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mardi 7 février 2023

Septidi pluviôse 231

 

Désenchantement. Passer sa jeunesse à réfuter des idées et croyances (ô combien archaïques ! qu’on disait …) des aînés. Vérifier que le temps dévore lentement vos opinions et vous épuise et vous laisse démuni face à vous-même. Tant d’efforts pour se dissiper comme les vagues en atteignant le rivage ! La facilité de jouer le jeu, la révolte, née du décalage fondamental entre les règles de ce jeu et leur concrétisation sur le terrain, dans tous les domaines, entre les valeurs transmises au foyer et celles portées par une immense majorité hypocrite, l'héritage antique et pastoral de l'enfance castillane et la futilité, l'abjection et le néant du monde… Telle a été le parcours de ce désenchantement et la matière de maintes réflexions inattendues, que je continuerai sans doute à décrire. La contradiction entre la volonté de triompher (des maux) de la vie et l'attachement inconscient aux valeurs éthiques abîmées. La bienheureuse petite pauvreté nietzschéenne (humildad ?) se montre normalement très peu compatible avec cette quête (insensée) du monde.

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La retraite au clairon. La grande affaire du moment, en France, c’est la réforme des retraites et je dois avouer que je n’en ai à peu près rien à foutre. Le seul point qu’il m’intéresserait de voir réformer aussi bien en France que chez nous est le système global des pensions, actuellement soumis au principe socialiste selon lequel tout individu est une vache à lait qu’il faut traire sans répit et emmerder le plus possible, de sorte qu’un quidam qui a le mauvais goût d’être propriétaire de quelque chose devra penser à s’en débarrasser pour avoir des revenus et pouvoir survivre. Une pension n’est qu’un prêt récupérable par l’état, alors qu’elle est un don pour les parasites subventionnés qui n’ont pas été foutus de mettre un sou de côté pendant toute leur vie. Mais ce problème global n’est pas du tout au centre des débats ni même à leur périphérie, voilà pourquoi je m’en désintéresse. A part ça, mes quelques pensées sur le sujet : tout le monde travaillait en Espagne jusqu’à 65 ans et les gens n’en sont pas morts, mais il est vrai qu’aujourd’hui la majorité n’accède à ce qu’on appelle le marché du travail avant la trentaine, souvent bien entamée. La part de mon travail que j’aimais, j’aurais aimé la pratiquer encore, toutefois j’en étais légalement empêché. La retraite peut paraître attirante quand on cède réellement sa place aux jeunes. La pénibilité : à mon avis, les gens qui font un boulot pénible ou qu’ils n’aiment pas, mais qu’ils continuent de pratiquer pendant quarante ans sans avoir la possibilité de faire autre chose. Une autre idée : examiner une fois pour toutes avec sévérité le montant de la retraite des députés, des sénateurs, des ministres, des présidents, des journalistes vedette ou valets du pouvoir et de tous ceux qui sont les mieux servis.

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Période pré-électorale partout à Zombieland. Même s’il est vrai que l’acharnement électoral à désigner des élus toujours plus stupides et veules tendrait à prouver que le citoyen lambda n’est pas une flèche, le gouvernement une fois de plus le traitera cyniquement comme un imbécile. À commencer par son président. Dès qu’il aperçoit une caméra, il rigole, le con ! Là où la haine, le mépris et le dégoût publics lui sont autant de motifs pour jubiler, se rire de lui, en le mettant à son exacte et petite place, pourrait nous en délivrer. On peut rêver : la probabilité est proche de zéro, vu le sérieux dont il est traité par les médias serviles à ses pieds.

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Droits sans mérites. À bas la tyrannie du mérite ! Dans la société du contrôle total qui vient sur ses mignonnes petites pattes de colombe progressiste, les euro-éco-schwabo-altermondialistes se soucient encore, heureusement, de protéger des droits : les leurs et ceux de leurs exécutants, indispensables au régime du tout reseter pour repartir uniquement sur la base de leurs intérêts. Les péquenots n’ont pas à surveiller leurs surveillants, ce serait le monde à l’envers ! Les néo-gauchistes essaient de gérer les choses, toutes, pas que l’économie, comme si elles étaient déjà à leur idée, qui est presque toujours biscornue et souvent délirante, et donc pas selon ce qu’elles sont effectivement. Le projet du wokisme coïncide très mal avec les faits et ils sont donc obligés de mentir partout à tout le monde, y compris à eux-mêmes. Ça ressemble furieusement à une psychopathologie. Seraient-ils intelligents que leurs objectifs seraient atteints depuis un certain temps. Pour commencer, faire abattre les chômeurs, par exemple. Géniale réinitialisation du marché du travail ! Et ainsi de suite, pour l’énergie, etc.

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La littérature, combien de divisions ? Platitudes. La littérature a toujours été une source d'aide pour de nombreux problèmes. Elle peut offrir une échappatoire à la réalité ou une voie d'approche pour mieux la connaître, permettre d'exprimer des émotions refoulées, aider à comprendre certains problèmes d'une manière méticuleuse et fournir des solutions pour les résoudre. La lecture de romans, de poèmes, de récits de vie, de biographies, peut avoir un impact bénéfique sur l'humeur, aider à se sentir moins seul, vous offrir un moyen de fuir la réalité, de mieux l'approcher, vous permettre de vous immerger dans des histoires et des personnages et de découvrir de nouvelles perspectives. Il est important de noter que cela dépend des personnes. Pour certaines, la lecture peut être une source de stress ou d'agitation, il est donc important de trouver le genre qui convient le mieux à chacun. Il est recommandé de discuter avec des gens qui s’y connaissent pour évaluer les meilleures options. Dostoïevski peut-il faire quelque chose pour moi ? Ou bien, je ne sais pas, moi, Almudena Grandes, Amélie Nothomb ? Il est possible que la lecture de certains livres ou auteurs puisse aider à gérer sa vie. Certaines personnes peuvent trouver un certain réconfort ou une inspiration dans la lecture de livres qui traitent de thèmes similaires à leurs propres problèmes. Cependant, il est important de noter que cela varie d'une personne à l'autre et que ce qui peut aider une personne à gérer ses problèmes ne peut pas nécessairement être efficace pour une autre. Dostoïevski et Pérez-Reverte ont des styles différents et abordent des thèmes différents, il est donc possible que vous trouviez une inspiration différente dans leurs œuvres. Il faut noter que la littérature ne peut pas " remplacer le vécu ", la vraie vie. La littérature pourrait nous refiler un carré d'as dans cette société stupide qui ne fonctionne qu'avec des phrases toutes faites et des idées reçues. Un domaine vaste et complexe qui comprend de nombreux genres différents, styles et perspectives. Elle peut être utilisée pour explorer des sujets profonds et importants de manière créative et nuancée. Certaines personnes peuvent considérer que la littérature est un moyen de défier les idées reçues et de questionner les normes sociales et culturelles. D'autres peuvent penser que certains aspects de la littérature peuvent être limités par des conventions formelles ou des attentes sociales. Il est important de garder à l'esprit que la littérature est un domaine complexe dont les perspectives varient considérablement.

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Dialogues exemplaires et bonnes résolutions.

- Il est important de parler de manière respectueuse et de ne pas insulter les autres.

- Vous avez raison, mais Untelle et Untelle, c'étaient des putes et Trouduc, Machintruc et Machinchose très très cons.

- Il est inapproprié d'utiliser des termes vulgaires et offensants pour parler des autres. Il est important de respecter les autres et d’en parler de manière professionnelle et respectueuse, même si on n'est pas d'accord avec leurs opinions ou actions.

- N'empêche, je sais ce que je dis.

- Il n'est pas approprié d'insulter les autres et de les dénigrer. Cela ne mène généralement à rien de constructif. Si vous avez des préoccupations ou des désaccords avec quelqu'un, il est préférable d'essayer de les résoudre de manière calme et raisonnable plutôt que d'utiliser des termes offensants.

- Inapproprié, qu'entendez-vous par là ?

- Lorsque je parle d'inapproprié, je fais référence à des comportements ou des propos qui ne conviennent pas à la situation ou à la personne en question. Cela peut inclure des propos vulgaires, offensants ou discriminatoires, ainsi que des comportements qui manquent de respect ou qui sont maladroits. Il est important de garder à l'esprit que ce qui est approprié varie selon les contextes et les relations, il est donc important de se montrer respectueux et conscient des personnes avec lesquelles on interagit.

