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mardi 22 juin 2021

Le retour de l'été

 

Des efforts débridés pour bannir la MÉMOIRE de l'apprentissage. Surtout de la part de la psychologie cognitive. L'enseignement et l'apprentissage devraient être considérés comme des frères et sœurs séparés. L'utilisation de la mémoire comme ressource d'apprentissage conduit inévitablement à la monotonie du simplement répétitif, non critique, mécanique, sans approfondir dans la portée de ce qui a été réellement appris... Soit. En revanche, dans le domaine de l'HISTOIRE, les propriétaires du manège en ont fait un instrument indispensable. Jusqu'à ce qu'il devienne LOI. Avec un riche assortiment d’amendes, peines de prison et mort sociale pour ceux qui veulent explorer au-delà des marges imposées. Ainsi, la "mémoire", occultant d'autres domaines du savoir, émet une lumière étendue et irrécusable dans celui-ci.

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La personne violente, capable de tuer pour imposer d’un seul tenant ce qu’elle prend pour des idées, établit des règles du jeu particulières en refusant énergiquement de faire peser sur ses propres épaules les conséquences de ses choix. Mais il y a un hic : quand elle a décidé d’éliminer physiquement quelqu’un, elle s’est déjà tuée préalablement elle-même. Elle est dans l’impossibilité de comprendre, avant de passer à l’acte, qu'elle a déjà été, elle-même, fatalement, sa première victime. À chaque fois qu’elle décidera d’abattre un « ennemi », elle aura effacé à jamais la partie d’être humain qui aurait pu demeurer en elle. Et comment pourrait-on endiguer tant de haine quand on n’a pas conscience du mal qu’on inflige à autrui ? À un moment donné, que ce soit à son tour de mourir par l’épée ne relève guère que du pur accident car, bien auparavant, quelqu'un qui prend la détermination de dénaturer ainsi sa vie ne pourra plus s’affranchir des aléas de son état de bête sauvage. Et par voie de conséquence, quiconque est incapable de se reconnaître misérable ne mérite nullement la miséricorde…

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« Ceux qui auront été intelligents brilleront comme la splendeur du ciel, et ceux qui auront enseigné à la multitude brilleront à perpétuité comme les étoiles. » Daniel 12:3

Ce que vous devenez à la fin de votre vie détermine le sens ultime de votre parcours. Les incidents survenus au long du chemin n’ont pas d’importance, seule la suite ordonnée des évènements aura de la valeur. Je pourrais ou non être pardonné pour tout le mal que j’ai causé, mais cela n'empêchera pas qu’il a bien eu lieu. Lorsque l’ère éternelle de la fin des temps arrivera enfin, chacun brillera de la lumière ou des ombres qu’il aura accumulées au cours de sa vie dans ce monde.

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Lorsque le cordon ombilical à travers lequel le sang de notre mère nous a nourris est coupé, nous nous trouvons soi-disant libres mais désemparés, impuissants. Nous devenons autonomes amis des animaux abandonnés au rythme de notre cœur. Dans une seconde naissance, contrairement à ce qui se passe dans la première, nous perdons notre indépendance, nous sommes plongés dans des abîmes inconnus, nous ne sommes plus vraiment libres. Si la première naissance nous sépare de notre mère en coupant le cordon, la seconde nous remet à nos semblables, liés par une série d’attaches qui nous ficèlent pour la vie. Il y a une grande différence entre la première et la deuxième naissance. La première, jusqu’à l’accouchement, dure trente-six semaines et se consomme en quelques heures, entre l’eau et le sang que notre mère répand en couches. La seconde se développe tout au long de notre existence, elle avance, elle fait marche arrière, elle se nourrit du feu des joies et des peines où brûle la Grâce, notre forge, et finit par se clore après notre mort. Certains cherchent désespérément des chaînes pour se lier au monde, d’autres prennent plaisir à enchaîner ceux qui les approchent. Le harcèlement des marchands de chaînes est permanent.


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Il faut faire très attention à ce que les connaissances n’entravent pas la sagesse.

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« Tout ce que ta main trouve à faire avec ta force, fais-le ; car il n’y a ni œuvre, ni pensée, ni science, ni sagesse, dans le séjour des morts, où tu vas. » Ecclésiaste, 9:10

Je me flatte d’être fils de manœuvres et je garde, de tout mon cœur, mon admiration pour ceux qui poussaient la charrue ou menaient les bœufs, ceux qui bâtissent des maisons et ont sué dans la chaleur des forges, pour les pieds et les mains habiles des potiers façonnant l’argile sur la roue… ces gens-là ne sont pas très recherchés par les institutions, les pouvoirs ou les parlements et normalement ils n’occupent pas des positions d’honneur ni dressent leur tréteau pour bonimenter comme des camelots de l’éphémère foire sociale. On a écrit, à propos de ces gens-là, qu’ « ils assurent la création éternelle et leur prière se confond avec les tâches de leur office. »

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Un jardin joliment fleuri comme celui de ma chère R. pousse les portes de la sensibilité. Le bonheur s’y engouffre d’une manière extraordinaire. Comme on réagit à ces nuages ​​entrebâillés, traversés par des rayons de lumière dans n’importe quel paysage. Ou comme on s´émeut sans raison au crépuscule. Il n’y a pas de meilleurs endroits ni de meilleures heures pour laisser son cœur se reposer, seul ou en agréable compagnie. À l’aube ou au crépuscule. Au moment où le ciel se montre ou tire sa révérence gardant toujours son bleu et parsemé d’étoiles. Tomás de Mattos écrit que « le Béni du Ciel se manifeste dans les crépuscules » et il n’y a pas de meilleur temple pour l’accueillir que celui qu’on aura élevé dans nos propres cœurs.

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Comme ma mère tentait de m’enseigner au cours des longues veillées étoilées attendant le retour du travail de mon père, j’ai évité – quand cela m’a été possible – de m’endormir dans mes propres rêves lentement disparus dans le bourbier de l’oubli, j’ai essayé de ne pas tomber dans le piège de velours tendu par l’encensement des flagorneurs et j’ai appris à colmater avec détermination  les déchirures de l’ignorance et du non-savoir. Maintenant j’espère que le feu de celui qui vit éternellement éclaire toujours ma lanterne, me sauve de l’obscurité de la longue nuit que, à travers le désert de son existence, chaque esprit doit traverser jusqu’à ce qu’il ressente cette Présence secrète qui inonde les cavernes les plus obscures, les gouffres les plus enfoncés, les puits les plus profonds…

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La démocratie espagnole est dans un état de putréfaction avancé dans laquelle grouille et se développe la pire des vermines qui se délecte des chairs délabrées de ce que fut un jour notre patrie commune. Quelle consternation, quel dépit d’assister à cet effondrement, à la glorification des nationalismes périphériques ou non, mais tous pure manifestation d’un micro-sionisme suicidaire et à l’idolâtrie de l’insignifiance propagée par les pires absurdités de l’idéologie yankee où le règne insupportable des inversions prend une ampleur jamais atteinte : les lobbyistes milliardaires passent pour de pauvres persécutés, le laid devient la référence, l’imbécilité est un critère de réussite, la femme est un homme (et inversement…), les minorités écrasent les majorités par le biais de lois spécieuses, d’associations partiales influentes et de réseaux politico-médiatiques aux rôles obscurs et très éloignés de l’utilitarisme sinon du bien commun. Le paradoxe est flagrant : des gens qui n’ont aucune compétence particulière mais un pouvoir certain peuvent contraindre ceux qui ont le savoir et pensent avoir le devoir de le faire connaître, à se taire ou les punir pour avoir parlé. Ce microcosme dominant le brouhaha médiatico-politicard, qui n’a de la société dans laquelle il se nourrit qu’une vue partielle et bien souvent virtuelle, définit les règles de vie et de conduite et donne le “la” de la pensée autorisée censurant tranquillement le reste.

