonchalamment traversés grâce à l'étonnant réseau de complicités qu'il a eu l'intelligence et la patience de tisser depuis des années. Il est Marsay et Rastignac réunis, servi par une douzaine de Vautrins et autant de duchesses, je veux dire de luronnes modernes assoiffées d'intrigues au sommet de la société et de l'État. » (note du 16 décembre 1967)
Jacques D'ARRIBEHAUDE, Une saison à Cadix








mercredi 8 février 2023

On peut régler tous les conflits avec des mots ?

 


L'écrasante défaite palestinienne due à la foudroyante rapidité des attaques préventives de l’entité sioniste et à la destruction des modestes moyens de réponse des groupes qui la combattent apparaît surtout comme une démonstration de l’indifférence occidentale – tellement sensible contre la Russie ! – à l’égard d’une nation misérable et exploitée. Victoire sans grand risque des riches surarmés sur les pauvres pas si bien armés et malhabiles. Je conçois que le monde arabe perçoive l'agressive et imparable hypertrophie de l'État d'Israël comme une spoliation pure et simple, une monstruosité juridique bâtie à coups d'attentats, de pirateries, et de massacres en série, sous l'étrange prétexte d'une persécution perpétrée en Europe et dont les Palestiniens n'avaient strictement rien à foutre. Et en aucun cas à en payer le prix. Un homme remarquable, délégué par la pourtant si lamentable Organisation des Nations Unies, s'était efforcé d'édifier, sur ce délire, un compromis acceptable pour les deux parties. Quelques criminels fanatiques qui figuraient à l’époque au Parlement de Tel Aviv et que le corps diplomatique saluait avec respect, s'honoraient de l'avoir assassiné en faisant exploser son hôtel, avec une quantité d'innocents. C'était le comte Folke Bernadotte, parent du roi de Suède, connu pour avoir sauvé des juifs par milliers pendant la guerre. Ignominie de ces innombrables articles, tribunes, manifestes, pétitions et titres médiatiques à l'exclusive « victime » du « conflit » : la pauvre entité sioniste, « seule démocratie de la région ». Misère et répugnance provoquées par ces articles, tous les mêmes, émus par les « victimes » de l'heure, consacrant à chaque fois l'unanimité de tout l'appareil d'information en ce domaine, l'empressement de nos distingués penseurs, éditorialistes et polygraphes. Unanimes à lécher le cul de l'époustouflante démocratie, ils sont vraiment à chier. L'insupportable, c'est la très hypocrite sélectivité des apitoiements, et le délire qu'ils entraînent. Nulle compassion à propos des Palestiniens, qui n'ont que le tort d'être depuis toujours chez eux en Palestine. Le malheureux sort de ces masses palestiniennes abandonnées, s’efforçant de réduire leur misère, de combattre leurs implacables dépouilleurs si peu que ce soit, me navre dans l’impuissance. Tout comme me révolte, chez moi, la légèreté de certains larbins des Américains, frénétiques à s’exprimer contre le « terrorisme islamique » quand les faits démontrent l'évidence des crimes israéliens, déclarés par définition, il est vrai, « préventifs. » On n'est pas plus tartuffe. J'espère toujours que le sentiment d'être ainsi continuellement berné, cocufié, mystifié, ramènera un jour les esprits à plus de sens critique ... Mais non ! Tout passe chaque fois comme lettre à la poste et jamais rien ne change, jamais la moindre remise en question, le moindre étonnement, nous reculons sans cesse les bornes de l'abrutissement inerte, con et proliférant de ce bourrage de crâne généralisé et de son ignoble exploitation.




mardi 7 février 2023

Septidi pluviôse 231

 

Désenchantement. Passer sa jeunesse à réfuter des idées et croyances (ô combien archaïques ! qu’on disait …) des aînés. Vérifier que le temps dévore lentement vos opinions et vous épuise et vous laisse démuni face à vous-même. Tant d’efforts pour se dissiper comme les vagues en atteignant le rivage ! La facilité de jouer le jeu, la révolte, née du décalage fondamental entre les règles de ce jeu et leur concrétisation sur le terrain, dans tous les domaines, entre les valeurs transmises au foyer et celles portées par une immense majorité hypocrite, l'héritage antique et pastoral de l'enfance castillane et la futilité, l'abjection et le néant du monde… Telle a été le parcours de ce désenchantement et la matière de maintes réflexions inattendues, que je continuerai sans doute à décrire. La contradiction entre la volonté de triompher (des maux) de la vie et l'attachement inconscient aux valeurs éthiques abîmées. La bienheureuse petite pauvreté nietzschéenne (humildad ?) se montre normalement très peu compatible avec cette quête (insensée) du monde.

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La retraite au clairon. La grande affaire du moment, en France, c’est la réforme des retraites et je dois avouer que je n’en ai à peu près rien à foutre. Le seul point qu’il m’intéresserait de voir réformer aussi bien en France que chez nous est le système global des pensions, actuellement soumis au principe socialiste selon lequel tout individu est une vache à lait qu’il faut traire sans répit et emmerder le plus possible, de sorte qu’un quidam qui a le mauvais goût d’être propriétaire de quelque chose devra penser à s’en débarrasser pour avoir des revenus et pouvoir survivre. Une pension n’est qu’un prêt récupérable par l’état, alors qu’elle est un don pour les parasites subventionnés qui n’ont pas été foutus de mettre un sou de côté pendant toute leur vie. Mais ce problème global n’est pas du tout au centre des débats ni même à leur périphérie, voilà pourquoi je m’en désintéresse. A part ça, mes quelques pensées sur le sujet : tout le monde travaillait en Espagne jusqu’à 65 ans et les gens n’en sont pas morts, mais il est vrai qu’aujourd’hui la majorité n’accède à ce qu’on appelle le marché du travail avant la trentaine, souvent bien entamée. La part de mon travail que j’aimais, j’aurais aimé la pratiquer encore, toutefois j’en étais légalement empêché. La retraite peut paraître attirante quand on cède réellement sa place aux jeunes. La pénibilité : à mon avis, les gens qui font un boulot pénible ou qu’ils n’aiment pas, mais qu’ils continuent de pratiquer pendant quarante ans sans avoir la possibilité de faire autre chose. Une autre idée : examiner une fois pour toutes avec sévérité le montant de la retraite des députés, des sénateurs, des ministres, des présidents, des journalistes vedette ou valets du pouvoir et de tous ceux qui sont les mieux servis.