Il est important de respecter les autres, qu'ils soient des personnes ou des pruneaux d’Agen. Cela inclut de ne pas utiliser de langage vulgaire ou offensant, et de ne pas être discriminatoire. Si vous avez des préoccupations ou des désaccords avec quelqu'un, il est préférable de les aborder de manière calme et raisonnable, plutôt que d'utiliser des termes offensants.

- Tout à fait : j’aime les pruneaux d’Agen !

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Même sujet encore et toujours. Le marxisme est une idéologie qui a inspiré de nombreux mouvements révolutionnaires à travers le monde au cours des siècles derniers. Il a été utilisé pour justifier des régimes autoritaires et totalitaires dans de nombreux pays, notamment l'Union Soviétique, la Chine, Cuba, etc. Ces régimes ont conduit à des violations massives des droits de l'homme, des répressions, des exécutions, des camps de concentration, des famines, des génocides, etc. qui ont causé la mort de millions de personnes. Il faut souligner que ces actes horribles ne sont pas l'expression de la théorie de Marx elle-même mais ils ont été pervertis et utilisés pour justifier des actions criminelles par des régimes totalitaires qui se sont réclamé du marxisme. Il est important de comprendre les idéologies et les mouvements dans leur contexte historique et de les évaluer de manière critique.

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Comment tant de demeurés peuvent-ils continuer à proférer gravement que l'art ne peut échapper au politique et qu'aucune de ses expressions ne saurait éviter la crasse trivialité d'un engagement partisan quelconque, quand le propre de la beauté est précisément d'échapper à ces misères et, si peu que ce soit, de nous en délivrer ?

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Détruire l’Europe ? Peut-être que la troisième fois sera la bonne ! Les pays occidentaux sont sur le même modèle inchangé depuis 1945, à part des adaptations comme la fin de la convertibilité dollar/or, qui ont permis de relancer une machine sur le point de gripper, et ce modèle a eu du un succès uniquement grâce à la force militaire américaine, sans que rien ne change sur le fond, à savoir que les Américains vivaient sur les dos des autres et que les Européens bénéficiaient aussi du Système de Ponzi. Grosso modo 80 ans que ce système existe, et maintenant, ça commence à prendre l’eau de toutes parts par l’émancipation des pays non-occidentaux. La guerre en Ukraine n’en est que le symptôme, un abcès de fixation qui est en train de craquer. On en était à se demander si la seule solution pour résoudre le problème du crédit de la zone dollar qui s’effondre n’aurait pas été que les USA puissent mettre la main sur les richesses naturelles de la Russie et de l’Ukraine, ce qui avait été presque réussi avec Eltsine, et qui a finalement clapoté à cause de la gestion des équipes de V. Poutine. Du coup, on est bien en face d’une guerre existentielle des deux côtés, configuration la moins favorable pour une issue pas trop cataclysmique. Déjà la première guerre mondiale a révélé aux dirigeants européens (France, Allemagne, Grande Bretagne) qu’ils n’étaient plus les premiers de la classe. Ils ne voulaient simplement pas le voir mais en se lançant dans ce conflit ruineux et stupide, ces pays ont acté leur mise au second plan. Pour des raisons avouables ou non, les Américains sont venus tirer d’affaire la France et la Grande-Bretagne. L’illusion a duré vingt ans et en 1945, Oncle Sam a eu beau jeu de s’installer comme superpuissance mondiale. Pour ces deux pays, ça a précipité le déclin. Le cas allemand est particulier et il ne doit son existence qu’à la mainmise financière US sur l’économie allemande. Avec la guerre en Ukraine, on est arrivé à la fin d’un cycle et au début d’un autre. L’Occident soutiendrait-il l’Ukraine pour piller ses richesses et déstabiliser la Russie ? Ça alors, on a du mal à le croire ! Habitué aux blablas de plateaux télé libres bien de chez nous tout me faisait penser que c’était plutôt pour défendre la paix, la démocratie et le vivrensemble éco-inclusif !

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Le peuple, oui ; la masse, non. Ce qui fait que j'ai tant de mal à marcher, quand des bien-pensants, la bouche en cœur, s'arrogent le droit de discourir au nom du peuple, c'est que le peuple, précisément, j'en sors. Par mes parents, justement, par leurs mains ouvrières dont ils avaient la saine fierté ainsi que le plus grand détachement à l'égard de l'agitation sociale comme du cérémonial compassé des professionnels de la politique d'où qu'ils vinssent. Quant à mes parents, c'est en naissant qu'ils m'ont appris le principe d’égalité dans le peuple castillan : « nadie es más que nadie » (personne n’est supérieur à personne) et qu’on ne devait se découvrir que devant Dieu.