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Sánchez ne cédera rien parce qu’il n’est pas là pour gouverner. Il n’est même pas là pour être réélu et encore moins pour faire une carrière politique. Il se fout de tout ça, et donc il se fout de ce qu’on pense ou dit de lui, de sa cote de popularité, de son avenir politique. Sánchez est un condottiere mandaté par des commanditaires très puissants pour détricoter tout ce qui était national et solidaire en Espagne. Et sa récompense ne sera pas d’être réélu comme cette vieille merde de Zapatero ou de prendre place dans le paysage politique, sa récompense sera d’aller siéger dans tous les conseils d’administration des sociétés parrainées par ses commanditaires. Ce n’est rien d’autre qu’un homme de main qui obéit à des ordres et qui a agi en deux temps : en pourrissant l’État de l’intérieur à la tête d’une organisation complètement dévorée par les suprématistes et en prenant ensuite prétexte de ce pourrissement pour mener à bien son pillage en règle de l’état. Voilà pourquoi il se moque de tous les scandales à répétition le concernant et concernant son gouvernement. De ses ridicules trente secondes trottinant à côté de l’inquiétant automate gâteux Biden. Voilà pourquoi nous avons un gouvernement “de bric et de broc” composé sans vergogne de populistes en chute libre et de séparatistes insatiables, voilà pourquoi il garde une Procureure en dessous de tout, pourquoi son ministre de l'intérieur peut éviter à deux reprises la réprobation au Parlement grâce à l’appui séparatiste. Voilà pourquoi il met sans honte un pittoresque Ministre à la tête du ministère des transports, la mobilité et je ne sais quoi de plus, un mec capable de tripoter les quarante mallettes itinérantes de Madame Delcy Rodriguez (personnage haut placé du régime vénézuélien) et de se faire protéger par un sinistre garde du corps aux comportements de voyou qui menaçait le maire de León, socialiste lui-aussi, dans des termes peu rassurants : « On a encore trois ans pour te baiser à fond ! »  Voilà surtout pourquoi il ne cède et ne cédera devant aucune critique. Parce qu’il s’en fout. Il se fout de vous, il se fout du pays, il se fout de tout. C’est son homme de confiance, le puant I. Redondo qui s’occupe de tout ce tout à sa place. Il détricotera tout jusqu’au bout sans écouter personne, sans état d’âme, sans penser à l’avenir de son parti dévasté.  Et il partira en laissant un pays épuisé et exsangue, trop sonné pour se défendre contre le plus violent des systèmes de finance ultralibérale qu’on puisse imaginer. Petit chef, déjà foutu à la porte de son parti à coups de pied au cul, épaulé par une petite mais puissante coterie d’intrigants qui met le pays en coupe réglée depuis des années sous couvert de pouvoirs institutionnels indûment accaparés, et qui regroupe des tricheurs, des menteurs, des arrivistes, des assoiffés de fric, des voleurs, des fraudeurs, des traîtres à la Nation, des incompétents, des décadents… Le tout derrière une marionnette manipulée par les riches oligarchies périphériques. On a du mal à se donner la peine de citer les noms de ces racailles car on pourrait donner aux lecteurs l’impression de d’avoir déposé des étrons au milieu de cette page.

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Question d'une bonne amie de Gasteiz : ne pas compter sur vous, après tout le mal que vous vous êtes donné pour l'intégration au Plan de Bologne ! Pourquoi vous ont-t-ils infligé cette blessure en 2008 ? Il ne valait même pas la peine de quêter leur sympathie dix ans auparavant ! Je n’ai jamais été des leurs et j'en avais pas besoin. Leurs combines stupides ! Amis à vie et le lendemain, ennemis mortels. Rancunes parallèles à leurs vies sans intérêt. Du coup, j’ai encouragé et soutenu la candidature à la direction de mon département, en 2012, d’un honnête homme – au sens du 18e – qu’ils avaient pris en haine, boycotté et méprisé implacablement depuis des années… Il a dirigé adroitement le machin faisant équipe avec un Belge qui, au moins, s’était donné la peine d’apprendre le basque, lui. Le mec qui l’avait précédé au secrétariat étant une burne de chez burne, l’ambiance n’en était que plus purifiée pour les neurones de tout le monde. Mon travail aux RRII et surtout avec le groupe francophone de chercheurs et d'enseignants sur nos trois Campus m'a largement suffi, m'a procuré très largement satisfaction et m'a permis de découvrir à quel point le travail des gens discrets et efficaces faisait tourner le manège beaucoup mieux que les simagrées ridicules des enflures autoproclamées géniales. 

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Ma mère, très liée à ma sœur par de profonds liens d’interdépendance, m’avait intimement blessé me jetant un jour à la figure mon incapacité à comprendre leur manière de relever les défis de leur quotidien : comment pourrais-je les comprendre, moi, qui avais tout reçu sur un plateau ? La balance n’était pas équilibrée, elle penchait en ma faveur depuis le début de ma vie. Pour qu’elle penche du bon côté il fallait reconnaître la force probante de l’autre partie, la meilleure. Pour sa balance à elle, ma sœur voulait équilibrer ses trois plateaux plaçant au milieu ce fléau lapidaire : « Ou bien tout le monde, ou bien personne » Ce levier sans contrepoids, déjà sous l’emprise du bêtement correct, concernant l’orientation des études de ses enfants, manquait de stabilité et n’était pas manœuvrable. Je voyais dans cette pensée stupide une sanction implicite au cas où chaque enfant ne montrerait pas de capacités intellectuelles strictement identiques. Voilà comment je me suis fait coller le plateau dans la gueule…

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mardi 8 juin 2021

Fil tendu aux portes de l'été


¿Cuándo es cuando se cambian las funciones del alma y los resortes del cuerpo
y en vez de llanto no hay más que risa y baba en nuestro gesto?
Si no es ahora, ahora que la justicia vale menos, infinitamente menos
que el orín de los perros;
si no es ahora, ahora que la justicia tiene menos, infinitamente menos
categoría que el estiércol;
si no es ahora ... ¿cuándo se pierde el juicio?
Respondedme loqueros (…)
León Felipe, El payaso de las bofetadas y el Pescador de caña: ‎poema trágico español, El Colegio de México


