J'aime

mercredi 20 août 2025

Parties, les belles journées d'été !


Levés de bonne heure, hier, sous une pluie très fine et extrêmement vaste jusqu'à rendre invisible notre Jaïzkibel, plésiosaure endormi allongé à côté de l'océan. Nous accompagnons A. à la gare. Pour la première fois depuis des années, on ne sera pas en famille pour fêter son anniversaire. En réalité, c'est nous les partants, en perte de vitesse mais de plus en plus loin, pèlerins immobiles dans nos corps, "pour un voyage de mille lieues à ses pieds" (Lao Tseu). Au moment de se quitter, on s'embrasse. Des souvenirs  d'elle, enfant adorablement folle et joueuse, qu'on aurait bien voulu garder prisonnière à jamais dans notre château ... On ne rattrape pas le temps qui passe. C'est comme prétendre attraper dans ses bras un carillon de cloches dont on se souvient longtemps. 

***

Patience au milieu des pires catastrophes. Inondations. Incendies ravageurs. Gesticulations dans le vide. Gymnastique lassante d'autopersuasion de la bande soi-disant exerçant le pouvoir. Lassante rhétorique pseudo-progressiste mettant toute catastrophe venue ou à venir sur le dos du changement climatique. Et totalement insupportable inaction et mépris du pauvre pitoyable citoyen lambda éconduit et frustré en attente d'une nouvelle meurtrissure. Nous sommes en démocratie. Qui consiste essentiellement à demander à plus d'une moitié d'électeurs de ronger leur frein en attendant la bascule, après laquelle ils feront à leur tout ronger son frein à l'autre moitié. En trahissant, les deux moitiés, leur électorat béat et crédule, en trichant un peu plus quand on se veut du bon coté de l'Histoire ou d'autres fadaises de la même farine ... Le mot le plus galvaudé de l'Histoire, c'est sans doute "progrès". Bien après les "progressistes" Lénine, Staline et Pol Pot, l'impregnation positive d'un tel terme inonde tout. Et pourtant ... Proudhon avait prévu l'arrivée de l'État propriétaire de toute vie humaine comme une conséquence inéluctable de ce progrès. Bakounine touchait presque du doigt l'irreversiblité du pouvoir absolu des "représentants de la classe ouvrière" qui remplaçaient l'ancienne classe dirigeante par une tyrannie bien plus rigide, rigoriste, intransigeante. Tucker, l'anarchiste américain ironisait que le marxisme recommande un seul remède contre les monopoles, ennemis de la concurrence : le monopole unique. L'anarchiste polonais E. Abramowski  annonçait que le communisme ne serait jamais une progression sociale en créant de toutes pièces une société divisée en classes hostiles, de nouveaux oppresseurs privilégiés, publicitaires talentueux, contre masses exploitées, sans possibilités réelles de réaction. Il faudrait ajouter à cette liste Rosa Luxembourg et Mikhaïlovski ...

Tant de générations pour croire que "le monde va changer de base" en avançant et que le bonheur absolu est à portée de main après des souffrances, de l'impatience pour instaurer le bien-être obligatoire au prix des pires exactions sans s'apercevoir, par des troubles volontaires de la vue, que les bases sont les mêmes que celles d'avant sinon plus instables, que le bonheur espéré n'est pas au rendez-vous, que les injustices en tout genre ont continué sous des travestissements encore plus indécents que ceux qui déguisaient les anciennes. Je crois d'expérience que, pendant les majorités absolues du Parti Populaire, le moins calculateur et le moins politisé des gens de gauche se formaient de la gestion du pays par les socialistes après la défaite de la droite une image si belle, malgré le bilan catastrophique d'expériences bien récentes, si authentique qu'elle ne pourrait jamais se réaliser : l'absence de certaines fidèles marionnettes de l'oligarchie n'a pas été automatiquement le début de la transparence quand d'autres marionnettes également fidèles manipulées par dessous avec soin selon les techniques du théâtre noir, et par les mêmes mains, ont pris la scène avec plus d'énergie, la fin d'une politique de dépendance de Bruxelles, elle même soumise sans entraves aux intérêts impériaux américains, n'a pas été celle de la moindre dose d'indépendance, le départ de M. Rajoy n'a pas été l'arrivée de l'Archange d'Harmonie, vue la trajectoire du sinistre personnage qui a pris sa place. On se demande toujours, en fin de compte : ça en vaut la peine ? On nourrit des espoirs plus grands que la réalité du terrain et rien ne se passe comme on l'avait prévu. Et encore moins comme on nous avait promis. Une des ruses constantes de "la classe politique", c'est qu'en ne tenant jamais ses promesses, elle fait toujours cadeau de nouvelles formes de génération d'illusions par d'autres promesses qui viennent combler les trous laissés par les précédentes. 

***



« Seuls les uniques, ceux qui par rapport à leur "temps" sont dans l'abri du retrait, sont capables un jour d'appeler le Dieu et de persévérer dans l'attente de ce qui vient le plus éminemment. Et c'est alors chaque fois le lointain et l'inaccessibilité qui dictent la manière dont naît pour le grand nombre une sorte de possession et de familiarité tangible, et le ton où le caractère de ces uniques s'accorde pour sauver une histoire-destinée déployant pleinement son essence. »
Martin Heidegger, Réflexions XII-XV / Cahier noirs 1939-1941, Gallimard, NRF-Bibliothèque de philosophie

lundi 11 août 2025

Ne pas se laisser gagner par le bâillon de ténèbres du soleil d’août !

 

Pour fuir la canicule, je voudrais, comme aux bons vieux temps au retour de Bordeaux, faire un tour par la campagne du côté d’Irugurutzeta et boire du cidre frais chez Ola Sagardotegia après quelques photos des chevaux et des brebis au milieux des herbes, sous tous les angles.

