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samedi 17 janvier 2026

Nostalgies de chaque « janvier des hommes vieux »

Le 1er janvier des hommes vieux

« Je venais de vivre le 1er janvier des hommes vieux qui diffèrent ce jour-là des jeunes, non parce qu'on ne leur donne plus d'étrennes, mais parce qu'ils ne croient plus au nouvel An. » Proust, À l'ombre des jeunes filles en fleurs

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Amerloques. Explications de Trump et de Vance après le meurtre filmé d’une femme à Minneapolis. Les images circulent partout. Et pourtant, ces deux responsables politiques osent affirmer que cette femme était une «terroriste domestique» qui aurait tenté d’écraser lagent de limmigration qui lui a tiré une balle dans la tête à très courte distance. Ils ajoutent même que ce dernier serait «en convalescence».

La vidéo montre tout autre chose. On y voit une femme qui tente de s’éloigner en voiture. Elle passe près de l’agent armé, Ross. Ce dernier attend que le véhicule le dépasse pour tirer, puis tirer encore, visant la tête. Pas une tentative de neutralisation. Pas un tir de sommation. Une exécution. Et après cela, Ross s’éloigne calmement, comme si de rien n’était.

Une citoyenne démarre sa voiture. L’agent lui ordonne d’en sortir. Elle ne s’exécute pas immédiatement. La réponse est un tir mortel. Refus d’obtempérer: mort instantanée. Et lagent retourne tranquillement à son véhicule.

Trump et Vance, eux, racontent une autre histoire. Pas celle d’un agent dépassé, pas celle d’une erreur tragique, pas celle d’un drame qu’on reconnaît et qu’on promet de ne plus jamais voir. Non. Ils affirment que tout s’est déroulé comme il fallait. Que la femme voulait tuer le policier. Que l’agent a agi en héros.

Comment accorder le moindre crédit à ce qu’ils affirment ensuite sur Gaza, l’Ukraine, le Venezuela ou l’Iran? Ils décrivent une réalité parallèle, en contradiction totale avec ce que chacun peut constater. Ils ne craignent ni le ridicule ni la perte de crédibilité. Ils misent sur ladhésion automatique de leurs partisans, persuadés que ceux-ci défendront leur version coûte que coûte.

Comment en est-on arrivé à accepter un tel gouffre entre «leur» réalité et la réalité observable? À tolérer un tel mépris des faits? Je peine à me souvenir dun niveau de déformation aussi extrême, hormis les discours de dirigeants dont les méthodes ont déjà suscité une indignation mondiale ces derniers mois.

La scène est si brutale qu’elle noue l’estomac. Et le récit qu’on en fait ensuite ajoute une couche de déni qui, à elle seule, donne le vertige.

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5 janvier. Grasse matinée. Je rallume l’ordinateur et travaille jusqu’au moment de sortir. Il fait glacial partout dans la maison, sauf au rez-de-chaussée. Mon téléphone me rappelle : «Cest le moment de bouger !». Je sors faire quelques courses.

Après le déjeuner, affalé au fond du canapé, vient comme chaque année le bilan des fêtes. Journées calmes. Hier, appel de C. F. en fin d’après-midi, sans troubler mon silence de lecture. Longue conversation à bâtons rompus : mascarade vénézuélienne, assortie du coup de pied de l’âne «du représentant de la neuvième espèce dhominidés qui préside actuellement les États-Unis» (cf. post du 6 novembre) à langlosionistophile Corina Machado.

Au lever, dix-sept degrés dans la bibliothèque : R. remonte aussitôt la température du plancher chauffant. Nous avions laissé 20°C dans les chambres tant que les enfants étaient là. Pas de cheminée cette année : son nettoyage vider les cendres à laspirateur, frotter la vitre au papier journal humide et aux cendres, ou au bicarbonate, brosser les parois, etc. nous a coupé un enthousiasme déjà fragile, malgré le passage du ramoneur.

M. a travaillé et corrigé des copies sans céder ni à la fatigue ni à la morosité propre aux vacances. Et cette année, après le retour du petit clan à Bordeaux, notre Saint-Sylvestre en tête-à-tête n’a pas été triste. Nous nous attendions à un léger pincement, mais peut-être qu’à force de vieillir sans (presque) rien taire, on gagne en sagesse. On se libère du regard des autres, on cultive la légèreté, on accepte les changements de rythme avec plus de sérénité, tout en restant capables de s’émerveiller, d’admirer, de se réjouir des petites choses. Sans forcer. Juste en observant ensemble la beauté de chaque instant comme si c’était la première fois. Cela apporte douceur et équilibre.


Danser, chanter, s’embraser — à distance ! — après les douze grains de raisin. Les chants et les feux d’artifice dehors, les paroles chaudes dedans, tout cela a caracolé comme toujours dans les bulles du champagne, effaçant un instant les galères de l’année passée, tout ce qui se trouve hors du cercle du petit clan. On a gardé le plus longtemps possible cette chaleur saine qu’on produit ensemble, sans laisser le froid s’y glisser.

Les jours et les mois à venir, semés d’embûches, de difficultés imprévues ou de barrières physiques, se chargeront d’effacer, une fois de plus, ces instants de joie et ces vœux formulés avec toute la sincérité requise par une insincérité bienveillante. Et nous tenons aux mots, depuis toujours, pour qu’ils prolongent dans l’esprit ce que la réalité tentera de bloquer, malgré nos intentions.

À une époque où politesses et subtilités de la langue sont de plus en plus méprisées par un public qui mesure tout à l’aune du nombre de likes — cœurs, pouces levés, chiffres bruts ou abrégés — servant d’indicateur d’engagement et d’approbation, la pauvreté intellectuelle devient un moteur de succès. Le verbe est négligé, sacrifié. On ne s’attache plus qu’à la présentation : courte, brève, rapide, décorative.

Les gens «réagissent» mécaniquement, «commentent» sans sattarder, comme sils participaient à quelque chose sans vraiment le faire. Les mots nont plus de force. Ils deviennent inutiles là où largumentation et le développement logique ont disparu. Le mot se meurt parce que la langue se meurt.

Le langage articulé autour de la réflexion, de la méditation, des idées agonise. Les idéologies, les visions du monde, l’Histoire, la science, l’infini, l’univers ? Vlam ! Le droit à déconner pour tous — et surtout à le faire savoir. Le néant, voilà le tout.

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Nostalgie d’un âge d’or gastronomique. Après avoir célébré nos rêves et nos nostalgies gastronomiques pendant les fêtes de Noël, nos envies alimentaires restent traversées par une inquiétude diffuse : celle de voir disparaître les jours d’opulence qui, bientôt, ne seront plus qu’un souvenir. Il n’y a pas si longtemps, la gastronomie basque constituait un véritable pôle d’attraction. Elle attirait personnes, activités et ressources grâce à la qualité de ses équipements, à la vigueur de son économie et à la richesse de sa culture. Une zone d’influence s’était ainsi formée, où un mondialisme aisé, élégant et sûr de lui venait consommer sans regarder à la dépense.

