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mercredi 18 janvier 2023

Beaux jours de janvier trompent l'homme en février.

 

Evocation d’un vieux copain (Enrique D.H.), cinquante ans après les faits. On discutait à perte de vue sur la signification des œuvres qu’il fallait lire ou des tendances politiques qui s’installaient. Parler littérature, poèmes, cinéma, théâtre, comédie … Vaste programme ! Mais, par-dessus tout, on aimait la politique et l’histoire. On se moquait bien des heures qui passaient et ce n’était pas pour débattre dans le vide. Tantôt chez l’un, tantôt chez l’autre. On se racontait les mille et une nuits en prose et en vers. Ensuite, on se raccompagnait. Puis on rentrait, raccompagné ; arrivé à sa porte, la conversation continuant, on raccompagnait celui qui vous avait ramené. Ça n'en finissait pas ...

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Quelques lectures « de gauche » pour apprendre à s'ennuyer pour faire durer le plaisir de vivre encore dans les remous de la politique...

Jean-Jacques Becker, Histoire des gauches
Michel Winock, La gauche en France
Alain Bergougnioux, Des poings et des roses
Si la gauche savait : entretiens de Michel Rocard avec Georges-Marc Benamou (conseiller spécial de ... Nicolas Sarkozy !)

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Hospital Comarcal del Bidasoa, mi-décembre deux mil vingt-deux. Échographie hépatique. Répétée six mois après une détection démontrant un tout petit kyste. Je déboutonne mon pantalon et je me couche docilement sur un lit bas assez confortable. Au plafond, il y a un reflet que je ne regarde pas. La technicienne des mystères échographiques est polie, taiseuse et pressée. Un jeune médecin commence ses mouvements comme sur une femme enceinte et commente à voix basse ce qu’il voit avec un collègue plus jeune que lui, il me semble. Ils discutent en basque, que je comprends sans difficulté, à propos de ce qu’ils sont en train d’observer. Ça me rassure et ça m’inquiète en même temps. « À ce moment-là, à partir de ce volume, on opère et puis c’est tout … » Ma médecin traitante, quelques jours après, finit de me rassurer. Pas de quoi s’inquiéter … Elle entend au téléphone que je pousse un soupir de soulagement et, après une vanne idiote de ma part, rigole un bon coup pour me monter le moral. À l’accueil, on m’avait offert un joli masque que j’avais refusé : j’en avais un flambant neuf, et noir, couleur que j’affectionne.

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Après lecture de Un sermon de alta mar. La réflexion sur sa propre vie vient de la main de la conviction que la cordialité et la joie sont des obligations inconditionnelles précédant toute norme éthique qui se soucie vraiment des autres. Après un long séminaire de travail avec un groupe d'enseignants-chercheurs francophones de mon université, un sondage, soumis aux participants pour obtenir de retours d’expérience suite au travail accompli, incluait le ressenti d’un participant à propos de mon activité qui m’avait laissait rêveur : « … dégage un enthousiasme extrêmement contagieux ». Enthousiasme, joie de vivre sans polluer davantage la forêt de la vie par les avatars qu’on doit traverser comme des vagabonds et, si possible, améliorer le quotidien des gens qui nous entourent dans la mesure de nos possibilités. Quoique. Si le Dieu qui m'a créé doit un jour me recevoir, je ne pourrai pas lui rendre sa créature telle qu'il l'a faite mais en très piteux état. Il faut laisser parler le néant : Il sait mieux que nous de quoi est faite notre chair. La mort dans la mort. Sans appel, sans cassation, sans reprise. Mais, au moins, que ce soit sans avoir blessé qui que ce soit du fait même d’être présent sur les mêmes lieux.

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Être marxiste est un problème moral difficile, un peu comme être ésotériste. L'histoire témoigne de quelle dramatique manière l’application du dogme marxiste a conduit des millions de personnes à la tyrannie, à l’injustice et à la mort. Chaque nouvelle tentative affirme savoir s'y prendre finalement pour assurer le bonheur de tous. Heureusement banalisé en Occident, s’avouer partisan du marxisme aujourd'hui démontre la même dangereuse audace que celle de s’avouer partisan de Copernic. Raconter des trucs à la noix pour occuper un espace professionnel, médiatique, social. Le problème radical du marxisme, c'est qu'en se prétendant de manière obsessionnelle depuis ses débuts une théorie scientifique indépassable, ce n'est qu'un leurre et une formule redoutable fondée sur la soumission de masses humaines aux caprices des détenteurs d’un pouvoir absolu. Adolescent, j’ai été en premier lieu fasciné par l’anarchisme (Stirner !). Un peu plus tard, par l’anarchosyndicalisme. Ça collait parfaitement avec ma famille, à commencer par mes parents, l’une concierge, l’autre ouvrier de la construction : de vrais ouvriers à mille années de distance – ténacité, solidarité, abnégation, sacrifice – d’une gauche bourgeoise, de décor, remplie de figurants et trop souvent, de vrais salauds déguisés en idéalistes. Plus tard, ma sympathie pour le communisme a tenu d’abord à ses origines incroyables, à sa formidable façade d’utopie atteignable, ennemie à la centième puissance de la fiction démocratique, qui lui valait la haine bouffonne des vieilles tripes bourgeoises. Et ensuite, par la réputation universelle de l’océan du marxisme. Donc : plongeon dedans. Déception plus tard, sans abandon total, ne pouvant pas m’arrêter de penser que la transformation de moins en moins déguisée du stalinisme en autocratie de fer est, dans l’absolu, dans le domaine de l’idée gratuite, moins odieuse que l’affreuse hypocrisie du biblisme capitaliste des Anglo-Ricains avec leurs puritains milliardaires et leurs dynasties du coffre-fort convaincues du bien-fondé de leur projet de domination sans partage de l’univers. Jamais très loin de penser en 1990 : tout, plutôt qu’une victoire planétaire de l’immonde capitalisme américain, régnant en maître sur l’ensemble du monde et surtout d’une Europe dont il aura anéanti la civilisation, qu’il aura exploité à fond avec sa vieille férocité boursière et, pour perpétuer ce bluff, ces privilèges exorbitants de quelques classes au-dessus du commun des mortels. Avec cet énorme et désespérant paupérisme des millions de sans-travail et de laissés-pour-compte qui constituent exactement l’actif de leurs libertés démocratiques, si commodes pour les rois du dollar dont ils sont, et pour cause, les conservateurs intolérants. Tout plutôt que cette soumerde-là.

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Dans les textes que je laisse dans ce blog, je mets des initiales presque partout où bien je me contente de citer “un ami”, des initiales, etc. En tout cas, je ne partage pas l’avis de ceux qui essaient de faire croire que sans l’anonymat ils pourraient entrer en conflit avec leur propre image ou l’image que leur propre entourage pourrait s’en faire. Personne n’en a rien à foutre de mon petit blog aussi génial ou stupide soit-il. Mais les anonymisés préfèrent penser que leur simple nom ou une opinion reflétée ici aurait un tel impact qu’ils pourraient en arriver à perdre leur image sociale, leur rayonnement. Ils se trompent, tout le monde s’en fout. Mon opinion – ou la leur – n’intéresse personne d’autant que, neuf fois sur dix, on ne fait qu’exprimer ce que beaucoup de monde, sinon tout le monde, a ânonné avant. Les professeurs sont particulièrement touchés par ce syndrome.