***

Un ami m’envoie un lien pour lire l'énième manifeste de quelques clowns, des comédiens, des réalisateurs, enfin bref, contre le tournage de l’Odyssée au Sahara. Sans consulter les Saharaouis ! Pour préparer les esprits à accueillir san rire leur pénultième déclaration, ils avaient préalablement fait savoir, il y a quelques jours, ces têtes de gondole, leur soutien au sanchisme, gravement menacé de renversement par l’opposition à laquelle ils imputaient toute sorte de bassesses en espérant ainsi apparaître plus grands. Comédiens, chanteurs ou écrivailleurs de tout poil, il serait préférable que les auto-proclamés « intellectuels (?) de gauche » ne prêtent pas la main à celle d’autres « intellectuels » à l’intérieur des institutions colonisées par le sanchisme qui semblent depuis des années impatients de ramener la droite au pouvoir à coups d’incompétence, de corruption généralisée jusqu’au ridicule, d’erreurs de calcul dans leurs comptes et des coups fourrés dans leurs règlements de comptes. Quand on voit leurs gueules et qu'on entend parler les consécutifs secrétaires d’organisation chassés d’urgence, les ministres mis au pied du mur, la constellation de mis en examen, l’arrogance de l’extrême droite suprémaciste catalane (Junts), véritable exécutif dans l’ombre, le soutien inconditionnel des anciens flingueurs / racketteurs basques et les mille et un discours frelatés des grenouilles de bénitier tout aussi basques du PNV (« Dieu et les vieilles lois »), on préfèrerait ne pas pousser la roue pour les éterniser au pouvoir, qui tient comme il peut sur les piliers inébranlables de la stupidité et de l’opportunisme. Que ce soit quand on regarde en direction de la politique énergétique intérieure, le radical « rien nucléaire » sauf pour la Catalogne, ou bien quand on prête un peu attention à la politique extérieure, la consternation vous dépasse. Ils couvrent des fleurs un Zelenski parce que pour eux l’ennemi numéro un ce sont les Russes, prêts à envahir l’Europe un jour férié. Et on a presque oublié la livraison au Maroc du Sahara occidental, cadeau emballé personnel de Monsieur Sanchez au Commandeur des Croyants. Qui osera lui demande sérieusement des comptes pour cette honteuse opération ? Et en parlant du Sahara occidental, tiens donc, quelle belle occasion manquée d'avoir demandé son avis au peuple saharaoui !!! Geste, parmi d'autres, qui donne de la crédibilité au verbiage gauchisant difficilement supportable du personnage, comme quand il parle d'un État pour la Palestine, en voulant faire croire qu’il combat l’hégémonie américaine et critique « l’impérialisme russe » : « Rien sans l’Ukraine ! » comme le chantent en chœur si bien Merz, Keir R. Starmer et le petit Macron. Par les temps qui courent et presque sans Palestiniens vivants, cela doit leur faire une très belle jambe qu’on revendique pour eux un état ! Un peu trop tard et pour servir à pas grand-chose. Sans compter avec les réserves et les interrogations que cette solution à deux états a soulevé depuis des décennies. On est assez heureux que pour le sanchisme le danger principal soit « Israël » sans cesser avec son gouvernement assassin toute relation diplomatique et en respectant des centaines de contrats diversifiés signés avec l’entité sioniste. Si, comme l’affirment les spécialistes de moult obédiences confondues, le véritable clivage entre la gauche et la droite, c’est le plus ou moins de liberté, de démocratie et d’intégrité dans les affaires, est-ce que depuis sept ans la liberté, la démocratie ou la propreté dans la vie publique se sont simplement maintenues, ou se sont-elles développées en Espagne ?

***

***

Ce peuple de Palestine, martyrisé par les sionistes depuis plus d’un siècle pour s’accaparer sa terre ancestrale, lui voler ses richesses maritimes de la bande de Gaza, accepter d’être chassé et écrasé, le tout en arguant d’un livre de contes et légendes rempli de haines, de violences, d’incestes et de crimes barbares comme s'il s'agissait d'un acte authentique de vente, doit-il encore définitivement disparaître pour contenter nos pays démocratiques progressistes et avancés ? C’est sûr que de voir jour après jour des femmes et des enfants assassinés, un pays entier écrasé sous les bombes, ça interroge, ça obsède, ça révulse. Comme il est révoltant de se faire traiter d’antisémite par des gens qui ne sont même pas sémites ni juifs mais des colons forts d'une armée moderne ultra-équipée qui procède à un génocide. On sent bien que l’art sioniste pour l’achat de consciences dans l’opinion publique par le biais de son Hasbara gagne chaque jour la bataille médiatique. Je jette de temps en temps un œil sur ces canards boiteux qui sont Cadena Cope, El Debate, ABC, Libertad Digital, etc., et les signatures de leurs collaborateurs coincés entre leur libéralisme version 2.0 et leur soumission à la doxa sioniste, sous prétexte, comme ils disent et écrivent avec une hypocrisie terminale, de défense de la démocratie contre l'autocratie islamiste, tiraillés entre une proximité culturelle ou religieuse avec « Israël » et la situation humanitaire dramatique à Gaza. Certains catholiques ont du mal à se positionner sur un conflit très clivant, dans un contexte où même les paroles modérées peuvent susciter de vives réactions.