Les années fastes — cette période d’essor où la gastronomie basque gagnait en prestige et où l’abondance gagnait progressivement les classes moyennes, soucieuses d’affirmer leur statut par la maîtrise supposée d’un savoir culinaire — semblent désormais révolues. Elles prennent peu à peu l’allure d’un âge d’or disparu. À l’époque, des conditions économiques favorables permettaient à de jeunes chefs issus de milieux modestes d’acquérir une notoriété européenne, voire mondiale. Leur talent dessinait l’image d’un pays puissant, dans une configuration où l’argent, apparemment facile, fournissait le socle matériel, et le cuisinier, la touche inimitable. 

Aujourd’hui, l’avenir semble appartenir sans hésitation à l’aliment préemballé, presque prédigéré, dépourvu de tout lien symbolique avec son origine. Le virtuel a étendu ses tentacules partout, et l’agro‑industrie n’y échappe pas. L’industrie agroalimentaire transforme les matières premières en produits consommables grâce à des processus automatisés où technologie, conservation, emballage et distribution répondent aux « attentes des consommateurs » d’un cybermarché géant, parfaitement aligné avec un mondialisme sans frontières.

Ce cybermarché égal pour tous où chaque poulet est égal à tous les poulets et chaque tomate est égale à toutes les tomates fixe également les goûts et les marges de préférence de chaque consommateur. Internet déplace le marché, lieu de rencontre et d’échange par excellence pour les producteurs et leurs clients. La nourriture n’est plus un signe du rapport de l’homme à la nature. Manipulée génétiquement, capable d’empoisonner par ses résidus industriels toxiques, irradiée, elle symbolise, de la même manière que dans d’autres domaines, la transgression taboue des règles fondamentales du vivant. Le progrès obligatoire se transforme en cauchemar … Malgré cela, nos sociétés occidentales, loin d’être épouvantables, connaissent sur le plan alimentaire une abondance et une disponibilité de produits inédites dans l’histoire de l’humanité. Le choix de nourritures de plus en plus large permet d’élargir les préférences personnelles qui peuvent influencer la santé, enjeu majeur de l’alimentation quotidienne, orienter le comportement ou même contribuer à une vision du monde : livres, revues et médias numériques répandent un « savoir gastronomique » essentiellement basé sur les plaisirs de la bonne chère.

Pour d'éventuels lecteurs fins connaisseurs, ma perspective est orientée vers la visite de quelques pages de Léon Daudet, un auteur que je crois bien connaître et qui traite de manière diverse les plaisirs du palais. Je pourrais difficilement m'occuper, hélas, d’un austère Céline évoquant souvent les nouilles (les « obscures nouilles ») dans son œuvre, notamment dans Mort à crédit, un aliment simple, presque unique, de l’enfance misérable de Ferdinand, symbolisant la pauvreté et l'austérité de sa vie de jeunesse, avec sa mère qui en faisait souvent pour tout repas, en grandes quantités. Dans ce Mort à crédit, il évoque des lessiveuses de nouilles, plat simple de survie, soulignant la privation et l'absence de variété culinaire dans le quartier de Passage Choiseul. Les nouilles représentent la pauvreté, la monotonie des repas dans un milieu modeste, les aspérités et privations de la vie des gens d’en bas contrastant avec les plaisirs bourgeois. 

Le « repas littéraire », en lien avec des expériences gastronomiques autour d’une table, serait de courte durée chez quelqu’un comme Léautaud, par exemple, qui n’aime ni les plaisirs de la table ni les codes qui les accompagnent. Il n’aime pas les mets raffinés ; en fait, il n’aime pas du tout manger. J'apprécie également P. Léautaud, mais il y a quelque chose qui ne laisse pas de faire obstacle à mon admiration devant les palais raffinés : son indifférence au banquet préparé. Âpre et sévère pour ces plaisirs, et si bavard pour d'autres, dans le Journal de Paul Léautaud - « ce matin, invitation à dîner : assommant, assommant » - le repas, sous de diverses formes, déjeuners, dîners, etc. devient doublement « prétexte » et « pré-texte », invitation fastidieuse et phase de lancement ou d'amorçage précédant la rédaction de plusieurs pages. Détail qui porte à sourire, le hasard a voulu qu’un de ses interlocuteurs préféré, psychiatre, s’appelle « Le Savoureux » (sic). Rien de grave, quand on peut lire, chez Daudet, que son convive Paul Mariéton habitait, rue Richepanse (re-sic). Le pèlerin de La Vallée-aux-Loups semble préférer ce qui arrive après : « après le dîner, des morceaux de Stravinsky et de Moussorgski sur un excellent phonographe » et il explique rapidement ses raisons pour accepter de se mettre à table « je me moque des bonnes choses qu’on mange (...) mais le cadre, une jolie table bien disposée sur du joli linge, des fleurs sur la nappe, être servi, cela est agréable ». Daudet, quant à lui aime bien s’arrêter dans le plaisir qu’il fait partager ne serait-ce qu’en imagination : « cela commençait par un bouillon incomparable, moe­lleux et sucré à la seule carotte … » ; mentionner le bons cuisiniers : [Santiago Rusiñol] excellent cuisinier, il réussit comme personne l'escoudelia (sic) », sans renoncer à situer le cadre physique où le festin va se dérouler : « cela se passait il y a vingt-deux ans, dans l'hô­tel de 190, boulevard Malesherbes, qui est une demeure historique. Autour de la table couverte de fleurs … ».


J’avais en tête au départ le grand Rabelais mais ses tablées géantes, à l'image de ses personnages, semblent destinées à des dévoreurs plutôt qu’à des commensaux et cela va au-delà de mes modestes objectifs à l’heure de rédiger ce post. Quoi qu’il en soit, mes auteurs réunis – dont trois médecins : Rabelais, Daudet, Céline – et mon anarchiste – Léautaud – organisent de manière convergente un « objet de discours » autour de la gastronomie : la nourriture, les plats, les techniques culinaires, les produits (vin, etc.) et les rituels alimentaires (les repas) qui deviennent motifs de description, de narration, de jugement et d'échange, transformant la simple subsistance en un fait social complexe déjà étudié par diverses disciplines comme la sociologie, l'histoire et l'anthropologie, allant des normes culturelles – quoi manger – aux expériences sensorielles et aux pratiques sociales. Comment ce discours se met-il en place ? Quelles lignes de force l’organisent ? Cela dépasse aussi mes forces et mes capacités en ce moment. Je me contenterai, donc, de déployer quelques exemples de la virtuosité gastronomique de L. Daudet, manifestée par sa maîtrise technique – coupes millimétrées, cuissons précises – et sa créativité par le biais de descriptions de plats pour évoquer des souvenirs et des émotions, des saveurs et des textures, et son excellence dans l'interprétation de plats emblématiques.

Schéma type de descriptif de repas pour Léautaud


Journal

Dimanche 18 Janvier 1931

Déjeuner aujourd’hui à la Vallée-aux-Loups, chez le Docteur le Savoureux. Arrivé le premier. Promenade dans le parc avec Benda, installé depuis quelque temps dans la maison et qui s’en trouve fort bien. Conversation littéraire. […] Nous rentrons pour le déjeuner. […] Le déjeuner. […] Le déjeuner terminé, au petit salon du docteur, comme d’habitude, pour le café.