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18 juillet 1973, rue de la Pompe, Paris. Jour de fête en Espagne (notes revisitées). Déploiement de drapeaux aux fenêtres. Foule joyeuse et désœuvrée dans les rues. Beaucoup de jeunes, qui ne connaissaient rien d'autre que ce régime-là, et dont l'insouciance était manifeste. Comme chaque année, on commémorait le soulèvement des généraux contre la République dans une placidité totale. Conversation, rue de la Pompe, avec un groupe d’universitaires, accompagné de trois carmes déchaux basques (« un Espagnol et trois Basques » selon la formule du plus solide et mieux charpenté des trois, calvities et têtes rondes, pour nous présenter au public), rue de la Pompe, à laquelle un petit groupe de jeunes gens qui fréquentaient la Mission viendrait bientôt se joindre. Tous avec le souvenir de déchirements familiaux issus de l'affrontement des idées mais aussi, très souvent, d'un pur hasard circonstanciel, tel père en zone « libérée » au départ ayant des fils géographiquement répartis en zone « rouge » et ainsi des frères, des cousins, pris de divers côtés dans la tourmente et condamnés à s'entre-tuer aux dépens de toutes leurs convictions, sans nouvelles des leurs, de leurs fiancées, de leurs femmes, de leurs amis. Peu à peu les portes s’étaient ouvertes à ceux qui avaient choisi l'exil et qui rentraient, de plus en plus nombreux, d'Amérique latine et même d'Union soviétique. L’histoire ancienne, comme les drames de Shakespeare, nous renvoyait sans cesse à la fatalité de ces alternances d'effondrements chaotiques, de châtiments sanglants, et de retours à un ordre plus ou moins bien inspiré. La longévité politique de Franco tenait peut-être à ce qu'il n'avait pas songé un seul instant, contrairement à d'autres, à promouvoir une éthique révolutionnaire, un homme nouveau, une société plus ouverte, solidaire et exaltante. Il se souciait comme d'une guigne d’une société sans classes, préférant ouvertement faire appel au travail dur et au sacrifice, loin de celle qui, dans un délai record, avec l'adhésion enthousiaste de tout un peuple et particulièrement de sa magnifique jeunesse, avait jailli comme par magie de la volonté d'Hitler. Franco, lui, s'était contenté de restaurer les hiérarchies traditionnelles, et d'améliorations sociales lentes, homéopathiques, et d'une innocuité garantie. Il savait que personne ne se souviendrait de lui, si éloigné de la filandreuse harmonie universelle des mondialistes de l’époque et créditeur de la haine des gogos crétinisés de partout. Comparés aux boucheries sans nom et aux exterminations continuelles du sinistre Lénine, du génial petit père Staline (« Padre y maestro y camarada:/vuela en lo oscuro un gavilán./ Pero en tu barca una paloma,/ pero en tu mano una paloma / se abre a los cielos de la paz. » Rafael Alberti), à l'anéantissement systématique des élites, aux déportations de populations entières et à leur suppression pure et simple, les crimes de Franco faisaient figure de modestes mesures hygiéniques et Franco lui-même apparaissait finalement aux bourriques démocratiques de l'Anglo-saxonie et d'ailleurs, vaguement contrariées et perplexes malgré tout, comme un bienfaiteur de l'humanité. Telle est l'ironie de l'Histoire, que mieux vaut en rire quand on a la chance de survivre.
L'ennui des dictatures, c'est qu'elles entraînent fatalement une promotion d'intrigants agités, ignares et furibonds, acharnés en vindictes minables dont la mise au pas exige à nouveau de sanglantes purges. A dix-sept ans, la défaite de notre République me provoquait de l’urticaire. Et portant, je savais de première main, par le frère aînée de ma mère que, par exemple Toulouse, ville radicale où se massaient les réfugiés, était un lieu pourri, un rassemblement de va-de-la-gueule enragés de haine et de terroristes frustrés, alors que les petits groupes de réfugiés de Bordeaux, que je voyais tous les jours, avec beaucoup de Basques, qui reconstituaient, au Jardin Public, leur tradition du paseo, me frappaient par leur dignité, leur propreté, la noble et mélancolique fierté de leurs visages. Mon père qui considérait avec le plus grand scepticisme toutes les idéologies trouvait à alimenter ses sarcasmes à l’évocation de ses souvenirs, qui m'enchantaient, et la décomposition du Frente popular et de la République ne lui provoquaient pas un regret démesuré. Ce qui m'était insupportable, dans le climat de l'époque, c'était l'espèce d’évidence, perceptible au lycée, dans les écoles et chez la plupart des gens, selon laquelle une autre République, la République française, malgré ses combines, ses scandales à répétition, la débilité de son Grand Homme creux, constituait le plus parfait modèle d'art politique, le véritable summum de la civilisation. Ceux qui ne voyaient là qu'abîme de petitesse et de médiocrité incapable d’avoir prévu sinon évité tant de désastres passés et récents étaient regardés de travers ou pris pour fous. Pour Franco, médiocre lui-même, sa force résidait dans une indifférence totale aux réactions qu'il provoquait comme à la somme de popularité qui l’entourait. L'opposition la plus virulente s’écrasait inutilement devant sa froideur. Peu a peu, et comme par un raffinement sadique, les communistes revendiquaient sans faillir la réconciliation nationale avec ostentation et fierté se réclamant de leur appartenance à la séculaire culture nationale. La liberté d'expression populaire était à la moquerie générale devant les manies, tics et commémorations du régime où ministres et hiérarques étaient les cibles d'innombrables plaisanteries. Cette liberté était visible d'ailleurs dans une longue liste d’activités sociales, d’œuvres littéraires ou de créations cinématographiques (Berlanga, Bardem ou Saura) que la censure n'avait vraiment pas l'air de paralyser. Tout cela témoignait d'une vitalité réelle et augurait plutôt bien, me semble-t-il, de l'avenir du pays. Ulcéré par tant de modération et mes allusions au socialisme réel, le plus combatif des religieux, assurait vivre, lui, « qui n'avait pas demandé à naître » (!), un véritable enfer. « Tu parles d'un pays ! » Même mon admiration pour le Président Azaña lui paraissait suspecte. « Un modéré piètre écrivain et afrancesado jusqu'à la moelle ! ». Pour doucher encore ma dialectique paradoxale, axée sur les particularités du mouvement ouvrier espagnol, surtout anarchosyndicaliste, il s'avoua "ami" de Durruti, « d'ascendance basque comme chacun sait », (ça me fait encore rigoler, cette "amitié" ethno-cléricale) pour continuer assurant que les organisations anarchistes ont toujours été des pépinières de provocateurs et d'agents doubles. Il assurait savoir « de bonne source » que Durruti, même s'il l'avait toujours farouchement nié, avait bel et bien assassiné le vieil archevêque de Zaragoza.  Il affirma cela en clignant de l'oeil comme s'il s´était agi d'une bonne blague. Toute son aversion était concentré contre Franco. Pas exactement la même que contre Hitler, observant que les temps n'átaient pas mûrs pour que certaines évidences puissent être acceptées. J'avoue publiquement ne pas me sentir tenu à aucune vénération particulière à l'égard de qui que ce soit pour l'effroyable gâchis de chaque passage du rêve utopique à l'acte. À peine cinq ans plus tard, avait lieu le marché des dupes de la transition démocratique. Sans se donner le temps de réfléchir aux vices et aux insuffisances du prétendu jeu démocratique : la nouvelle monarchie bourbonienne instaurée n'était que le laborieux et lent replâtrage des précédentes. On cédait la place aux équarrisseurs de 1978, avec leur Constitution taillée au goût de l'OTAN, assez pourrie (immense supercherie qui me m'était intolérable à l'époque) pour permettre que Jordis et Campechanos de tout poil, gais comme des moineaux sur la même branche, fassent les meilleures affaires ensemble, sauf imprévisible explosion en ce pays de ruminants épuisés, haineux et flasques. Au moment où j'écris ces lignes, la condamnation inlassable et maniaque de Franco, sans opérer la moindre distinction de ceux, honnêtes, probes, indemnes de toute infamie qui vécurent tout simplement la vie qui leur avait été donné de vivre, cache à peine la lâcheté de filous et d'opportunistes qui s'acharnent à cracher (plus de quatre-vingt-ans après la fin de la guerre !) un régime supporté par l'immense majorité de la population, et n'en est pas moins répugnant. 

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Qu'est-il devenu, cet ancien collègue « dont je ne veux pas me souvenir le nom », enseveli dans de brillants travaux de l'intellect, maintenant qu'il est à la retraite depuis des années ? Ça lui a valu des voyages d'études, une accumulation d'annuités de "mérites" et de certificats garantissant une sécurité qui le hantait, constamment tendu, préoccupé, toujours craignant du perdre du fric, en réalité tournant désespérément à vide et se donnant des airs décontractés et libertaires, branché, progressiste, moderne... pour tenter d'échapper au néant lamentable de son existence. Souvent avec des réactions de demi fou, il continuera ses habitudes à Vitoria, ne trouvant rien de mieux qu'à se montrer dans la ville comme éternel persécuté par les nationalistes. Il etait possédé d'une horreur épouvantée des gens normaux préférant l'"aventure", le "risque" des colloques, des rencontres, des recherches parce qu'il y avait des déplacements gratis et une de ses joies était, malgré la persécution des pouvoirs dont il souffrait, en fonctionnaire exemplaire, de vivre le plus possible aux croûtes de l'administration.

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Vide. De ma vie sexuelle adolescente. Période totalement désertique et qui n'en finissait pas. Longtemps je voulais croire que l'amour, dans l'absolu que j'imaginais, n'était possible qu'au prix d'une attente ardente et ascétique (« effroyable néant de gloire »). Cela m'a servi plus tard à être suffisamment patient. Je ne regrette rien. La fidélité permanente a été, pour moi, la seule issue, même s'il faut la traverser sans cesse comme sur des sables mouvants. Si je récapitule, la question cul de mon existence pourrait se résumer ainsi : de dix-neuf à vingt-trois ans, des moments d’exaltation continue avec ma fiancée. Avant : des années entières à macérer lugubrement dans une ville castillane traditionnelle, mis à part l'interlude des années avec R. En marge à peu près de tout ce dont rêve un adolescent aujourd'hui et nanti d'un modeste pourboire m’interdisant toute largesse, puisque c’était aux dépens de mes parents, pliés sous le fardeau que je représentais pour eux, je m'imposais une continence sans doute assez rare à cet âge et certainement peu propice à une bonne santé et à un équilibre euphorique, dû sans doute à un sentiment d'honneur et de dignité lié incontestablement à une éducation religieuse – pourtant déjà largement rejetée – et surtout à l'exemple de mes propres parents et à l'imprégnation sévèrement castillane. A dix-neuf ans, début de mon épisode avec R., de mon âge, qui me saisit fébrilement et transforma ma vie entre des tornades fulgurantes et des bécots tendres au creux de l'oreille au coin d’un bar. Charmante jeune femme à qui j’adressais des poèmes exaltés et déclamatoires qu'elle avait la tranquillité de me confier pour que je les lui lise avec ma voix tandis qu'elle m'écoutait en fermant les yeux au bord de la rivière au crépuscule ou dans l'encadrement d’une fenêtre, elle si sensible et qui aimait tant la poésie et moi ne sachant où me mettre, honteux pour ses éloges mais sans m'arrêter au bout des lignes pour lui remettre à la fin ces sacrés feuillets, pressentant quelque chose de bon pourrait en résulter par l'addition de ces phosphorescences inextinguibles et, après tout, généreuses. Elle était belle et capable de transformer un bled perdu de province en lieu de tous les possibles, de maintenir allumé par le brasier inouï qui flambait dans ses yeux lumineux quelque chose qui vous étourdissait sur place comme l'agneau hypnotisé par la louve, quand bien même je n'étais pas tout à fait, dans cette histoire et c'était bien ainsi, un agneau... La sexualité, de désastres en enchantements, bref (« deux secondes de trémoussement » céliniennes) et effrayant épisode et juste châtiment du ciel (« sans commencement ni fin », le sexe, version célinienne du gouffre pascalien), on doit la prendre conformément à quelque vieux fatalisme issu peut-être de la sagesse orientale ou des mythologies du fabuleux creuset caucasien lié, aurait pu écrire Dumézil, aux insolites particularités espinguoines. Ensuite, équilibre physique retrouvé dans le calme de devenir papa. Attachement définitif à l’autre, immédiatement, passionné par l'irruption de la petite M. Si je compte bien, quelques années d'épanouissement heureux plus quelques éclaircies intenses mais brèves. Cela me semble maintenant une misère en comparaison des héros entourés de harems de fiction et c'est peut-être énorme. J'ai presque soixante-dix ans, nel fin del cammin della mia vita... Bref. A quoi bon m'enivrer si souvent de l'ensorcelante mélancolie de Dante parcourant à pas lents son éternelle et Divine Comédie, sinon pour me convaincre que les années vont s'accélérer, que cette vie est brève, que je ne suis certainement pas des plus mal lotis, et que j'aurais grand tort de me plaindre.



mercredi 18 janvier 2023

Beaux jours de janvier trompent l'homme en février.