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Période pré-électorale partout à Zombieland. Même s’il est vrai que l’acharnement électoral à désigner des élus toujours plus stupides et veules tendrait à prouver que le citoyen lambda n’est pas une flèche, le gouvernement une fois de plus le traitera cyniquement comme un imbécile. À commencer par son président. Dès qu’il aperçoit une caméra, il rigole, le con ! Là où la haine, le mépris et le dégoût publics lui sont autant de motifs pour jubiler, se rire de lui, en le mettant à son exacte et petite place, pourrait nous en délivrer. On peut rêver : la probabilité est proche de zéro, vu le sérieux dont il est traité par les médias serviles à ses pieds.

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Droits sans mérites. À bas la tyrannie du mérite ! Dans la société du contrôle total qui vient sur ses mignonnes petites pattes de colombe progressiste, les euro-éco-schwabo-altermondialistes se soucient encore, heureusement, de protéger des droits : les leurs et ceux de leurs exécutants, indispensables au régime du tout reseter pour repartir uniquement sur la base de leurs intérêts. Les péquenots n’ont pas à surveiller leurs surveillants, ce serait le monde à l’envers ! Les néo-gauchistes essaient de gérer les choses, toutes, pas que l’économie, comme si elles étaient déjà à leur idée, qui est presque toujours biscornue et souvent délirante, et donc pas selon ce qu’elles sont effectivement. Le projet du wokisme coïncide très mal avec les faits et ils sont donc obligés de mentir partout à tout le monde, y compris à eux-mêmes. Ça ressemble furieusement à une psychopathologie. Seraient-ils intelligents que leurs objectifs seraient atteints depuis un certain temps. Pour commencer, faire abattre les chômeurs, par exemple. Géniale réinitialisation du marché du travail ! Et ainsi de suite, pour l’énergie, etc.

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La littérature, combien de divisions ? Platitudes. La littérature a toujours été une source d'aide pour de nombreux problèmes. Elle peut offrir une échappatoire à la réalité ou une voie d'approche pour mieux la connaître, permettre d'exprimer des émotions refoulées, aider à comprendre certains problèmes d'une manière méticuleuse et fournir des solutions pour les résoudre. La lecture de romans, de poèmes, de récits de vie, de biographies, peut avoir un impact bénéfique sur l'humeur, aider à se sentir moins seul, vous offrir un moyen de fuir la réalité, de mieux l'approcher, vous permettre de vous immerger dans des histoires et des personnages et de découvrir de nouvelles perspectives. Il est important de noter que cela dépend des personnes. Pour certaines, la lecture peut être une source de stress ou d'agitation, il est donc important de trouver le genre qui convient le mieux à chacun. Il est recommandé de discuter avec des gens qui s’y connaissent pour évaluer les meilleures options. Dostoïevski peut-il faire quelque chose pour moi ? Ou bien, je ne sais pas, moi, Almudena Grandes, Amélie Nothomb ? Il est possible que la lecture de certains livres ou auteurs puisse aider à gérer sa vie. Certaines personnes peuvent trouver un certain réconfort ou une inspiration dans la lecture de livres qui traitent de thèmes similaires à leurs propres problèmes. Cependant, il est important de noter que cela varie d'une personne à l'autre et que ce qui peut aider une personne à gérer ses problèmes ne peut pas nécessairement être efficace pour une autre. Dostoïevski et Pérez-Reverte ont des styles différents et abordent des thèmes différents, il est donc possible que vous trouviez une inspiration différente dans leurs œuvres. Il faut noter que la littérature ne peut pas " remplacer le vécu ", la vraie vie. La littérature pourrait nous refiler un carré d'as dans cette société stupide qui ne fonctionne qu'avec des phrases toutes faites et des idées reçues. Un domaine vaste et complexe qui comprend de nombreux genres différents, styles et perspectives. Elle peut être utilisée pour explorer des sujets profonds et importants de manière créative et nuancée. Certaines personnes peuvent considérer que la littérature est un moyen de défier les idées reçues et de questionner les normes sociales et culturelles. D'autres peuvent penser que certains aspects de la littérature peuvent être limités par des conventions formelles ou des attentes sociales. Il est important de garder à l'esprit que la littérature est un domaine complexe dont les perspectives varient considérablement.

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Dialogues exemplaires et bonnes résolutions.

- Il est important de parler de manière respectueuse et de ne pas insulter les autres.

- Vous avez raison, mais Untelle et Untelle, c'étaient des putes et Trouduc, Machintruc et Machinchose très très cons.

- Il est inapproprié d'utiliser des termes vulgaires et offensants pour parler des autres. Il est important de respecter les autres et d’en parler de manière professionnelle et respectueuse, même si on n'est pas d'accord avec leurs opinions ou actions.

- N'empêche, je sais ce que je dis.

- Il n'est pas approprié d'insulter les autres et de les dénigrer. Cela ne mène généralement à rien de constructif. Si vous avez des préoccupations ou des désaccords avec quelqu'un, il est préférable d'essayer de les résoudre de manière calme et raisonnable plutôt que d'utiliser des termes offensants.

- Inapproprié, qu'entendez-vous par là ?

- Lorsque je parle d'inapproprié, je fais référence à des comportements ou des propos qui ne conviennent pas à la situation ou à la personne en question. Cela peut inclure des propos vulgaires, offensants ou discriminatoires, ainsi que des comportements qui manquent de respect ou qui sont maladroits. Il est important de garder à l'esprit que ce qui est approprié varie selon les contextes et les relations, il est donc important de se montrer respectueux et conscient des personnes avec lesquelles on interagit.