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Générosité gouvernementale de la bande à Sanchez pour les suprématistes catalans, pour les mafieux basques, pour… Quels gens généreux ! Quels hommes de paix ! Capables de vaincre la répugnance inépuisable, normalement spontanée, que provoquent presque partout tous ces malheureux à peine avant-hier encore fiers de leur déclaration de l’indépendance pour quelques instants ou les héros de la meute des tueurs dans le dos, des racketteurs, des balances de leur voisin. Et des questions sans réponse. Pour la Fonderie des Années de Plomb : comment, au sein d’une communauté développée, catholique à fond  et nationaliste bon teint, à un moment donné, l’assassinat a pu devenir l’intérêt public dominant ? Pour les corrompus séparatistes pilleurs de fonds publics pointant toujours leur sale doigt accusateur vers l’extérieur, la confirmation par eux-mêmes de ce que, dans le temps, le droit disait : nemo auditur propriam turpitudinem allegans, c'est à dire, nul ne peut invoquer sa propre ignominie. Ah, ça non, ils ne se considèrent pas abjects du tout ! Comment comprendre, alors, l’entêtement du gouvernement pour les rapprochements vers les prisons basques pour les seconds et la grâce pure et simple pour les premiers, qui ont envoyé chier le gouvernement et la Cour suprême affirmant publiquement qu’ils peuvent se la foutre où on pense, leur grâce, et qu’ils sont d’ores et déjà prêts à recommencer ? En général, pour le droit à l’envers d’aujourd’hui, ce sont les délinquants politiques et les assassins politisés qui méritent justification et compréhension, les pauvres, après avoir gentiment invité à la bataille déchirant l’égalité et la liberté nationales (tous libres et égaux devant la loi ? vous voulez rire !) ou carrément zigouillé leurs semblables sous l’emprise de bouffées délirantes de bonheur pour leur tribu, de justice infinie pour leur clan où ils se reconnaissent entre eux, acclamés par la foule comme des héros. Voyez-vous de quoi on parle quand on parle de ce qu’on parle ? Pour le joueur de bonneteau de Moncloa, réclamer justice revient au même qu’exiger vengeance. Quel cœur plein de noblesse, quelle grandeur d’âme. Si Paris valait bien une messe, quelques nuitées de plus au palais présidentiel grâce à l'appui au Parlement des partis concernés méritent bien tout le dévouement de notre premier ministre… Faut n'avoir honte de rien, d'imposer cette basse politique politicienne, d'en profiter ou, citoyen lambda à des années lumière de toutes ces sales combines, d'y contribuer sans protester.



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La valeur accordée au calme, à la discrétion, à la tranquillité, à l’habitude disparaît au profit de la vitesse, du scandale, de l’impertinence ou de l’hystérie. Aujourd’hui, il faut agresser pour exister. Pas d’activité louable qui n’ait pour but et pour effet d’embêter. Pas de bonheur autrement qu’en troupeau agresseur revendiquant sur tous les toits les pires idioties et affirmant bruyamment l’adhésion aux droits les plus biscornus. La paix profonde, la sérénité qu’enseigne la culture antique, n’intéressent plus personne. Au point qu’on a vite fait de les retirer de l’enseignement après un systématique entraînement à les désapprendre. Je serai à longueur de journée invité à crier, bouger, devenir ce que je suis « parce que je le vaux bien ! ». Exiger, me faire remarquer systématiquement, bousculer le monde à la hauteur de mes moyens pour me sentir original, unique, insoumis à je ne sais quoi… voilà le fond de la nouvelle sagesse populaire au parfum de tinette.

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Civilisés. Nous sommes civilisés comme pas possible. Question esclaves nous n’en avons plus depuis belle lurette, juste de pauvres bougres qui se crèvent la paillasse avec des salaires de misère pour financer tous ceux qui, plus astucieux, vivent de la charité publique, pardon, je voulais dire de la solidarité. On est civilisés, tout de même. La question se pose de savoir précisément de quoi il retourne quand on parle de civilisation. Au Larousse, la civilisation apparaît comme « l’ensemble des caractères propres à la vie intellectuelle, artistique, morale, sociale et matérielle d’un pays ou d’une société ». Aucun jugement de valeur, ça vaut pour tout, depuis les tribus reculées jusqu’aux New-Yorkais de Manhattan pétés de dollars au point d’acquérir un bocal rempli de merde estampillé art contemporain contre une somme équivalente au budget mensuel d’un état africain.

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Le mélomane affiché est une nuisance. Je me souviens d’avoir essayé de regarder des opéras à la télé. Sur Arte, sur la Cinq, avec les costumes les plus ridicules que l’on puisse imaginer et des mises en scène à l’avenant. Ça gâchait le plaisir ! Et toujours le même leitmotiv du commentateur cultureux satisfait : Mozart, Wagner, Bizet, c’étaient des révolutionnaires  et cela suffisait à justifier les cantatrices en strings, Tristan ressemblant à un toutou, etc. Il y a une volonté de s’en prendre au beau qui est pathologique. Incapables de la moindre « création », les médiocres détruisent, salissent. Un ami, vrai mélomane discret, m’expliquait que le public est de plus en plus âgé et que la présence de nouveaux convertis assez exceptionnelle. En majorité, des bobos gauchistes qui ne vont pas au concert pour la musique mais pour l’illusion d’appartenir à une élite. C’est plus une habitude, une manière de s’afficher qu’un goût. Avec ça, on entend souvent des réflexions idiotes énoncées par des responsables culturels, y compris ceux doués d’un certain talent, tenant à faire savoir qu’ils ne détestent pas le rap au nom d’un éclectisme qui refuse de hiérarchiser. Exactement pareil pour la littérature.

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"¿Escritores? Nos ahorraríamos muchas desilusiones no llamando escritor a cualquiera que sabe escribir… Yo conocía a estos escritores: eran por lo general personas de inteligencia poco profunda y horizontes bastantes estrechos (…) Estos cadáveres vivientes se distinguían por la siguiente característica: les resultaba fácil fabricar su propia postura moral e ideológica, ganándose de esta forma el aplauso de la crítica y de una parte importante de los lectores. Ni por un momento creí en el catolicismo de Jerzy Andrzejewski y, tras haber leído unas cuantas páginas de su novela, saludé en el café Zodiak a su cara sufrida y espiritual con una mueca de tan dudoso significado que el autor, ofendido, rompió inmediatamente su relación conmigo. (…) Tener ideales no es gran cosa, lo que sí es una gran cosa es no incurrir en pequeñas falsedades en nombre de grandes ideales. Aquel que tenga miedo del desprecio humano y de la soledad entre la gente, que calle. Pero este miedo es también imaginario –pues la popularidad que se consigue al servicio del lector y de las corrientes de la época no significa otra cosa que tener grandes tiradas, nada más –, y sólo aquel que ha logrado separarse de la gente y existir como un ser singular para más tarde conseguir dos, tres o diez correligionarios o hermanos, sólo este se habrá liberado de la soledad en los límites permitidos al arte. ¿Acaso en alguna ocasión el hombre ha estado en otro lugar que no fuera él mismo? (…) He dedicado mucho tiempo a la reconstrucción de mi pasado, he establecido laboriosamente la cronología, he forzado la memoria hasta el límite buscándome a mí mismo como Proust, pero no hay nada que hacer el pasado no tiene fondo y Proust miente. El artista es aquel que dice: ese hombre habla bien, pero él mismo es un imbécil. O bien: de los labios de este hombre mana la más pura moralidad, pero tengan cuidado con él, ya que él mismo, al no poder satisfacer su propia moralidad, se está convirtiendo en un canalla. Cierta sensación de vergüenza me impide escribir exactamente lo que la gente espera de mí."  

Witold Gombrowicz, Diario (1953-1956)

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On remarque plus le temps qui passe sur les autres que sur soi-même. 