Samedi 19 mars 1932

Déjeuner à la Vallée-aux-Loups, chez le docteur le Savoureux. J’écris ces notes avec le sentiment qui était le mien pendant cette réunion : l’ennui. […] Le déjeuner était certainement très soigné. Des choses certainement très agréables. Je n’en sais rien. Obligé d’écouter et de répondre, je sors de là en me demandant si j’ai vraiment déjeuné. Encore moins si j’ai pu savourer ce qui m’était servi.

Dimanche 25 Juin 1933

Dîner à la Vallée-aux-Loups, chez le docteur le Savoureux.  […] On passe ensuite au dîner, merveilleusement servi, des jonchées de roses sur toute la table, un vrai dîner de « première zone », dirait Marie Dormoy. Je m’y suis franchement bien ennuyé, placé entre Benda qui faisait la conversation avec sa voisine, et un monsieur que je ne connais pas, ancien officier, paraît-il, grand propriétaire normand, grand habitué des théâtres et qui m’a parlé de la Comédie-Française comme d’un temple. Les dîners seraient charmants entre quatre ou cinq se connaissant bien. Mais douze ou quinze personnes, dont les deux tiers inconnues, ce n’est plus que mondanité assommante. […] Le côté puéril de ces dîners : chacun cherchant une anecdote à raconter, pour se donner des côtés d’homme d’esprit, ce qui ne prouve pas du tout qu’on en ait. […] Ensuite, le café dans le cabinet du docteur le Savoureux, guère amusé non plus.


À comparer avec les festins chez Léon Daudet :

Souvenirs et polémiques, Robert Laffont, coll. « Bouquins »



Devant la douleur


Dîners à six ou sept chez M. et Mme Théodore de Ban­ville, rue de l'Éperon : « Cela commençait par un bouillon incomparable, moe­lleux et sucré à la seule carotte, d'une densité proche de la gelée, qui arrachait des cris d'­admiration à mon père, à Coppée et à Goncourt. Cela continuait par un vol-au-vent, comme on n'en mange pas qu'en province, chez les familles où s'est continuée une longue tradition de la vraie quenelle de brochet et des multi­ples ingrédients qui composent, dans une sauce liée sans farine, ce mets délicieux. Puis, selon la saison, un gibier net, classi­que, sur croûtons imbibés, ou un filet saignant à point, accompagnés d'un légume frais comme le potager à l'aube, d'une salade que le maître de maison Toto [...] assai­son­nait et fatiguait lui-même, selon le rite. Les vins é­taient dignes du me­nu, bien que Banville n'attachât d'im­portance qu'à sa mince cigarette, allu­mée par lui sitôt après le rôti. »

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« Le soir, on allait dîner chez le père Poncier, un caboulot de la Pla­ce du Tertre, ou l'entrecôte Bercy était réconfortante, le vin parfait. » 

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« [Santiago Rusiñol] Excellent cuisinier, il réussit comme personne l'escoudelia (sic), plat national catalan, analogue à notre pot-au-feu, et le riz à la majorcaine, c'est à dire au poisson et au poulet. » 

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L’Entre-deux-guerres

« Cela se passait il y a vingt-deux ans, dans l'hô­tel de 190, boulevard Malesherbes, qui est une demeure historique. Autour de la table couverte de fleurs, Mon­seigneur le duc d'Aumale, [...] Freycinet, Alphonse Dau­det, Mag­nard, Calmette, le général Gallifet et vingt au­tres. Jamais je n'ai bu d'­aussi bon bordeaux - un château Lafitte - ni aussi savamment chambré ! Quand ce vin, noble et fin entre tous, atteint ce point de perfection, il a l'air d'une rose dans la nuit et son indéterminé se pré­cise. N'allez pas en con­jecturer que le bourgogne lui était inférieur - c'était un chambertin de feu, étoilé de violettes - ni que le champagne..., mais je m'arrête, afin de ne pas vous faire trop envie. La chère était à l'ave­nant et, comme on était à la saison des truffes, celles-ci parfumaient des poulardes onctueuses, comme bardées de leur propre graisse d'or. »

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« La campagne anglaise, d'un vert profond, est char­gée de toute la nos­talgie des marins et des voyageurs. Mais il faut prendre un train à Saint-Pancrace, remonter jusqu'à Édimbourg, Glasgow et au-delà, et jouir du con­traste extra­ordinaire des pays des lacs et des charbonnages. Certes, ce n'est pas gai quand on est seul alors que des bandes obliques de pluie ra­yent implacablement le pay­sage, comme des pages d'écriture à usage des en­fants. Certes, ce n'est pas gai, quand, au pied du pont sur la Clyde, dans l'auberge dont le cocher a l'habitude, on ne trouve que des œufs au jambon et un maussade soda and whisky. Pourtant, de cette mélancolie même, de cette mou­illure, de cette intense verdure, frangée de noir et d'o­cre, il demeure une hallucination délicieuse, une valse de moustiques les plus piquants de l'esprit. C'est l'état de compréhension par le frottement des paysages, et non pas par le frôlement des humains. C'est la nature naturée de Spinoza suscitant la nature naturante. Le déplacement n'est qu'un prétexte à métempsychose. » 

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Salons et journaux

« Elle [Mme. Loynes] recevait simplement et large­ment, sans faste, mais avec prodigalité. Le repas se com­posait d'un potage, d'un relevé, d'un beau poisson, de deux pièces de rôti, ou d'un rôti et d'un gibier, selon la sai­son, de légumes, de salade, avec un pâté, et de dessert, glace ou fruits. Les menus étaient méticuleuse­ment choisis, entremêlés de recettes provincia­les, ou de plats dus à l'originalité des convives. C'était, de l'a­vis géné­ral, la première table de Paris, tant pour l'a­bondance que par la qualité, l'à-point de la cuisson, et l'abrégé des sauces et coulis. Les quenelles venaient de Lyon, le jambon de Luxeuil, les poulardes de Bourg-en-Bresse et tout à l'avenant. Il n'y avait jamais un raté. Tout arrivait chaud et même brûlant, sans ces interrup­tions de service inexplicables, qui désolent les maîtres­ses de maison. Un melon pas mûr, aussitôt signalé par Coppée, fit scandale une fois en huit ans. Henri Houssaye avait imaginé un jambon accom­pagné de truffes, dit "à la H.H.", dont je renonce à décrire le velours par­fumé. Je déchirais l'ananas suivant les règles, en l'inondant de kirsch, de sucre, puis de marasquin. Les mets étaient repassés deux fois, comme il se doit, et il était forme­llement interdit aux domestiques -que surveillait notre chère Pauline, majordome discrète, incomparable- de pres­ser le mouve­ment. Chaque convive avait devant lui son verre à vin ordinaire, destiné à être bu largement, son verre à bourgogne, son verre à bordeaux, sa coupe à cham­pagne. Le grand style classique. La cave, en effet, va­lait la cuisine, laquelle atteignait fréquemment au su­blime. »

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Chez Paul Mariéton, 9, rue Richepanse, entre le mur et la porte, à deux pas du piano : « Le menu, commandé chez Prunier, tout proche, comportait un consommé, un poisson, un rôti, un poulet au riz et à deux sauces, l'une blanche, l'autre au carry, et une gla­ce. » 