Il est important de respecter les autres, qu'ils soient des personnes ou des pruneaux d’Agen. Cela inclut de ne pas utiliser de langage vulgaire ou offensant, et de ne pas être discriminatoire. Si vous avez des préoccupations ou des désaccords avec quelqu'un, il est préférable de les aborder de manière calme et raisonnable, plutôt que d'utiliser des termes offensants.

- Tout à fait : j’aime les pruneaux d’Agen !

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Même sujet encore et toujours. Le marxisme est une idéologie qui a inspiré de nombreux mouvements révolutionnaires à travers le monde au cours des siècles derniers. Il a été utilisé pour justifier des régimes autoritaires et totalitaires dans de nombreux pays, notamment l'Union Soviétique, la Chine, Cuba, etc. Ces régimes ont conduit à des violations massives des droits de l'homme, des répressions, des exécutions, des camps de concentration, des famines, des génocides, etc. qui ont causé la mort de millions de personnes. Il faut souligner que ces actes horribles ne sont pas l'expression de la théorie de Marx elle-même mais ils ont été pervertis et utilisés pour justifier des actions criminelles par des régimes totalitaires qui se sont réclamé du marxisme. Il est important de comprendre les idéologies et les mouvements dans leur contexte historique et de les évaluer de manière critique.

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Comment tant de demeurés peuvent-ils continuer à proférer gravement que l'art ne peut échapper au politique et qu'aucune de ses expressions ne saurait éviter la crasse trivialité d'un engagement partisan quelconque, quand le propre de la beauté est précisément d'échapper à ces misères et, si peu que ce soit, de nous en délivrer ?

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Détruire l’Europe ? Peut-être que la troisième fois sera la bonne ! Les pays occidentaux sont sur le même modèle inchangé depuis 1945, à part des adaptations comme la fin de la convertibilité dollar/or, qui ont permis de relancer une machine sur le point de gripper, et ce modèle a eu du un succès uniquement grâce à la force militaire américaine, sans que rien ne change sur le fond, à savoir que les Américains vivaient sur les dos des autres et que les Européens bénéficiaient aussi du Système de Ponzi. Grosso modo 80 ans que ce système existe, et maintenant, ça commence à prendre l’eau de toutes parts par l’émancipation des pays non-occidentaux. La guerre en Ukraine n’en est que le symptôme, un abcès de fixation qui est en train de craquer. On en était à se demander si la seule solution pour résoudre le problème du crédit de la zone dollar qui s’effondre n’aurait pas été que les USA puissent mettre la main sur les richesses naturelles de la Russie et de l’Ukraine, ce qui avait été presque réussi avec Eltsine, et qui a finalement clapoté à cause de la gestion des équipes de V. Poutine. Du coup, on est bien en face d’une guerre existentielle des deux côtés, configuration la moins favorable pour une issue pas trop cataclysmique. Déjà la première guerre mondiale a révélé aux dirigeants européens (France, Allemagne, Grande Bretagne) qu’ils n’étaient plus les premiers de la classe. Ils ne voulaient simplement pas le voir mais en se lançant dans ce conflit ruineux et stupide, ces pays ont acté leur mise au second plan. Pour des raisons avouables ou non, les Américains sont venus tirer d’affaire la France et la Grande-Bretagne. L’illusion a duré vingt ans et en 1945, Oncle Sam a eu beau jeu de s’installer comme superpuissance mondiale. Pour ces deux pays, ça a précipité le déclin. Le cas allemand est particulier et il ne doit son existence qu’à la mainmise financière US sur l’économie allemande. Avec la guerre en Ukraine, on est arrivé à la fin d’un cycle et au début d’un autre. L’Occident soutiendrait-il l’Ukraine pour piller ses richesses et déstabiliser la Russie ? Ça alors, on a du mal à le croire ! Habitué aux blablas de plateaux télé libres bien de chez nous tout me faisait penser que c’était plutôt pour défendre la paix, la démocratie et le vivrensemble éco-inclusif !

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Le peuple, oui ; la masse, non. Ce qui fait que j'ai tant de mal à marcher, quand des bien-pensants, la bouche en cœur, s'arrogent le droit de discourir au nom du peuple, c'est que le peuple, précisément, j'en sors. Par mes parents, justement, par leurs mains ouvrières dont ils avaient la saine fierté ainsi que le plus grand détachement à l'égard de l'agitation sociale comme du cérémonial compassé des professionnels de la politique d'où qu'ils vinssent. Quant à mes parents, c'est en naissant qu'ils m'ont appris le principe d’égalité dans le peuple castillan : « nadie es más que nadie » (personne n’est supérieur à personne) et qu’on ne devait se découvrir que devant Dieu.