Ils pensent comme les gens qui passent-à-la-télé, mais sont persuadés que s’ils signaient leur assentiment à des idées qui contredisent le monde-comme-il-va, leur petit collègue de bureau ou de trottoir qui y conduit se fâcherait tout rouge. Donc, ils préfèrent l’anonymat. Sur ce point, on pourrait être d’accord si on vivait sous le régime d'une dictature féroce qui ferait que, au moment même de manifester une opinion ou une affinité personnelle, on mette sa vie et celle de ses proches en danger. Pour le reste, l'anonymat sur les blogs, est un babillage de bac à sable : personne ne se met en danger avec ses petits lieux communs. Personne, et moi, pas plus que les autres. Aucun présumé phare de l’humanité souffrante, même le plus con d'entre eux, ne se souciera de mes petites élucubrations anti ou pro sanchistes ou poutinistes ou macronistes, du moment qu’ils sont fidèlement servis par des millions avec des intérêts autrement importants que nos petites parcelles de vie à nous. Mêmes les orgasmes collectifs qui, sous couvert d'indignation, viennent régulièrement saisir la blogosphère lorsqu'il est question de démolir une cause ou de dégommer un type, nuire un parti ou virer un gouvernement sont savamment orchestrés sans se faire du souci pour une éventuelle réaction des drôles comme nous. On n’est jamais plus heureux qu’en troupeau, quand on mime l'érection palpitante sous l'indignation feinte.

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Mon désintérêt pour le foot remonte à mon enfance. Je n’ai jamais été sportif, mes inclinations  ne m’y prédisposant pas vraiment, enfant, j’étais plus attiré par la lecture. Avec le temps, ça ne s’est pas arrangé. Les débordements de joie puérile que déclenchent les sports chez leurs adeptes comme chez leurs amateurs ne sont pas dans ma nature, c’est dommage, peut-être, mais c’est comme ça. Même quand un de mes auteurs favoris s’est vu décerner le prix Nobel, ça ne m’a pas fait descendre dans la rue pour fêter ça. Il faut bien reconnaître qu’un tel prix, quelle qu’en soit la discipline, ne déclenche jamais l’enthousiasme des foules et que si cette nouvelle m’avait poussé à traverser mon quartier en klaxonnant, j’aurais été le seul à le faire. J’avais passé, très confié, La route des Flandres à un collègue prof d’anglais. Deux jours après, il m’a jeté à la figure le roman : « C’est illisible ! »

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Le hasard a fait que, il y a quelques jours, j’ai allumé distraitement la radio et qu’un sort malin a voulu que la station fût France Inter. L’émission La Terre au carré commençait. Toujours soucieuse de donner la parole à ceux qui pensent correctement, l’émission débuta par des messages d’auditeurs. Je me suis immédiatement senti dans un autre monde. La première intervenante, une jeune femme – à sa voix – était en total désarroi : elle demandait conseil sur la manière de parler à son entourage afin qu’il partage ses lubies idéaux. Elle tentait de prêcher par l’exemple : entre autres actions d’éclat au service de la planète, elle avait réduit sa consommation de viande, changé de banque (!), et ne prenait plus l’avion ! Malgré cela, il semblait que ses proches n’eussent rien à cirer de ses exhortations. Ainsi, un copain devait venir lui rendre visite en prenant l’avion ! Que fallait-il qu’elle fît, seule contre tous ! Que leur dire ? Comment leur faire comprendre ? Un autre intervenant en avait contre les rallyes automobiles (Paris-Dakar, etc.) qui gaspillent quantité de carburants fossiles sans le moindre remord de leurs incommensurables crimes. Ensuite, un « spécialiste du nazisme » (?) se lança dans un parallèle entre l’idéologie hitlérienne et certains aspects de la société consumériste : par exemple les deux étaient partisans d’une exploitation éhontée des ressources minières de la planète et en faveur d’une croissance économique sans limite. J’ai éteint. J’avoue que ces « sauveurs de la planète » me laissent pantois. Leurs « actions » leurs indignations, leurs rapprochements audacieux entre des choses qui n’ont rien à voir entre elles me paraissent dérisoires, pitoyables ou risibles.

Qu’importe si la jeune femme ne parvient pas à convaincre ses amis ? Quelle part de la consommation mondiale de carburants fossiles représentent les courses automobiles ? Le Parti Communiste Chinois, dirigeant un pays productiviste et grand utilisateur de ressources minières est-il un proche parent du nazisme ? Il me semble que ceux qui croient en une imminente destruction de la planète ou, plus exactement, de la vie sur celle-ci, devraient s’y résigner car la totale transformation des modes de production et de consommation que la réalisation de leurs rêves impliquerait ne saurait se faire du jour au lendemain. Comme un Titanic que son erre entraîne irrémédiablement vers l’iceberg, la catastrophe qu’ils envisagent apparaît inéluctable. Leurs efforts individuels, les multiples interdictions qu’ils préconisent ne changeront rien. Des colibris qui font leur possible pour lutter contre le feu qui ravage la forêt, des fourmis qui pissent dessus pour arrêter l’incendie, voilà à quoi me font penser leurs « actions ». Si la maison brûle vraiment, c’est à sa reconstruction qu’il faudra penser sa destruction terminée. Le reste est bavardage.

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Voilà pourquoi Céline appréciait P. Morand : « Fréquentiez-vous les omnibus dans votre jeunesse ? Moi, beaucoup. Un tram me menait place Pereire, du Champ-de-Mars, pour le lycée Carnot. Quand je n'y allais pas à vélo descendant l'avenue Niel à des allures record (un jour, au coin de l'avenue Marceau, mon pneu dans un rail, je fis un soleil par-dessus le guidon) ; un autre, énorme, à vapeur, de l'Alma aux Sciences Po, dans une odeur de coke mouillée que je sens encore. Mais le grand plaisir, c'était l’omnibus : Trocadéro - Gare de l'Est, à trois chevaux, descendant en trombe la rue Pierre-Charron. Le plus amusant, le plus célébré par les poètes, c'était Batignolles-Clichy-Odéon, à deux chevaux, transportant l'intelligentsia sur l'impériale. Le plus pittoresque, celui d'Auteuil - Saint-Sulpice, un cheval, puissant, un seul, flottant dans ses harnais ; il y avait aussi les chevaux de relais, fumants sous la couver- ture toile cirée, pour gravir la rue des Martyrs, ou ceux qui attendaient à la gare Saint-Lazare d'aider à l'ascension de Montmartre par le sud. Le tram-train d'Arpajon qui, de la gare de Sceaux, descendait aux Halles, apportant les légumes de la vallée de Chevreuse, à deux heures du matin, en mettant le frein, boulevard Saint-Michel, signalait l'heure d'aller au lit. » Prose qui bouge, promène son lecteur, accompagné. Sans radotage ni superflu.

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« Il y a 68 ans, je m'installais à l'ombre de la Tour Eiffel. J'ai été élevé sous elle, d'abord rue de l'Université, au Dépôt des marbres ; puis en 1925, 11 bis avenue de Suffren ; puis, à mon mariage, juste au-dessous de mon dernier atelier de célibataire. Vous ai-je raconté que, lorsque ma femme, en 1913, acheta son terrain au Champ-de-Mars, ma belle-mère, vieille folle, écrivit à Monsieur Eiffel pour lui demander si sa Tour était solide et si l'on pouvait, à son ombre, construire sans crainte ? Très poli, le vieil ingénieur lui répondit qu'on pouvait y aller, sans avoir à redouter une chute de sa Tour dans le jardin. » Paul Morand à Jacques Chardonne, 1967