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« La cuisine est, chez "Fœmina", de même toute pre­mière qualité que chez Mme. de Loynes: pièces servies entières et maintenues chaudes, gelées authentiques, beurre irréprochable, légumes bien essorés, civets aux pâ­tes, perdreaux et grives rôties classiquement, homards vrai­ment à l'américaine et truffes savamment reparties (...) Nous jouions même – ce qui est peu correct et passerait en Angleterre pour monstrueux – à faire "hummm, hummm" en savou­rant les bouchées arrosées aussitôt des bourgognes les plus fruités et les plus capiteux (...) la cuisinière réussissait si bien les oreilles de porc aux haricots rouges, que nous les réclamions chaque fois. C'est le principe du cassoulet, avec un je-ne-sais-quoi de châtaignard et d'enveloppé, que possède la mitonnade de ces fayots de roi. »

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« Je conseillais hardiment le père Boivin, près de la Place Clichy, pour cette unique raison qu'une tanche à la casserole, arrosée d'un vérita­ble anjou, n'est pas une chose absolument dégoûtante. »

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Vers le roi

« Un plat de morilles noires à la crème (...) et [­aussi] une sole aux pe­tits champignons »

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« Des truites accommodées à ravir, des œufs aux rog­nons, dits "bou­chère", dans un court-jus doré d'une per­fection invraisemblable, un gibier à point, et, comme boisson toute naturelle, quelques bouteilles d'un Montmé­lian, blanc et rouge, aussi respectable qu'un beaujolais très fruité »

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« Le menu comportait ordinairement une belle et bonne soupe, une épaule d'agneau rôtie et craquante à souhait (spécialité de la maison), un poulet à la Valencienne ou Marengo, un pâté confortable, légume, salade et dessert. on buvait à discrétion du vouvray, de diverses années et du Champigny-Crys­tal qui est, comme chacun sait, une mer­veille. La conversation était tout de suite très animée, portant de préférence sur les progrès du journal, l'art et la littérature. » 

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Paris vécu. Rive Droite

Contraste entre la magnificence des tables qu’il fréquente et les conditions de vie des faubourgs, qu’il connaît aussi, « car un carabin de Paris ne se mâche guère la vérité » : « Trois fois par jour, à huit heures du matin, à midi et à six heures du soir, la rue de Belleville et la rue du Faubourg-du-Temple se transforment en un fleuve humain et, comme disait euphémiquement mon frère Lucien, quand il était tout jeune : pas très riche. Car ce qui le frappait, dans notre tournée annuelle avec notre vieux père à la Foire aux Pains d'épices, Place du Trône, c'était le contraste entre la magnificence des boutiques de forains avec leurs boules d'or et d'argent, leurs guirlandes de perles et d'escarboucles, et la misère famélique du public. Tous ces employés et ouvriers, toutes ces femmes, marchent d'un pas rapide, se pressent, se hâtent vers leur métro, vers leur travail, puis leur repas, puis leur retravail, puis leurs logis. Tristes logis, dont le propriétaire, l'infortuné Monsieur Vautour est souvent aussi purée que le locataire et ne fait jamais raccommoder sa baraque, où l'escalier pue, où la loge des pipelets pue, où les chambres puent, où les cabinets (pour ne pas dire un autre mot) sont entre deux étages, généralement privés de porte, et répandent une odeur ammoniacale. Je me demandais, étant enfant, comment on pouvait s'amuser, rire et même manger de bon appétit là-dedans. Plus tard je sus qu'on ne s'y amusait pas, qu'on n'y riait pas et qu'on n'y mangeait que de vagues charcutailles, sans aucun rapport avec celles de Daudens et de Battendier. Il y a de nombreuses poissonneries rue de Belleville et rue du Faubourg-du-Temple. Mais elles ne sont pas engageantes et les limandes, plies et autres semble-soles qu'on y débite, ressemblent aux jeunes personnes, aux petites effrontées, disait ma mère, qui disent bonsoir aux messieurs qu'elles ne connaissent pas, sous le réverbères et à la porte des bastringues. »

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« Henri IV a montré qu’un souverain digne de ce nom ne se désintéresse pas plus de l'alimentation populaire qu’un conquérant ne se désintéresse de la nourriture de ses armées. Une race belle, saine et proli­fique, est faite de gens qui mangent et boivent confortablement. J'en veux comme preuve les Basques, les Languedociens, les Provençaux qui ont une cui­sine excellente, des vins francs (même dans la condition la plus médiocre) et de beaux enfants, conçus, dans l'amour, par des femmes de proportions exquises. » 

La suite, pour d’autres post ...

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Toponymes fantômes. Je prononce à voix haute, avec un plaisir presque douloureux, les anciens noms de chaque toponyme basque effacé souvent par caprice. Il faut les laisser résonner encore, ne seraitce quun instant, pour sentir avec un peu plus de vérité ce qui nous a été arraché depuis cinquante ans. Dans leur phonétique patinée par des siècles, on entend mieux que partout ailleurs ce que nous avons dû abandonner. Jaimais jaime encore le chant des toponymes de ces annéeslà, des noms géographiques de montagnes, de fleuves, de villes, de rues, avec leur origine et leur évolution, à la fois familiers et condamnés, comme une géographie vivante, charnelle, qui tenait dans la bouche autant que dans le cœur.

À l’école primaire, on nous apprenait la longue litanie des chefslieux de chaque province. Nous la récitions par cœur, sans imaginer quun jour elle serait recouverte par dautres dénominations, plus neuves, plus froides, comme si lon avait voulu repeindre la mémoire ellemême. Pourtant ces noms, rageusement effacés trop souvent, continuent de flotter à la surface de nos souvenirs, tels des débris obstinés que le courant nemporte jamais tout à fait, malgré son indifférence pour la vraie vie vécue par tant de générations.

C’est une cartographie précise, inaltérable, mais dissimulée désormais — enfouie dans les profondeurs des existences, dans la vibration intime du territoire, dans l’histoire charnelle d’un peuple qui n’a jamais cessé de murmurer ses lieux, même quand on lui demandait de les oublier.



mercredi 31 décembre 2025

Penser entre parenthèses ou « l’ignorance terrible de toutes choses »

 

Réveillé, je ne sais pourquoi, au milieu de la nuit, je regarde le réveil. Il est deux heures cinquante. J’entends la bise qui souffle dans le jardin et le bruit des voix de quelques jeunes glissant rapides sur le pavage à bord de leurs trottinettes. Nuit calme, aucune fête dans le voisinage, à part les jeunes, aucun passage dans la ruelle. La nuit d’aujourd’hui ne sera pas si paisible mais le vent froid, présage de neige, amortira un peu le vacarme habituel de chaque Saint-Sylvestre à minuit : pétards, feux d'artifice, cloches … Ce bruit de fond qui accompagnera les vœux, les embrassades sous guirlandes et paillettes, les repas festifs et les résolutions pour l'année à venir, un passage symbolique et artificiel entre l'ancienne et la nouvelle année. Au moment où je me réveille, le Jaïzkibel se détache péniblement sur un ciel tout gris. Le vent reprend ses tours. Je me demande combien de temps je vais mettre pour envoyer des vœux de Nouvel An bien sentis et surtout à qui les destiner.
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Personne n’a mieux décrit l’angoisse existentielle de l’homme que Pascal dans le fragment concernant le divertissement, et ces lignes, Contre l’Indifférence des Athées, qui nous font nous interroger inlassablement sur le but de l’existence et le destin de l’être humain, étroitement liés au but de l’existence même de l’univers: « Je ne sais qui m’a mis au monde, ni ce que c’est que le monde, ni que moi-même ; je suis dans une ignorance terrible de toutes choses... Je vois ces effrayants espaces de l’univers qui m’enferment et je me trouve attaché à un coin de cette vaste étendue, sans que je sache pourquoi je suis plutôt placé en ce lieu qu’en un autre, ni pourquoi ce peu de temps qui m’est donné à vivre m’est assigné à ce point plutôt qu’à un autre de toute l’éternité qui m’a précédé et de toute celle qui me suit... Tout ce que je connais est que je dois bientôt mourir, mais ce que j’ignore le plus est cette mort même que je ne saurais éviter ».