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18 juillet 1973, rue de la Pompe, Paris. Jour de fête en Espagne (notes revisitées). Déploiement de drapeaux aux fenêtres. Foule joyeuse et désœuvrée dans les rues. Beaucoup de jeunes, qui ne connaissaient rien d'autre que ce régime-là, et dont l'insouciance était manifeste. Comme chaque année, on commémorait le soulèvement des généraux contre la République dans une placidité totale. Conversation, rue de la Pompe, avec un groupe d’universitaires, accompagné de trois carmes déchaux basques (« un Espagnol et trois Basques » selon la formule du plus solide et mieux charpenté des trois, calvities et têtes rondes, pour nous présenter au public), rue de la Pompe, à laquelle un petit groupe de jeunes gens qui fréquentaient la Mission viendrait bientôt se joindre. Tous avec le souvenir de déchirements familiaux issus de l'affrontement des idées mais aussi, très souvent, d'un pur hasard circonstanciel, tel père en zone « libérée » au départ ayant des fils géographiquement répartis en zone « rouge » et ainsi des frères, des cousins, pris de divers côtés dans la tourmente et condamnés à s'entre-tuer aux dépens de toutes leurs convictions, sans nouvelles des leurs, de leurs fiancées, de leurs femmes, de leurs amis. Peu à peu les portes s’étaient ouvertes à ceux qui avaient choisi l'exil et qui rentraient, de plus en plus nombreux, d'Amérique latine et même d'Union soviétique. L’histoire ancienne, comme les drames de Shakespeare, nous renvoyait sans cesse à la fatalité de ces alternances d'effondrements chaotiques, de châtiments sanglants, et de retours à un ordre plus ou moins bien inspiré. La longévité politique de Franco tenait peut-être à ce qu'il n'avait pas songé un seul instant, contrairement à d'autres, à promouvoir une éthique révolutionnaire, un homme nouveau, une société plus ouverte, solidaire et exaltante. Il se souciait comme d'une guigne d’une société sans classes, préférant ouvertement faire appel au travail dur et au sacrifice, loin de celle qui, dans un délai record, avec l'adhésion enthousiaste de tout un peuple et particulièrement de sa magnifique jeunesse, avait jailli comme par magie de la volonté d'Hitler. Franco, lui, s'était contenté de restaurer les hiérarchies traditionnelles, et d'améliorations sociales lentes, homéopathiques, et d'une innocuité garantie. Il savait que personne ne se souviendrait de lui, si éloigné de la filandreuse harmonie universelle des mondialistes de l’époque et créditeur de la haine des gogos crétinisés de partout. Comparés aux boucheries sans nom et aux exterminations continuelles du sinistre Lénine, du génial petit père Staline (« Padre y maestro y camarada:/vuela en lo oscuro un gavilán./ Pero en tu barca una paloma,/ pero en tu mano una paloma / se abre a los cielos de la paz. » Rafael Alberti), à l'anéantissement systématique des élites, aux déportations de populations entières et à leur suppression pure et simple, les crimes de Franco faisaient figure de modestes mesures hygiéniques et Franco lui-même apparaissait finalement aux bourriques démocratiques de l'Anglo-saxonie et d'ailleurs, vaguement contrariées et perplexes malgré tout, comme un bienfaiteur de l'humanité. Telle est l'ironie de l'Histoire, que mieux vaut en rire quand on a la chance de survivre.
L'ennui des dictatures, c'est qu'elles entraînent fatalement une promotion d'intrigants agités, ignares et furibonds, acharnés en vindictes minables dont la mise au pas exige à nouveau de sanglantes purges. A dix-sept ans, la défaite de notre République me provoquait de l’urticaire. Et portant, je savais de première main, par le frère aînée de ma mère que, par exemple Toulouse, ville radicale où se massaient les réfugiés, était un lieu pourri, un rassemblement de va-de-la-gueule enragés de haine et de terroristes frustrés, alors que les petits groupes de réfugiés de Bordeaux, que je voyais tous les jours, avec beaucoup de Basques, qui reconstituaient, au Jardin Public, leur tradition du paseo, me frappaient par leur dignité, leur propreté, la noble et mélancolique fierté de leurs visages. Mon père qui considérait avec le plus grand scepticisme toutes les idéologies trouvait à alimenter ses sarcasmes à l’évocation de ses souvenirs, qui m'enchantaient, et la décomposition du Frente popular et de la République ne lui provoquaient pas un regret démesuré. Ce qui m'était insupportable, dans le climat de l'époque, c'était l'espèce d’évidence, perceptible au lycée, dans les écoles et chez la plupart des gens, selon laquelle une autre République, la République française, malgré ses combines, ses scandales à répétition, la débilité de son Grand Homme creux, constituait le plus parfait modèle d'art politique, le véritable summum de la civilisation. Ceux qui ne voyaient là qu'abîme de petitesse et de médiocrité incapable d’avoir prévu sinon évité tant de désastres passés et récents étaient regardés de travers ou pris pour fous. Pour Franco, médiocre lui-même, sa force résidait dans une indifférence totale aux réactions qu'il provoquait comme à la somme de popularité qui l’entourait. L'opposition la plus virulente s’écrasait inutilement devant sa froideur. Peu a peu, et comme par un raffinement sadique, les communistes revendiquaient sans faillir la réconciliation nationale avec ostentation et fierté se réclamant de leur appartenance à la séculaire culture nationale. La liberté d'expression populaire était à la moquerie générale devant les manies, tics et commémorations du régime où ministres et hiérarques étaient les cibles d'innombrables plaisanteries. Cette liberté était visible d'ailleurs dans une longue liste d’activités sociales, d’œuvres littéraires ou de créations cinématographiques (Berlanga, Bardem ou Saura) que la censure n'avait vraiment pas l'air de paralyser. Tout cela témoignait d'une vitalité réelle et augurait plutôt bien, me semble-t-il, de l'avenir du pays. Ulcéré par tant de modération et mes allusions au socialisme réel, le plus combatif des religieux, assurait vivre, lui, « qui n'avait pas demandé à naître » (!), un véritable enfer. « Tu parles d'un pays ! » Même mon admiration pour le Président Azaña lui paraissait suspecte. « Un modéré piètre écrivain et afrancesado jusqu'à la moelle ! ». Pour doucher encore ma dialectique paradoxale, axée sur les particularités du mouvement ouvrier espagnol, surtout anarchosyndicaliste, il s'avoua "ami" de Durruti, « d'ascendance basque comme chacun sait », (ça me fait encore rigoler, cette "amitié" ethno-cléricale) pour continuer assurant que les organisations anarchistes ont toujours été des pépinières de provocateurs et d'agents doubles. Il assurait savoir « de bonne source » que Durruti, même s'il l'avait toujours farouchement nié, avait bel et bien assassiné le vieil archevêque de Zaragoza.  Il affirma cela en clignant de l'oeil comme s'il s´était agi d'une bonne blague. Toute son aversion était concentré contre Franco. Pas exactement la même que contre Hitler, observant que les temps n'átaient pas mûrs pour que certaines évidences puissent être acceptées. J'avoue publiquement ne pas me sentir tenu à aucune vénération particulière à l'égard de qui que ce soit pour l'effroyable gâchis de chaque passage du rêve utopique à l'acte. À peine cinq ans plus tard, avait lieu le marché des dupes de la transition démocratique. Sans se donner le temps de réfléchir aux vices et aux insuffisances du prétendu jeu démocratique : la nouvelle monarchie bourbonienne instaurée n'était que le laborieux et lent replâtrage des précédentes. On cédait la place aux équarrisseurs de 1978, avec leur Constitution taillée au goût de l'OTAN, assez pourrie (immense supercherie qui me m'était intolérable à l'époque) pour permettre que Jordis et Campechanos de tout poil, gais comme des moineaux sur la même branche, fassent les meilleures affaires ensemble, sauf imprévisible explosion en ce pays de ruminants épuisés, haineux et flasques. Au moment où j'écris ces lignes, la condamnation inlassable et maniaque de Franco, sans opérer la moindre distinction de ceux, honnêtes, probes, indemnes de toute infamie qui vécurent tout simplement la vie qui leur avait été donné de vivre, cache à peine la lâcheté de filous et d'opportunistes qui s'acharnent à cracher (plus de quatre-vingt-ans après la fin de la guerre !) un régime supporté par l'immense majorité de la population, et n'en est pas moins répugnant. 