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J’ai dans l’idée que le président autonome de Castille et Léon n’est pas tout à fait Adolf Hitler, et que les ministres, sous-ministres, vice-ministres, para-ministres du sinistre farceur – celui-là même qui meuglait il y a à peine quelques mois contre les comploteurs capitalistes en haut-de-forme et à gros cigare et qui est parti à Davos comme un toutou lécher le derrière de ces caricatures qu’il dénonçait – qui occupe la présidence du gouvernement central madrilène ne sont que des progressistes de pacotille. Il ne faut aucun courage pour prendre leur posture anti pro-vie, tout juste une bonne dose de haine. La haine, l’incitation à la haine, le fanatisme, la discrimination, l’ostracisme, le refus de la démocratie sont d’ailleurs les ressorts à l’œuvre dans cette clownerie d’une prétendue attaque aux droits des femmes devant laquelle, naturellement, les rézozozio de gôche, qui ne trouvent rien à redire quand on réduit les peines des violeurs ou qu’on doit carrément les libérer en application de la sinistre pitrerie-loi-imbroglio « seul un oui est un oui », gueulent comme de putois. J’ai aussi dans l’idée que s’il s’agissait d’aller bramer contre les abus bien tangibles du gouvernement du frimeur, ces m’as-tu-vu seraient beaucoup moins tatillons sur les principes… 



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Sois sage ! dit-on aux petits. Sinistre plaisanterie. La vie est un coup d’épée dans l’eau qui n’a même pas l’excuse de l’esthétique, de l’épique ou du baroque. Au sein de cette matière informe, la vie, la volonté humaine passe en douce et se contorsionne comme un spectre grimaçant ; sa prétention hurlée à ordonner le chaos par la sagesse me semble plus que jamais risible. J’ai essayé de sortir la tête de l’eau, mais, à peine sortie, on m’a fait comprendre qu’il y avait peu de place pour elle. Défaites ou victoires dans une vie n’ont même pas la belle séduction qui accompagne ordinairement vaincus ou héros dans les films. Les autres ne nous laissent aucune place. Chacun marche sur la tête de l’autre, comme s’il était impossible de survivre sans détruire ce qui n’est pas soi. Je laisse courir un instant dans ma tête toute une masse de visages aveugles, sourds, fermés, inversés, ricanants, la bouche grande ouverte semblant en pleine digestion d’idiotie, comme une colonie de portraits cubistes qu’on aurait arrachés au néant. Je les revois revendiquant à pleins poumons qu’ils sont les propriétaires du monde, de leur monde. Il faut en être, ou périr.



 

mercredi 30 novembre 2022

Hobe da berandu inoiz baino ?


 « C’est drôle la nuit comme les âmes s’y retrouvent » 

« L’Anarchie c’est fragile comme tout » 

Céline, Londres

« Seuls les fous et les solitaires peuvent se permettre d’être eux-mêmes. Les solitaires parce que leur plaisir ne dépend de personne… Les fous parce que le plaisir des autres, ils s’en foutent… »

Charles Bukowski

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Personne n’attend plus de moi quoi que ce soit si ce n’est de continuer sagement dans les encombrantes occupations ordinaires. Mes parents, qui ont déjà trouvé depuis longtemps l’apaisement définitif dans la mort, qu’est-ce qu’ils attendaient de moi ? On voudrait bien, à la naissance de quelqu’un, que tout fût réglé d’avance. Comme sur un cadran gradué. On nous exigeait, enfants, la sagesse alors qu’on ignorait tout de la vie. On nous demandait des gestes censés porter notre attachement à la religion, alors que la religion s’avère la seule activité réellement libre à condition qu’elle vienne véritablement du for intérieur de chacun, pas comme la table de multiplication. Une fois que vous Lui avez permis d’entrer chez vous, Dieu n’est pas bavard. Seul à seul avec Lui, comme l’Antigone d’Anouilh avec son garde, les réponses se feront attendre. Qu’est-ce qu’on attendait de moi ? Toujours autre chose... Peut-être. La pire, des choses : qu’on soit content de vous et que vous y preniez goût. Ça vous oblige à adopter une ligne de conduite très dure à soutenir. Presque septuagénaire, je dois reconnaître que mon intelligence aura prouvé son incapacité pour ce qui est provoquer du malheur chez les autres, son incompétence quant à faire fructifier les affaires juteuses, sa nullité pour tirer profit de la politique, en y participant ou préférant une tendance à une autre, bref une absence totale de qualités en ce qui concerne des manières de s'avantager, de se construire une carrière au détriment de quelqu’un. J’ai toujours eu un penchant pour m’enchaîner à l’incertitude. En proie à la curiosité, j’ai voulu savoir ce qui se cache derrière les règles absurdes de la vie commune, voire de l’existence. Et comme la curiosité a quelque chose de salé, cela m’a ouvert un appétit de plus en plus fort pour connaître les raisons des choses et leurs causes. De franchir des obstacles, de monter de plus en plus haut pour trouver le trésor d’une réponse ...

La curiosité ! Autant dire la montagne la plus élevée au monde, valant le tour de tous les Annapurna ! Et tout compte fait, après tant d'allées et venues et tant de micmacs,  finir par se précipiter sur les flancs de ces montagnes chimériques les poches presque vides. C'est l'évolution normale des choses j'imagine, passé un certain âge, surtout quand la retraite s'éternise. Quoique. Les circonstances sont autres, mais on continue sa vie avec les mêmes gestes qu’avant. On se lève au matin, on se rase, on escalade les étages de la maison, on va se promener. On ouvre son ordinateur, on relève les factures, on jette un œil aux réseaux sociaux, à la presse, aux blogs qu’on trouve intéressants. Et pourquoi pas quelques lignes sur son propre blog ? On bâcle une histoire, on ressort une citation. Et quelle était donc cette pensée géniale qui me trottait dans la tête cette nuit ? Et ce projet d’essai à rédiger en profondeur et dans le détail sur… ? Des lectures. Des relectures. Comment, pourquoi et pour qui faire tout ça ? Peut-être pour ne pas voir le mur du temps qui va vous tomber sur la gueule comme à tout le monde. Le bonheur, comme les heureuses rencontres, n’arrive que par surprise…

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Des historiens américains, sous la conduite de Murray Rothbard, de Ralph Raico, de John V. Denson, de Smedley Butler et de bien d'autres, ont montré que l'Etat américain a progressé en cruauté, en pression fiscale, en législation infernale, en aventurisme militaire depuis surtout Lincoln et la guerre de Cuba. Que son interventionnisme devenu systématique a eu des conséquences catastrophiques, y compris au niveau démographique, juridique, écologique, économique avec un endettement astronomique, sociétal avec une violence folle et des prisons pleines, etc. La catastrophe s'est renforcée sous Woodrow Wilson et les deux Roosevelt et tout président s'est vu comme un social engineer, un ingénieur du social chargé de refaire le monde à son caprice, c'est-à-dire de le démolir, de le polluer, de le saigner à blanc sans oublier de le contraindre à suivre ses « règles ».