 

Evocation d’un vieux copain (Enrique D.H.), cinquante ans après les faits. On discutait à perte de vue sur la signification des œuvres qu’il fallait lire ou des tendances politiques qui s’installaient. Parler littérature, poèmes, cinéma, théâtre, comédie … Vaste programme ! Mais, par-dessus tout, on aimait la politique et l’histoire. On se moquait bien des heures qui passaient et ce n’était pas pour débattre dans le vide. Tantôt chez l’un, tantôt chez l’autre. On se racontait les mille et une nuits en prose et en vers. Ensuite, on se raccompagnait. Puis on rentrait, raccompagné ; arrivé à sa porte, la conversation continuant, on raccompagnait celui qui vous avait ramené. Ça n'en finissait pas ...

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Quelques lectures « de gauche » pour apprendre à s'ennuyer pour faire durer le plaisir de vivre encore dans les remous de la politique...

Jean-Jacques Becker, Histoire des gauches
Michel Winock, La gauche en France
Alain Bergougnioux, Des poings et des roses
Si la gauche savait : entretiens de Michel Rocard avec Georges-Marc Benamou (conseiller spécial de ... Nicolas Sarkozy !)

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Hospital Comarcal del Bidasoa, mi-décembre deux mil vingt-deux. Échographie hépatique. Répétée six mois après une détection démontrant un tout petit kyste. Je déboutonne mon pantalon et je me couche docilement sur un lit bas assez confortable. Au plafond, il y a un reflet que je ne regarde pas. La technicienne des mystères échographiques est polie, taiseuse et pressée. Un jeune médecin commence ses mouvements comme sur une femme enceinte et commente à voix basse ce qu’il voit avec un collègue plus jeune que lui, il me semble. Ils discutent en basque, que je comprends sans difficulté, à propos de ce qu’ils sont en train d’observer. Ça me rassure et ça m’inquiète en même temps. « À ce moment-là, à partir de ce volume, on opère et puis c’est tout … » Ma médecin traitante, quelques jours après, finit de me rassurer. Pas de quoi s’inquiéter … Elle entend au téléphone que je pousse un soupir de soulagement et, après une vanne idiote de ma part, rigole un bon coup pour me monter le moral. À l’accueil, on m’avait offert un joli masque que j’avais refusé : j’en avais un flambant neuf, et noir, couleur que j’affectionne.

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Après lecture de Un sermon de alta mar. La réflexion sur sa propre vie vient de la main de la conviction que la cordialité et la joie sont des obligations inconditionnelles précédant toute norme éthique qui se soucie vraiment des autres. Après un long séminaire de travail avec un groupe d'enseignants-chercheurs francophones de mon université, un sondage, soumis aux participants pour obtenir de retours d’expérience suite au travail accompli, incluait le ressenti d’un participant à propos de mon activité qui m’avait laissait rêveur : « … dégage un enthousiasme extrêmement contagieux ». Enthousiasme, joie de vivre sans polluer davantage la forêt de la vie par les avatars qu’on doit traverser comme des vagabonds et, si possible, améliorer le quotidien des gens qui nous entourent dans la mesure de nos possibilités. Quoique. Si le Dieu qui m'a créé doit un jour me recevoir, je ne pourrai pas lui rendre sa créature telle qu'il l'a faite mais en très piteux état. Il faut laisser parler le néant : Il sait mieux que nous de quoi est faite notre chair. La mort dans la mort. Sans appel, sans cassation, sans reprise. Mais, au moins, que ce soit sans avoir blessé qui que ce soit du fait même d’être présent sur les mêmes lieux.

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Être marxiste est un problème moral difficile, un peu comme être ésotériste. L'histoire témoigne de quelle dramatique manière l’application du dogme marxiste a conduit des millions de personnes à la tyrannie, à l’injustice et à la mort. Chaque nouvelle tentative affirme savoir s'y prendre finalement pour assurer le bonheur de tous. Heureusement banalisé en Occident, s’avouer partisan du marxisme aujourd'hui démontre la même dangereuse audace que celle de s’avouer partisan de Copernic. Raconter des trucs à la noix pour occuper un espace professionnel, médiatique, social. Le problème radical du marxisme, c'est qu'en se prétendant de manière obsessionnelle depuis ses débuts une théorie scientifique indépassable, ce n'est qu'un leurre et une formule redoutable fondée sur la soumission de masses humaines aux caprices des détenteurs d’un pouvoir absolu. Adolescent, j’ai été en premier lieu fasciné par l’anarchisme (Stirner !). Un peu plus tard, par l’anarchosyndicalisme. Ça collait parfaitement avec ma famille, à commencer par mes parents, l’une concierge, l’autre ouvrier de la construction : de vrais ouvriers à mille années de distance – ténacité, solidarité, abnégation, sacrifice – d’une gauche bourgeoise, de décor, remplie de figurants et trop souvent, de vrais salauds déguisés en idéalistes. Plus tard, ma sympathie pour le communisme a tenu d’abord à ses origines incroyables, à sa formidable façade d’utopie atteignable, ennemie à la centième puissance de la fiction démocratique, qui lui valait la haine bouffonne des vieilles tripes bourgeoises. Et ensuite, par la réputation universelle de l’océan du marxisme. Donc : plongeon dedans. Déception plus tard, sans abandon total, ne pouvant pas m’arrêter de penser que la transformation de moins en moins déguisée du stalinisme en autocratie de fer est, dans l’absolu, dans le domaine de l’idée gratuite, moins odieuse que l’affreuse hypocrisie du biblisme capitaliste des Anglo-Ricains avec leurs puritains milliardaires et leurs dynasties du coffre-fort convaincues du bien-fondé de leur projet de domination sans partage de l’univers. Jamais très loin de penser en 1990 : tout, plutôt qu’une victoire planétaire de l’immonde capitalisme américain, régnant en maître sur l’ensemble du monde et surtout d’une Europe dont il aura anéanti la civilisation, qu’il aura exploité à fond avec sa vieille férocité boursière et, pour perpétuer ce bluff, ces privilèges exorbitants de quelques classes au-dessus du commun des mortels. Avec cet énorme et désespérant paupérisme des millions de sans-travail et de laissés-pour-compte qui constituent exactement l’actif de leurs libertés démocratiques, si commodes pour les rois du dollar dont ils sont, et pour cause, les conservateurs intolérants. Tout plutôt que cette soumerde-là.

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Dans les textes que je laisse dans ce blog, je mets des initiales presque partout où bien je me contente de citer “un ami”, des initiales, etc. En tout cas, je ne partage pas l’avis de ceux qui essaient de faire croire que sans l’anonymat ils pourraient entrer en conflit avec leur propre image ou l’image que leur propre entourage pourrait s’en faire. Personne n’en a rien à foutre de mon petit blog aussi génial ou stupide soit-il. Mais les anonymisés préfèrent penser que leur simple nom ou une opinion reflétée ici aurait un tel impact qu’ils pourraient en arriver à perdre leur image sociale, leur rayonnement. Ils se trompent, tout le monde s’en fout. Mon opinion – ou la leur – n’intéresse personne d’autant que, neuf fois sur dix, on ne fait qu’exprimer ce que beaucoup de monde, sinon tout le monde, a ânonné avant. Les professeurs sont particulièrement touchés par ce syndrome.