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Qu'est-il devenu, cet ancien collègue « dont je ne veux pas me souvenir le nom », enseveli dans de brillants travaux de l'intellect, maintenant qu'il est à la retraite depuis des années ? Ça lui a valu des voyages d'études, une accumulation d'annuités de "mérites" et de certificats garantissant une sécurité qui le hantait, constamment tendu, préoccupé, toujours craignant du perdre du fric, en réalité tournant désespérément à vide et se donnant des airs décontractés et libertaires, branché, progressiste, moderne... pour tenter d'échapper au néant lamentable de son existence. Souvent avec des réactions de demi fou, il continuera ses habitudes à Vitoria, ne trouvant rien de mieux qu'à se montrer dans la ville comme éternel persécuté par les nationalistes. Il etait possédé d'une horreur épouvantée des gens normaux préférant l'"aventure", le "risque" des colloques, des rencontres, des recherches parce qu'il y avait des déplacements gratis et une de ses joies était, malgré la persécution des pouvoirs dont il souffrait, en fonctionnaire exemplaire, de vivre le plus possible aux croûtes de l'administration.

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Vide. De ma vie sexuelle adolescente. Période totalement désertique et qui n'en finissait pas. Longtemps je voulais croire que l'amour, dans l'absolu que j'imaginais, n'était possible qu'au prix d'une attente ardente et ascétique (« effroyable néant de gloire »). Cela m'a servi plus tard à être suffisamment patient. Je ne regrette rien. La fidélité permanente a été, pour moi, la seule issue, même s'il faut la traverser sans cesse comme sur des sables mouvants. Si je récapitule, la question cul de mon existence pourrait se résumer ainsi : de dix-neuf à vingt-trois ans, des moments d’exaltation continue avec ma fiancée. Avant : des années entières à macérer lugubrement dans une ville castillane traditionnelle, mis à part l'interlude des années avec R. En marge à peu près de tout ce dont rêve un adolescent aujourd'hui et nanti d'un modeste pourboire m’interdisant toute largesse, puisque c’était aux dépens de mes parents, pliés sous le fardeau que je représentais pour eux, je m'imposais une continence sans doute assez rare à cet âge et certainement peu propice à une bonne santé et à un équilibre euphorique, dû sans doute à un sentiment d'honneur et de dignité lié incontestablement à une éducation religieuse – pourtant déjà largement rejetée – et surtout à l'exemple de mes propres parents et à l'imprégnation sévèrement castillane. A dix-neuf ans, début de mon épisode avec R., de mon âge, qui me saisit fébrilement et transforma ma vie entre des tornades fulgurantes et des bécots tendres au creux de l'oreille au coin d’un bar. Charmante jeune femme à qui j’adressais des poèmes exaltés et déclamatoires qu'elle avait la tranquillité de me confier pour que je les lui lise avec ma voix tandis qu'elle m'écoutait en fermant les yeux au bord de la rivière au crépuscule ou dans l'encadrement d’une fenêtre, elle si sensible et qui aimait tant la poésie et moi ne sachant où me mettre, honteux pour ses éloges mais sans m'arrêter au bout des lignes pour lui remettre à la fin ces sacrés feuillets, pressentant quelque chose de bon pourrait en résulter par l'addition de ces phosphorescences inextinguibles et, après tout, généreuses. Elle était belle et capable de transformer un bled perdu de province en lieu de tous les possibles, de maintenir allumé par le brasier inouï qui flambait dans ses yeux lumineux quelque chose qui vous étourdissait sur place comme l'agneau hypnotisé par la louve, quand bien même je n'étais pas tout à fait, dans cette histoire et c'était bien ainsi, un agneau... La sexualité, de désastres en enchantements, bref (« deux secondes de trémoussement » céliniennes) et effrayant épisode et juste châtiment du ciel (« sans commencement ni fin », le sexe, version célinienne du gouffre pascalien), on doit la prendre conformément à quelque vieux fatalisme issu peut-être de la sagesse orientale ou des mythologies du fabuleux creuset caucasien lié, aurait pu écrire Dumézil, aux insolites particularités espinguoines. Ensuite, équilibre physique retrouvé dans le calme de devenir papa. Attachement définitif à l’autre, immédiatement, passionné par l'irruption de la petite M. Si je compte bien, quelques années d'épanouissement heureux plus quelques éclaircies intenses mais brèves. Cela me semble maintenant une misère en comparaison des héros entourés de harems de fiction et c'est peut-être énorme. J'ai presque soixante-dix ans, nel fin del cammin della mia vita... Bref. A quoi bon m'enivrer si souvent de l'ensorcelante mélancolie de Dante parcourant à pas lents son éternelle et Divine Comédie, sinon pour me convaincre que les années vont s'accélérer, que cette vie est brève, que je ne suis certainement pas des plus mal lotis, et que j'aurais grand tort de me plaindre.



mercredi 18 janvier 2023

Beaux jours de janvier trompent l'homme en février.