« Savoir », « connaître » ? La recherche ne commence ni ne se termine dans des utopies, la civilisation hindoue, ni dans les civilisations extrême-orientales. Le Japon, la Chine, l'Inde ne donnent pas le genre de réponses exigées par la culture occidentale. Seules vont très au-delà l'angoisse de Pascal qui parie désespérément ; la nuit angoissée de Jouffroy ; la vie parallèle de Pasteur, qui laisse à la porte de son laboratoire l'homme de foi qu'il retrouve sur le seuil de sa maison; l'attitude d'un Renan ou d'un Louis Rougier abandonnant le dieu de sa jeunesse pour rester fidèle à son serment de servir la vérité. Elles expriment des tourments, des faiblesses, des complexités, que n'ont point ressentis les sages du Brahmanisme, du Bouddhisme, du Taoïsme, du Confucianisme. « L’ignorance terrible de toutes choses » …

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Longue discussion, à table, à propos de notre prochain appartement neuf sur plan. De l’angoisse qui sera la nôtre au moment de « vider les lieux », de prendre ses cliques et ses claques et aller se faire voir ailleurs. Olivier Rolin dans un récit autobiographique sous ce même titre relate un évènement vécu. Sauf que nous, on n’habite pas un très vieil appartement, mais une chaleureuse villa dans laquelle on aura passé plus d’un quart de notre vie, entassé un prodigieux trésor de souvenirs et, surtout, des plantes et des livres, des livres partout, des objets chers à force d’être vus et bougés d’un étage à l’autre.
Un déménagement, écrit Michel Leiris, c’est « une fin du monde au petit-pied ». Chaque objet devra nous aider à préserver notre mémoire et le sens des choses (souvenirs, moments vécus, émotions associées) face à l'oubli, la perte, la destruction, nous témoignant de leur parcours pour mériter leur survie et continuer ainsi d'exister dans notre conscience. Ces objets permettent à Olivier Rollin d’évoquer les souvenirs de ses lointains voyages et les livres dans lesquels il les a racontés. Nous sommes très riches en souvenirs de toute sorte, mais nous ne nous sommes pas offert de si merveilleux voyages ni écrit de livres à foison. Nous n’avons en commun que le départ obligé …

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Ce dimanche vingt-huit, coincé entre Noël et le Jour de l’An, normalement le jour plus creux de l’année, aura été cette fois-ci l’occasion de vivre une vraie merveille : le ballet russe Tchaikovsky National Ballet qui offrait son très beau Casse-Noisette à Saint-Sébastien. Nombre de restaurants, fermés dimanche, restaient ouverts. Ainsi le Gronx dont la cuisine inventive, à quelques mètres face au Kursaal, nous a permis de prolonger le bon moment passé devant le spectacle. Rentrés, ne voulant plus subir le vent froid qui s’était invité tout seul.
C’est ce même dimanche que Brigitte Bardot a choisi pour mourir. Pour « partir », comme on préfère dire et écrire partout pour signaler la fin de l’existence de quelqu’un. Plus que ses films, me sont présentes des chansons dans lesquelles elle chantait sa liberté ainsi que celles, archi-connues, signées Serge Gainsbourg. Je me souviens quand je les entendais, très jeune, à la radio. Entre Brigitte Bardot et Paul Léautaud il y a eu un amour pour « les bêtes » sans concession ainsi qu’une semblable détestation de la bêtise humaine.

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vendredi 19 décembre 2025

Le Père Noël n'est pas une ordure mais un commerçant avisé


Chant intime comme carte de vœux pour moi-même. Prochaines fêtes de Noël avec le cœur fané, devenu moins sensible à la joie, et d’autant moins sensible au penchant à l’obligeance et à la sympathie. Arrivée cette période de l’année, j’avais normalement l’habitude d’adresser des vœux bien sentis à droite et à gauche. À des collègues, des amis, des prochains plus ou moins « proches ». Au fil des ans, les destinataires se sont dispersés dans le brouillard et pour le peu qu’il en reste, je crains de m’aliéner leur bienveillance sans me frayer un chemin parmi de multiples discordances, propres au quotidien gauchiste postchrétien, alignées sur toutes les foutaises du système, faites pour embrouiller et exploiter les troupeaux progressistes dans le monde : wokisme, climat, guerre des sexes, vilaine Russie, gentil Israël, etc. Trop fatigant ! Mais je garde tout de même, sensible à des souvenirs d’ordre émotionnel, un certain air qui chante à répétition dans ma mémoire et que je scande sifflotant entre les dents en attendant qu’on soit, une fois de plus tous à table à la maison, pour fêter le réveillon de Noël en famille dans quelques jours. Si peu nombreux, mais obéissant à une voix intérieure qui nous donne l’ordre de hisser la grand-voile de façon à ce que le petit bateau que nous formons puisse prendre le vent dès que le vent de la nouvelle année se mettra à souffler. On se remettra en route dans trois jours pour regagner nos pénates avec vue sur l'Atlantique, si loin d'ici. Arrivés à Alicante le vendredi 5, on est parvenus finalement à respirer un peu après la pluie incessante de notre cher chez nous, dans lequel il faudrait se faire greffer un parapluie dans le dos, tellement il pleut sans discontinuer pendant des jours et des jours, puis des semaines. Ces premiers jours de décembre, cette pluie qui m’a fait monter plusieurs fois dans mon bureau pour y vérifier que tous les travaux pour couper une satanée voie de pénétration d’eau, qui nous a bouffé la tranquillité et le sommeil pendant des semaines, avaient été bien réalisés, s'était considérablement accrue. En redescendant, je voyais l’état des lieux comme si tout pouvait recommencer à chaque nouvelle averse. Une fois débarqués à Playa San Juan, on a salué des voisins et des connaissances que nous n’avions pas vus depuis six mois. On s'est donc offert une très agréable plongée de deux semaines, en ces terres d'Alacant - n’allez surtout pas chercher un gentilé pour « Alacant » décalqué sur le modèle Brabant / brabançon ! - normalement douces et tempérées, après un commencement de décembre « irunois » (?) normalement pluvieux, comme à l'accoutumée. Rebelote toponymique : nous possédons le terme générique « autunois »  donné pour Autun, mais pour Irun, ça donnerait quoi comme gentilé ?