« Celui qui ne connaît pas la vérité n'est qu'un imbécile. Mais celui qui la connaît et la qualifie de mensonge, celui-là est un criminel. ». Bertolt Brèche, La Vie de Galilée

Dans les émissions de radio et la télé des évêques espagnols, la terrible, l'inhumaine, l'insupportable offensive d’extermination par la faim de l’infâme gouvernement « israélien » dans la bande de Gaza, est normalement attribuée au Hamas, « terroriste et criminel » qui fait tout ce qu’il peut, comptant sur la complicité des gauchistes (ce fameux islamogauchisme qui fait si mal à leur israélodroitisme !) à travers l’univers, pour « nuire à l’image d’Israël » qui fait ce qu’il peut de la main de son armée humaniste pour libérer cette population du joug intégriste. Il n’est plus question d’idéologie, de point de vue, d’interprétation, vu l’exposition médiatique de la guerre d’extermination implacable des bourreaux sionistes depuis 1948, ne soyons pas naïfs, il s’agit de cimenter l’idée de se mettre les chrétiens dans la poche contre les musulmans, ici et ailleurs, en Espagne comme partout dans le monde. Ce n’est pas de bonne guerre, si j’ose dire, mais c’est la procédure habituelle : partir de la propagande la plus haineuse, la plus grossièrement stupide sans savoir un traître mot de l’histoire de la Nakba, bien avant le 7 octobre 2023. Du contexte. De l’évolution de l’entreprise coloniale, des étapes sanglantes de l’expropriation sauvage d’un pays par la force, au prétexte que les colons occupants ont beaucoup souffert et les Arabes sont une menace. Ils auraient pu réclamer une partie du Canada ou de l’Afrique avec la même légitimité. Il est bon de rappeler que les terroristes, les usurpateurs, les malfaiteurs voleurs des terres et des ressources palestiniennes sont bien les sionistes et pas les habitants de la Palestine depuis mille générations, accusés de tous les maux depuis leur résistance à se laisser faire, salis, rabaissés, surveillés et dénoncés par toutes les officines de chantage et les différents lobbys des victimaires. Prétendre qu’on est le peuple élu de Dieu, l’argument est quelque peu tiré par les cheveux. S’opposer au génocide des Palestiniens, si on a bien compris les supputations de nos « experts » médiatiques, c’est accélérer le suicide civilisationnel de l’Occident, dont « Israël » serait la première barrière. La sauvegarde de la démocratie « israélienne » vaut bien un génocide. Quand « Israël » et ses alliés auront écrasé sous les bombes tout le Proche-Orient, notre civilisation sera sauvée. Vivement la mort du dernier Palestinien tyrannisé par Hamas !



***

 

samedi 2 août 2025

De la pluie en août, n'en faut pas du tout ?

N’étant moi-même anonyme nulle part, je demanderais à qui désirerait laisser un commentaire de ne pas le faire anonymement. Je déteste l’anonymat. Quand on dit quelque chose, on doit en assumer la responsabilité, sinon ça n’a aucune valeur.

***


Chaude lumière du vieil or crépusculaire qui entre par la fenêtre ouverte dans la pièce du Philosophe en méditation de Rembrandt. Et l'odeur du feu. Rencontre heureuse de deux feux, celui du crépuscule et celui crépitant lentement à droite et qui laisse son reflet sur le visage de l'homme qui veille à ce qu'il brûle correctement. Une poignée d'idées chauffent dans les lueurs brumeuses et dansent sur le mur jaune suspendues par la queue. Le sage qui semble endormi et l'ombre de l'autre qui se penche pour remuer les braises en silence pour ne pas le troubler.

***

Communication codée : les oiseaux du matin tiennent à nous informer qu’il fait jour, juste quand nous voudrions dormir encore un peu. Depuis je ne sais combien de jours, les terrasses de notre Zabaltza Plaza ressemblent à un décor de cinéma où la pluie serait protagoniste indiscutable. Il ne se passe quasiment pas d’heure sans que les serveurs ne soient pas obligés de faire descendre un auvent à cause d’une averse aussi dense que brève. Je ne me souviens pas de quand date le dernier bel été à Irun. Les touristes qui viennent ici pour éviter la chaleur ont raison. Qu’ils n’oublient pas leurs parapluies ! Ce temps médiocre me permet néanmoins de lire plus longtemps que jamais. Sur les pots du jardin, les fleurs et plantes des différentes espèces, si bien entretenues par R., redoublent de splendeur sous la lumière verte et la haie demande à cris d’être tondue par un professionnel. Entre deux lectures et entre deux averses, je me risque à fureter dans la bibliothèque à la recherche de livres que je pourrais éventuellement offrir. J’en trouve plusieurs que je mets de côté en attente d’une main qui voudrait les rouvrir. Beaucoup de fenêtres fermées autour, les gens sont sans doute partis en vacances. Volets clos et grand silence. Je souris en pensant aux appartements d’Alicante, fenêtres grand ouvertes tout le temps, où les habitants ont trouvé la parade aux menaces de la télé. Elle reste allumée toute la journée mais personne ne la regarde. Sauf les enfants, ces victimes, qui n’y échappent pas. Longue promenade, l'après-midi, dans la baie de Tingudi. Nous découvrons une jolie terrasse, Obakartier, à Belcenia, et immédiatement après, au nouveau fronton  Daniel Ugarte, une jolie inscription en basque se demandant ce que serait ce pays sans la pelote basque ...  


***

M., notre fille qui n’avait pas deux ans et n’avait jamais vu tomber ces flocons légers qui font froid dans le cou et s’exclamait dans la fenêtre : « Maman, de petits pigeons tout blancs ! »