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Visite à l’Abbaye de Sainte-Marie, monastère cistercien de Valbuena de Duero. Emerveillés par la matérialité de l’ensemble du bâtiment (retable de l’Assomption, pure merveille baroque !) et transportés aussi par son immatérialité, celle qui est au-delà de la réalité tangible, et que ni archéologues ni architectes ni restaurateurs ne sauront pénétrer avec le discours rhétorique habituel, bénéfique et rassurant, si souvent pédant, vêtu d'une aura médicale toute blanche, philanthropique mais, hélas, incapable de guérir de la maladie du temps qui passe, « Achille immobile à grands pas », car ni la littérature touristique ni même l’historiographique, incapables d'émotions, ne peuvent l’approcher. Le lieu continue à fournir des données aux savants et du repos aux touristes, riche de ce que nous définissons en termes bourgeois, comme patrimoine ou héritage, mais réserve sa capacité à émouvoir, à vibrer, à communiquer ce que lui seul est capable d'exprimer, aux seules âmes sensibles…

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« Les cathédrales spiritualisent nos villes, elles chantent plus haut que leurs bruits, elles y implantent ce qui leur manquait. Il est trop facile de montrer ce que leur doit l’homme cultivé qui en embrasse toute la beauté, ou le croyant qui y retrempe son âme. Il faudrait montrer ce qu’elles valent pour celui-là même qui s’imagine ne rien leur devoir. Il croit s’en passer , mais il les voit en passant, il y est quelquefois entré par hasard. Même s’il n’a pas trempé ses doigts dans le bénitier, il a senti sur son front l’ineffable baptême d’ombre qui tombe des voûtes ; la médiocrité de sa vie s’est trouvée interrompue et déconcertée pendant un instant. Même s’il n’a pas admiré, il s’est du moins étonné ; une prière informe a peut-être émergé de son cœur. Ces cathédrales sont à la fois ce que nous serions incapables de recréer et ce qui nous représente encore. Supérieures sans nous être étrangères, leur magnificence se déploie aux confins de notre indigence. » Abel Bonnard, Ce monde et moi


Et ce lien pour les curieux qui auront le temps de s’embarquer avec Huysmans dans l’aventure d’une tournée à bord d’une cathédrale vaisseau (immobile) de guerre…   

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samedi 29 mai 2021

Adieu, mois de mai... et à revoir !

Un amoureux du Sud. Paul Nizan, dans une lettre (août 1928) à son épouse Henriette : « Arriva Avignon. (…) On saisit partout le Français tel qu’il est, mais dans le Midi on saisit son ignoble essence, ce composé de lâcheté, de vanité de psittacisme, d’étroitesse, d’isolement, de sécheresse cachée sous une fausse joie. Un homme du Midi est deux fois français. La limite supérieure de la vigne et de l’olivier marque l’apogée de l’esprit français. C’est là qu’est née la sociologie française après la laïcité française, après la politique française. Il y a eu une seule tentative de libération en 1793 : la Montagne contre la Gironde. En France, Thermidor revient par malheur toujours, c’est-à-dire cette revanche de la bassesse, cette victoire du Français de France, cette victoire du Sud, cette victoire du maquereau Tallien, cette victoire du patriote Thiers, qu’on appela le foutriquet. (…) Orange et Avignon m’ont suffi. Je ne verrai pas les autres villes plus pleines encore de la pourriture de l’art romain. (…) Vous aviez fini par me faire croire que j’avais tort dans ma haine abstraite du Sud : mais les jugements sur les réalités dépassent mes prévisions, mes imaginations sur le possible. Cette haine est concrète. Ce mépris est simple, direct et aussi parfait que je puisse le souhaiter. Ni les villes, ni les gens, ni les paysages n’y échappent. Ils sont tous exactement le contraire de ce que j’aime. Je déteste ces paysages tristes, secs, ensoleillés, ces oliviers plats, bien moins beaux que ceux de Turin ; cette médiocrité, car la Provence est plus laide, elle est banale, elle est de ces paysages qu’aiment les cœurs ternes et étroits, qui ont peur des pays larges et irrigués, qui aiment les petits décors de tapisserie, qui aiment les tableaux de genre et qui craignent la vie. (...) » Henriette Nizan & Marie-José Jaubert, Libres Mémoires, Robert Laffont.

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En nous réveillant le ciel et les basses températures nous font penser que nous sommes en décembre. Un peu plus tard, la douceur vient comme une caresse quand nous ouvrons les volets. On ne voit pas le temps passer. On ne voit nulle part que nous sommes aux portes de l’été. J’ai reçu hier la version papier du livre consacré par deux universitaires catalans au trésor du yacht Vita dont j’ai écrit dans un billet précédent. Je me situe à des distances sidérales des conneries genre « j’aime surtout le papier, son tact, son odeur d’encre… ». La lecture digitale me semble à des années-lumière de ces balivernes pour des tas de raisons que j’ai du mal à répercuter pour une millionième fois. Mais dans le cas présent, je tiens à consulter la version imprimée. C’est un volume de près de 500 pages riche d’un travail de recherche effectué par deux historiens. Énième revisite, donc, de la guerre civile en territoire républicain et, comme toujours, car cela finit par s’imposer, partout. Relu aussi par hasard, « en même temps » comme dit notre chef d’État voisin, un rectificatif intéressant de M. Enrique Moradiellos, biographe de Negrín, sur la comptabilité la plus ardue de la fin de la guerre (El Doctor Negrín y las cuentas financieras del exilio republicano. Una ponderación rectificadora). Et combien de retours à la case départ ! Parce que malgré le travail sérieux, rigoureux, professionnel d’un Ángel Viñas, la relecture d’un Francisco Olaya Morales me laisse encore une fois un arrière-goût amer. La férocité de l’arrogant Monsieur Nœud Papillon-Viñas et ses sarcasmes de fonctionnaire international devenu mandarin impeccable de l’histoire-papier contre le travail-témoignage d’Olaya (il méritera un jour qu’on lui donne du « monsieur », à lui aussi, à ce paria, étant donné que le titre sonore d’historien  reste réservé aux porteurs autorisés par d’officiels arrêtés ?) viscéral, engagé, sortant de ses tripes, du vécu et non seulement des archives et de la paperasse consultées, aussi rigoureux que peut l’être quelqu’un de foncièrement honnête parce qu’il a payé de sa vie mais n’appartenant pas au sérail bienpensant et qui s’est toute sa vie battu pour quelque chose d’autre que des colifichets universitaires. Eternel retour d’un débat entre certains personnages suffisants et d’autres soi-disant insuffisants, inévitablement assorti de considérations subjectives : les uns et les autres forçant à tour de rôle l’aversion ou plutôt la sympathie. En fonction de la justesse de leurs arguments en l'occurrence.