 

Evocation d’un vieux copain (Enrique D.H.), cinquante ans après les faits. On discutait à perte de vue sur la signification des œuvres qu’il fallait lire ou des tendances politiques qui s’installaient. Parler littérature, poèmes, cinéma, théâtre, comédie … Vaste programme ! Mais, par-dessus tout, on aimait la politique et l’histoire. On se moquait bien des heures qui passaient et ce n’était pas pour débattre dans le vide. Tantôt chez l’un, tantôt chez l’autre. On se racontait les mille et une nuits en prose et en vers. Ensuite, on se raccompagnait. Puis on rentrait, raccompagné ; arrivé à sa porte, la conversation continuant, on raccompagnait celui qui vous avait ramené. Ça n'en finissait pas ...

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Quelques lectures « de gauche » pour apprendre à s'ennuyer pour faire durer le plaisir de vivre encore dans les remous de la politique...

Jean-Jacques Becker, Histoire des gauches
Michel Winock, La gauche en France
Alain Bergougnioux, Des poings et des roses
Si la gauche savait : entretiens de Michel Rocard avec Georges-Marc Benamou (conseiller spécial de ... Nicolas Sarkozy !)

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Hospital Comarcal del Bidasoa, mi-décembre deux mil vingt-deux. Échographie hépatique. Répétée six mois après une détection démontrant un tout petit kyste. Je déboutonne mon pantalon et je me couche docilement sur un lit bas assez confortable. Au plafond, il y a un reflet que je ne regarde pas. La technicienne des mystères échographiques est polie, taiseuse et pressée. Un jeune médecin commence ses mouvements comme sur une femme enceinte et commente à voix basse ce qu’il voit avec un collègue plus jeune que lui, il me semble. Ils discutent en basque, que je comprends sans difficulté, à propos de ce qu’ils sont en train d’observer. Ça me rassure et ça m’inquiète en même temps. « À ce moment-là, à partir de ce volume, on opère et puis c’est tout … » Ma médecin traitante, quelques jours après, finit de me rassurer. Pas de quoi s’inquiéter … Elle entend au téléphone que je pousse un soupir de soulagement et, après une vanne idiote de ma part, rigole un bon coup pour me monter le moral. À l’accueil, on m’avait offert un joli masque que j’avais refusé : j’en avais un flambant neuf, et noir, couleur que j’affectionne.

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Après lecture de Un sermon de alta mar. La réflexion sur sa propre vie vient de la main de la conviction que la cordialité et la joie sont des obligations inconditionnelles précédant toute norme éthique qui se soucie vraiment des autres. Après un long séminaire de travail avec un groupe d'enseignants-chercheurs francophones de mon université, un sondage, soumis aux participants pour obtenir de retours d’expérience suite au travail accompli, incluait le ressenti d’un participant à propos de mon activité qui m’avait laissait rêveur : « … dégage un enthousiasme extrêmement contagieux ». Enthousiasme, joie de vivre sans polluer davantage la forêt de la vie par les avatars qu’on doit traverser comme des vagabonds et, si possible, améliorer le quotidien des gens qui nous entourent dans la mesure de nos possibilités. Quoique. Si le Dieu qui m'a créé doit un jour me recevoir, je ne pourrai pas lui rendre sa créature telle qu'il l'a faite mais en très piteux état. Il faut laisser parler le néant : Il sait mieux que nous de quoi est faite notre chair. La mort dans la mort. Sans appel, sans cassation, sans reprise. Mais, au moins, que ce soit sans avoir blessé qui que ce soit du fait même d’être présent sur les mêmes lieux.

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Être marxiste est un problème moral difficile, un peu comme être ésotériste. L'histoire témoigne de quelle dramatique manière l’application du dogme marxiste a conduit des millions de personnes à la tyrannie, à l’injustice et à la mort. Chaque nouvelle tentative affirme savoir s'y prendre finalement pour assurer le bonheur de tous. Heureusement banalisé en Occident, s’avouer partisan du marxisme aujourd'hui démontre la même dangereuse audace que celle de s’avouer partisan de Copernic. Raconter des trucs à la noix pour occuper un espace professionnel, médiatique, social. Le problème radical du marxisme, c'est qu'en se prétendant de manière obsessionnelle depuis ses débuts une théorie scientifique indépassable, ce n'est qu'un leurre et une formule redoutable fondée sur la soumission de masses humaines aux caprices des détenteurs d’un pouvoir absolu. Adolescent, j’ai été en premier lieu fasciné par l’anarchisme (Stirner !). Un peu plus tard, par l’anarchosyndicalisme. Ça collait parfaitement avec ma famille, à commencer par mes parents, l’une concierge, l’autre ouvrier de la construction : de vrais ouvriers à mille années de distance – ténacité, solidarité, abnégation, sacrifice – d’une gauche bourgeoise, de décor, remplie de figurants et trop souvent, de vrais salauds déguisés en idéalistes. Plus tard, ma sympathie pour le communisme a tenu d’abord à ses origines incroyables, à sa formidable façade d’utopie atteignable, ennemie à la centième puissance de la fiction démocratique, qui lui valait la haine bouffonne des vieilles tripes bourgeoises. Et ensuite, par la réputation universelle de l’océan du marxisme. Donc : plongeon dedans. Déception plus tard, sans abandon total, ne pouvant pas m’arrêter de penser que la transformation de moins en moins déguisée du stalinisme en autocratie de fer est, dans l’absolu, dans le domaine de l’idée gratuite, moins odieuse que l’affreuse hypocrisie du biblisme capitaliste des Anglo-Ricains avec leurs puritains milliardaires et leurs dynasties du coffre-fort convaincues du bien-fondé de leur projet de domination sans partage de l’univers. Jamais très loin de penser en 1990 : tout, plutôt qu’une victoire planétaire de l’immonde capitalisme américain, régnant en maître sur l’ensemble du monde et surtout d’une Europe dont il aura anéanti la civilisation, qu’il aura exploité à fond avec sa vieille férocité boursière et, pour perpétuer ce bluff, ces privilèges exorbitants de quelques classes au-dessus du commun des mortels. Avec cet énorme et désespérant paupérisme des millions de sans-travail et de laissés-pour-compte qui constituent exactement l’actif de leurs libertés démocratiques, si commodes pour les rois du dollar dont ils sont, et pour cause, les conservateurs intolérants. Tout plutôt que cette soumerde-là.