***


Je puis admettre beaucoup de choses, à l'âge que j'ai, ce n'est pas très difficile. Je pourrais par exemple convenir que je ne suis pas sûr de tout ce que j'ai écrit dans chaque ligne que j'ai écrite, de ce que je rédige dans chaque post. D’ailleurs, il n'y a pas grand-chose dont je sois absolument certain. Mais je peux tout de même déclarer ouvertement que beaucoup de textes de gens connus sont ennuyeux, et me rendormir tranquillement, sans forcer la note. Et puis il faut bien que quelques vérités, très peu nombreuses, tiennent le coup, malgré tout, jusqu'à la fin, qu'on puisse se reconnaître dans le miroir, le matin. Il y a si peu de choses qui résistent au temps. Autant les critiquer sans complexe. Il y a énormément de livres que je n'ai pas su aimer, que je n'ai pas été capable d'aimer comme il l'aurait fallu. Il n'y a pas un mois qui passe sans que je constate que mes goûts changent, et très souvent dans un sens imprévisible. Ces choses-là sont passionnantes à observer, même si elles peuvent inquiéter. Le goût littéraire a toujours été la grande inspiration de ma vie autant privée que professionnelle pour briser les grisailles quotidiennes. Cette question ne cesse de me poursuivre et je vois bien qu'elle éclaire tout le reste, qu'elle fait ressortir des questions, des amours et des détestations, des instants de bonheur et d’intervalles d’écœurement : pourquoi aime-t-on certains auteurs et pas d’autres, qu’on déteste, en fonction des propres changements intérieurs ? 
Car l'amour et la détestation ne s'excluent pas, en ce domaine, au contraire. La force de ce qu’on écrit par rapport à la vie qu’on vit, justement, est l’une des formes qui, déjà dans ma jeunesse, me semblait la formule la plus intéressante, la plus difficile, la plus imperméable aux clichés, et j'ai cru, et je maintiens dans le déclin de ma vie, qu'elle est aussi la forme de la plus extrême exigence. Ce n'est pas pour rien que les chefs-d'œuvre les plus incontestables de la littérature de tous les temps répondent à ce critère. Elle est devenue, cette forme, quelque chose qui m'a troublé en permanence et je sens toujours qu'elle m'accompagne dans tout ce que je prends entre mes mains. Avant même d’en lire une ligne, avec l’envie, lecture faite, de communiquer mes impressions à d’autres. Intellectuellement, cela répond à la modalité « d’engagement » qui me plaît davantage, parce qu'elle s'affronte à la dualité fiction/vécu dans les faits accomplis. La science-fiction, les chimères et utopies purement imaginaires n’y échappent pas. Le plus bizarre, intraduisible et séduisant d’un Kurt Vonnegut, par exemple, réside justement dans l’interconnexion entre les frontières du réalisme de son vécu, qu’il fait ressentir physiquement au lecteur, l’anéantissement terrifiant de Dresde sous les bombes alliées et la descente dans le plus profond du champ du fabuleux, du fantastique, de la main de Billy Pilgrim, drôle de "pélerin" sur le plus terrible des chemins. Et puis, il y a pas mal de fiction dans la vie réelle, en même temps que de réalité dans la plu excentrique fiction. Une vie d'homme n'est-elle pas une changement permanent sur l’immutabilité apparente ? 

***

Guardado en la tartana de hojalata


“Era flipante ! (sic)”. Mi dulce Adou, “radiante y alerta como un aleph”, mientras yo le contaba los cuentos por la noche, no veía al día siguiente, ya de día, al Zampapanes atravesar corriendo el camino para esconderse detrás de la ermita de San Marcial. Pero sí creía, imperturbable, en cada historia de Abul Quasimi, el tamborilero de Bagdad. En los viajeros misteriosos por los caminos de Egipto, en las historias de Sheherazade al sultán Shahriar. En el cortejo de la Santa Compaña bordeando el caserío Xenperenea. En elfos y lamias, en zapaterillos o sastres valientes y en ogros muertos de hambre, en el Tío del Saco, en ballenas perdidas en los remotos mares que algún navegante confundía con islas despobladas, en haditas cautivas en frascos de cristal, en magos imitadores del gran Merlín y en los ardides de la Princesa Micomicona poco dispuesta a matrimoniar con el gigante Pandafilando. En el recuerdo quedan chispas de la fiesta de cada noche, de infinitas aventuras con héroes de sueños que no robará nadie, compañeros de viaje en el océano fabuloso que cientos de pescadores de cuentos han recorrido para amarrar sus barcas en recodos de la memoria de incontables abuelos.

***

Frente a la gran mentira

Derrière les grotesques formes partitocratiques de démocratie parlementaire à l’espagnole sous le gouvernement frankenstein sanchiste, les forces agissantes sont des bandes qui se concurrencent entre elles et s'allient pour le pillage et la répartition du butin. Le modèle de gouvernement adopté par la monarchie partitocratique, sous les derniers Bourbons, est l'association de malfaiteurs. Selon les termes attribués dans de différentes procédures en cours relatives aux grands personnages et aux petits personnages du microcosme qu'est ce sanchisme rédempteur et immaculé au pouvoir. Des scénarios politiques qui font rire à partir d'expériences qui font mal. Surtout, qu'à la rentrée, le comique risque de monter et ne plus cesser, avec le dramatique de la main de la tyrannie, des humiliations sans compter des gouvernés au gré des humeurs des sinistres gouvernants et de la cécité simulée des soutiens d'un "pouvoir progressiste à reculons" pour prolonger la kermesse.

dimanche 27 juillet 2025

Vanitas vanitatis, tel est le moteur du machin

NEC SPE NEC METU

Le fait que P. S. soit passé par la procédure pour obtenir un doctorat en économie grâce à un texte dont il n'a très probablement rédigé que quelques lignes, selon toute vraisemblance plagié et truffé de formules et d'expressions qui témoignent que la thèse a été torchée à la hâte, n'a pas aidé à rehausser le prestige de nos diplômes./ Que se haya asumido que Pedro Sánchez ha pasado por el trámite de hacerse doctor en Economía con un texto del que, con mucha probabilidad, no ha escrito más allá de unas pocas líneas y que, con certeza, está plagiado y repleto de fórmulas y expresiones que evidencian lo chapucero de la tesis no ha servido para acrecentar el prestigio de nuestras titulaciones.