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Lecture de Londres, après lecture de Guerre : la destruction par la lucidité à base de sarcasme cru ou le roman-fresque années trente face à notre époque de roman-moitrinaire (Pol Vandromme), face à « notre bel aujourd’hui ». Ces deux livres offrent, sous le nom de littérature, mieux que ce qui nous est offert sous cette même étiquette en ce moment au-delà et en deçà des Pyrénées. Quand j’étais jeune, la littérature « engagée » avait déjà fait d’énormes ravages depuis des années mais le wokisme actuel ne représenta pas précisément une réaction salutaire. Bien au contraire, il est à l’origine d’autres maux (mots !) fondés sur de nouveaux sophismes de vérité, d’utilité sociale, de liberté, de justice, de fraternité, de sauvetage de la planète qui exècrent la beauté au passage et crachent sur la notion même de littérature. Il est bien préférable, si on en a le choix, un engagement personnalisé portant sur des lectures libres, c’est-à-dire un dégagement, à ces niaiseries répercutées stupidement de par le monde entier par toute sorte de fanatiques. Sans prouver (pas le temps, ni l’envie) l’avilissement de ces ersatz de littérature égarés dans la mauvaise politique de notre temps, il est sans doute intéressant de découvrir ces textes des années trente qui combattaient déjà en leur temps les représentants auto-désignés du Camp du Bien de la Cité. Le problème posé, reposé à chaque fois avec Céline, est celui de savoir s’il faut, pour être bien vu, apprécié par la postérité, manualisé, posé en exemple, etc. accommoder toute une production littéraire aux exigences d’une manière de penser dominante : Malraux, Sartre ou Camus ont illustré à leur façon exemplairement cette question. La politique a fait du premier « le fabricant d’une petite escroquerie verbale de tribun qui connaît la musique » (Jacques Laurent) et elle a conduit le second aux ubuesques entretiens avec David Rousset.
Quant à la portée politique du troisième, je conseillerais la lecture de Jean-Jacques Brochier et son Albert Camus, philosophe pour classes terminales. Commun dénominateur : ces trois géants engagés étaient capables tous les trois d’emporter le succès editorial et l’adhésion sur de graves questions par le seul effet contagieux d’engouements passagers. Le cas Céline, c'est aut'chose. Je vois, après un rapide parcours de la presse « spécialisée », plus flic que la moyenne, qu’il faut comme d’habitude cracher sur lui avant de lui reconnaître le moindre talent. Ouf ! On l’a échappé belle ! Ne seriez-vous pas choqué dans ces textes par la violence faite aux femmes, par le langage  malpropre de ces putes, de ces maquereaux, par cet univers sordide de la marginalité et du meurtre, d'un monde plutôt envisagé comme gigantesque système carcéral ? Attention ! C’est le même Céline de Bagatelles avec sa leçon magistrale de style annulée rétroactivement par des idées impardonnables … Quand on pense à Monsieur René Bousquet, pour ne citer qu’un exemple, sans leçon de style à donner mais avec des idées accompagnées de faits qui n’ont pourtant pas entamé l’amitié d’un François Mitterrand, et de tant s’autres, on est tenté de rêver à ce qu’auraient pu faire nos censeurs-thuriféraires actuels ! Brillant, toujours méchant et moqueur, Céline n’a cessé de combattre la guerre, les partis, la politique, les bourgeois avant-gardistes, les pétainistes et tout un microcosme accoquiné avec l’occupant pour faire des affaires avec lui. Tout cela semble si vieux ! Si un Bousquet haut fonctionnaire ou un Papon haut fonctionnaire sont sortis immaculés d’une époque terrible qui a valu à d’autres, pour beaucoup moins, l’exécution ou l’indignité nationale, on voit mal pourquoi le crime de Céline écrivain serait imprescriptible à perpétuité. Il a écrit exactement ce qu’il pensait de son époque pour être généreux et poète quand il le fallait et assez lucide pour reconnaître certains penchants peu reluisants de notre condition humaine, au lieu de se faire chantre des illusions établies, glissant suivant le courant, sans manquer d’être cruel voire injuste envers ceux qui lui paraissaient mériter son dégoût.
Chaque mot, chaque phrase qu’il a écrits restent les empreintes d’un voyage pénible à travers ses propres tripes où il y a plus à prendre que dans la lumière artificielle de tous nos paradis américano-progressistes d’aujourd’hui, notre modernité que Michel Leiris a qualifié un jour de « merdonité ». Il a été taillé du même bois qui faillit se transformer en potence pour Villon et en bûcher pour beaucoup d’autres, comme Pound, par exemple. Pas d’engagement ni de mission historique pour Céline, conscient de la servitude et de la destruction qu’ils entraînent. Ces éditions ne sont peut-être pas rigoureuses (lire, si on veut, l’article accablant pour Gallimard, Genèse d’un best-seller. Quelques hypothèses sur un prétendu ‘roman inédit’ de Louis-Ferdinand Céline, Giulia Mela et Pierluigi Pellini) mais rendent toujours possible l’accès au Céline poète et virtuose de la langue. Je ne partage pas l'opinion de ceux qui voudraient ces textes réservés à une confrérie d’érudits et de spécialistes. Après plus d’un siècle à réfléchir sur la définition de littérature, nous voilà revenus, forcés par la scholastique actuelle, à nous poser la question de ses qualités morales ! Il me semble que ces deux textes ont été superbement construits capables de supporter le poids du bâtiment « littérature » juste au moment ou d’autres ne pensent qu’à le faire voler en éclats, à le détruire à force de néant discursif et de nullité fictionnelle. J’ai bien aimé, au fil des pages de Londres, les appels, avertissements et  interpellations répétés au lecteur pour lui transmettre des émotions, des confidences, des surprises :

- c’est moi qui vous promène, faut pas que je vous égare

- vous remarquerez vous-même que je ne parle plus du tout de mon oreille et de la façon que je bourdonne

- Je jacasse, je m’embrouille. Ça m’empêche de vous montrer le quartier dans les attractions comment il était.

- Il ne faudrait point d’ailleurs que je vous attriste

- Je sais la profondeur des choses. Je ne dirai rien, voilà tout

- J’aime bien vous raconter Londres, mais je me souviens quand même de mon histoire

- Je fignole et j’arrive pas à vous terminer

- faut que je continue quand même

- je raconterai. Si je suis devenu un peu méchant par la suite, c’est qu’il a bien fallu

- vous visiterez avec moi

- Mais ça n’a pas duré. Je dirai comment

- rappelez-vous les mecs

- Rentrons dans notre récit

- Je vous dis tout ceci pour que vous alliez vous promener un peu si des fois je vous ennuie

- Faudrait bien que je vous donne ici l’impression du paysage

Ce sacré Ferdinand, héros que le narrateur promène dans ses romans, vit aux antipodes du héros professionnel, résultant d’un brusque renversement de l’art d’écrire et d’exister, qui brûle dans une prose toujours proche de ce qu’elle raconte, qui bataille avec une existence sordide, allant du plus vile à la mélancolie la plus tendre (« La Tamise c’est beau. C’est la nuit du monde qui coule, sous les ponts. Ils se lèvent comme des bras pour qu’elle passe ») pour présenter « la petite âme des choses », évoquant la guerre loin des supercheries héroïques, avançant d’un beau pas de marche vers le « bout de