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Dans les textes que je laisse dans ce blog, je mets des initiales presque partout où bien je me contente de citer “un ami”, des initiales, etc. En tout cas, je ne partage pas l’avis de ceux qui essaient de faire croire que sans l’anonymat ils pourraient entrer en conflit avec leur propre image ou l’image que leur propre entourage pourrait s’en faire. Personne n’en a rien à foutre de mon petit blog aussi génial ou stupide soit-il. Mais les anonymisés préfèrent penser que leur simple nom ou une opinion reflétée ici aurait un tel impact qu’ils pourraient en arriver à perdre leur image sociale, leur rayonnement. Ils se trompent, tout le monde s’en fout. Mon opinion – ou la leur – n’intéresse personne d’autant que, neuf fois sur dix, on ne fait qu’exprimer ce que beaucoup de monde, sinon tout le monde, a ânonné avant. Les professeurs sont particulièrement touchés par ce syndrome.

Ils pensent comme les gens qui passent-à-la-télé, mais sont persuadés que s’ils signaient leur assentiment à des idées qui contredisent le monde-comme-il-va, leur petit collègue de bureau ou de trottoir qui y conduit se fâcherait tout rouge. Donc, ils préfèrent l’anonymat. Sur ce point, on pourrait être d’accord si on vivait sous le régime d'une dictature féroce qui ferait que, au moment même de manifester une opinion ou une affinité personnelle, on mette sa vie et celle de ses proches en danger. Pour le reste, l'anonymat sur les blogs, est un babillage de bac à sable : personne ne se met en danger avec ses petits lieux communs. Personne, et moi, pas plus que les autres. Aucun présumé phare de l’humanité souffrante, même le plus con d'entre eux, ne se souciera de mes petites élucubrations anti ou pro sanchistes ou poutinistes ou macronistes, du moment qu’ils sont fidèlement servis par des millions avec des intérêts autrement importants que nos petites parcelles de vie à nous. Mêmes les orgasmes collectifs qui, sous couvert d'indignation, viennent régulièrement saisir la blogosphère lorsqu'il est question de démolir une cause ou de dégommer un type, nuire un parti ou virer un gouvernement sont savamment orchestrés sans se faire du souci pour une éventuelle réaction des drôles comme nous. On n’est jamais plus heureux qu’en troupeau, quand on mime l'érection palpitante sous l'indignation feinte.

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Mon désintérêt pour le foot remonte à mon enfance. Je n’ai jamais été sportif, mes inclinations  ne m’y prédisposant pas vraiment, enfant, j’étais plus attiré par la lecture. Avec le temps, ça ne s’est pas arrangé. Les débordements de joie puérile que déclenchent les sports chez leurs adeptes comme chez leurs amateurs ne sont pas dans ma nature, c’est dommage, peut-être, mais c’est comme ça. Même quand un de mes auteurs favoris s’est vu décerner le prix Nobel, ça ne m’a pas fait descendre dans la rue pour fêter ça. Il faut bien reconnaître qu’un tel prix, quelle qu’en soit la discipline, ne déclenche jamais l’enthousiasme des foules et que si cette nouvelle m’avait poussé à traverser mon quartier en klaxonnant, j’aurais été le seul à le faire. J’avais passé, très confié, La route des Flandres à un collègue prof d’anglais. Deux jours après, il m’a jeté à la figure le roman : « C’est illisible ! »

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Le hasard a fait que, il y a quelques jours, j’ai allumé distraitement la radio et qu’un sort malin a voulu que la station fût France Inter. L’émission La Terre au carré commençait. Toujours soucieuse de donner la parole à ceux qui pensent correctement, l’émission débuta par des messages d’auditeurs. Je me suis immédiatement senti dans un autre monde. La première intervenante, une jeune femme – à sa voix – était en total désarroi : elle demandait conseil sur la manière de parler à son entourage afin qu’il partage ses lubies idéaux. Elle tentait de prêcher par l’exemple : entre autres actions d’éclat au service de la planète, elle avait réduit sa consommation de viande, changé de banque (!), et ne prenait plus l’avion ! Malgré cela, il semblait que ses proches n’eussent rien à cirer de ses exhortations. Ainsi, un copain devait venir lui rendre visite en prenant l’avion ! Que fallait-il qu’elle fît, seule contre tous ! Que leur dire ? Comment leur faire comprendre ? Un autre intervenant en avait contre les rallyes automobiles (Paris-Dakar, etc.) qui gaspillent quantité de carburants fossiles sans le moindre remord de leurs incommensurables crimes. Ensuite, un « spécialiste du nazisme » (?) se lança dans un parallèle entre l’idéologie hitlérienne et certains aspects de la société consumériste : par exemple les deux étaient partisans d’une exploitation éhontée des ressources minières de la planète et en faveur d’une croissance économique sans limite. J’ai éteint. J’avoue que ces « sauveurs de la planète » me laissent pantois. Leurs « actions » leurs indignations, leurs rapprochements audacieux entre des choses qui n’ont rien à voir entre elles me paraissent dérisoires, pitoyables ou risibles.