La foire aux faux CV et faux diplômes. 
La société de consommation engloutit une terrifiante production de diplômes qui se succèdent au podium des surgelés de l’enseignement supérieur et de collectionneurs pour qui leur simple exhibition les ferait se transformer magiquement en spécialistes dans les différents domaines du hit-parade intello-universitaire. L’accélération de modes s’accompagne d’une accélération du principe premier du commerce, la rotation des stocks. Le principe marchand de la rotation rapide des stocks domine aussi les industries académiques et la production intellectuelle lutte pour la diffusion de ses productions traitant d’éviter la saturation de son marché par l’épilogue périodique des soldes. Dans le secteur de la représentation politique, le marché ressemble beaucoup à ce que décrit le professeur A. Elorza à propos du parti socialiste, qu’il appelle le « parti-passoire » : une clientèle qui se renouvelle si vite que le public, ignorant du passé et crédule au présent, en vient à ressembler au célèbre couteau de Lichtenberg, qui manquait de lame et n’avait pas de manche en se voulant toujours couteau. On a assisté ainsi chez nous depuis des années à l’apparition dans les rangs de la classe politique d’une longue et pittoresque liste de « détenteurs d’études » sans diplôme, d’experts de formation sans valeur académique ni professionnelle et de diplômés bidon. Devant l’opinion publique ignare et crédule, pour des gens dont le gagne-pain se base sur le blablatage dans le vide et les apparences, la réputation, aussi fausse soit-elle, obtenue par le biais de contrefaçons de toute espèce, de la licence en kinésithérapie amazonienne au master ringard à deux balles, est plus important que tout autre chose. Le bluff et le déshonneur, ils s’en foutent royalement. Les électeurs, eux, ne gardent pas mémoire des itinéraires, ni des formations, ni des documents éventuellement présentés pour attester, prouver ou confirmer quoi que ce soit. Avec le temps, un curieux mécanisme d’anonymisation couvre tout. Les « études » des uns, la « chaire » de Mme la Présidente Consort, les « masters » des autres. Grand brouhaha académique d’un intarissable brouillamini politicard aux noms fondus et disparus avec les neiges d’antan. Seuls les sous soutirés aux cons de contribuables restent frais pour très longtemps.
***


Il pleut. Je surveille avec fascination la pluie sur la partie visible du Jaïzkibel. Plus loin, le brouillard. Rendez-vous médical à midi moins dix. Nous sortions, hier, sous l'averse, en direction de l’hôpital. Pluie pratiquement toute la journée. Passé l’après-midi en lisant quelques pages de Claude Roy (Les rencontres des jours 1992-1993), un peu de Maritain (Le paysan de la Garonne), trois dates du journal de Camus (Renaud), Septembre absolu, et quelques lettres de la correspondance de L. Bloy avec Henri de Groux. Quand je termine, au retour de R., je n’ai plus envie, vu la météo, d'aller faire un tour. Je sors prudemment dans le jardin, rentre rapidement, mets de la musique. Vent, pluie, nuages, en quantité suffisante pour décourager la promenade. Je n’aime pas la panique en terrasse, le moment où il se met à pleuvoir et tout le monde panique et se replie à l’intérieur. Le weekend s'annonce mauvais pour la visite du front de mer à Hendaye ou Fontarabie. Pour aujourd’hui, la pluie est annoncée sous forme d’averses mais elle ne semble pas pressée. R. accomplit de petites tâches, toujours remises à plus tard de mon côté. Je lis rapidement la presse française. Polémique à propos de la proposition de Bayrou de faire sauter deux jours fériés. En effet, le jour férié n’est qu’une réminiscence chrétienne et il est plus que normal de faire disparaître tout ce qui est chrétien, parce que ça suffit, l'hypocrisie qui consiste à bouffer du curé mais à profiter des jours fériés. Hop, disparus, l'Ascension, l'Assomption, le lundi de Pâques, le bordel du lundi de Pentecôte et la Toussaint, que personne ne distingue. Ça aurait aussi l'avantage de diminuer les ponts du mois de mai et juin. Aujourd'hui l'école et la vie en général s'arrêtent à Pâques pour reprendre en septembre. C'est la course contre la montre pour réussir à boucler les programmes ou les projets avant que tout le monde ne s'éparpille pour solder ses congés, en mai, puis prendre ses vacances, l’été. On garderait Noël, intouchable grande fête du consumérisme, et on ajouterait une fête juive et une fête musulmane, à choisir avec les personnes concernées. Moins cinq plus deux : trois jours en moins. Et certains prétendent encore que le travail est une valeur de gauche. C'était vrai quand l'oisiveté était une marque de l'aristocratie. Aujourd'hui, la valeur de gauche, c'est le temps libre. Avec l'IA, ça va devenir atteignable. Reste à savoir ce que feront les gens de leur temps libre. Le futur va être intéressant. Par ailleurs, et pour continuer dans le « travail », ou dans sa fin définitive, j'ai découvert par hasard qu'au Danemark, l'âge de départ à la retraite est revu tous les cinq ans depuis 2006 et indexé sur la durée de vie. Il vient de passer à 70 ans pour les personnes nées après 1970. Rien à faire, mon beau-frère, né en 1952 et qui n’est pas danois, donne l’exemple, par pur « âgisme » militant, et repousse sa retraite à 72 ans plus tard. Ça me donne une envie de rire méphistophélique.



                                                                     ***

La caste politique actuellement au pouvoir a du mal à comprendre qu’étiqueter ses opposants avec des qualificatifs aussi infâmants que nazis, fascistes, racistes, extrémistes, complotistes, pro-Poutine, et j’en passe, fonctionne de moins en moins bien : petit-à-petit, les gens maltraités, insultés par leurs dirigeants, finissent par ne plus porter attention à ces stigmatisations qui ne marchent que par ostracisation notamment dans les médias traditionnels, qui, bien malheureusement pour la caste dirigeante, perdent régulièrement leur pouvoir au profit d’internet et notamment des réseaux sociaux.