Et toujours le même tableau. Peu reluisant pour ceux qui ont vécu sur place ce dont ils écrivent ou, bien au contraire, si brillant pour ceux qui sont toujours sagement à l’abri… « Ces années lumineuses ! » s’exclamait récemment, évoquant ces années-là, le cynique bouffon, l'ignare, à la tête de la bande qui conduit à l’heure actuelle l’ensemble du pays dans le mur. En effet, quelle éclatante lumière que celle d’un pays plongé dans la tourmente, avec partout des hommes en armes aussi bien dans les rues des grandes villes et que dans des villages reculés, des destructions et de massacres partout pour imposer par le sang les merveilles des communismes de toutes les couleurs imaginables ou les paradis charmants déclinés « Dieu – Patrie – Roi » à côté des panoplies fascistes. On fusillait énormément, quotidiennement. Dans un mélange abject d’avertissements, leçons, punitions, châtiments, revanches… si bien résumés par le terme espagnol d’escarmiento.
Du pur plaisir pour les douleurs infligées. Retour à des stades de sauvagerie mille fois déjà vécus, au nom de la révolution, de la religion, de l’ordre, de la justice par le crime… Ou, par une pirouette géographique, moisson pareillement sauvage de curés et de nonnes, de fascistes et de bourgeois, de toute personne n’étant pas manifestement de la cause sacrée, cette fois-ci de gauche, pouvant être condamnée par un tribunal populaire ou simplement abattue par des justiciers improvisés. Cette vieille manie de transformer la vie des hommes en orgie de mort au nom d’un hypothétique avenir lumineux qui prend sa source dans les ténèbres d'enfers bien réels. Un point de vocabulaire curieux est que l’usage courant du mot fascisme dans l’Espagne d’alors était à peu près imprégné des mêmes connotations que dans le monde d’aujourd’hui. Le mot fasciste connaissait à l’époque et connaît toujours actuellement une telle propagation parce que, de façon magique, il dispense de toute explication ou justification. On ne peut facilement accepter sans réagir que, tant d’années plus tard, des hommes de tout bord au cœur propre et voulant sincèrement la concorde, se fassent insulter et couvrir d’injures par des vauriens 
agrippés convulsivement à leurs scories idéologiques et affublés de la cuirasse de la revanche et cela, ce qui est encore plus insupportable, à l’intérieur des mêmes partis auxquels l’histoire a déjà profondément enfoncé dans ses poubelles. Le pillage de ce qui avait déjà été pillé n’a pas diminué la souffrance des vaincus pauvres et sans ressources. L’égalité légale gagnée par la violence avait débouché dans la misère généralisée. Les profanations et destructions n’avaient pas engendré le bonheur, ni la liberté, ni la fraternité. Seuls les mots sacro-saints sont restés inchangés à travers les siècles et les générations, jamais les fruits qu’ils portent. Lecture après lecture, j’ai l’impression de me noyer dans la fange du marécage crépusculaire qu’est devenu mon pays, habité par des automates ayant voté leur auto-dissolution dans l’acide americano-mondialiste. Mais les bons vieux mots creux sont toujours là et ils se laissent gentiment récupérer pour répandre avec courage le malheur et les larmes quitte à patauger jusqu’au cou de nouveau dans le sang s'il le faut.

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Craignant fort que ce mardi après la Pentecôte soit aussi mort qu’hier nous nous encourageons mutuellement, R. et moi, à préparer en détail une sortie « de survie ». Par ailleurs le temps, entre éclaircis et passages nuageux, ne nous offre pas la possibilité de nous promener sur nos lieux habituels et nous décidons de ne pas quitter la maison jusqu’en fin d’après-midi. Ce n’est pas une punition car on y est trop bien, avec pour vis-à-vis notre bout de jardin plein à craquer de moineaux, de rouges-gorges et autres mésanges. R. bricole des trucs et je poursuis ma relecture du Vita et de La Récidive.

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¿En qué se diferencia en la España de hoy un gobierno de izquierdas de uno de derechas? En los amigos. Por más que busco argumentos no los encuentro fuera de los lenguajes, tan similares. Cuando escuchamos a un funcionario decir que es de izquierdas o incluso marxista o comunista, que también lo he oído, tiene el mismo valor que decir que “son del Betis”; un recurso semántico que quizá dé tranquilidad mental y que no tiene nada que ver ni con el fútbol ni con el compromiso personal ni menos aún con la política. Es una manera de paliar la obviedad de estar empleado en el estado y por el estado. Quizá eso ayude a entender la cantidad de profesores que proliferan en los grupos políticos de izquierda. La derecha no necesita haber leído a Freud: son lo que son y punto. Lo tienen muy asumido.

Gregorio Morán, "Una sensación de tormenta", Vozpopuli, 29-05-2021

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Il fait beau malgré quelques nuages. Il paraît que le printemps va enfin s’installer. Commentaires débiles sur quatre chaînes radio : vaccins, faits divers, météo... Mon Dieu, on entend ça à longueur de journée. Longue conversation avec les enfants au téléphone, après j’oserais à peine dire que me ressens heu-reux… Et je m’explique : le bonheur n’égale pas, pour moi, la joie ou encore moins le plaisir. On commence à éprouver du bonheur, souvent accompagné de douleur à foison, quand on entrevoit la constellation de sens portée par la vie.

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mercredi 19 mai 2021

Tout comme Rambo, je vis jour après jour mais je ne sens plus mes jambes !

 

 Si soy el roble con el viento en guerra,
¿cómo pude vivir con la raíz ausente,
cómo se puede florecer sin tierra?

Alfonso Camin

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¿Cómo salir
del hondo desespero,
Si lejos del afán no hay más que niebla?

Mes heures de cafard

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Au fil des ans, l'espagnol et le français fusionnent en moi aussi bien dans mon cœur que dans mes pensées.

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Quelques jours d’affilée sous une pluie fine. À la maison, sauf de brèves randos bien sages. Des films à la télé. Surtout, Mon cousin, avec ces deux comédiens que j’aime bien : Vincent Lindon, François Damiens. Week-end là, enfermés, sans grand intérêt : pourquoi glander toujours devant des navets plutôt qu’écrire ou me mettre des tonnes de podcast stockés un peu partout ? Il a plu des trombes par intermittence. Paresse et abandon temporaire de la biographie de Soljenitsyne. Vendredi de l’Ascension. Drôle de journée : à partir de midi, envahi d’une torpeur irrépressible. Je me suis endormi à plusieurs reprises. Je ne comprends pas d’où ça vient, je ne suis pas spécialement fatigué ni rien. En fin d’après-midi, je poursuis lentement la biographie de Soljenitsyne (Lioudmila Saraskina). Le soir, film quelconque. Des fois, l'inattendu : surprise polonaise ! Double : Black Mercedes et La Communion. Les versions médiatiques des affaires à Gaza me foutent la déprime. On déverse allégre, féoce et démagogiquement des tas d'immondice sur La Palestine. La voix de Carlos Puebla vient à mon secours : "Yo estoy acá en mi rincón / preguntándome hace rato / ¿cómo es posible que al gato / le meta miedo el ratón?".

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« Laisse-moi corriger une ou deux de tes convictions profondes : Aristote n’était pas un savant belge, s’il y a un message dans le bouddhisme, ce n’est pas “chacun pour soi, après c’est marre” et la théorie de la relativité est tout sauf une règle de grammaire ! » (Un poisson nommé Wanda)

Version française d’un (fidèle) dialogue surréaliste sur « les aléas de l’Histoire », après l’envoi de l’image ci-dessus à quelqu’un. Je présumais qu’on allait rire un moment ensemble en étroite complicité. Mal m'en a pris ! J'ai plié submergé par une avalanche de conneries à la François Pignon :