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On n’échappe pas au métier qu’on a exercé. On me propose comme cadeau original l’achat d’une reproduction d’un tableau de Van Gogh, Une liseuse de romans. Je me projette sur le titre : lire des romans ! Voilà la solution à une grande partie de nos malheurs. Pourtant, la réalité – « la vie vécue sans artifice » réclamée par Léautaud – est moins intéressante et plus imprécise que certains « réalistes » voudraient nous le faire croire. De là, ma préférence pour les récits possédant les caractéristiques de la langue travaillée à l’extrême où le narrateur est quelqu’un qui s'adresse au lecteur au terme d’un processus par lequel un événement ou une idée banale, bien « réels » toutefois, acquièrent une beauté durable grâce à l’art de l’écrivain qui consiste à faire briller l’objet le plus commun. Un métier vécu et exercé « avec artifice ». Un travail fictionnel d’artisan individuel grâce auquel la « réalité extérieure » accessible à tout un chacun est dotée d’une ou de plusieurs manières de signification rationnelle. Dans le magma qu’on appelait nouveau roman, c’est Claude Simon sans doute qui semble avoir perfectionné l’exploration de cette voie du travail littéraire. Si on replonge dans la lecture des premières pages d’Histoire, qui font penchant à d’autres, de L’Acacia, par exemple, on pourra observer à quel point l’intensité verbale des descriptions, riche en figures rhétoriques et en associations, se rapproche de la poésie lyrique. C. Simon est un auteur prodigieusement doué dans l’art de la métaphore et la multiplication des « comme »/« comme si ».  Lire quelques lignes de Claude Simon représente une tentative fructueuse pour échapper à l’existence suffocante de la routine. Sans arriver à la dépasser mais très utile pour en faciliter l’assimilation. Il faut donc, reprendre d’autres textes pour répondre en fait à la question qui pose chaque page sur ce qui fait défaut dans notre existence purement empirique. Et je m’imagine juste à côté de « la liseuse » de Van Gogh, attaché à mes propres lectures, « nu dans l’aurore après l’Hadès entrevu ».

HISTOIRE

l’une d’elles touchait presque la maison et l’été quand je travaillais tard dans la nuit assis devant la fenêtre ouverte je pouvais la voir ou du moins ses derniers rameaux éclairés par la lampe avec leurs feuilles semblables à des plumes palpitant faiblement sur le fond de ténèbres, les folioles ovales teintées d’un vert cru irréel par la lumière électrique remuant par moments comme des aigrettes comme animées soudain d’un mouvement propre (et derrière on pouvait percevoir se communiquant de proche en proche une mystérieuse et délicate rumeur invisible se propageant dans l’obscur fouillis des branches), comme si l’arbre tout entier se réveillait s’ébrouait se secouait, puis tout s’apaisait et elles reprenaient leur immobilité, les premières que frappaient directement les rayons de l’ampoule se détachant avec précision en avant des rameaux plus lointains de plus en plus faiblement éclairés de moins en moins distincts entrevus puis seulement devinés puis complètement invisibles quoiqu’on pût les sentir nombreux s’entrecroisant se succédant se superposant dans les épaisseurs d’obscurité d’où parvenaient de faibles froissements de faibles cris d’oiseaux endormis tressaillant s’agitant gémissant dans leur sommeil comme si elles se tenaient toujours là, mystérieuses et geignardes, quelque part dans la vaste maison délabrée, avec ses pièces maintenant à demi vides où flottaient non plus les senteurs des eaux de toilette des vieilles dames en visite mais cette violente odeur de moisi de cave ou plutôt de caveau comme si quelque cadavre de quelque bête morte quelque rat coincé sous une lame de parquet ou derrière une plinthe n’en finissait plus de pourrir exhalant ces âcres relents de plâtre effrité de tristesse et de chair momifiée comme si ces invisibles frémissements ces invisibles soupirs cette invisible palpitation qui peuplait l’obscurité n’étaient pas simplement les bruits d’ailes, de gorges d’oiseaux, mais les plaintives et véhémentes protestations que persistaient à émettre les débiles fantômes bâillonnés par le temps la mort mais invincibles invaincus continuant de chuchoter, se tenant là, les yeux grands ouverts dans le noir, jacassant autour de grand-mère dans ce seul registre qui leur était maintenant permis, c’est-à-dire au-dessous du silence que quelques éclats quelques faibles rires quelques sursauts d’indignation ou de frayeur crevaient parfois les imaginant, sombres et lugubres, perchées dans le réseau des branches, comme sur cette caricature orléaniste reproduite dans le manuel d’Histoire et qui représentait l’arbre généalogique de la famille royale dont les membres sautillaient parmi les branches sous la forme d’oiseaux à têtes humaines coiffés de couronnes endiamantées et pourvus de nez (ou plutôt de becs) bourboniens et monstrueux : elles, leurs yeux vides, ronds, perpétuellement larmoyants derrière les voilettes entre les rapides battements de paupières bleuies ou plutôt noircies non par les fards mais par l’âge, semblables à ces membranes plissées glissant sur les pupilles immobiles des reptiles, leurs sombres et luisantes toques de plumes traversées par ces longues aiguilles aux pointes aiguës, déchirantes, comme les becs, les serres des aigles héraldiques, et jusqu’à ces ténébreux bijoux aux ténébreux éclats dont le nom (jais) évoquait phonétiquement celui d’un oiseau, ces rubans, ces colliers de chien dissimulant leurs cous ridés, ces rigides titres de noblesse qui, dans mon esprit d’enfant, semblaient inséparables des vieilles chairs jaunies, des voix dolentes, de même que leurs noms de places fortes, de fleurs, de vieilles murailles, barbares, dérisoires, comme si quelque divinité facétieuse et macabre avait condamné les lointains conquérants wisigoths aux lourdes épées, aux armures de fer, à se survivre sans fin sous les espèces d’ombres séniles et outragées appuyées sur des cannes d’ébène et enveloppées de crêpe Georgette

L’ACACIA





La fenêtre de la chambre était ouverte sur la nuit tiède. L’une des branches du grand acacia qui poussait dans le jardin touchait presque le mur, et il pouvait voir les plus proches rameaux éclairés par la lampe, avec leurs feuilles semblables à des plumes palpitant faiblement sur le fond de ténèbres, les folioles ovales teintées d’un vert cru par la lumière électrique remuant par moments comme des aigrettes, comme animées soudain d’un mouvement propre, comme si l’arbre tout entier se réveillait, s’ébrouait, se secouait, après quoi tout s’apaisait et elles reprenaient leur immobilité.