***

Je n’écrirai pas que ce président du gouvernement est le président de mes rêves, il me suffit de constater jour après jour qu’il est le non-président d’une croissante majorité dans la poisse. Je le croyais dans un tourment extrême à cause de la fétidité de son entourage le plus proche, mêlée aux relents des figures politiques qu’il a promues au rang de pairs de la table ronde du socialisme prédateur, qu’il lui manque des dizaines de milliards pour tenir ses promesses les moins loufoques, qu’après avoir promis une ou deux lunes, son millier de conseillers travaillant dans l’ombre l’avertissent qu’il ne faut pas espérer de miracle, enfin qu’il a des ennuis. Mais il déclare à des journalistes triés sur le volet qu’il adore mettre dans la confidence, qu’il se trouve personnellement frais comme un pinson et que son ressenti par rapport à ce qui lui arrive n’est que la plus ferme disposition à combattre le fascisme sur tous les fronts : Adolf et Benito n’ont qu’à bien se tenir ! L’annonce presque quotidienne, par des personnalités de tout bord, de sa chute imminente m’ennuie.
Car c’est ignorer, ou oublier, que derrière ce sinistre clown, squattant le pouvoir sans gouverner en compagnie du ramassis d’incompétents qu’il s’est choisi comme ministres, se trouve toute la machine oligarchique mondialiste : des marionnettistes qui ne le lâcheront pas tant qu’il n’y aura pas de remplaçant capable de poursuivre leur projet. Et de ce côté-là, c’est la médiocrité absolue, même en comptant sur l’incroyable indulgence du contribuable espagnol actuel. À chaque étape de son sinistre itinéraire, il a avoué se voir en forme, plus fort que jamais. Avec l’extraordinaire assurance du patineur inconscient du craquement du gel sous ses souliers, il avise qu’il a l’intention de se présenter pour un troisième mandat, au risque d’être élu. Force est de constater que nous vivons une période charnière entre un monde ancien, hérité des certitudes démocratiques de l’après-guerre et une chimérique société ouverte dans laquelle on tente de nous faire accepter à grand renfort de propagande et de duperies les pires absurdités. Nous en sommes au point où le pouvoir ne prend presque plus la peine de se dissimiler derrière une pseudo-bienveillance envers la population : il n’y a qu’à voir le ridicule des campagnes de communication et l'arrogance désinvolte d’un individu de cette audace à son poste. Qui ne se maintient point en se renforçant, mais en acceptant le chantage quotidien de ceux qui gouvernent à sa place et, le cas échéant, en réprimant les voix les moins cyniques de son propre parti. Les actions de ses ministres sont certes chaotiques, ruineuses et inefficaces mais radicales dans leur chemin de non-retour quand, par malheur, elles s’appliquent. Cette méthode, bien qu'efficace à court terme, entraîne tout le monde vers le précipice. Difficile d’imaginer comment contrôler efficacement des élites supranationales déconnectées des réalités et aveuglées par leur projet dément, comment stopper leurs nuisibles laquais corrompus, confits dans leurs privilèges ou, encore, comment réveiller, ouvrir les yeux d’une population divisée, sans repères, trop occupée à survivre regardant ces dangers de loin. 

 ***



L'impunité honteuse des crimes sionistes et le silence complice d'une grande partie de la société me révulse sans appel.

mardi 22 juillet 2025

Comment se débarrasser des vautours (politiques) en essaim

 Benjamin Lemoine

                                                                                                                   Antonio Elorza



***

La maladie politique qui nous étouffe, la main tendue de ceux de qui on détesterait être proche, la sympathie de certains vis-à-vis desquels on sent surtout l’envie de rester aussi loin que possible, les journées de guerre partout, l’angoisse sourde qu’on ressent par le génocide en Palestine, le pédantisme et le charabia « idéologiques » où que l’on mette les pieds, tout cela éclipse durablement les petits plaisirs quotidiens de somnoler dans l’oisiveté, d’apprendre (beaucoup), de parler (de moins en moins) et d’écrire (un tout petit peu), de rêver de voyages comme Larbaud, en pratiquant les langues des pays séjournés et en n’étant pas seulement amoureux à Alicante d’une charmante Ella mais aussi des sonnets de Malherbe, des sentences de N. Gómez-Dávila ou des labyrinthes de la vieille ville d’Oran.

***

Les deux corps du roiIl semblerait qu’il circule une singulière version élaborée par l’une des formations politiques qui font tenir debout la coalition au gouvernement selon laquelle P. S., sur le plan personnel, serait une pure crapule, sans besoin d’une longue enquête pour le prouver, mais sur le plan professionnel on aurait affaire à un combinard étonnant et, surtout, que le critiquer enchanterait la droite et l’extrême droite « espagnoles » et pourrait précipiter sa chute avec la convocation d’élections anticipées. Elle préfère, constamment préoccupée par ses propres besoins et intérêts, tenir pour négligeables les déshonorants reniements à répétition de ce même P. S., menteur compulsif, considérant surtout son aversion présente au rituel électoral, pas très favorable ni à sa personne ni à ses prétendues qualités. Elle lui assure, donc, son soutien inconditionnel, « produit des circonstances », comme elle-même l’affirme sans sourciller.

***

Fidèles à leur habitude, quelques raclures de bidet flanquées par pas mal d’ovnis et de plusieurs revenants, s’alarment dans leur habituel pathos rhétorique visant à affirmer en disqualifiant, que des leaders de la droite et de l’extrême droite, de l’église, des conservateurs, des gangs violents de mangeurs d’enfants à Noël et au nouvel An et des philatélistes radicalisés conspirent contre le « gouvernement légitime » (n’est-ce pas !) en vue de le renverser. On chercherait en vain dans la prose de ce manifeste aussi provocant qu’inepte un indice quelconque de connaissance sérieuse de la réalité sociale espagnole depuis des années. On y décèle sans peine, en revanche, la confirmation de l’état de dégénérescence idéologique avancée atteint par des gens qui se sont toujours fait forts de « former l’opinion » ou de « représenter le peuple ». Enfermé dans sa solitude, Big Boss (el Puto Amo) réfléchit, apocalyptique et agonique, à son habitude, à la meilleure manière d’échapper au traquenard ourdi par les méchants, tendu par les forces obscures. Il semble n’avoir pu, malgré son désir d’y arriver, accéder au statut de grand leader incontesté et universellement aimé, devant se contenter du soutien inconditionnel de quelques fantoches crépusculaires qui ne provoquent que le dégoût et le mépris et se sont condamnés par l’arrogance de leur geste purement rituel à l’impuissance et à l’indécence. Ils croient combattre toujours pour la gauche et le progrès au moment même où ils incarnent parfaitement le dédain de l’autocrate tout en l’entretenant.