nuit » sans prétendre en trop savoir sur l’au-delà mais laissant entendre un roulement de tonnerre intérieur (« dans l’intérieur on a des voix, des espèces de présences plutôt, qu’attendent qu’on aye fini de mentir »). On nous réveille brusquement des songes les plus anciens de la civilisation qui illustrent l’île de Robinson, le domaine d’Augustin Meaulnes ou le jardin de Combray : le monde est un objet auquel il faut, tragique et inévitablement, se heurter. Mais en le faisant devenir, au passage, un sujet de ricanement, une sottise bourgeoise. Des charges d’onirisme avec le roi Krogold (la passion de ce mythe a longtemps hanté Céline « par bribes, saillies et morceaux ») font bifurquer vers l’insolite l’angoisse accumulée des bêtes apeurées, des visages difformes, des fantômes bancals, toute l’humanité grinçante et louche des souteneurs et des tapins au manoir du capitaine Lawrence. Et Marx, magistralement résumé et la longue péripétie avec l’anar Borokrom (« Il trouvait des petites anarchies Borokrom pour tous les âges. Il aurait rendu libertaires les souris blanches et les abeilles, s’il avait pu les approcher » / « il était bien documenté sur les mouvements de la politique. Il m’a instruit comment il y avait des classes sociales et je m’en étais jamais douté ») qui restitue ce que pourrait éprouver un terroriste toujours prêt à frapper. Ces moyens romanesques pour quoi faire ? Pour quel univers romanesque ? Pour quelle noble cause ? Car, Céline n’espère plus en l’avenir, ni pour ses monstres ni pour qui que ce soit. Ça, son lecteur le sait. Il a accepté son destin, il a voulu fatalement se jeter contre les moulins agités par la fatalité de vents terribles. Les catastrophes immédiates qu’il vivra et celles que nos générations auront en héritage nous inclinent plutôt à trembler avec lui qu’à l’accabler de reproches, de formules-péage obligatoires, pour se dédouaner à chaque fois qu’on parle de lui. L’apocalypse se rapproche (Klaus Schwab, Georges Soros, Bill Gates et Noah Harari … ne vous suffisent-ils pas comme cavaliers messagers des pires calamités ?) et on se paye le luxe de cracher à la figure de ceux qui l’ont annoncé ! C’est Malraux, et non Céline, qui est au Panthéon... Les blablas grandiloquents, truculents, cachent sous des couches de soi-disant héroïsme les pires férocités. Celui qui les annonce et les dénonce avec passion, arbitrairement isolé et condamné à vie, se voit injustement reprocher servir les dieux sauvages que tout le monde a mis en placé et longtemps adorés. On veut à force de barbouiller l’histoire de bonisme sentimental, sévère et pur, réussir ce que la déesse Raison avait entrepris depuis des siècles : l’abolir. Tendance impossible de contrer sauf à passer pour un pervers malfaisant. Exit, donc, tout matérialisme historique, toute dialectique, Madame l’Histoire est trop cruelle, trop violente : à effacer d’urgence ! Au cours de cette lecture, j'ai souvent pensé à mon ami J. F., qui professe une grande dévotion (« Ça, c’est un écrivain ! Je serais toujours fan, à mort ! »). pour Malraux (comme mon musicologue et jeune romancier préféré, Christian F.) à qui il compare, à son avantage, d’autres littérateurs, y compris la dernière lauréate du prix prestigieux portant à jamais le nom de Monsieur Dynamite. Pourtant, la sauce mix Malraux, mijotée au gaullisme, manquait déjà de saveur pour le goût hétérodoxe du Mitterrand des années soixante-dix : « Pour les hommes de mon âge qui l'ont lu à vingt ans et ne l’ont pas relu à quarante, survit un certain Malraux, celui de La Condition humaine et de L’Espoir qu'ils n'ont pas cessé de ranger parmi les chefs d’œuvre malgré une imprudence commise il y a peu. Ayant ouvert La Voie royale, le livre m'est tombé des mains. Une piété persistante m'a fait oublier ce mouvement d'humeur, comme elle a estompé l'accablement causé par Le Musée imaginaire, la stupeur tirée des Antimémoires, l'ennui distillé par Les Chênes qu'on abat. Mes réserves de foi ne sont pas épuisées, puisque j’y recours encore. Après tout, Barrès, son maître, comme il l'est d'Aragon, n'a pas davantage économisé les livres inutiles. Reste aussi que Malraux est cet incomparable conteur que j'ai eu la chance d'entendre à Crans-sur-Sierre, quelque soir d'une douce semaine de juin 1956. A la lueur des bougies du chalet suisse où nous dinions, les sabots des chevaux mongols frappèrent le sol de Samarcande. Je me demande, à ce propos, si Malraux n'appartient pas à cette lignée d'écrivains dont le génie s'exprime tout entier dans la conversation et se dissipe dans l'écriture. Les contemporains de Chamfort le considéraient comme le premier d'entre eux. Chateaubriand accordait ce rang à Joubert, Léon Daudet éblouissait ses auditeurs. Privée de l'éclat du verbe, qu'est devenue cette primauté ? Notre Malraux de 1933 était fichtrement actuel avec son rythme syncopé de cinéma déjà parlant, avec ses reportages à façon de roman. Mais le personnage a, par la suite, éclipsé l'œuvre ; on n'a plus remarqué que lui et on les a pris l'un pour l'autre. Regrettable quiproquo. » (François Mitterrand, La Paille et le Grain, Flammarion). Les lecteurs incapables de découvrir les manigances derrière chaque masque héroïque auront du mal à partager cette opinion. Et encore Malraux fait partie d’une époque dans laquelle les grands écrivains ne manquaient pas ! Une sorte d’âge d’or : Proust, déjà à part, Morand, Montherlant, Bernanos, Drieu, Giraudoux, Mauriac, Chardonne, beaucoup d’autres encore et Céline, les surpassant tous. La littérature épousait son temps. Aujourd’hui, l’œuvre d’un « écrivain important » fatigue comme une rengaine, tout effort théorique (nouveau roman) éveille la risée et on se contente des inventaires léthargiques autour de la célébration de soi-même. On célèbre (médias !) des auteurs repliés dans la crainte d’être mal vus, de l’anathème, dans le tremblement ratatiné de souvenirs douteux, dans la sclérose des ambitions mesquines. 

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Ruminations post-Londres. La montée de puissances irrationnelles du wokisme, avec son catalogue de vérités importées des USA, assénées sommairement partout, nous dessinent la carte d’un monde inconnu traçant ses circuits et déployant ses fastes sans donner quoi que ce soit en échange, à part son infect radotage. Nada. Rien du tout.

Même pas le vieux dictum biblique et proudhonien destruam et aedificabo, face à l’instabilité politique généralisée et aux sandales qui éclaboussent son personnel à échelle mondiale. La bienpensance n’offre que des cataclysmes de bric et de broc qui ne détruisent rien du tout, qui ébrèchent sans démolir, qui se moquent de cultures et d’apprentissages « hérités » parce que leur passion du « cancel » se dissout dans la vocifération haineuse, dans des cris de meute (réseaux sociaux financés par des élites pourries) à l’encontre de qui menacerait la fabrication mensongère et l’artifice de leur impossible « radicalité ». Une subversion de luxe pour parvenus. Au sein de chaque prétendue rupture prévalent les pires traditions et les mots tournent plus que jamais à vide. Les avant-gardes semblent exténuées. Les charmants colifichets du passé, genre Prix Nobel de littérature, avec la grosse tirelire qui va avec, coupent net tout élan vers l’écriture. Les révolutions dans les lettres se ramènent à des exercices de style : on récompense les textes bien sages, bien léchés, l’écriture décorative et sans muscle, à peine fardée de fumisteries progressistes, maquillage indispensable, en ce quart de siècle, pour cacher le néant et la folie. Que valent ces sous-merdes, ces rempaillages de nombril suintant contre les fureurs toujours iconoclastes d’un Céline, son génie incandescent et fébrile, son écriture pointilliste de dentellière, ses émotions de poète battant dans chaque page, son désespoir grimé et hilare voire vénéneux ? Il crée un monde romanesque cohérent et particulièrement efficace parce qu'il croit à ce qu'il fait, parce que son choix peut lui autoriser des emprunts multiples (à la poésie, à la philosophie, etc.) et créer ainsi un univers romanesque avec l'appoint cardinal de personnages d'une nature donnée, devenant ce qu'ils deviennent sous l'influence de leur entourage, sous le fouet de leurs passions, et dans le contexte de leur société. Il y a des ingrédients politiques ou des pensées philosophiques mais un roman, c'est tout autre chose qu'un manifeste politique ou un traité de philosophie. Des éléments politiques ou des composants philosophiques, quelquefois les deux, ne peuvent prétendre à prévaloir au détriment du conte, de la fable, de l'utopie, du mythe, de l'ensemble des singularités qui disent l'obscurité et la profusion d'un être humain, d'une époque, d'un univers. Révéler les dédales d'une sensibilité, ses inaptitudes, l'impuissance de ses désirs, c'est une affaire immense et il faut du génie, d'une autre sorte que celui qu'exigent d'autres formes artistiques, pour la mener à bonne fin. Un vrai roman, quand il ne reste pas à la surface et quand il creuse les cavernes de l’humain sans mensonges est, à sa manière, l'épopée d’une époque épouvantable.