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Vœux de Père Ubu. Conférence de presse avant « ses » longues vacances aux frais du contribuable du grotesque pantin que nous avons comme chef du gouvernement. Ce type m'impatiente par ses mensonges à répétition, ses propos outrageux, son cynisme éhonté. Rôti, bouilli, traîné dans les cendres par les pires cas de corruption depuis Bettino Craxi en Italie, il me met hors de moi. C’est plus fort que moi, je deviens chèvre quand je vois sa gueule défiante sous son masque foudroyé, exhibant l’éternel contraste entre son âme banale jusqu’au vil et un visage devenu dantesque. Il connaît bien son électorat, ses fans, ses admiratrices : de vrais hamsters. C'est à celui qui arrivera à faire tourner sa roue le plus vite ou qui produira le plus de bruit ! Avec cela, une voix théâtralement timbrée, tout enflammé d’admiration pour lui-même, proclamant que chaque jour sous ses ordres, depuis son truculent accès au pouvoir en deux mille vingt-trois, sans gagner les élections, constitue sans conteste un chef-d’œuvre éternel de justice sociale et de revendication féministe digne d’applaudissements reconnaissants. Je me vois, citoyen lambda, hamster fatigué, moi-aussi, devant continuer mon interminable course avec d’autres rongeurs de mon espèce dans la cage où nous explorons chaque jour la série d'obstacles personnalisés que nous devons franchir : éviter des labyrinthes fiscaux cherchant la perte du contribuable, pour les uns ; traverser des tunnels où se cachent les chaotiques locomotives de la corruption sanchiste, pour les autres ; et pour tous, admirer les balançoires géantes destinées, en rigoureuse exclusivité, aux partis soutiens de la coalition gouvernementale et aux meilleurs potes du sinistre plagiaire, cramponnés aux cordes qui tiennent l’ensemble du radeau où le vertige entre népotisme, clientélisme et pantouflage est garanti à l’heure de réclamer ses faveurs …

Un couple argentin à la retraite en dit des merveilles à chaque fois qu’on se croise devant l’ascenseur. Autoentrepreneurs au statut juridique compliqué, ils n’ont pas cotisé grand-chose en Espagne et se sentent réellement redevables du cadeau reçu du contribuable espagnol en forme de rondelette somme mensuelle régulièrement touchée, encourageant chez eux reconnaissance, docilité et gratitude instinctive. Ainsi qu’une efficace vaccination contre toute critique, aussi sucrée, amène ou bienveillante soit-elle, qu’on adresserait à l’encontre de ces bénéfacteurs du genre humain qui se donnent tant de peine pour nous « gouverner ». On abreuve d’aides, primes, subventions, facilités, oboles, subsides et libéralités à des poignées de gens. Et ces gens, qui votent, se laissent facilement endoctriner par les flatteurs du Big Boss et par ses mercenaires. Une myriade de consultants, des créateurs de contenu médiatique bien payés et certains « journalistes » des chaînes publiques à ses pieds, dont la servilité laisse bien en vue leur mauvaise graine et leur instinct prédateur, font le nécessaire pour susciter l’adhésion sans faille, coûte que coûte et malgré tous les malgré, des masses capables d’ingurgiter les pires couleuvres dans d’infatigables exercices quotidiens, physiques et mentaux. Partout, où que ce soit. Sur les réseaux sociaux, dans la presse écrite, sur les écrans : urbi et orbi. Une espèce de prolifération carnassière pour voir qui pousse à ramer plus fort les pagayeurs qui s’imaginent terminer heureusement un jour leur parcours, tout en négligeant leur propre tragique course vers le précipice s’ils ne réagissent pas à temps.

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dimanche 30 novembre 2025

Pourquoi déranger le rien dans sa beauté de rien ?

 


Il faut se lever de bonne heure pour être aussi con que la ministre espagnole du travail, Mme Y. Diaz. Ou bien elle a pris des cours. Ce n’est pas possible autrement.

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« Celui qui absout le coupable et celui qui condamne le juste sont tous deux en abomination à l'Eternel. » Proverbes 15 :17

Réactions hystériques de la mouvance sanchiste au résultat du procès du procureur général, homme à tout faire de P. Sanchez. On se demande s’il ne s’agit pas du même symptôme bien répertorié de la même maladie mentale : l’éructation haineuse provocatrice et sans tabou, cherchant jusqu’où elle peut aller trop loin avant de provoquer une réaction de fureur indignée – n’est-ce pas un cas d’école dûment épinglé au sein d’une pathologie déjà bien explorée ? Perfides comme toujours, les sicaires et les zélotes sanchistes exonèrent « leur » procureur général de la grave accusation de divulgation volontaire d’une information à caractère secret concernant un contribuable. « Pauvre » procureur toutou du gouvernement ! « De qui dépend le chef du ministère public ? » demandait, gonflé de suffisance flegmatique, il y a trois ans le capo en chef (Puto Amo / Oberkapo / The Boss), tordant sa gueule d’une moue sarcastique, à un journaliste médusé. La réponse, rapide, semblait tomber d’elle-même, mais il l’attendait quand même : « Du gouvernement … ». « Bon, ben, voilà ! » concluait satisfait l’arnaqueur aux commandes de l’équipe gouvernementale.


Ils persistent, depuis leur premier jour au pouvoir, dans leurs attaques à tout ce qui pourrait représenter l’honnêteté, comme les salauds qu’ils sont, sans jamais se reconnaître tels, persévérant dans le mal, justifiant abjectement chaque sale manœuvre depuis la motion de censure truquée qui leur ouvrit les portes de l’État et surtout celles du budget public, avec un acharnement censé être une défense par anticipation à la réaction des justes, des gens réellement de gauche qui défendent des idéaux de justice sociale, d'égalité et de solidarité, dont ils se foutent royalement comme de leur premier million extorqué, extorsion certifiée « progressiste » et, à les en croire, des fonds n’appartenant plus à personne puisque « publics ». Victimistes éhontés, ils traitent de confondre une opinion publique malléable avec une supposée pitié pour « quelqu'un de bien » : un gentil, un vulnérable et chétif procureur général. Comme s’il avait été condamné « sans preuves », ce procureur toutou du pouvoir, larbin galonné et servile cautionnant toute la saleté qui émane du boss. Tout comme un autre « pauvre », Nicolas Sarkozy, lui aussi condamné « sans preuves » chez nos voisins.

Ces vipères des médias gavés par le pouvoir sanchiste font semblant d’ignorer que, par son absence de pitié en s'attaquant à plus faible, contribuable qu’il était censé protéger, le procureur général a prouvé avec ses manigances qu’il n’avait vis-à-vis du réellement faible que du mépris et il l’a attaqué sans pitié dans le but de nuire à une personne qui n’y était pour rien. Bref, disons qu’en suivant la logique luciférienne de ces gens-là, si le parquet dévoile des secrets qu’il a la responsabilité de garder par-dessus tout, c’est pour le bien général et dans l’intérêt de tous ! Si par ailleurs je me fais fort de n’avoir aucune excuse pour ce violeur du secret judiciaire ni pour son patron, le frimeur corrompu Puto Amo qui n’a pas cessé de le considérer « innocent », avant, pendant et après sa condamnation, c’est justement dans le moment, à mi-chemin de la durée de la législature, où la demi-mesure n’a pas sa place et où, une fois de plus, sans appui de ses associés et encerclé partout par les mises en examen de ses anciens collaborateurs les plus proches et des olibrius de sa propre famille, le chef de la bande cherche à s’assurer contre vent et marées la pitié voire la compassion de ses électeurs. Après la justice rendue, qui inclut bien évidemment l’application de la loi, la clémence dont fait preuve le Tribunal constitutionnel avec les corrompus socialistes d’hier et les alliés du sanchisme d’aujourd’hui, fera figurer potentiellement ce pauvre persécuté par « le fascisme » au nombre des élus au lieux de l’être de ceux des réprouvés.