- T'en dis quoi, l'historien...
- Seconde guerre mondiale. Il y a eu un problème russo-américain. Suite à la reddition allemande aux Américains, les Russes ont réagi forçant la signature d’un armistice avec eux le lendemain. Raison pour laquelle on a deux célébrations : en Europe et un jour plus tard en URSS. ¡Cosas de la historia! (sic : ce mec est vraiment extraordinaire).  Le 8 Mai a été férié jusqu’à De Gaulle, qui l’a supprimé. Je crois que la célébration a été récupérée sous Mitterrand. La photo et la rue (?) ne sont donc pas exactes (je commence à m'inquiéter : ça va tourner au vinaigre). C’est la seconde guerre mondiale, pas la fin de la Grande Guerre comme ils l’appellent en France.
- Miiiince, alors ! Merci pour tes renseignements, je pourrais finalement dormir en paix…
- Quel enfoiré ! Comme si tout ça t’empêchait de dormir ! Ou alors t’as le sommeil léger.
- Non, non, non, je te jure, j’ignorais le tréfonds de toutes ces affaires…
- De Gaulle a supprimé la célébration parce qu’il cherchait l’accord des Allemands pour une Europe unie. La Ceca, le Benelux, etc. C’était en 1963 ou dans ces eaux-là.
- Bon sang de bon sang, je n’en crois pas mes oreilles !!! Et à propos d’Israël, Gaza et tout ça, t’as du neuf ?
- De Gaulle ne pouvait pas voir les Anglais en peinture. Et on en était à la recherche de l’union européenne, sans compter sur eux. Pour le coup, ils n’ont pas été ajoutés à l’Europe qu’à la mort de De Gaulle. Sous Pompidou, son successeur, le veto à l’incorporation anglaise à l’Europe des douze a été retiré. Mais, ça, c’est une autre paire de manches.
- Là, vraiment, tu me délivres d’un fardeau !
- Arrête un peu, je n’y suis pour rien dans cet embrouillamini de confusion.
- Non, mais voilà, t’as raison, j’suis d’accord.
- C’était pour te dire que partout où les Anglais sont passés on trouve de la merde. Cas d’Israël, par exemple. Et ce n’est pas le seul.
- Déconne pas, l’historien à la retraite, je suis plus vieux que toi, quand même…
- Ceylan, l’actuel Set Lanka, voilà encore un exemple. Pour ne pas parler de l’Arabie Saoudite et tout le Moyen Orient. L’Irak, la Syrie…Sry Lanka, je voulais dire. Vaut mieux fréquenter des terrasses.
- Il va suffire, pour le moment, de voir la fin du énième conflit entre la Palestine et l’entité sioniste à la con, née de Balfour.
- Fais-moi confiance : rien de mieux qu’une terrasse ! (...) 
J'en passe et des meilleures. Il m'assure, par exemple, que BHL est juif. Ouh là là ! Première nouvelle ! Je lui dis : Juif ? T'en es sûr ? Pourquoi pas breton ou corse ? Et je tombe de nues. Il sait ce que c'est que l'ironie, le second degré d'ironie ? Qu'est-ce que j'en sais... ! le quatrième !). Il tien à me l'expliquer quand même : "Non, non, juif : Lévy = fils de"... Après une tentative, infructueuse, pour lui signaler que tout est une blague depuis le début, il s'entête. Il me sort Cymes le toubib, Enrico Macias, Sarkozy.... et Satraus-Kan ! (sic). J'ai du mal à reáliser qu'il est sérieux, ce Pignon de fin d'après-midi. Eh ben, dis donc, Satraus-Kan aussi ? C'est pas possible, là, je tombe des nues ! Si, si et son ex-femme, Anne Sinclair, qu'il me ajoute. 
Je pouffe mais j'ai du mal à lui couper parce qu'il s'enthousiasme : 
- Allez, va, je te retiens plus, merci pour tous ces renseignements inédits dont personne n'en parle... 

 

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« Ce livre [La Domination masculine de Pierre Bourdieu], où la différence des sexes est dénoncée comme une fiction, fruit d’une "violence symbolique" destinée à assurer la domination éternelle des hommes sur les femmes, débouche sur une obscure aspiration à en finir avec tous les processus différenciateurs qui ne peut que s’accompagner (mais ce n’est jamais dit) de la levée de l’inceste. Dans cette longue subversion de la norme hétérosexuelle, Bourdieu assigne aux homosexuels un rôle d’éclaireurs. Cependant, plus royaliste que la plupart d’entre eux, il demeure réservé concernant le Pacs, où il voit une soumission des intéressés à la "norme dominante", et même un coup d’arrêt au mouvement homosexuel de subversion symbolique permanente de la domination hétérosexuelle. Au bout du compte, ce n’est même pas l’hétérosexualité, ni la "violence masculine", qui sont visées, mais bien la simple division des sexes qui, assimilée à la division du travail, est regardée comme la source même de toute violence et, comme la division du travail, doit être abolie. Après seulement commencera le paradis de l’indifférenciation omni latérale, où n’importe qui pourra être n’importe quoi, un rossignol, une pomme de douche, un boulon, une rose jaune faisant l’amour avec une feuille morte, etc. Et, bien sûr, chacun aussi s’exprimera dans une langue de feuille morte, de boulon, de rose jaune ou de pomme de douche. Car le rêve d’abolition de la "violence symbolique" débouche sur le meurtre de la parole, c’est-à-dire de ce qu’il y a de plus humain. C’est là ce que tous les Bourdieu présents et à venir ne disent jamais qu’ils veulent ; et pourtant, du fond de leur nihilisme rayonnant, ils ne veulent que ça. »  Philippe Muray, Exorcismes spirituels III, Les Belles Lettres, Paris

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Aime-moi lorsque je le mérite le moins, car c'est alors que j'en ai le plus besoin. Dispute provoquée à cause d’un document administratif pour régler une affaire de facture chez notre dentiste. Je m’entête à suivre ma démarche en vue d’obtenir remboursement d’une partie des frais. Réplique de R., coupante (« je t’avais pourtant dit de venir, toi tout seul, de t’en occuper sans moi ! »), effrayante et énigmatique, où l'effrayant jaillit directement de l’énigmatique dans sa colère bien plus que des circonstances extérieures de cette colère envers moi. Quant à la composante énigmatique elle-même, elle vient, m'a-t-il semblé, comme trop souvent ces derniers (ô combien longs) temps de confinement, de ce qu'à aucun moment je ne suis pas parvenu à en savoir davantage sur ce qui s’est réellement passé que R. elle-même ! D’une étincelle a jailli brusquement la flemme devenue incendie. J'erre dans la rue comme un poulet sans tête quelques mètres en sa compagnie, dans une sorte de labyrinthe d’explications enténébrées – In girum imus nocte – et elle m’envoie chier au beau milieu d’une phrase me tournant le dos, me coupant la parole, s’éloignant à vive allure, traînant derrière elle la seule lumière que je croyais apercevoir au bout du tunnel pour mettre fin à l’inutile dispute. Évidemment, une lumière noire, puisqu'elle me désigne toujours comme incapable, à chaque fois, de laisser R. faire comme elle l’entend et dire ce qui bon lui semble sans tenir nécessairement compte de mon avis. Cela nous conduit où l'on sait : à se fâcher et à se faire mal, stupide et inutilement, et à grimper comme le commun des mortels aux sommets d’une masse accumulée d'ennui, provoquée chez ceux qui vous sont proches et dont vous vous croyez aimé par le seul fait d’être là. Du haut de ce sommet d’accablement, à la suite d’incidents infimes, on arrive facilement à se balancer à la figure des phrases bien pourries qui ne mériteraient même pas qu’on en parle si ce n’était qu’elles traduisent des tensions occultes qu’on ne peut plus voiler… Pourtant, que le temps des cerises nous semblait toujours beau, avant celui, verjuteux, des agrumes !

