Mai sans Rose, l'âme est morose. Suite de la convalescence de R. à Alicante, sous un ciel beau, une température idéale, un air transparent et les chants des oiseaux chaque matin recouvrant le quartier jusqu’à la plage. C’est la Pentecôte. La voix puissante du curé de la paroisse se fait entendre, au loin, pour porter son message à tous les vacanciers, athées ou croyants, confondus. Il fait tellement beau qu’on a du mal à regarder à l’horizon. La mer semble disparaître sous un brouillard comme un voile de lumière fortement doré. De nombreux touristes devant l’hôtel Port Alicante, en bas, et des filles, élégantes et belles, avec des bagages et cousins de voyage. Je me souviens de ma jeunesse, où il n’y avait qu’une seule belle fille dans toute la ville. J’arpentais infatigable les rues dans l’espoir de seulement la rencontrer. Sa beauté constituait à mes yeux une expérience unique, un événement, au sens propre. C’est devenu quelque chose de normal, du moins face au miroir qu’on promène chacun dans sa propre tête. M’aurait-on dit jadis que mon regard allait exiger d’autres formes d’attraction, que je ne l’aurais pas cru. Cioran l’affirme sans fioritures : « Avec le temps, la beauté devient banale, le génie lassant, et même la sainteté agaçante. » Lorsque la nouveauté et l’éclat de la jeunesse s’estompent, le regard devient plus aigu au second plan. Cette transition vers l’intériorité met en lumière la nécessité de se reposer sur d’autres fondations. Dans une relation qu’on voudrait faire durer, par exemple, cela signifie que l’amour ou l’attachement doivent évoluer vers une connexion intellectuelle ou émotionnelle plus profonde pour survivre à l’usure du temps. Le constat fataliste de Cioran à propos de la capacité humaine de s’habituer à tout, même à l’exceptionnel, qui finit par l’user et le rendre ordinaire à nos yeux, est par trop empreint de pessimisme. Avec le temps, la beauté peut se transformer et gagner en profondeur. Il faut, peut-être apprendre à maîtriser notre temps et à se l’approprier, au lieu de se soumettre fatalement à son usure. Le décalage physique/temps mérite d’être regardé autrement que comme norme qui s’imposerait d’elle-même. À cœur vaillant rien d'impossible...
***
Faire un bilan – avec M. C. et J.-C. C. – après onze ans à la retraite représente un cap majeur. Quelque chose s’était terminé le 10 mars 2015 ou bien quelque chose commençait ? Ça m’était bien égal, au fond, sauf que je me sentais inquiet, aspiré par les temps qui allaient venir, dont j’ignorais tout, le rythme, l’occupation de chaque journée, l’équilibre du nouveau mode de vie. Tout. Actuellement, il m’est bien difficile de découper en tranches de douze mois les années qui passent. À partir du printemps, cette année-là, se sont produits pour moi, comme autour de moi, une suite d’événements, un enchaînement de transformations successives, une chaîne de métamorphoses telle que j’ai du mal à en faire le bilan détaillé. J’étais passé sans transition d’une activité à rythme accéléré, intense, rapide et stimulante, ma journée incluant l’aller-retour à Vitoria-Gasteiz depuis Irun, vers un état de retraité sans conflit majeur dont je ne me rendais pas toujours compte sur le moment. Mon blog et quelques notes éparses rendront assez bien compte, finalement, de la manière dont j’ai vécu cette période de ma vie. Vieillir en apprenant un peu plus chaque jour les petites finesses de ce « statut » bizarre de retraité qui voit se transformer assez rapidement l'euphorie des premiers temps en une routine saupoudrée de surprises et d’échéances incontournables : retraite de R., fin de la scolarité d’A., disparition de beaucoup de proches, amis ou non, apparition de la maladie dans nos vies, choc de la pandémie, vente de la maison de Bordeaux… Aujourd’hui, c'est l'occasion de voir si mes « occupations » actuelles correspondent toujours à mes envies. Ai-je bien rempli ma vie, répondu à ma « vocation », profité de mes chances ? Je n’en sais trop rien et, en réalité, ce n’est plus mon problème. D’autres que moi, s’ils m’ont connu, seraient à même de mieux répondre à ma place. À l’heure qu’il est, je voudrais seulement savoir comment vont se passer la suite et la fin…***