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Douleur sans fin. L’immense majorité de l’opinion publique, y compris « progressiste », s’en fout de la Palestine, comme le reste du monde s’en fout, y compris les pays musulmans. Et c’est pire que ça, les musulmans se sont enrôlés par milliers dans les groupes terroristes parrainés par les sionistes pour détruire aujourd’hui la Syrie baasiste et hier la Libye de Kadhafi. Et il n’y a eu aucune filière internationale pour rejoindre la résistance libanaise. Donc viser « la droite » pour dénoncer son indifférence, c’est vraiment n’importe quoi. Ça n’a aucun sens, aucune signification politique ni sociologique, surtout venant du wokisme gauchiste. Le monde se fout de la Palestine comme il se fout de la souffrance des autres en général : les clochards meurent dans la rue dans l’indifférence que ce soit en Espagne, en Italie, en Inde, en Russie ou aux Etats-Unis.

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En sortant aujourd’hui, on s’attendait à voir ouvert le Marché de Noël à Irun. Autant pour moi ! Le retour de la musique tonitruante qui révèle normalement le manque d’animation naturelle, ce sera pour dans quelques jours. Au café, quand je fais entendre ma déception, la clientèle bourgeoise ne semble pas emballée : « on s’en fout », « rien d’extraordinaire », « ce sera comme tous les ans ». Avant, on visitait chaque année celui de Bordeaux. Quand c’était encore « chez nous » …

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Triste date, il y a quelques jours, d’anniversaire du décès de mon cher M. B. L., dont j’appréciais les moments de détente lors de nos brèves rencontres au supermarché et au parc, surtout évoquant qu’il aurait eu mon âge, soixante-douze ans, et qu’il est mort des suites « d'une maladie fulgurante ». Cela pourrait m’inquiéter si je ne pensais déjà chaque jour que ça peut mal tourner pour moi à tout moment. Je n’ai pas trop mal mené ma barque. J’ai l’impression. Je ne me plains pas du « succès de ma carrière ». J’ai eu l’amour des miens, l’estime de mes pairs et de mes élèves – dont les résultats de chaque enquête semestrielle de satisfaction, évaluant l'expérience des étudiants concernant mon enseignements et mes services, font foi – et grand plaisir à ce que j’ai fait depuis mon premier bulletin de salaire. Que demander de plus ? Le reste n’a réellement aucune importance. Mon existence me paraît bien douce et, touchons du bois, très heureusement dépourvue d’accident.

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« Mieux vaut de rire que de larmes écrire. » Ma très chère A., porte en elle-même tout ce dont elle a besoin pour briller de mille feux, mais son caractère ne peut lui venir que d’un sur-monde auquel on n’a pas facilement accès. Une capacité de réaction par l’humour sarcastique dont les signes et les verbes iraient puiser leurs sucs et leurs formes dans le grand réservoir de toute une lignée : grands-mères et arrière-grands-mères, grands-pères et arrière-grands-pères … tout un tableau de parenté où des Picards, des Angevins, des Castillans ou des Léonais retrouvent une représentation équilibrée. Chacun de ses morceaux de bravoure caractéristiques semblent tourner autour de l’objet de son ironie dans le sens contraire des aiguilles d’une montre, comme les musulmans tournent autour du cube sacré de La Mecque cherchant la lumière, une raison de vivre ou l’expiation de leurs péchés. La subtilité de la moquerie qui caractérise son humour, ses traits d’esprit, provoquent une réaction amusée, des faisceaux d’étincelles sautent autour d’elle, des regards se braquent sur elle qui commence peu à peu à s’évaporer sous un monceau de rires, des réactions hilares qui lui confèrent l’aura suave de la complicité et la lueur de la sympathie. Dans le grand mur du discours anonyme de la routine, on sent le souffle de la crépitation et un silence interrogateur plane au-dessus des auditeurs rendus muets par le miracle de la repartie, qui n’existe que par ricochet, qui ne fait que renvoyer les ondes qu’elle reçoit. À ce moment-là, elle saisit la lumière et, comme on dit de quelqu’un qu’il est photogénique, elle sait se mettre devant la caméra du regard collectif de manière à ce que l’objectif ne puisse plus l’ignorer, que l’avalanche de mots habilement construits dans sa tête, agités en tous sens comme des particules, fassent réagir par des rires ouverts et libérateurs les gens à l’écoute, comme quand on se libère de ce qui doit être laissé derrière soi, le stress, les blocages mentaux, une charge émotionnelle ou le jugement menaçant des autres. Je rends hommage donc à cette étonnante capacité de réagir par la langue, quand on est dégoûté par la bêtise, les platitudes ou l’arrogance dautrui. Réaction néanmoins sans colère ou sans invective directe, mais inévitablement provoquée par les très nombreuses impasses du sens, par la syntaxe psychotique ou cacophonique, par le vocabulaire grotesque ou déplacé, par les discours à la fois prétentieux, poseurs, ridicules, épais ou maladroits qui ne démontrent de la part de ceux qui les tiennent qu’une chose : qu’ils ne savent pas ce qu’ils disent mais qu'ils se trouvent importants. Malheureusement, si trop de stars, de célébrités, d’autorités, de soi-disant spécialistes, de « héros » médiatiques en tout genre parlent, dissertent, occupent le devant de la scène sans savoir de quoi ils parlent, sans trop savoir comment s’intéresser à quoi que ce soit d’autre que leur nombril, tant et tant d’auditeurs, de votants, de spectateurs, de « followers » ne font que s’incliner docilement, que faire des pieds et des mains pour attirer l’attention, envoyer des « likes », des baisers, des fleurs, des pièces, qu’ils n’attendent qu’à se mettre à genoux, qu’ils semblent se reconnaître dans les signes débiles barbouillés sur leurs écrans pour honorer le dernier des fantoches dans le vent, comme les feuilles mortes. Franchement, devant tant de servitude volontaire, devant tant de soumission individuelle et collective, devant tout ce qu’on voit et qu’on entend autour de nous, à quoi peut bien servir cette énergie rabelaisienne qui dit non aux marchands qui nous trompent sur le poids et la qualité de leur camelote, qui nous empoisonnent à petites doses du berceau au tombeau ? Hélas, à peu de chose. Parce que, si on reste lucide, une fois qu’on a mis les rieurs de son côté, l’euphorie s’envole très vite. L’adhésion ou l’engagement des auditeurs n’est pas faite pour durer, au contraire, s’ils en redemandent pour passer un bon moment, ils retournent vite au battement des mains, à l'applaudissement, au concert où on fait des cœurs avec les doigts, où on se prend dans les bras les uns les autres avec émotion, au grand sourire de connivence coude à coude, smartphone allumé bien haut pour mettre de l’ambiance, avant de retourner vite à la consommation des habituels, indispensables, aliments savamment cuisinés sous emballage à base de Progrès, de Démocratie, de Droits-de-l'homme, de Beau, de Bien, de Morale, etc. Si nourrissants.

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Trois médecins prescrivant la thérapie du rire 

qui guérit tous les maux