Ils pensent comme les gens qui passent-à-la-télé, mais sont persuadés que s’ils signaient leur assentiment à des idées qui contredisent le monde-comme-il-va, leur petit collègue de bureau ou de trottoir qui y conduit se fâcherait tout rouge. Donc, ils préfèrent l’anonymat. Sur ce point, on pourrait être d’accord si on vivait sous le régime d'une dictature féroce qui ferait que, au moment même de manifester une opinion ou une affinité personnelle, on mette sa vie et celle de ses proches en danger. Pour le reste, l'anonymat sur les blogs, est un babillage de bac à sable : personne ne se met en danger avec ses petits lieux communs. Personne, et moi, pas plus que les autres. Aucun présumé phare de l’humanité souffrante, même le plus con d'entre eux, ne se souciera de mes petites élucubrations anti ou pro sanchistes ou poutinistes ou macronistes, du moment qu’ils sont fidèlement servis par des millions avec des intérêts autrement importants que nos petites parcelles de vie à nous. Mêmes les orgasmes collectifs qui, sous couvert d'indignation, viennent régulièrement saisir la blogosphère lorsqu'il est question de démolir une cause ou de dégommer un type, nuire un parti ou virer un gouvernement sont savamment orchestrés sans se faire du souci pour une éventuelle réaction des drôles comme nous. On n’est jamais plus heureux qu’en troupeau, quand on mime l'érection palpitante sous l'indignation feinte.

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Mon désintérêt pour le foot remonte à mon enfance. Je n’ai jamais été sportif, mes inclinations  ne m’y prédisposant pas vraiment, enfant, j’étais plus attiré par la lecture. Avec le temps, ça ne s’est pas arrangé. Les débordements de joie puérile que déclenchent les sports chez leurs adeptes comme chez leurs amateurs ne sont pas dans ma nature, c’est dommage, peut-être, mais c’est comme ça. Même quand un de mes auteurs favoris s’est vu décerner le prix Nobel, ça ne m’a pas fait descendre dans la rue pour fêter ça. Il faut bien reconnaître qu’un tel prix, quelle qu’en soit la discipline, ne déclenche jamais l’enthousiasme des foules et que si cette nouvelle m’avait poussé à traverser mon quartier en klaxonnant, j’aurais été le seul à le faire. J’avais passé, très confié, La route des Flandres à un collègue prof d’anglais. Deux jours après, il m’a jeté à la figure le roman : « C’est illisible ! »

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Le hasard a fait que, il y a quelques jours, j’ai allumé distraitement la radio et qu’un sort malin a voulu que la station fût France Inter. L’émission La Terre au carré commençait. Toujours soucieuse de donner la parole à ceux qui pensent correctement, l’émission débuta par des messages d’auditeurs. Je me suis immédiatement senti dans un autre monde. La première intervenante, une jeune femme – à sa voix – était en total désarroi : elle demandait conseil sur la manière de parler à son entourage afin qu’il partage ses lubies idéaux. Elle tentait de prêcher par l’exemple : entre autres actions d’éclat au service de la planète, elle avait réduit sa consommation de viande, changé de banque (!), et ne prenait plus l’avion ! Malgré cela, il semblait que ses proches n’eussent rien à cirer de ses exhortations. Ainsi, un copain devait venir lui rendre visite en prenant l’avion ! Que fallait-il qu’elle fît, seule contre tous ! Que leur dire ? Comment leur faire comprendre ? Un autre intervenant en avait contre les rallyes automobiles (Paris-Dakar, etc.) qui gaspillent quantité de carburants fossiles sans le moindre remord de leurs incommensurables crimes. Ensuite, un « spécialiste du nazisme » (?) se lança dans un parallèle entre l’idéologie hitlérienne et certains aspects de la société consumériste : par exemple les deux étaient partisans d’une exploitation éhontée des ressources minières de la planète et en faveur d’une croissance économique sans limite. J’ai éteint. J’avoue que ces « sauveurs de la planète » me laissent pantois. Leurs « actions » leurs indignations, leurs rapprochements audacieux entre des choses qui n’ont rien à voir entre elles me paraissent dérisoires, pitoyables ou risibles.

Qu’importe si la jeune femme ne parvient pas à convaincre ses amis ? Quelle part de la consommation mondiale de carburants fossiles représentent les courses automobiles ? Le Parti Communiste Chinois, dirigeant un pays productiviste et grand utilisateur de ressources minières est-il un proche parent du nazisme ? Il me semble que ceux qui croient en une imminente destruction de la planète ou, plus exactement, de la vie sur celle-ci, devraient s’y résigner car la totale transformation des modes de production et de consommation que la réalisation de leurs rêves impliquerait ne saurait se faire du jour au lendemain. Comme un Titanic que son erre entraîne irrémédiablement vers l’iceberg, la catastrophe qu’ils envisagent apparaît inéluctable. Leurs efforts individuels, les multiples interdictions qu’ils préconisent ne changeront rien. Des colibris qui font leur possible pour lutter contre le feu qui ravage la forêt, des fourmis qui pissent dessus pour arrêter l’incendie, voilà à quoi me font penser leurs « actions ». Si la maison brûle vraiment, c’est à sa reconstruction qu’il faudra penser sa destruction terminée. Le reste est bavardage.

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Voilà pourquoi Céline appréciait P. Morand : « Fréquentiez-vous les omnibus dans votre jeunesse ? Moi, beaucoup. Un tram me menait place Pereire, du Champ-de-Mars, pour le lycée Carnot. Quand je n'y allais pas à vélo descendant l'avenue Niel à des allures record (un jour, au coin de l'avenue Marceau, mon pneu dans un rail, je fis un soleil par-dessus le guidon) ; un autre, énorme, à vapeur, de l'Alma aux Sciences Po, dans une odeur de coke mouillée que je sens encore. Mais le grand plaisir, c'était l’omnibus : Trocadéro - Gare de l'Est, à trois chevaux, descendant en trombe la rue Pierre-Charron. Le plus amusant, le plus célébré par les poètes, c'était Batignolles-Clichy-Odéon, à deux chevaux, transportant l'intelligentsia sur l'impériale. Le plus pittoresque, celui d'Auteuil - Saint-Sulpice, un cheval, puissant, un seul, flottant dans ses harnais ; il y avait aussi les chevaux de relais, fumants sous la couver- ture toile cirée, pour gravir la rue des Martyrs, ou ceux qui attendaient à la gare Saint-Lazare d'aider à l'ascension de Montmartre par le sud. Le tram-train d'Arpajon qui, de la gare de Sceaux, descendait aux Halles, apportant les légumes de la vallée de Chevreuse, à deux heures du matin, en mettant le frein, boulevard Saint-Michel, signalait l'heure d'aller au lit. » Prose qui bouge, promène son lecteur, accompagné. Sans radotage ni superflu.

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« Il y a 68 ans, je m'installais à l'ombre de la Tour Eiffel. J'ai été élevé sous elle, d'abord rue de l'Université, au Dépôt des marbres ; puis en 1925, 11 bis avenue de Suffren ; puis, à mon mariage, juste au-dessous de mon dernier atelier de célibataire. Vous ai-je raconté que, lorsque ma femme, en 1913, acheta son terrain au Champ-de-Mars, ma belle-mère, vieille folle, écrivit à Monsieur Eiffel pour lui demander si sa Tour était solide et si l'on pouvait, à son ombre, construire sans crainte ? Très poli, le vieil ingénieur lui répondit qu'on pouvait y aller, sans avoir à redouter une chute de sa Tour dans le jardin. » Paul Morand à Jacques Chardonne, 1967

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J’ai dans l’idée que le président autonome de Castille et Léon n’est pas tout à fait Adolf Hitler, et que les ministres, sous-ministres, vice-ministres, para-ministres du sinistre farceur – celui-là même qui meuglait il y a à peine quelques mois contre les comploteurs capitalistes en haut-de-forme et à gros cigare et qui est parti à Davos comme un toutou lécher le derrière de ces caricatures qu’il dénonçait – qui occupe la présidence du gouvernement central madrilène ne sont que des progressistes de pacotille. Il ne faut aucun courage pour prendre leur posture anti pro-vie, tout juste une bonne dose de haine. La haine, l’incitation à la haine, le fanatisme, la discrimination, l’ostracisme, le refus de la démocratie sont d’ailleurs les ressorts à l’œuvre dans cette clownerie d’une prétendue attaque aux droits des femmes devant laquelle, naturellement, les rézozozio de gôche, qui ne trouvent rien à redire quand on réduit les peines des violeurs ou qu’on doit carrément les libérer en application de la sinistre pitrerie-loi-imbroglio « seul un oui est un oui », gueulent comme de putois. J’ai aussi dans l’idée que s’il s’agissait d’aller bramer contre les abus bien tangibles du gouvernement du frimeur, ces m’as-tu-vu seraient beaucoup moins tatillons sur les principes… 