L’entité sioniste en difficulté ? Pourvu que cela soit vrai ! Elle a péché, « l’entité », comme d’habitude, par arrogance. Fallait pas attaquer un pays dix fois plus peuplé, cinquante fois plus ancien, 4 000 ans d’âge contre 80, et mille fois plus légitime. Voilà tout. C’est simple, parfois, la géopolitique. Quand un petit s’attaque à un grand, par derrière et en éliminant ses dirigeants, scientifiques, militaires, leaders politiques, fonctionnaires et population civile en général, bref, qui bon lui semble où bon lui semble, il finit par en payer le prix. Ils agissent avec une telle audace, une telle insolence, une telle conviction qu’ils sont eux-mêmes les victimes et que les véritables victimes sont en réalité les bourreaux, que cela en est presque paralysant. C’est une impudence sadique et sans fin, combinée à un désir d’apitoyer et de rejeter la faute sur des innocents. Et ils se réjouissent ensuite du massacre de ces innocents. « Israël » fait preuve aujourd’hui d’un culot monstre : plus ils tuent d’enfants palestiniens, plus ils crient à la montée de l’antisémitisme dans le monde et se prétendent victimes d’injustice universelle. Plus ils commettent des crimes, plus on entend leurs cris fuser cyniquement. En ce moment même, ils rasent le sud Liban mais dans le respect le plus strict des droits de l'homme. Ils considèrent les Arabes au-dessous des bêtes et leur larbin, l'hominidé que les étatsuniens ont comme président, menace les Iraniens de les rayer de la carte ou de les faire retourner à l'âge de pierre. Normal. C'est la liberté d'expression propre aux démocrates. Pas de tollé médiatique. Tout est dans l'odre. Le régime iranien répond aux grossièretés trumpistes et persiste à rendre à l'entité sioniste la monnaie de sa pièce et c'est l'esclandre, la réporobation universelle, les huées de colère... Elle est belle, la scène internationale.
15 mai. Journée de la Nakba ! La Nakba n'est plus un récit oublié, mais une question vivante et actuelle au cœur des consciences mondiales, qui a mis à mal le récit sioniste trompeur et mensonger. Commémorer la Nakba signifie contrer le projet sioniste et déjouer ses plans de nettoyage ethnique, à la lumière de ce qui arrive 78 ans après au peuple palestinien qui a définitivement dépassé le stade de « victime soumise » pour embrasser celui de « résistance active », capable de contrecarrer les projets d’extermination. Si sa fermeté à Gaza a empêché les déplacements physiques, alors l’élaboration d’une stratégie nationale unifiée et d’une résistance en Cisjordanie empêchera, malgré le coût en victimes et en souffrances, les déplacements forcés, les expulsions et l’annexion de terres vidées de leurs habitants.
***
Quand on voit les suites des Epstein Files, on est effaré
: rien. Très exactement rien. Des révélations insupportables, malgré le
caviardage et la sélection, qui n'ont pas suscité grand chose chez les juges, pour
d'évidentes raisons, et dans la population, qui devrait éprouver une rage noire
à considérer les ordures qui la dirigent. Tout est
déjà sans doute dans l'oubli, comme toutes les affaires comparables sur les
mafias de la drogue, de la traite des êtres humains, de l'immigration sans contrôle, la criminalité, le changement climatique et la
prolifération des nuisibles ONG-gamelle.