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Dans la préface à De l’or, de la boue, du sang, Edouard Drumont fait cette observation : « Ce qui, dans le livre, fera le plus de bien aux intelligences attentives, c’est le rapprochement établi entre les anarchistes d’aujourd’hui et les terroristes de jadis. Tous ces violents, injuriés maintenant par le bourgeois jacobin, ont été glorifiés jadis par le bourgeois jacobin désireux de se nantir. Ravachol s’est appelé Fouché et il a été duc et grand-croix de la Légion d’honneur. »

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Un triste sire détrousseur de cadavres. Cancre dans une école privée religieuse et, plus tard, auteur d’une thèse polémique (plagiat), considérablement merdique, dans cette même université, aussi rancunier que roublard, ce monsieur représente l'élite des fonctionnaires de la social-démocratie madrilène ; il s’est singularisé par sa capacité de mutation et de nuisance sans en avoir branlé une en dehors du métier de politicien professionnel, dans le marécage politique. Papa, haut fonctionnaire (directeur général de l'INAEM du Ministère de la Culture) avec Felipe González. Maman haut placée dans la Santé, chef de service. En sus de sa nullité professionnelle et de son manque de connaissances, à peine dissimulés par la nuée de consultants en tout genre l’entourant, la jeune promesse partie pour se construire un avenir au sein de la section socialiste du quartier de Tétouan (Madrid) dont il habitait dans la zone bourgeoise (d’après Joaquín Leguina, ancien Secrétaire Général de la Fédération Socialiste de Madrid, dans son livre Historia de una ambición) a fait toujours montre d’un caractère magouilleur et cynique, intrigant au petit pied et calculateur. Un personnage qui s’humilie délicat devant les puissants suprématistes périphériques catalans et basques et qui se dresse implacable, plein d’arrogance et de morgue, au-dessus des humbles mortels de « la droite » vouée aux ténèbres de l’histoire. La constitution sous la férule de ce fieffé menteur à la tête d’un gouvernement de dissolution nationale, inimaginable ailleurs qu’en ce royaume de taifas, fera voler en éclats ce vieux pays après dynamitage de sa Constitution : amnistie pour les putschistes catalans de 2017, justification publique du détournement de fonds publics si c’est pour de fins nobles sans enrichissement personnel (?!), remise en liberté des pires canailles assassins, non repentis, très long etc.

« Quand vient l'orgueil, vient aussi l'ignominie ; mais la sagesse est avec les humbles. » 

(Proverbes)



mardi 25 octobre 2022

Octobre. Petite pluie abat grand vent ...




« Le préjugé de croire que toute vérité entraîne l’obligation d’en faire un jeu de la pensée, c’est-à-dire de la passer au crible de quelques habitudes mentales, devient encore plus gênant lorsqu’il n’est que le fruit d’une déformation scolaire ; un des caractères les plus frappants du monde actuel est la multitude de ceux qui, sans être doués par la nature d’une intelligence tant soit peu supérieure, se croient obligés de faire semblant de penser à tout propos, en revêtant leur inintelligence d’une phraséologie apprise, en quoi ils atteignent souvent une habileté comparable à celle d’un prestidigitateur ; la sottise, ainsi dissimulée sous un fatras d’artifices rhétoriques et avancés avec un aplomb aussi irresponsable qu’imperturbable, est volontiers prise pour de l’intelligence, voire de la richesse intellectuelle, conformément à la conception médiocre et toute quantitative de la culture.

Frithjof Schuon, L'œil du cœur

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Justice pour Lola ? De l’Etat aux médias, l’ordre policier de ceux qui nous gouvernent consiste à toujours maintenir le désordre établi. Pourtant, qu’est-ce qu’on se révolte pour ce qui se passe en Iran, au Qatar, que sais-je encore … ! Quand il n’y a pas de risque, on a tous les courages. Autant pleurer sur la mort d’Abel, sur les victimes de Gengis Khan, de la peste noire ou des inondations en Australie. Ce qui distingue l’homme de l’animal, c’est le respect de la vie et, en principe, la protection de la vieillesse et de la maladie. Carnassiers et charognards semblent indispensables à l’équilibre de la nature. Or, l’empire du mal s’installe là où l’homme redevient cet animal qui dépèce les cadavres, pille les tombes et s’approprie les habitations d’autrui… On a du mal à comprendre pourquoi une société si libérale et éprise d’égalité et de justice depuis deux siècles a si vite laissé place, avec l’installation du Bien partout véhiculé par la mondialisation, à une prolifération d’intouchables bêtes fauves au-dessous de la bête, de sadiques et de satyres, dont l’envieuse méchanceté et l’infâme corruption sont apparemment l’état normal. Misère de nos sociétés porteuses de messages stériles !

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Voter halal ou bouffer de l’étranger ? (un titre de l’Obs d’il y a plus de dix ans !) Les Français ont voté halal après l’exécution à bout portant, en pleine tête, de Myriam, 8 ans et demi, de Gabriel, 3 ans et demi et d’Arié, 6 ans, par Mohammed Merah. Les Français ont voté halal après le Bataclan. Les Français ont voté halal après Charlie Hebdo. Ils ont voté halal après la compote niçoise. Revoté halal après l’égorgement du père Hamel, du colonel Beltrame et de Laura et Mauranne, 20 ans. Puis les Français ont encore revoté halal après la décapitation de Samuel Paty. Après le martyre de Lola, les Français iront s’activer narcissiquement dans une grande marche façon #jesuischarlie dont on voit aujourd’hui les splendides résultats : #jesuislola fera aussi bien. Et ils revoteront halal. Car ils n’en ont rien à foutre, de Lola. Strictement rien. Tous ces événements le prouvent assez : rien ne peut fléchir l’indifférence d’une opinion publique lobotomisée à jamais.

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Chaque petite fille émerge d'un océan de possibilités comme un nouveau monde, une véritable άναδουμένη (« émergée de la mer », surnom d'Aphrodite), comme compagne, comme épouse, comme mère ou grand-mère, sœur ou cousine. La relation du père avec la fille est pourtant la plus surprenante, la plus énigmatique, la plus impuissante et la plus belle de toutes les relations humaines imaginables. Un fils est, au mieux, un double, un oμooύσιoς (identique) ou oμoιoύσιoς (semblable). Une fille, c'est tout autre chose. Ce lien, au-dessus de ces destinations individuelles et derrière elles, est le plus sublime et le plus intense.

C. Schmitt, Glossarium

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Dégoûts médiatiques. Dernier dégoût télévisuel français (BFMTV). Pensée américanisée jusqu’au tréfonds : la paix ne doit pas être garantie par des contrats ou des pactes mais par des sanctions. L'unité, la paix et la stabilité reposent sur des « règles » énoncées par ceux-là même qui veulent, depuis leur entrée dans l’Histoire, transformer le monde en butin pour eux-mêmes. Dernier dégoût radiophonique espagnol (Cadena SER). Je me laisse casser les pieds, exprès, un bon bout de temps. Dialogue chaotique entre une conne complète, plusieurs fois ministre, et un garçon gris, moche et chétif en apparence, originaire du quartier madrilène de Vallecas, baratineur à en crever, visiblement entré en politique histoire d’améliorer son train de vie. Il connut son moment de gloire et un énorme succès grâce à un certain contexte historique et à un moment politique advenu quand le bipartisme espagnol risquait de s’effondrer et, en bonne mesure aussi, grâce au soutien financier et médiatique de pouvoirs discrets mais redoutablement efficaces. Intronisé vice-président, au sommet du pouvoir sanchiste, il fit en profiter sa femme, placée par lui aux commandes d’un ministère de trop, et partagea son ascension en alignant amis et proches, curieux catalogue de gens sans cervelle, devant une social-démocratie médusée, déjà partie en vrille. À sa chute, pas mal teintée de grotesque, chasse à courre contre lui : des politiciens trahis, des ex-copines, des amies ingrates, toute une cohorte qui lui en veut pour de multiples raisons et tient à lui faire payer cher ses agissements …