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Anniversaire des « indignés ». I. Errejón, leader de la formation Más Madrid, affirme que le mouvement 15-M (Indignés) « est mort » et qu'à Podemos on a trop péché par orgueil voulant tout faire repartir de zéro comme si rien n’avait été fait avant. Non, cher M. Errejón, le 15-M n'est pas « mort », il a été tué par vous et les vôtres. C’est justement dans ce but qu’on vous a propulsé dans le vedettariat, pour canaliser le mécontentement et pour réduire à néant la colère sociale. Les magouilles électorales ont eu raison des opportunistes et des palabreurs… Le choix de prendre d’assaut le ciel au moyen des élections s’est avéré payant pour un couple de stars ultramédiatisé et pour une bande de parasites fidèles, bons à rien sauf à bouffer du budget.

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Décès de Jacques Bouveresse. Ses opinions sur la presse ou les mass media rejoignent celles de tout philosophe : la même chose. Même Hegel, qui recommandait la lecture du journal quotidien du matin pour agir pas le soir pour s’endormir, et surtout pour penser le réel en déchiffrant les nouvelles. De même aucun courant n’a nié l’importance de l’étude des sciences ni de la littérature et des arts. La philosophie analytique est une orientation, plus qu’une méthode de travail, puisqu’elle arrive à des résultats différents. Bouveresse a défendu Valéry, Kraus et Musil. J’ai lu quelque chose de lui sur la logique, Leibniz je crois, suivant les conseils de Marceau Vasseur, mon brave prof à la fac en 75, pour une critique du Candide de Voltaire. Ça m’a ennuyé. C’était rigoureux, précis mais je ne voyais pas d'issue. Je tiens à souligner, en tout cas, que son refus public de la Légion d’Horreur, en 2010, pour laquelle il n’avait été même pas consulté par la gourde de garde (V. Pécresse) occupant le machin ministériel, montre un homme décent et quelqu’un vivant en cohérence avec soi-même. Si j’ai le temps, je pourrais peut-être approfondir ses approches sur la vacuité ou l’irrationalité de la pensée critique d’Adorno ou de la phénoménologie. Il a réagi à la mode marxiste stalinienne, à Althusser, et à certains excès du structuralisme. Sentiments à peu près analogues à ceux que m’avait provoqués la disparition de Michel Serres.

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Franche rigolade après lecture d’un twittos, ancien député centriste catalan, très imbu de sa personne, pro-israélien buté mais farouchement opposé au mini-sionisme local de son patelin, J. C. Girauta. Le passage du temps nous adoucit. Il faut y réagir en conséquence. Ce qui nous rendait malheureux ou nous faisait déprimer par le passé, ce qui nous empêchait de dormir sans raison, ce qui tentait d'appauvrir nos pensées ou notre discours, tout cela était exécrable et reste toujours exécrable tout simplement. Ne répondez pas au bonjour dans la rue de ce chauve en qui vous reconnaissez l'abominable idiot assis juste derrière à l’école et qui vous a balancé à la tête des milliers de boulettes de papier tout au long des années, durant lesquelles vous avez eu le malheur de le supporter en permanence. S'il vous approche, ignorez-le. S'il insiste, révélez-lui la vérité : on n'a jamais été amis. S'il s’en offusque, faites-lui savoir qu'il est toujours aussi abruti qu'il l'était à l’époque, que le temps passé ne l'a pas transformé.

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Par opposition à ce que la bienpensance considère comme peuple idiot et endormi (ces buveurs d’apéro madrilènes, ces gilets jaunes français, ce fascisme latent rapidement devenu nazisme dans les pauvres têtes d’œuf du socialisme espingouin), les modernes Guerriers de la Justice Sociale, ces braves gens éveillés Woke ! combattent infatigablement contre un racisme, un sexisme, une homophobie, une islamophobie, un patriarcat qui se nichent partout, tout le temps, en tout lieu, dans chaque attitude, conversation ou comportement. Pour plus ample information à propos de ce combat acharné des gentils contre les méchants, je proposerais La traición progresista, d’Alejo Schapire (Ed. Península, 2021). Et j’envoie caquer pour longtemps M. Onfray. Et d’autres que j’ai mal à nommer, tellement ils me gonflent…

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Avec un certain attendrissement, je pense souvent au travail de forçat de mes parents, ces êtres bons, doux, fidèles et d’humeur égale, ces êtres jamais tristes, qui ne faiblirent jamais. Plus tard, au beau milieu de la nuit, dans un état d’assoupissement ronflant, je revois leurs mains généreuses en mouvement, on est tous à table, partageant un repas et je regarde fixement des petites étoiles dansantes sur la surface du bouillon de mon assiette. Et, brusquement, envahi par un sentiment de gratitude, je me rappelle une phrase d’une prière oubliée depuis longtemps : « Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour », et, dans l’ombre, je me laisse gagner par une profonde émotion. Il y avait bien longtemps, ont prononçait cette prière à la maison, je me la rappelai sans peine – et la repassant maintenant dans mon esprit d’homme âgé, je m’étonne de voir à quel point elle semble désintéressée, n’exprimant pas un seul des innombrables désirs qui, jour après jour, transpercent le cœur humain. Il n’y est demandé ni longévité, ni santé, ni protection contre les malheurs, ni richesse, ni bonheur conjugal. Il n’y est question ni des enfants ni des parents, tout apparaît recouvert par ces mots grandioses : « Que Ta volonté soit faite ! » L’homme, infime et insignifiant, ne demande qu’une chose à son Dieu immense : avoir de quoi manger au jour d’aujourd’hui. 

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L’Espagne en 2050 / Ceuta en mai 21. L’olympe bureaucratique de la coalition au gouvernement vit comme dans une bulle. Ce sont avant tout des gens qui ne pensent qu’en troupeau. Un troupeau de porcs grassement nourris par le contribuable soumis. Les cercles dirigeants de chaque parti, formation, groupuscule, clan ou camarilla flanqués de leur armée de soi-disant experts (?) ont tout pensé à votre place. En tant qu’individus, vous ne pourrez donc manifester aucune curiosité, aucune exigence, aucun doute. Je me tourmente davantage quand je croise dans la rue, tout à fait par hasard, M. le maire, socialiste de 2021. Ne pourrait-il y avoir des comme lui aux affaires en lieu et place de la bande de tarés qui font semblant de nous gouverner ? Je le trouve honnête et efficace. Un vétéran capable de jouer un rôle actif dans la gestion d’un dossier difficile… Idéologiquement solide mais sans espoir de se voir catapulté vers Madrid où les requins et les rufians font barrage à l’arrivée de vrais talents… Ce que la vulgate du Pléistocène appelait historiquement « la lutte de classes à l’intérieur du parti » a toujours vu le triomphe des bourgeois-bobos et des cons, trop souvent les pires canailles, sur la ligne prolétarienne. Aujourd’hui, sur un minimum d’intelligence et de common decency. Mais y en qui veillent au grain. Le progressisme aura beau être complètement taré, on sait l'oligarchie ploutocratique dotée d'un Q. I. collectif extraordinairement élevé (immunité de goupe). Ils ne sont pas les maîtres par hasard... Refusant de voir le monde tel qu’il est, peuplé de cons finis, les naïfs croient que les mécontents sont chaque jour plus nombreux. Que ça va vite finir, que ça va changer. A l’expérience, c’est parfaitement faux. Ceux qui sont assez lucides pour être mécontents sont, eux, un peu plus en colère, c’est tout. Leur nombre peut augmenter sans effet aucun sur la réalité. Ce qui permet à l’oligarchie d’accélérer la mise en place, et définitive, des saloperies qu’elle a prévues contre nous tous. Ils se surpassent dans l’incompétence, l’obscène et l’odieux, sans honte aucune, et là encore, sans recevoir des tomates et des coups de pied au cul. Je pensais bien qu’après la première phase de la pandémie, avec la nouvelle réalité, l’humanité avait changé de nature. Eh bien, je me trompais...