Lors du sommet entre les présidents américain et chinois au Palais de l'Assemblée du Peuple à Pékin, Xi Jinping a invoqué la prophétie de Thucydide devant Donald Trump. Il souhaitait peut-être donner une leçon d'histoire à son hôte, dont la culture générale est loin d'être étendue, mais le message était clair : nous savons que nous pourrions tous deux tomber dans ce piège, mais choisissons ensemble de l'éviter. Le dirigeant chinois a invoqué un historien grec au cœur d'une démonstration visuellement impressionnante de la civilisation chinoise, mais n'a pas invoqué le plus célèbre théoricien de la guerre dans la tradition chinoise, Sun Tzu, à un moment où la situation difficile de son adversaire américain en Iran est sur le point de se transformer en une perte stratégique. La logique tacite de Sun Tzu consistait à gérer l'ambiguïté : laisser l'adversaire mal interpréter sa position, le rassurer sans bruit, sans exagération. L’échec anglo-sioniste attaquant l’Iran n’a pas provoqué l'effondrement militaire américain. Mais la résistance iranienne a suffi pour qu'ils ne parviennent pas à le faire plier, pour permette à l'Iran d'agir comme une force de perturbation régionale capable de paralyser l'économie mondiale grâce au pouvoir de contrôle des détroits. En ce sens, les Iraniens ont leur propre leçon de Thucydide : les plus faibles n'ont pas besoin de gagner pour modifier l'équilibre des pouvoirs. Il leur suffit de résister et d'empêcher les plus forts de crier victoire. La guerre contre l'Iran était, dans une de ses dimensions stratégiques les plus profondes, une tentative de contenir la montée en puissance de la Chine sur le plan énergétique. L’Iran soumis aurait signifié un détroit d'Ormuz ouvert selon les conditions de Washington, le pétrole du Golfe sous l'égide américaine et un marché de l'énergie moins propice à faciliter l'ascension de la Chine en dehors du contrôle américain. Trump voulait signifier à Xi, en renversant Téhéran, qu'il détenait les clés de l'énergie qui alimente les usines chinoises, mais ce message a échoué avant même son arrivée à Pékin. Ici, la logique de Sun Tzu est à l'œuvre : la guerre ne consiste pas à écraser son adversaire, mais à le pousser à mal évaluer sa position
Sunzi, El arte de la guerra, Trotta "Pliegos de Oriente", (magnifique édition avec traduction d'Albert Galvany saluée par la critique)
***
« … tout mot
est carrefour, tout voyage est occasion de chemins de traverse, toute phrase
est arborescence, toute lecture est incitation à regarder par la fenêtre, à
consulter le dictionnaire, à tirer un autre livre des rayons de la
bibliothèque. Pas d’ici qui ne frémisse d’ailleurs, nul maintenant qui ne soit
en silence bruissant d’autres époques, d’autres visages, d’autres lumières.
Tout être est aleph. L’Aleph est l’Être. »
Renaud Camus, Journal
***
« Il est possible que le livre soit le dernier refuge de l’homme libre. Si l’homme tourne décidément à l’automate, s’il lui arrive de ne plus penser que selon les images toutes faites d’un écran, ce termite finira par ne plus lire. Toutes sortes de machines y suppléeront : il se laissera manier l’esprit par un système de visions parlantes ; la couleur le rythme, le relief, mille moyens de remplacer l’effort et l’attention morte, de combler le vide ou la paresse de la recherche et de l’imagination particulière ; tout y sera, moins l’esprit. Cette loi est celle du troupeau. »
André Suarès, Art
du livre, Paris, Fata Morgana
***
Néocons et paléodéprédateurs. J.-L. R. Zapatero sous les feux de la rampe. Ses inconditionnels ne croient pas à une quelconque forme de culpabilité quand ils apprennent par la télévision la cataracte de nouvelles sur les exploits de l’ancien président. Un incendie réputationnel. Sous ses airs de crétin débonnaire et bavard se cachait apparemment, le dossier du juge après la levée du secret de l'instruction semble accablant, un vrai requin du pot-de-vin, un champion de la commission, une personne impitoyable, agressive et opportuniste dans le monde des affaires ou de la spéculation, prêt à tout pour maximiser ses profits, quitte à user des pratiques limites ou à profiter de sa condition d’ancien chef de l'exécutif pour flairer les bons coups, même dans la détresse des autres ou les retournements de marché. Sans états d'âme, froidement, en adoptant une mentalité de prédateur, avec le rendement pour unique boussole et le bénéfice pour lui et les siens, souvent au détriment de l'éthique. Inutile de vouloir faire comprendre ça aujourd’hui à la troupe fidèle des électeurs sanchistes, aux journalistes plus ou moins vendus, à tous les bénéficiaires de la manne socialiste tombant généreusement de la poche des contribuables. Mais cette fois-ci, on voit tout de suite, à leurs têtes, devant caméras et micros, qu’ils ont compris quelque chose. Comme ça leur arrive rarement, ça laisse des traces indéchiffrables sur leurs visages débiles. Les étrons remontent à la surface. Lès personnes malhonnêtes, les individus toxiques ou les situations scabreuses finissent toujours par ressurgir, peu importe les efforts faits pour les étouffer ou les cacher.