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Le 28 juin 1914, l’héritier de la couronne de l’Empire austro-hongrois est abattu lors d’un attentat terroriste à Sarajevo (alors Serbie). Seulement quatre semaines plus tard et après un ultimatum, l’Autriche déclarait la guerre à la Serbie alors que ce pays avait accepté 13 des 14 points dudit ultimatum. Les fous au pouvoir avaient décidé de faire la guerre et les « causes » immédiates du conflit n’étaient rien d’autre que des alibis emberlificotés, comme c’est souvent le cas. La politique des alliances transforme alors un conflit local en une guerre mondiale à effets dévastateurs. La Russie active son alliance avec la Serbie et annonce la mobilisation, ce qui conduit l’Allemagne, alliée de l'Autriche, à déclarer la guerre à la Russie ; La France est venue au secours de la Russie et la Grande-Bretagne au secours de la France, formant deux camps : la Triple Entente (France, Royaume-Uni et Empire russe) contre les deux grands empires d’Europe centrale, l’Allemagne et l’Autriche. Plus tard, l'Italie, le Japon, l'Empire ottoman et d'autres pays se joindront d’un côté ou de l’autre. Quatre ans plus tard, le tableau était effroyable : les cadavres de 17 millions de personnes gisaient dans les champs d’Europe sans que personne ne se souvienne de la véritable raison de leur mort. Et la réponse aux « plus jamais ça ! » des pacifistes ne tarderait pas à venir : un second conflit apocalyptique qui réduira l’Europe à néant.

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Internet, donde todo individuo tiene derecho a hacer sus necesidades en público y en ocasiones con gran éxito de audiencia. (Gregorio Morán)

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« Ils meurent par séries sur les routes, à chaque épidémie de grippe, à chaque vague de chaleur, à chaque erreur de ceux qui falsifient leurs aliments, à chaque innovation technique profitable aux multiples entrepreneurs d’un décor dont ils essuient les plâtres. Leurs éprouvantes conditions d’existence entraînent leur dégénérescence physique, intellectuelle, mentale. On leur parle toujours comme à des enfants obéissants, à qui il suffit de dire : « il faut », et ils veulent bien le croire. Mais, surtout, on les traite comme des enfants stupides, devant qui bafouillent et délirent des dizaines de spécialisations paternalistes, improvisées de la veille, leur faisant admettre n’importe quoi en le leur disant n’importe comment ; et aussi bien le contraire le lendemain. »

Guy DEBORD, In girum imus nocte et consumimur igni (Nous tournons en rond dans la nuit et nous sommes dévorés par le feu)

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Entendu à un lucide retraité, Prof des Universités, fils d’instituteurs, à la retraité à Gradignan : « À quoi bon aujourd’hui perdre son temps à l’Université, où se revendent à la sauvette des stocks inépuisables de connaissances abîmées… ? »

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Ceux qui ont compris quelque chose ne se précipitent pas d’aller le dire à la télévision ou aux chaînes radio. Ils s’en foutent de la notoriété et des éloges des intellectuels de journaux. Dire une vérité, ce serait porter de l’huile là où est le feu, elle serait éteinte à la seconde par les pompier pyromanes de service partout.

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Cette société abjecte signe une paix durable quand elle offre le pouvoir, avec les meilleures places de son sinistre spectacle, à ses ennemis les plus déclarés.

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L’œuvre complète des penseurs d’élevage, que l’on commercialise triomphalement à cette heure de la marchandise décomposée, n’arrive pas à cacher le goût des produits frelatés qui les ont nourris.

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Notre culture disparaîtra. Elle avait trois qualités : elle aimait et respectait le Beau, habitude prise chez les Grecs. Elle aimait et respectait le Droit, habitude prise chez les Romains ; elle aimait et respectait l’Homme, habitude prise très tard et avec force difficultés chez les Chrétiens. Par le respect de ces trois symboles : l’Homme, le Beau et le Droit notre culture occidentale a pu devenir ce qu’elle a été. Et maintenant qu’on tient à l’effacer, elle perdra la part la plus précieuse de son héritage : l’amour et le respect de l’Homme. Sans cet amour et sans ce respect, la culture n’existe plus. On devient des bêtes d’élevage.

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Plus dure sera la chute.
Au cours de ces années, le sanchisme a éclairé parfaitement la sélection des individus par une hiérarchie secrète dans la pourriture. Patxilopèse n’est pas le seul. Tels sont les héros du socialisme. Autour du premier cercle du gang de Sánchez, s’est formée un cénacle de cercles extérieurs, de succubes de troisième ou quatrième catégorie. Ils sont la Fourberie voulant se faire passer pour la Droiture. Pour diaboliser leurs adversaires, ils ont tous en commun de prêcher partout les bons sentiments. Ajoutons à cette déchéance institutionnelle, la lâcheté chronique des journalistes qui ont peur de se couper de leurs subventions. Au lieu d’être au service du peuple, ils se changent insidieusement en serviles adulateurs du dernier crétin arrivé au pouvoir, en simple troupeau de caniches. À l’impératif de vérité, ils substituent le devoir d’obéissance. Habile dans le coup du bonneteau à toute vitesse devant des millions d’électeurs, Sánchez promène de mur en mur les ombres chinoises qui sont le spectacle même de la caverne de Platon : des ombres portées d’une réalité dont ils ne connaîtront jamais que les apparences, au travers de ce jeu habile et sublime du montreur de marionnettes qu’est, depuis sa truculente arrivée au pouvoir, ce grand prestidigitateur d’un socialisme discrédité jusqu’à la caricature. Les trocs pitoyables de notre « transition » politique des années soixante-dix, avec une gauche devenue complice des marchandages de la honte, agréèrent l’apparition de pitoyables individus de tout bord créant une « nouvelle » classe politique qui, par son silence, trompa sciemment le peuple. Ce fut une connivence dramatique dont les effets se font toujours sentir. La traversée bourbonienne de ces années a été pour le moins déshonorante. Plus gravement, elle a été celle d’un pays entier qui, par conformisme, n’a voulu rien savoir et doit maintenant payer le prix d’un passé fardé, emplâtré, et ravaudé par toutes les chirurgies esthétiques de la fausse mémoire. Quand c’est trop tard, c’est trop tard… 
Sauf que notre leader bien-aimé, notre cher Pedro à nous, s'occupe de tout. Tour à tour, agent atlantiste sous la botte des Américains, champion des « valeurs » UE, soutien de la veuve et de l’orphelin et en même temps des pauvres et des « classes moyennes laborieuses » (sic), ce petit politicien,  instrument des lobbies successifs qui ont financé son parti (CIA, social-démocratie allemande), aurait pu, une fois chef du gouvernement, démontrer par son action politique une vision historique se dévouant à la grandeur de la nation. Il n’en fut rien. Politicien magouilleur de la plus basse espèce, il mit l’État au service de ses calculs minables. À la traîne des Américains dans la guerre d’Ukraine et fâché en même temps avec Algériens et Marocains, il asservit son pays se roulant aux pieds de l’OTAN avec ses bases d’occupation, acceptant non pas le maintien mais l’accroissement significatif du budget militaire, ne faisant qu’accroître le chômage et la vie chère. Toucheur de peuple, il n’a d’autre contact avec ses semblables que sa poignée de main. À quoi rêve-t-il ? À conserver le pouvoir, à paraître, à flotter le plus longtemps possible comme des bouchons à la surface de l’eau – et à se graisser la patte en attente d’une sinécure à l’extérieur. Manipulateur d’exception, ce monsieur a fait ses classes à l’école de l’embrouille, là où l’on vous enseigne l’art de duper vos interlocuteurs, tout en s’attirant l’admiration des foules, par le recours constant à deux armes magiques, le culot et le baratin sans s’embarrasser de rien : faire toutes les promesses, n’en tenir aucune, prétendre tout et son contraire,  parler le plus possible… pour, à force de déclarations, créer la confusion dans les esprits et pouvoir toujours s’en tirer, à la manière des prestidigitateurs. « Des messieurs à gibus fumant le cigare me veulent du mal. Je suis blanc comme neige. Je n’ai jamais rien caché. Tout ce dont on m’accuse, je m’en suis déjà expliqué. On me fait encore un mauvais procès, en me ressortant à chaque fois les mêmes dossiers. On m’en veut parce que je réussis et que je suis le meilleur et le plus beau. » Grand illusionniste de ce joyeux premier quart de siècle, Sánchez est assuré que jamais personne ne pourra le confondre dans un « direct » à la télévision, où il a studio ouvert et des lèche-culs de service en veux-tu en voilà. Il peut tranquillement y faire ses plateaux, sélectionner à sa guise ses contradicteurs, faire caviarder un reportage où il n’apparaît pas à son avantage ou commander une ridicule série documentaire à sa gloire. Et narguer ensuite le journaliste qui aurait l’impudence de vouloir le présenter tel qu’en lui-même. Une amoralité insondable, un défi permanent dans la pratique du cynisme, une même propension à recourir au mensonge pour parvenir à ses fins, réduire ses adversaires, réussir contre eux tous les mauvais coups. Combien de temps faudra-t-il avant que l’Espagne ne se lasse de ce baratineur, de son total mépris du peuple qu’il prétend servir, mais qu’il sait toujours mieux duper grâce à des stratagèmes qu’il ne se lasse plus d’exploiter ? Avant d’appeler qui que ce soit au gouvernement, une enquête serrée devrait être faite par principe. Je ne comprends pas comment les socialistes parfaitement informés prirent le risque il y a déjà quatre ans d’introduire un aventurier au sommet de l’État. Des centaines de cadres honnêtes et capables ont été pris en tenaille par un gros tas d’opportunistes implacables qui, alliés aux marginaux et aux démagogues de toute race et de tout pelage, ont converti cette organisation historique en un parti de zombies …