***

Le champ lexical des stars médiatiques du sanchisme pour éventer la bonne nouvelle par le biais du commando de « l’opinion synchronisée » est émaillé de mots et d’expressions tels que : « parti exemplaire », « transparence », « sabotage », « fange », « fausses nouvelles », « réponse immédiate à », « tolérance zéro », « complot », « féminisme », « homophobie », « mémoire », « mémoire historique », « mémoire démocratique », « devoir de mémoire », « gouvernement de progrès », « légitime », « droite déjà extrême », « extrême droite », « fachosphère », « nazis », etc. Ce vocabulaire n'est pas chiche de grandiloquente dissimulation, et ces quelques formules déposent autour du néant centripète dont ils partent des éléments cardinaux qui délimitent un champ de signes se resserrant sur ce qu'il est possible de penser et de ressentir en pareille circonstance. Aucune liberté, zéro débat : il convient et il suffit de déposer sa lourde croix verbale dans les sarcophages prévus à cet effet. C'est un questionnaire à choix unique que la meute analphabète brûlée de lumière artificielle remplit consciencieusement, fidèle jusqu'au bout à ce qu'elle aura été jusqu’à la fin, un troupeau de laborieux adorateurs du faux et des célébrants serviles du vide, de grossiers personnages qui se sont fait une place à la seule cène qu'ils connaissent, la scène médiatique servile et bien rémunérée. Je n'imagine pas, de manière efficace, une formule pour décrire, pour formuler l'insignifiance de ce monde de pourris. Chacun des mots serait à arracher au sérieux du dictionnaire lui insuffler une dose de sublime ridicule, mais ce serait vouloir rendre un semblant d’existence à ceux qui ne le méritent pas. Ils ne font qu’occuper une scène. Les admirations et les stars d'une époque en disent long sur elle. La mémoire « démocratique », est partout particulièrement convoquée, fût-ce à titre privé, peut-être parce qu'elle a, avec la culture et « les discriminations », ce que les professionnels du wokisme ont toujours convoité durant toute leur existence avec un entêtement admirable : le flou conceptuel absolu. Qui permet de saper fermement ce qu'ils détestent ou d’encenser durablement leurs lubies. Et pour cela, il n'est nul besoin d'être « cultivé, subversif ou révolté », comme l'affirment les crétins qui bavent d'admiration quand ils s'alignent sur les positions (prétendument) progressistes des leurs politiciens professionnels préférés. C'est tout le contraire, bien entendu : il faut être servile, illettré et tenu par le conformisme le plus poisseux, c'est-à-dire, depuis les années 70, un anticonformisme théâtrale, spectaculaire, bien rodé qui n'impressionne que les naïfs et les nigauds. Un ersatz de féminisme. Une volonté farouche de s'attirer les sympathies du « camp progressiste » sous le trompe-l’œil de l’anticonformisme (absolument conforme) et les bénédictions d’une gauche mal nommée qui n’est en réalité qu’une une droite déguisée, sensible jusqu'à la sensiblerie. Prétendant jusqu'à l’exténuation à se voir « rebelle » alors qu'elle a été le plus efficace promoteur de l'idéologie impériale anglo-américaine qui s'est diffusée après 1968 sans aucune véritable objection. Mais elle a perdu en partie son influence sur l’information générale et sur l’actualité : on est maintenant plus vite informé des événements par les réseaux sociaux que par les médias professionnels. Ceci dit, les professionnels de l’imposture ne se lasseront jamais d’exposer leurs âneries, les malfaiteurs leurs crimes, et les affreux leurs horreurs, mais au moins, on est plus largement édifié sur leurs agissements.

 

jeudi 17 juillet 2025

Jours de juillet, jours moroses


***

« Les gens sont portés à justifier les affronts dont ils ne se vengent pas », Guy Debord, In girum imus nocte et consumimur igni.

 


***

L’installation d’Abu Mohammad al-Jolani, à la tête de la Syrie visait à provoquer l’autodestruction de ce pays. Elle est déjà en marche. Une fois que les Alaouites, les chrétiens et les Druzes auront été complètement massacrés, sauf ceux qui auront pu prendre le chemin de l’exil avant, l’entité sioniste sera tranquille sur sa frontière est et pourra conserver le Golan sans rencontrer d’obstacles majeurs. Une guerre civile chaotique longue durée, rien de tel pour servir les intérêts sionistes et anglo-américains au Proche-Orient. À la suite des nouveaux massacres, « Israël », qui occupe depuis 1967 la partie du Golan syrien, annexée depuis 1981, invoque la protection des Druzes pour justifier ses frappes à Damas et au sud du pays. « Israël » siegt an allen fronten.


                                                                         ***

Lire. Fusionnés dans le mutisme, les lecteurs solitaires acceptent de partager des événements imaginaires avec les auteurs qu’ils aiment, qu’ils peuvent lire, consulter, voire, éventuellement, contacter, sans forcément partager leur manière de penser ni leur genre de vie. Ces événements imaginaires constituent le genre d’événements qui font du bien à la solitude et à la pensée. On sait qu’ils existent pour nous. Ce qu'il faut, c'est pouvoir y participer mentalement sinon physiquement, ou couper avec l’histoire quand on le désire. Ce qu'il faut, c'est le retrait paisible, la retraite choisie sans impositions. Tout le contraire de ce que l’actualité exige dans un contrat que nous n'avons jamais signé. La vieille urbanité permettait la solitude et la compagnie, l'incivilité actuelle impose à la fois la promiscuité étouffante et l'isolement impuissant.


                                                                   ***

Écrire pour le plaisir du divers, en faisant une sorte de bilan de presque tout ce qui se passe « au dehors » avec les surprises que cela comporte et pour lesquelles on n’est pas préparé. On est normalement à la merci d’énigmes impossibles. Avec des reprises (y compris d’images ou de photos) et des développements qui ne signifient jamais une fin, une cause, une utilité, mais bien au contraire un horizon lointain, entrevu, jamais out très rarement atteint. Beaucoup d’amertume, de désillusions fruits de la vieillesse mais sans se refuser l’ironie, le traitement du grotesque par le burlesque ou, tout simplement, l’éloge de la vie : « C’est une absolue perfection, et comme divine, de sçavoyr jouyr loiallement de son estre » (Montaigne, Essais, III, 13).