![]() |
| El Roto@ La corruption est un phénomène naturel : soyez confiants. |
Au passage, on voudrait bien
d’un site pareil pour l’ ensemble de l’« Etat espagnol » ! https://casier-politique.fr/
***
Un maigre groupe de personnes, sur l’Esplanade d’Espagne, remercie le soutien des Espagnols à la cause ukrainienne et demande la mobilisation « contre le terrorisme russe » (sic). Ils s’y connaissent, en terreur, les ukraino-fascistes sous tutelle de l’OTAN. Mais la terreur ne les mènera pas à la victoire. L'attaque contre l'école normale de Starobelsk, vrai crime de guerre, porte une marque indéniablement familière. Tout comme l'attentat de Beslan, tout comme l'attaque contre l'école de filles en Iran. Derrière toutes ces tragédies se cachent probablement les mêmes commanditaires anglo-saxons. Toutes ces attaques n'ont aucun sens sur le plan militaire. Il ne s'agit ni d'unités militaires, ni de dépôts d'armes, ni de quartiers généraux, ni d'infrastructures militaires. Les attaques contre ces cibles ne peuvent pas changer la situation sur le front. Il ne s’agit même pas d’une administration civile, dont l’attaque pourrait être considérée comme une action politique. Ce sont des attaques contre des enfants. Cependant, ces attaques peuvent s’expliquer de manière plus simple. La doctrine militaire américaine s’appelle « Shock and Awe ». Elle prescrit des attaques visant à semer la terreur, à paralyser la volonté de résister, à briser et à forcer à la reddition. Elle a été développée pour les Américains après la Seconde Guerre mondiale par les généraux de la Wehrmacht. Ceux-ci l’ont eux-mêmes utilisée contre la population civile soviétique sans que cela leur serve à grand-chose : ils ont perdu leur guerre. Les sionistes s’en sont servis sans complexe avant même la création de leur « entité », avant même le Plan de Partition de novembre 1947. Cela n’a jamais fonctionné. Ni au Vietnam, ni en Irak, ni en Afghanistan, ni aujourd’hui en Iran, encore moins en Palestine ou au Liban, ni ailleurs où ils ont tenté de l’appliquer. Même dans le Donbass avant et après 2014. Quand ils tuent des civils, surtout quand ils tuent des enfants, ils n’intimident pas, ils provoquent la colère. Ce qui, à son tour, alimente la haine et le désir de vengeance. C’est ce que les Anglo-Saxons et les sionistes ne parviennent absolument pas à comprendre. Toutes les attaques terroristes du régime sioniste génocidaire et criminel contre l’Iran ou la population civile palestinienne ou libanaise ne brisent pas la volonté de résistance. Elles ne font qu’étoffer les rangs de ceux qui souhaitent les combattre. Après chaque tir de missile, après chaque attaque de drone, le nombre de volontaires augmente.
***
Dans quelques jours on rappellera la débâcle de 1940. Juste au moment où les trompettes otanistes à l’unisson appellent à la guerre contre la Russie. La vieille rengaine de la lutte de l’Occident contre la barbarie ? On revivra donc les jours glorieux où la nourriture était rare, les prix montaient vertigineusement, les restrictions et le marché noir mobilisaient les imaginations faute de mobiliser l’enthousiasme militaire. Cela retournera en couleurs et enrichi d’IA s’il n’y a pas un basculement des forces, l’UE se retourne contre les USA, ses « alliés » de la veille, et on arrive à rétablir avec la Russie des relations de bon voisinage. Événement presque impossible, je sais, mais on a du mal à croire que l’Europe veut décidément se suicider et les rumeurs les plus surprenantes, dûment alimentées par le stupide fou furieux, complètement maboul, qui codirige l’étrange artefact israélo-étasunien, circulent à un rythme inattendu, dans tous les domaines, et le couvercle risque de sauter au moindre incident. Je relis un éternel « politiquement incorrect », condamné par l’Histoire, mais je n’y peux rien, mon esprit cherche à compliquer ce qui est, souvent, au fond, très simple. Trop, peut-être. Sans précautions à prendre afin d'éviter le soupçon d'avoir obéi à une secrète complicité en citant quelques lignes de son œuvre la plus connue, pièce essentielle pour la connaissance détaillée de l’époque. Qui rédigera une nouvelle version des Décombres pour nos dirigeants va-t-en-guerre d'aujourd'hui ?