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Sois sage ! dit-on aux petits. Sinistre plaisanterie. La vie est un coup d’épée dans l’eau qui n’a même pas l’excuse de l’esthétique, de l’épique ou du baroque. Au sein de cette matière informe, la vie, la volonté humaine passe en douce et se contorsionne comme un spectre grimaçant ; sa prétention hurlée à ordonner le chaos par la sagesse me semble plus que jamais risible. J’ai essayé de sortir la tête de l’eau, mais, à peine sortie, on m’a fait comprendre qu’il y avait peu de place pour elle. Défaites ou victoires dans une vie n’ont même pas la belle séduction qui accompagne ordinairement vaincus ou héros dans les films. Les autres ne nous laissent aucune place. Chacun marche sur la tête de l’autre, comme s’il était impossible de survivre sans détruire ce qui n’est pas soi. Je laisse courir un instant dans ma tête toute une masse de visages aveugles, sourds, fermés, inversés, ricanants, la bouche grande ouverte semblant en pleine digestion d’idiotie, comme une colonie de portraits cubistes qu’on aurait arrachés au néant. Je les revois revendiquant à pleins poumons qu’ils sont les propriétaires du monde, de leur monde. Il faut en être, ou périr.



 

mercredi 30 novembre 2022

Hobe da berandu inoiz baino ?


 « C’est drôle la nuit comme les âmes s’y retrouvent » 

« L’Anarchie c’est fragile comme tout » 

Céline, Londres

« Seuls les fous et les solitaires peuvent se permettre d’être eux-mêmes. Les solitaires parce que leur plaisir ne dépend de personne… Les fous parce que le plaisir des autres, ils s’en foutent… »

Charles Bukowski

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Personne n’attend plus de moi quoi que ce soit si ce n’est de continuer sagement dans les encombrantes occupations ordinaires. Mes parents, qui ont déjà trouvé depuis longtemps l’apaisement définitif dans la mort, qu’est-ce qu’ils attendaient de moi ? On voudrait bien, à la naissance de quelqu’un, que tout fût réglé d’avance. Comme sur un cadran gradué. On nous exigeait, enfants, la sagesse alors qu’on ignorait tout de la vie. On nous demandait des gestes censés porter notre attachement à la religion, alors que la religion s’avère la seule activité réellement libre à condition qu’elle vienne véritablement du for intérieur de chacun, pas comme la table de multiplication. Une fois que vous Lui avez permis d’entrer chez vous, Dieu n’est pas bavard. Seul à seul avec Lui, comme l’Antigone d’Anouilh avec son garde, les réponses se feront attendre. Qu’est-ce qu’on attendait de moi ? Toujours autre chose... Peut-être. La pire, des choses : qu’on soit content de vous et que vous y preniez goût. Ça vous oblige à adopter une ligne de conduite très dure à soutenir. Presque septuagénaire, je dois reconnaître que mon intelligence aura prouvé son incapacité pour ce qui est provoquer du malheur chez les autres, son incompétence quant à faire fructifier les affaires juteuses, sa nullité pour tirer profit de la politique, en y participant ou préférant une tendance à une autre, bref une absence totale de qualités en ce qui concerne des manières de s'avantager, de se construire une carrière au détriment de quelqu’un. J’ai toujours eu un penchant pour m’enchaîner à l’incertitude. En proie à la curiosité, j’ai voulu savoir ce qui se cache derrière les règles absurdes de la vie commune, voire de l’existence. Et comme la curiosité a quelque chose de salé, cela m’a ouvert un appétit de plus en plus fort pour connaître les raisons des choses et leurs causes. De franchir des obstacles, de monter de plus en plus haut pour trouver le trésor d’une réponse ...

La curiosité ! Autant dire la montagne la plus élevée au monde, valant le tour de tous les Annapurna ! Et tout compte fait, après tant d'allées et venues et tant de micmacs,  finir par se précipiter sur les flancs de ces montagnes chimériques les poches presque vides. C'est l'évolution normale des choses j'imagine, passé un certain âge, surtout quand la retraite s'éternise. Quoique. Les circonstances sont autres, mais on continue sa vie avec les mêmes gestes qu’avant. On se lève au matin, on se rase, on escalade les étages de la maison, on va se promener. On ouvre son ordinateur, on relève les factures, on jette un œil aux réseaux sociaux, à la presse, aux blogs qu’on trouve intéressants. Et pourquoi pas quelques lignes sur son propre blog ? On bâcle une histoire, on ressort une citation. Et quelle était donc cette pensée géniale qui me trottait dans la tête cette nuit ? Et ce projet d’essai à rédiger en profondeur et dans le détail sur… ? Des lectures. Des relectures. Comment, pourquoi et pour qui faire tout ça ? Peut-être pour ne pas voir le mur du temps qui va vous tomber sur la gueule comme à tout le monde. Le bonheur, comme les heureuses rencontres, n’arrive que par surprise…

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Des historiens américains, sous la conduite de Murray Rothbard, de Ralph Raico, de John V. Denson, de Smedley Butler et de bien d'autres, ont montré que l'Etat américain a progressé en cruauté, en pression fiscale, en législation infernale, en aventurisme militaire depuis surtout Lincoln et la guerre de Cuba. Que son interventionnisme devenu systématique a eu des conséquences catastrophiques, y compris au niveau démographique, juridique, écologique, économique avec un endettement astronomique, sociétal avec une violence folle et des prisons pleines, etc. La catastrophe s'est renforcée sous Woodrow Wilson et les deux Roosevelt et tout président s'est vu comme un social engineer, un ingénieur du social chargé de refaire le monde à son caprice, c'est-à-dire de le démolir, de le polluer, de le saigner à blanc sans oublier de le contraindre à suivre ses « règles ».