Qu’importe si la jeune femme ne parvient pas à convaincre ses amis ? Quelle part de la consommation mondiale de carburants fossiles représentent les courses automobiles ? Le Parti Communiste Chinois, dirigeant un pays productiviste et grand utilisateur de ressources minières est-il un proche parent du nazisme ? Il me semble que ceux qui croient en une imminente destruction de la planète ou, plus exactement, de la vie sur celle-ci, devraient s’y résigner car la totale transformation des modes de production et de consommation que la réalisation de leurs rêves impliquerait ne saurait se faire du jour au lendemain. Comme un Titanic que son erre entraîne irrémédiablement vers l’iceberg, la catastrophe qu’ils envisagent apparaît inéluctable. Leurs efforts individuels, les multiples interdictions qu’ils préconisent ne changeront rien. Des colibris qui font leur possible pour lutter contre le feu qui ravage la forêt, des fourmis qui pissent dessus pour arrêter l’incendie, voilà à quoi me font penser leurs « actions ». Si la maison brûle vraiment, c’est à sa reconstruction qu’il faudra penser sa destruction terminée. Le reste est bavardage.

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Voilà pourquoi Céline appréciait P. Morand : « Fréquentiez-vous les omnibus dans votre jeunesse ? Moi, beaucoup. Un tram me menait place Pereire, du Champ-de-Mars, pour le lycée Carnot. Quand je n'y allais pas à vélo descendant l'avenue Niel à des allures record (un jour, au coin de l'avenue Marceau, mon pneu dans un rail, je fis un soleil par-dessus le guidon) ; un autre, énorme, à vapeur, de l'Alma aux Sciences Po, dans une odeur de coke mouillée que je sens encore. Mais le grand plaisir, c'était l’omnibus : Trocadéro - Gare de l'Est, à trois chevaux, descendant en trombe la rue Pierre-Charron. Le plus amusant, le plus célébré par les poètes, c'était Batignolles-Clichy-Odéon, à deux chevaux, transportant l'intelligentsia sur l'impériale. Le plus pittoresque, celui d'Auteuil - Saint-Sulpice, un cheval, puissant, un seul, flottant dans ses harnais ; il y avait aussi les chevaux de relais, fumants sous la couver- ture toile cirée, pour gravir la rue des Martyrs, ou ceux qui attendaient à la gare Saint-Lazare d'aider à l'ascension de Montmartre par le sud. Le tram-train d'Arpajon qui, de la gare de Sceaux, descendait aux Halles, apportant les légumes de la vallée de Chevreuse, à deux heures du matin, en mettant le frein, boulevard Saint-Michel, signalait l'heure d'aller au lit. » Prose qui bouge, promène son lecteur, accompagné. Sans radotage ni superflu.

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« Il y a 68 ans, je m'installais à l'ombre de la Tour Eiffel. J'ai été élevé sous elle, d'abord rue de l'Université, au Dépôt des marbres ; puis en 1925, 11 bis avenue de Suffren ; puis, à mon mariage, juste au-dessous de mon dernier atelier de célibataire. Vous ai-je raconté que, lorsque ma femme, en 1913, acheta son terrain au Champ-de-Mars, ma belle-mère, vieille folle, écrivit à Monsieur Eiffel pour lui demander si sa Tour était solide et si l'on pouvait, à son ombre, construire sans crainte ? Très poli, le vieil ingénieur lui répondit qu'on pouvait y aller, sans avoir à redouter une chute de sa Tour dans le jardin. » Paul Morand à Jacques Chardonne, 1967

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J’ai dans l’idée que le président autonome de Castille et Léon n’est pas tout à fait Adolf Hitler, et que les ministres, sous-ministres, vice-ministres, para-ministres du sinistre farceur – celui-là même qui meuglait il y a à peine quelques mois contre les comploteurs capitalistes en haut-de-forme et à gros cigare et qui est parti à Davos comme un toutou lécher le derrière de ces caricatures qu’il dénonçait – qui occupe la présidence du gouvernement central madrilène ne sont que des progressistes de pacotille. Il ne faut aucun courage pour prendre leur posture anti pro-vie, tout juste une bonne dose de haine. La haine, l’incitation à la haine, le fanatisme, la discrimination, l’ostracisme, le refus de la démocratie sont d’ailleurs les ressorts à l’œuvre dans cette clownerie d’une prétendue attaque aux droits des femmes devant laquelle, naturellement, les rézozozio de gôche, qui ne trouvent rien à redire quand on réduit les peines des violeurs ou qu’on doit carrément les libérer en application de la sinistre pitrerie-loi-imbroglio « seul un oui est un oui », gueulent comme de putois. J’ai aussi dans l’idée que s’il s’agissait d’aller bramer contre les abus bien tangibles du gouvernement du frimeur, ces m’as-tu-vu seraient beaucoup moins tatillons sur les principes… 



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Sois sage ! dit-on aux petits. Sinistre plaisanterie. La vie est un coup d’épée dans l’eau qui n’a même pas l’excuse de l’esthétique, de l’épique ou du baroque. Au sein de cette matière informe, la vie, la volonté humaine passe en douce et se contorsionne comme un spectre grimaçant ; sa prétention hurlée à ordonner le chaos par la sagesse me semble plus que jamais risible. J’ai essayé de sortir la tête de l’eau, mais, à peine sortie, on m’a fait comprendre qu’il y avait peu de place pour elle. Défaites ou victoires dans une vie n’ont même pas la belle séduction qui accompagne ordinairement vaincus ou héros dans les films. Les autres ne nous laissent aucune place. Chacun marche sur la tête de l’autre, comme s’il était impossible de survivre sans détruire ce qui n’est pas soi. Je laisse courir un instant dans ma tête toute une masse de visages aveugles, sourds, fermés, inversés, ricanants, la bouche grande ouverte semblant en pleine digestion d’idiotie, comme une colonie de portraits cubistes qu’on aurait arrachés au néant. Je les revois revendiquant à pleins poumons qu’ils sont les propriétaires du monde, de leur monde. Il faut en être, ou périr.