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Je suis exercé de longue date à mener une existence discrète et insaisissable. Sous le toit, dans ma bibliothèque où s’élèvent dans les rayons des centaines de livres, pareils à des soldats penchés dans leur tranchée, j’ai quelquefois la sensation d’être au cœur d’un navire gisant au fond des eaux. Tout un transatlantique de culture qui sombrera corps et biens dont la coque repose sur le sable et qui sera prochainement engloutie à jamais. Bientôt, je ne pourrais plus relire ces livres, rassemblés en des années de travail et de patiente attention. Annotés, cent fois consultés, ils ont constitué le trésor de ma mémoire qui fléchit. À mesure que nous vieillissons, la mémoire prend des rides, des ombres et des lumières plus fortes. Après l’éblouissement impressionniste de l’adolescence, c’est le clair-obscur des paysages dans le brouillard qui marque le temps qui passe. Mon sang-froid me fait rester en ces lieux et y revenir pour me replonger dans la terre de mes rêves. Tant de moments heureux qui s’éloignent pour toujours entraînant avec eux les occasions manquées et les moments d'enthousiasme !

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À la télévision, on n’entend que cette gauche résiduelle genre woke qui, pour se protéger d’avance des retombées à venir de sa propre corruption, y va à fond dans la culpabilisation des autres. Entendre ces gens-là parler d’intégrité a de quoi faire rire.

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Comme je viens d’écouter depuis une demi-heure les mêmes jérémiades sur le livre menacé par Internet, j’ai rappelle que ni la Bible, ni les Évangiles, ni les présocratiques grecs n’étaient des livres, et qu’ils ont traversé les siècles. Sempiternelle confusion du produit et de son enveloppe, du bonbon au chocolat et de la boîte, de la sardine et de la conserve. L’aluminium de la boîte n’est qu’une reliure in-folio. Quel que soit le flacon, c’est toujours la chair de l’esprit qu’on déguste. Désormais, ordinateurs, tablettes et smartphones porteront bien plus Platon que le livre imprimé, devenu totem et réceptacle de la sous-culture des élites férues de soupe rallongée.

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La règle la plus constante qui préside aux agitations d’un gouvernement d’incapables, ce à quoi on les reconnaît sans peine, est que les résultats sont toujours à l’inverse des vœux.

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Jésus-Christ, qui ne perdait jamais son temps avec l’esthétique ou la musique, parlait cependant des fleurs des champs à ses apôtres avec une émotion communicative. Sa seconde passion était l’ornithologie, que saint François a conduit au sommet de la perfection appelant par leur prénom tous les petits oiseaux du coin, qui lui répondaient en gazouillant dans leur langage.


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Autre question digne d’intérêt : celle du réalisme en littérature. Écrivant pour ma satisfaction personnelle, sans aucune prétention d’être jamais publié, je me rends compte que la réalité n’est pas directement littéraire. Ou bien elle est plate et ennuyeuse, ou bien elle paraît relever de l’extravagance, ou bien elle ne fait pas vrai parce qu’elle bouleverse les idées reçues et les usages consacrés. Le travail de l’écrivain soucieux d’être édité consiste donc à mettre en scène, naviguant entre les écueils, une réalité artificielle qui fera plus vrai que le vrai. Je m’efforce, quant à moi, d’être vrai dans la sobriété et dans le respect de mon premier lecteur, qui est moi-même.

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Pour mon ami d’Irun J. G. V. : berak badaki nik badakidala eta nik badakit berak badakiela... Y a-t-il en France des territoires « hors de la République » ? Il y a des quartiers entiers où on ne fout plus les pieds, même la journée. On ne sait pas trop combien de gens y vivent car ils ont rapatrié toute leur famille élargie. Les chiffres ne veulent plus rien dire et les autorités donnent l’illusion d’avoir le contrôle. Les écoles de ces quartiers sont des taudis et le commerce a pris depuis longtemps la fuite. La police n’y met plus les pieds et les gangs règlent leurs comptes et font leur business tranquilles. Une fois par an, un ministre débarque avec son préfet et les caméras pour annoncer une connerie et balancer une formule choc qui fera le buzz pour quelques semaines.  Et hop, le lendemain le business reprend. Les gens qui ne peuvent plus ont abandonné ces quartiers, tout sacrifiant sur l’autel de la paix sociale. Le plus grand problème, c’est que cette situation n’est même pas reconnue. Ça n’existe pas, ce sont uniquement des sentiments subjectifs ! De ce point de vue-là, c’est pire que tout : on ne veut même pas voir une réalité en face. Des profs qui se font décapiter, c’est aussi une des exceptions culturelles françaises. Le tout avec l’institution qui demande de ne surtout pas faire de vagues. Si un prof fait des vagues, il va envoyer des messages supers négatifs et on lui reprochera de ne pas tenir sa classe. Une fois par an, et pour se donner bonne conscience, on organise une petite minute de silence qui sera reprise par les médias avec un petit mot d’un ministre et voilà : affaire réglée ! Reste les quartiers encore préservés, sécurisés avec moults caméras de surveillance, parfois clos et avec gardiens à l’entrée, dont les heureux habitants ont accès aux écoles privées et aux conforts de la vie moderne. Les enfants du ministre de l’éducation nationale, Pap Ndiaye, étudient à l’École alsacienne, établissement privé d’élite à l’abri de tout risque de « communautarisme » …

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