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Lecture de Londres, après lecture de Guerre : la destruction par la lucidité à base de sarcasme cru ou le roman-fresque années trente face à notre époque de roman-moitrinaire (Pol Vandromme), face à « notre bel aujourd’hui ». Ces deux livres offrent, sous le nom de littérature, mieux que ce qui nous est offert sous cette même étiquette en ce moment au-delà et en deçà des Pyrénées. Quand j’étais jeune, la littérature « engagée » avait déjà fait d’énormes ravages depuis des années mais le wokisme actuel ne représenta pas précisément une réaction salutaire. Bien au contraire, il est à l’origine d’autres maux (mots !) fondés sur de nouveaux sophismes de vérité, d’utilité sociale, de liberté, de justice, de fraternité, de sauvetage de la planète qui exècrent la beauté au passage et crachent sur la notion même de littérature. Il est bien préférable, si on en a le choix, un engagement personnalisé portant sur des lectures libres, c’est-à-dire un dégagement, à ces niaiseries répercutées stupidement de par le monde entier par toute sorte de fanatiques. Sans prouver (pas le temps, ni l’envie) l’avilissement de ces ersatz de littérature égarés dans la mauvaise politique de notre temps, il est sans doute intéressant de découvrir ces textes des années trente qui combattaient déjà en leur temps les représentants auto-désignés du Camp du Bien de la Cité. Le problème posé, reposé à chaque fois avec Céline, est celui de savoir s’il faut, pour être bien vu, apprécié par la postérité, manualisé, posé en exemple, etc. accommoder toute une production littéraire aux exigences d’une manière de penser dominante : Malraux, Sartre ou Camus ont illustré à leur façon exemplairement cette question. La politique a fait du premier « le fabricant d’une petite escroquerie verbale de tribun qui connaît la musique » (Jacques Laurent) et elle a conduit le second aux ubuesques entretiens avec David Rousset.
Quant à la portée politique du troisième, je conseillerais la lecture de Jean-Jacques Brochier et son Albert Camus, philosophe pour classes terminales. Commun dénominateur : ces trois géants engagés étaient capables tous les trois d’emporter le succès editorial et l’adhésion sur de graves questions par le seul effet contagieux d’engouements passagers. Le cas Céline, c'est aut'chose. Je vois, après un rapide parcours de la presse « spécialisée », plus flic que la moyenne, qu’il faut comme d’habitude cracher sur lui avant de lui reconnaître le moindre talent. Ouf ! On l’a échappé belle ! Ne seriez-vous pas choqué dans ces textes par la violence faite aux femmes, par le langage  malpropre de ces putes, de ces maquereaux, par cet univers sordide de la marginalité et du meurtre, d'un monde plutôt envisagé comme gigantesque système carcéral ? Attention ! C’est le même Céline de Bagatelles avec sa leçon magistrale de style annulée rétroactivement par des idées impardonnables … Quand on pense à Monsieur René Bousquet, pour ne citer qu’un exemple, sans leçon de style à donner mais avec des idées accompagnées de faits qui n’ont pourtant pas entamé l’amitié d’un François Mitterrand, et de tant s’autres, on est tenté de rêver à ce qu’auraient pu faire nos censeurs-thuriféraires actuels ! Brillant, toujours méchant et moqueur, Céline n’a cessé de combattre la guerre, les partis, la politique, les bourgeois avant-gardistes, les pétainistes et tout un microcosme accoquiné avec l’occupant pour faire des affaires avec lui. Tout cela semble si vieux ! Si un Bousquet haut fonctionnaire ou un Papon haut fonctionnaire sont sortis immaculés d’une époque terrible qui a valu à d’autres, pour beaucoup moins, l’exécution ou l’indignité nationale, on voit mal pourquoi le crime de Céline écrivain serait imprescriptible à perpétuité. Il a écrit exactement ce qu’il pensait de son époque pour être généreux et poète quand il le fallait et assez lucide pour reconnaître certains penchants peu reluisants de notre condition humaine, au lieu de se faire chantre des illusions établies, glissant suivant le courant, sans manquer d’être cruel voire injuste envers ceux qui lui paraissaient mériter son dégoût.
Chaque mot, chaque phrase qu’il a écrits restent les empreintes d’un voyage pénible à travers ses propres tripes où il y a plus à prendre que dans la lumière artificielle de tous nos paradis américano-progressistes d’aujourd’hui, notre modernité que Michel Leiris a qualifié un jour de « merdonité ». Il a été taillé du même bois qui faillit se transformer en potence pour Villon et en bûcher pour beaucoup d’autres, comme Pound, par exemple. Pas d’engagement ni de mission historique pour Céline, conscient de la servitude et de la destruction qu’ils entraînent. Ces éditions ne sont peut-être pas rigoureuses (lire, si on veut, l’article accablant pour Gallimard, Genèse d’un best-seller. Quelques hypothèses sur un prétendu ‘roman inédit’ de Louis-Ferdinand Céline, Giulia Mela et Pierluigi Pellini) mais rendent toujours possible l’accès au Céline poète et virtuose de la langue. Je ne partage pas l'opinion de ceux qui voudraient ces textes réservés à une confrérie d’érudits et de spécialistes. Après plus d’un siècle à réfléchir sur la définition de littérature, nous voilà revenus, forcés par la scholastique actuelle, à nous poser la question de ses qualités morales ! Il me semble que ces deux textes ont été superbement construits capables de supporter le poids du bâtiment « littérature » juste au moment ou d’autres ne pensent qu’à le faire voler en éclats, à le détruire à force de néant discursif et de nullité fictionnelle. J’ai bien aimé, au fil des pages de Londres, les appels, avertissements et  interpellations répétés au lecteur pour lui transmettre des émotions, des confidences, des surprises :

- c’est moi qui vous promène, faut pas que je vous égare

- vous remarquerez vous-même que je ne parle plus du tout de mon oreille et de la façon que je bourdonne

- Je jacasse, je m’embrouille. Ça m’empêche de vous montrer le quartier dans les attractions comment il était.

- Il ne faudrait point d’ailleurs que je vous attriste

- Je sais la profondeur des choses. Je ne dirai rien, voilà tout

- J’aime bien vous raconter Londres, mais je me souviens quand même de mon histoire

- Je fignole et j’arrive pas à vous terminer

- faut que je continue quand même

- je raconterai. Si je suis devenu un peu méchant par la suite, c’est qu’il a bien fallu

- vous visiterez avec moi

- Mais ça n’a pas duré. Je dirai comment

- rappelez-vous les mecs

- Rentrons dans notre récit

- Je vous dis tout ceci pour que vous alliez vous promener un peu si des fois je vous ennuie

- Faudrait bien que je vous donne ici l’impression du paysage

Ce sacré Ferdinand, héros que le narrateur promène dans ses romans, vit aux antipodes du héros professionnel, résultant d’un brusque renversement de l’art d’écrire et d’exister, qui brûle dans une prose toujours proche de ce qu’elle raconte, qui bataille avec une existence sordide, allant du plus vile à la mélancolie la plus tendre (« La Tamise c’est beau. C’est la nuit du monde qui coule, sous les ponts. Ils se lèvent comme des bras pour qu’elle passe ») pour présenter « la petite âme des choses », évoquant la guerre loin des supercheries héroïques, avançant d’un beau pas de marche vers le « bout de

nuit » sans prétendre en trop savoir sur l’au-delà mais laissant entendre un roulement de tonnerre intérieur (« dans l’intérieur on a des voix, des espèces de présences plutôt, qu’attendent qu’on aye fini de mentir »). On nous réveille brusquement des songes les plus anciens de la civilisation qui illustrent l’île de Robinson, le domaine d’Augustin Meaulnes ou le jardin de Combray : le monde est un objet auquel il faut, tragique et inévitablement, se heurter. Mais en le faisant devenir, au passage, un sujet de ricanement, une sottise bourgeoise. Des charges d’onirisme avec le roi Krogold (la passion de ce mythe a longtemps hanté Céline « par bribes, saillies et morceaux ») font bifurquer vers l’insolite l’angoisse accumulée des bêtes apeurées, des visages difformes, des fantômes bancals, toute l’humanité grinçante et louche des souteneurs et des tapins au manoir du capitaine Lawrence. Et Marx, magistralement résumé et la longue péripétie avec l’anar Borokrom (« Il trouvait des petites anarchies Borokrom pour tous les âges. Il aurait rendu libertaires les souris blanches et les abeilles, s’il avait pu les approcher » / « il était bien documenté sur les mouvements de la politique. Il m’a instruit comment il y avait des classes sociales et je m’en étais jamais douté ») qui restitue ce que pourrait éprouver un terroriste toujours prêt à frapper. Ces moyens romanesques pour quoi faire ? Pour quel univers romanesque ? Pour quelle noble cause ? Car, Céline n’espère plus en l’avenir, ni pour ses monstres ni pour qui que ce soit. Ça, son lecteur le sait. Il a accepté son destin, il a voulu fatalement se jeter contre les moulins agités par la fatalité de vents terribles. Les catastrophes immédiates qu’il vivra et celles que nos générations auront en héritage nous inclinent plutôt à trembler avec lui qu’à l’accabler de reproches, de formules-péage obligatoires, pour se dédouaner à chaque fois qu’on parle de lui. L’apocalypse se rapproche (Klaus Schwab, Georges Soros, Bill Gates et Noah Harari … ne vous suffisent-ils pas comme cavaliers messagers des pires calamités ?) et on se paye le luxe de cracher à la figure de ceux qui l’ont annoncé ! C’est Malraux, et non Céline, qui est au Panthéon... Les blablas grandiloquents, truculents, cachent sous des couches de soi-disant héroïsme les pires férocités. Celui qui les annonce et les dénonce avec passion, arbitrairement isolé et condamné à vie, se voit injustement reprocher servir les dieux sauvages que tout le monde a mis en placé et longtemps adorés. On veut à force de barbouiller l’histoire de bonisme sentimental, sévère et pur, réussir ce que la déesse Raison avait entrepris depuis des siècles : l’abolir. Tendance impossible de contrer sauf à passer pour un pervers malfaisant. Exit, donc, tout matérialisme historique, toute dialectique, Madame l’Histoire est trop cruelle, trop violente : à effacer d’urgence ! Au cours de cette lecture, j'ai souvent pensé à mon ami J. F., qui professe une grande dévotion (« Ça, c’est un écrivain ! Je serais toujours fan, à mort ! »). pour Malraux (comme mon musicologue et jeune romancier préféré, Christian F.) à qui il compare, à son avantage, d’autres littérateurs, y compris la dernière lauréate du prix prestigieux portant à jamais le nom de Monsieur Dynamite. Pourtant, la sauce mix Malraux, mijotée au gaullisme, manquait déjà de saveur pour le goût hétérodoxe du Mitterrand des années soixante-dix : « Pour les hommes de mon âge qui l'ont lu à vingt ans et ne l’ont pas relu à quarante, survit un certain Malraux, celui de La Condition humaine et de L’Espoir qu'ils n'ont pas cessé de ranger parmi les chefs d’œuvre malgré une imprudence commise il y a peu. Ayant ouvert La Voie royale, le livre m'est tombé des mains. Une piété persistante m'a fait oublier ce mouvement d'humeur, comme elle a estompé l'accablement causé par Le Musée imaginaire, la stupeur tirée des Antimémoires, l'ennui distillé par Les Chênes qu'on abat. Mes réserves de foi ne sont pas épuisées, puisque j’y recours encore. Après tout, Barrès, son maître, comme il l'est d'Aragon, n'a pas davantage économisé les livres inutiles. Reste aussi que Malraux est cet incomparable conteur que j'ai eu la chance d'entendre à Crans-sur-Sierre, quelque soir d'une douce semaine de juin 1956. A la lueur des bougies du chalet suisse où nous dinions, les sabots des chevaux mongols frappèrent le sol de Samarcande. Je me demande, à ce propos, si Malraux n'appartient pas à cette lignée d'écrivains dont le génie s'exprime tout entier dans la conversation et se dissipe dans l'écriture. Les contemporains de Chamfort le considéraient comme le premier d'entre eux. Chateaubriand accordait ce rang à Joubert, Léon Daudet éblouissait ses auditeurs. Privée de l'éclat du verbe, qu'est devenue cette primauté ? Notre Malraux de 1933 était fichtrement actuel avec son rythme syncopé de cinéma déjà parlant, avec ses reportages à façon de roman. Mais le personnage a, par la suite, éclipsé l'œuvre ; on n'a plus remarqué que lui et on les a pris l'un pour l'autre. Regrettable quiproquo. » (François Mitterrand, La Paille et le Grain, Flammarion). Les lecteurs incapables de découvrir les manigances derrière chaque masque héroïque auront du mal à partager cette opinion. Et encore Malraux fait partie d’une époque dans laquelle les grands écrivains ne manquaient pas ! Une sorte d’âge d’or : Proust, déjà à part, Morand, Montherlant, Bernanos, Drieu, Giraudoux, Mauriac, Chardonne, beaucoup d’autres encore et Céline, les surpassant tous. La littérature épousait son temps. Aujourd’hui, l’œuvre d’un « écrivain important » fatigue comme une rengaine, tout effort théorique (nouveau roman) éveille la risée et on se contente des inventaires léthargiques autour de la célébration de soi-même. On célèbre (médias !) des auteurs repliés dans la crainte d’être mal vus, de l’anathème, dans le tremblement ratatiné de souvenirs douteux, dans la sclérose des ambitions mesquines. 