***

Écouter. Vagabondage indolent d’une musique à l’autre, d’une chanson à l’autre, lâchées au hasard comme des oiseaux. Par caprice absolu, comme si c’était de la poésie. Ou de la peinture. Instants de bonheur passagers et répétés par la recherche simple de l’émotion livrée d’emblée, de l’impression primaire de plaisir, appréhendée rapidement. Ma tête, sans repos, passe de l’hommage vibrant à l’Iran de la composition Iran Iran, de l’émouvant Mohammad Noori à L’Orphée et Eurydice de Gluck, de Canciones y madrigales de Francisco Guerrero, à Jordi Savall / Hespérion, Lacrimae Caravaggio  … Grâce à ces « distractions » la monotonie estivale devient seule source de vie, de réalité et, presque, de vérité : étrange assortiment d’existentialisme biscornu mâtiné de doute méthodique dans lequel se confirme ma conviction que l’âge marque la fatigue des certitudes et le déclin des absolus. Et je rends hommage au dur labeur de C. Foulon, La ópera en disco de Mozart a Britten, qu’il compte éditer prochainement. Rien que les trois dernières lignes de l’introduction mériteraient le déplacement, je veux dire, l’achat et la lecture de cette étude de plus de sept cents entrées.



lundi 14 juillet 2025

Cuisine actuelle : tout savoir sur le maquereau

Lectures d'été pour l'édification des plus jeunes et des vieux oublieux


Un troussage de domestique (aïe, encore un socialiste qui joue le rôle de méchant !)


Le vrai roman de Dominique Strauss-Kahn (le meme que ci-dessus mais en calibre)



Du couvent au bordel: Mots du joli monde (frise explicative de pas mal de choses)

***

Ça n'arrive qu'à l'étranger ! Que le journal de référence que El País est censé être – « de révérence » à l’égard du gouvernement sanchiste, en fait – se fasse le relais de mensonges et de contrevérités destinés à dissimuler ou travestir une réalité de plus en gênante aussi bien pour la mouvance sanchiste que pour ses associés n’a en réalité de quoi surprendre. La présentation unilatérale, pour ne pas dire caricaturale, qui est faite des cas de corruption et des magouilles de la vermine au pouvoir offre un bon exemple de manichéisme primaire auquel cède depuis des années le complexe médiatico-politico-intellectuel de notre pays pour embrigader une opinion publique qu’il formate plutôt qu’il ne la forme. Exemple visible de ce que peut être produit et reproduit, en compagnie d’autres média stream du même acabit, comme récits alternatifs de la réalité, réécrits en phase avec la version la plus favorable aux intérêts des autorités officielles, afin de relativiser l’importance des événements sordides et criminels qui sillonnent la trajectoire chaotique de plusieurs ministres et dirigeants « socialistes » et qui hantent le quotidien du pauvre contribuable, ponctionné sans pitié, abandonné à son sort. Les conditions de vie, les besoins et les aspirations des classes populaires, auxquels le fatras présidentiel plein d’idées pures ne peut que demeurer étranger, comptent pour du beurre. Falsifier les faits ou nier l’implication des fautifs en plus de celle, avérée, de leurs complices nécessaires a pour objectif la perpétuation de la bande depuis son accession au pouvoir. Les récentes égratignures de carrosserie de l’image du Big Boss, pataugeant dans un vaste et sordide univers prostibulaire connu depuis longtemps, entament considérablement sa réputation auprès d’un électorat féminin incessamment caressé dans le sens du poil, envers et contre tout. Ignorant les implications politico-idéologiques des activités de sa belle famille dont il a largement été bénéficiaire, le président n’a pas hésité une seconde pour proclamer haut et fort sa répugnance pour celles des deux derniers secrétaires d’organisation de son parti, par lui nommés et de sa confiance la plus totale, faisant semblant de vouloir s’attaquer de face au problème la prostitution. Et de prendre de façon urgente et définitive des mesures, avec des amendes et tout. De sorte que, à force de cynisme et de tartuferie, mettre sur le tapis, dans le débat public qui agite le microcosme politique, ce qui restait un point aveugle ou une question tabou pour l’opposition, revient à parler de corde dans la maison du pendu. Les vitupérations franchement délirantes, frisant souvent l’hystérie, dont ont fait l’objet les allusions du chef du parti populaire (PP) à ce sujet sont la meilleure marque de l’allergie viscérale à tout ce qui peut mettre en cause la haute opinion qu’ont d’eux-mêmes les adeptes autoproclamés « progressistes » de la secte, toujours à la traine du président, qui jugent sacrilège toute contestation de leur monopole de l’honnêteté, voire de la décence, institué en Table de la Loi. Tout ce qui porte atteinte à l'image de leur Narcisse est faux et archi-faux. Point barre. Commençons par écarter les faits et la discussion sera définitivement tranchée. 

*** 

Bienheureux les silencieux. Blogueur laborieusement insignifiant, je sais pourtant que j’ai de vrais lecteurs qui, eux, préfèrent se taire et ne pas faire confiance aux mots. Ils savent sans doute combien il est difficile de trouver le ton juste, les mots à la fois singuliers et pertinents qui pourraient sinon apporter quelque chose au jeu de sortie du labyrinthe quotidien, du moins y répondre autrement que par des réflexions rapides, des hors-sujet navrants ou des blagues consternantes dans chaque case du chemin parcouru. La « facilité » du blog autorise à raconter n’importe quoi sans avoir à le prouver par « une analyse concrète d’une situation concrète » comme l’intimait ce penseur et leader rétrograde de Lénine. Tout n’étant qu’affaire de « discours », comme le croyait ce philosophe à la con de Laclau, il suffira toujours de substituer un mot à un autre et l'affaire sera dans le sac …

***


***