Les Décombres, j’avançais dans ce brûlot, il y a des années, à grandes enjambées. On croit presque unanimement qu’à chaque seconde de son existence, Rebatet, condamné à mort à la Libération mais gracié par De Gaulle, qui n'avait pas épargné Brsillach, n’a été que noirceur et crime. Le lecteur persévérant de crtains de ses textes en arrive à d’autres conclusions. Personne ne naît bourreau ou tyran, traître ou héros, on le devient, selon le veut une tradition philosophique forgée de maximes. Cela relève de plusieurs réalités selon le contexte et les choix de vie. Ces « décombres » et débris ramassés par Rebatet ont fourni la matière d’un best-seller, incontournable, sous l’occupation allemande, et son impact fut considérable. François Vinneuil, son pseudonyme comme critique, fut capable d’imposer le cinéma dans les colonnes de L’Action française, et on lui sera toujours redevable d’une histoire de la musique réimprimée à répétition. J’avais ces temps-ci l'intention de relire Les Deux Etendards, mélange de théologie et de sensualité, dont j'ai déjà écrit dans ce blog, mais le courage me manque, vu sa longueur. Il faut un peu plus que du temps disponible quand on affronte un roman d’une telle profondeur. Et avant les citations, revoilà l'énigme qui, par nature, résiste à toute tentative de résolution : pourquoi certains individus “maudits” ont-ils reçu ce don d’écriture pour coucher des idées et des émotions sur le papier que, en tant qu’individus, on se tue à répéter qu’ils ne méritent pas, étant donné leurs “impardonnables fautes” ?Les Décombres, lu par Galtier-Boissière : « 15 Août. Lu Les Décombres. Je déteste Lucien Rebatet « SA d’élite » et ses idées, mais je reconnais qu’il a écrit un pamphlet d’une verve extraordinaire. Je note : La drôle de guerre : « Le gouvernement se donnait pour tâche essentielle d’ajuster la guerre aux mœurs électorales, de l’« arranger sur mesures » pour le peuple « qui méprisait les servitudes nazies, qui cultivait les libertés humaines, à savoir les quarante heures et le pernod ». « Le 3 septembre au soir, il (Laubreaux) avait une fois pour toutes affiché prophétiquement ses vœux : « Il n’y a plus qu’un seul espoir pour la France ; une guerre courte et désastreuse ». « … Dans la valetaille du régime, les généraux et les prêtres ont pu se disputer la palme de la servilité » (p. 574). Les militaires : « … Voilà le comble des combles. Gugusse reçoit au cul une bottée mirifique. Il déguerpit au galop en se tenant le derrière. Mais c’est pour revenir en piste décoré jusqu’aux couilles, marquant glorieusement le pas, traînant au bout d’une ficelle un canon pour soldats de bois » (p. 586). « … Les iniquités accumulées par Vichy appellent plus encore que celles de Quarante, l’échafaud et le gibet » (p. 654). »
En 1946, dans Paris pendant la guerre, Pierre Audiat, écrit encore à propos du même pamphlet-bestseller : « L'ouvrage, qui ne comprenait pas moins de 665 pages d'une typographie serrée - un crédit illimité de papier semble avoir été ouvert, dans la circonstance, par les autorités allemandes à l'éditeur -, se présentait comme un récit des événements auxquels l'auteur avait été personnellement mêlé depuis 1938. Avec une verve rabelaisienne et une virulence verbale dont il avait emprunté les meilleures recettes à Léon Daudet, le chevau-léger du nazisme en France racontait donc la formation de l’équipe de Je suis partout, les batailles qu’elle avait livrées avant et après Munich, ses prises de bec avec les nationalistes que les haines politiques n’amenaient pourtant pas à composer avec l’hitlérisme, puis les aventures tragi-comiques qui lui étaient survenues à lui-même pendant la période nommée la “drôle de guerre”; enfin il exposait et essayait de justifier l’attitude que ses amis et lui-même avaient adoptée depuis l’Occupation : ralliement total au nazisme, condamnation de l’attentisme sous toutes ses formes, reniement de Vichy, de ses prêches, de son paternalisme, de son louvoiement, esquisse - c’était la partie la plus faible et la plus décevante du livre - de ce que pourrait et devrait être la politique hitlérienne à l’égard de la France. Remplis d’anecdotes, de portraits et de tableaux satiriques, méprisant et cynique, joyeux et féroce, Les Décombres apportaient un aliment de choix à la médisance, à la calomnie, servaient d’exutoire à la bile des mécontents, répondaient au besoin, commun à un grand nombre de Français et à un plus grand nombre de Parisiens, de voir déboulonner des statues, même celles qu’ils ont élevées de leurs propres mains. Les pages concernant les milieux de l’Action française et le vieux félibre dont il avait été longtemps le collaborateur étaient particulièrement bien-venues : le disciple retournait contre le maître les armes les plus acérées qu’il avait prises dans son arsenal. »
