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Ruminations post-Londres. La montée de puissances irrationnelles du wokisme, avec son catalogue de vérités importées des USA, assénées sommairement partout, nous dessinent la carte d’un monde inconnu traçant ses circuits et déployant ses fastes sans donner quoi que ce soit en échange, à part son infect radotage. Nada. Rien du tout.

Même pas le vieux dictum biblique et proudhonien destruam et aedificabo, face à l’instabilité politique généralisée et aux sandales qui éclaboussent son personnel à échelle mondiale. La bienpensance n’offre que des cataclysmes de bric et de broc qui ne détruisent rien du tout, qui ébrèchent sans démolir, qui se moquent de cultures et d’apprentissages « hérités » parce que leur passion du « cancel » se dissout dans la vocifération haineuse, dans des cris de meute (réseaux sociaux financés par des élites pourries) à l’encontre de qui menacerait la fabrication mensongère et l’artifice de leur impossible « radicalité ». Une subversion de luxe pour parvenus. Au sein de chaque prétendue rupture prévalent les pires traditions et les mots tournent plus que jamais à vide. Les avant-gardes semblent exténuées. Les charmants colifichets du passé, genre Prix Nobel de littérature, avec la grosse tirelire qui va avec, coupent net tout élan vers l’écriture. Les révolutions dans les lettres se ramènent à des exercices de style : on récompense les textes bien sages, bien léchés, l’écriture décorative et sans muscle, à peine fardée de fumisteries progressistes, maquillage indispensable, en ce quart de siècle, pour cacher le néant et la folie. Que valent ces sous-merdes, ces rempaillages de nombril suintant contre les fureurs toujours iconoclastes d’un Céline, son génie incandescent et fébrile, son écriture pointilliste de dentellière, ses émotions de poète battant dans chaque page, son désespoir grimé et hilare voire vénéneux ? Il crée un monde romanesque cohérent et particulièrement efficace parce qu'il croit à ce qu'il fait, parce que son choix peut lui autoriser des emprunts multiples (à la poésie, à la philosophie, etc.) et créer ainsi un univers romanesque avec l'appoint cardinal de personnages d'une nature donnée, devenant ce qu'ils deviennent sous l'influence de leur entourage, sous le fouet de leurs passions, et dans le contexte de leur société. Il y a des ingrédients politiques ou des pensées philosophiques mais un roman, c'est tout autre chose qu'un manifeste politique ou un traité de philosophie. Des éléments politiques ou des composants philosophiques, quelquefois les deux, ne peuvent prétendre à prévaloir au détriment du conte, de la fable, de l'utopie, du mythe, de l'ensemble des singularités qui disent l'obscurité et la profusion d'un être humain, d'une époque, d'un univers. Révéler les dédales d'une sensibilité, ses inaptitudes, l'impuissance de ses désirs, c'est une affaire immense et il faut du génie, d'une autre sorte que celui qu'exigent d'autres formes artistiques, pour la mener à bonne fin. Un vrai roman, quand il ne reste pas à la surface et quand il creuse les cavernes de l’humain sans mensonges est, à sa manière, l'épopée d’une époque épouvantable.

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Dans la préface à De l’or, de la boue, du sang, Edouard Drumont fait cette observation : « Ce qui, dans le livre, fera le plus de bien aux intelligences attentives, c’est le rapprochement établi entre les anarchistes d’aujourd’hui et les terroristes de jadis. Tous ces violents, injuriés maintenant par le bourgeois jacobin, ont été glorifiés jadis par le bourgeois jacobin désireux de se nantir. Ravachol s’est appelé Fouché et il a été duc et grand-croix de la Légion d’honneur. »

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Un triste sire détrousseur de cadavres. Cancre dans une école privée religieuse et, plus tard, auteur d’une thèse polémique (plagiat), considérablement merdique, dans cette même université, aussi rancunier que roublard, ce monsieur représente l'élite des fonctionnaires de la social-démocratie madrilène ; il s’est singularisé par sa capacité de mutation et de nuisance sans en avoir branlé une en dehors du métier de politicien professionnel, dans le marécage politique. Papa, haut fonctionnaire (directeur général de l'INAEM du Ministère de la Culture) avec Felipe González. Maman haut placée dans la Santé, chef de service. En sus de sa nullité professionnelle et de son manque de connaissances, à peine dissimulés par la nuée de consultants en tout genre l’entourant, la jeune promesse partie pour se construire un avenir au sein de la section socialiste du quartier de Tétouan (Madrid) dont il habitait dans la zone bourgeoise (d’après Joaquín Leguina, ancien Secrétaire Général de la Fédération Socialiste de Madrid, dans son livre Historia de una ambición) a fait toujours montre d’un caractère magouilleur et cynique, intrigant au petit pied et calculateur. Un personnage qui s’humilie délicat devant les puissants suprématistes périphériques catalans et basques et qui se dresse implacable, plein d’arrogance et de morgue, au-dessus des humbles mortels de « la droite » vouée aux ténèbres de l’histoire. La constitution sous la férule de ce fieffé menteur à la tête d’un gouvernement de dissolution nationale, inimaginable ailleurs qu’en ce royaume de taifas, fera voler en éclats ce vieux pays après dynamitage de sa Constitution : amnistie pour les putschistes catalans de 2017, justification publique du détournement de fonds publics si c’est pour de fins nobles sans enrichissement personnel (?!), remise en liberté des pires canailles assassins, non repentis, très long etc.

« Quand vient l'orgueil, vient aussi l'ignominie ; mais la sagesse est avec les humbles. » 

(Proverbes)