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La diabolisation systématique de l’opposant est la marque de ceux qui se montrent incapables de penser les mutations de la société, les « leçons » de l’Histoire. Pour eux, les pestiférés sont ceux qui témoignent de ce qu’ils vivent autrement que comme l’exigent les conseillers, les intelligents officiels, les « spécialistes ». Cette abjecte bêtise d’attaquer bassement l’adversaire discrédite le jeu politique. Accepter de nommer les choses d’une même manière officiellement autorisée ne fait pas disparaître les problèmes et n’apporte pas de réponse aux défis concrets de gens concrets. Le déni est une autre forme de mensonge.

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Mon jeune voisin de vingt-trois ans adore les jeux vidéo. A travers le mur mitoyen on l’entend beugler sans discontinuer à l’écran de son appareil. Il ne s’arrête pas à minuit, jure comme un charretier et insulte copieusement ses partenaires à distance. Quelle solution quand on a la chance de tomber sur un voisin aussi choquant ? Se retirer méditer en plein désert au milieu de nulle part… « Il faut bien que jeunesse se passe et supporter patiemment que celle des autres se passe de nous » (Pagnol).

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Tribunes des militaires chez nos voisins : l’aiguille du compteur gouvernemental a la tremblotte. Tous les corps de l’État auraient donc le droit de la ramener, de grouiller, de scribouiller, de maugréer, de se politiser et de s’encanailler, sauf les militaires ? Un coup d’état, gros cons ? Vu l’énorme quantité de soldats professionnels musulmans, ça irait loin le « coup » en question : on en reparlera un de ces jours…

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Mémoire historique et, même, préhistorique. La coalition Frankenstein qui gouverne (?) à Madrid encourage férocement le mandarinat universitaire pour des versions mémoire historique qui conviennent à ses œillères. Pas la petite piétaille, genre André Trapiello, trop révisionniste (sic) à leurs yeux. Ou Cercas, trop à doite à ce qu'il paraît. Que tout cela semble rance et vieux ! Dans un texte publié à la fin des années 60, Chomsky s’intéressait à ce qu’il appelait la subordination des mandarins dans l’interprétation historique du conflit espagnol. Examinant en détail les thèses émises par l’historien libéral Gabriel Jackson dans un ouvrage alors fort vanté (La República española y la guerra civil, Crítica),

Chomsky notait que celles-ci étaient empreintes d’un tel « parti pris contre la révolution sociale » et d’une si évidente « adhésion aux valeurs et à l’ordre social de la démocratie bourgeoise » qu’elles tendaient naturellement « à présenter sous un jour faux des événements d’une importance capitale et à négliger des courants historiques majeurs ». Le grand mérite de Chomsky fut sans doute de pointer cette convergence d’analyse entre une partie de l’historiographie libérale anglo-saxonne et l’historiographie sous influence stalinienne. Sur le terrain de l’histoire s’opérait la même alliance qui avait coalisé, en Mai 37, sur le terrain des opérations, un front stalino-libéral partageant un objectif commun : rétablir l’ordre républicain pour en finir avec les excès révolutionnaires. L’historiographie qui s’imposa au lendemain de la « transition démocratique » et qui domine toujours aujourd’hui continue de privilégier une lecture légitimiste de Mai 37. Autrement, vous êtes révisionniste. Les temps ont suffisamment changé pour que l’assassinat d’Andreu Nin soit presque unanimement condamné mais le fond de l’argumentaire demeure le même : il fallait, d’une façon ou d’une autre, mettre fin au désordre révolutionnaire pour rétablir dans ses fonctions l'État républicain, effondré comme un château de cartes après le 18 juillet 1936. Deux auteurs représentent cette « subordination contre-révolutionnaire » du mandarinat universitaire bourgeois et occupent le devant de la scène éditoriale et médiatique espagnole.
Pour Ferran Gallego (Barcelona, mayo de 1937, Debate), professeur à l’université autonome de Barcelone, spécialiste du fascisme, il n’y aurait jamais eu de situation de double pouvoir en Catalogne, et moins encore de perspective réellement révolutionnaire. En se rangeant elle-même du côté de l’antifascisme institutionnel au lendemain du 19 juillet 1936, la CNT-FAI aurait très rapidement compris que l’instauration du communisme libertaire n'était pas viable. Dès lors, Mai 37 n’aurait rien d’une contre-révolution opposant les révolutionnaires aux partisans de l’ordre institutionnel, mais tiendrait du choc frontal entre des adeptes d’une impossible révolution, dont le POUM, et des antifascistes responsables. Certains dirigeants de la CNT-FAI auraient joué la voie de la conciliation pour préserver l’essentiel : leur maintien dans le bloc antifasciste. Pour le reste, dénoncer le POUM comme gestapiste serait condamnable, mais pas moins que de qualifier de contre-révolutionnaires les communistes par le POUM. L’intérêt de l'ouvrage tient surtout à la manière dont cet universitaire toujours proche du stalinien PSUC catalan (de ce qu’il en reste ?) analyse la participation des bases de la CNT-FAI aux combats de rue, à partir du seul point de vue supposé de ses dirigeants. Laisser penser que la direction de la CNT-FAI se serait située idéologiquement dans le camp des défenseurs de l’ordre républicain relève du rêve. Durant les troubles, elle voulait apaiser ses bases mais cette stratégie de pacification reposait sur la conviction que la bataille de Barcelone une fois localement gagnée, cette victoire aboutirait à un désastre à l’échelle nationale.
La logique qui anima alors la direction de la CNT-FAI était d’ordre purement bureaucratique et la tâche qu’elle s’attribua consista à faire en sorte que ses bases, prêtes à tout pour défendre les conquêtes révolutionnaires, ne s’aventurent pas au-delà d’une certaine limite, appréhendée comme un point de non-retour. Ce qui ne saurait conclure qu’elle s’était ralliée au bloc antifasciste, mais simplement qu’elle ne se sentait pas en état de prendre la responsabilité de son éclatement. Des témoignages prouvent que les sphères d’influence de la CNT-FAI catalane perçurent très vite l’enjeu de cet affrontement, qu’elles le sentirent venir et que, dans les semaines qui le précédèrent, elles s’y préparèrent à fond. Ferran Gallego enetend dissocier une CNT-FAI responsable d’un POUM aventuriste. La haine que la CNT-FAI aurait vouée au POUM expliquerait qu’elle le laisse si facilement tomber. Quiconque est au courant des ressorts psychologico-politiques de la CNT-FAI catalane de cette époque, sait qu’elle développait un évident syndrome de supériorité à l’égard de tous les partis ouvriers dont le POUM, lui-même grand donneur de leçons. L'hégémonie absolue de l’anarcho-syndicalisme sur la classe ouvrière catalane a pu sans doute la prédisposer à un certain mépris pour le POUM mais de là à en tirer les conclusions de Ferran Gallego, dont l’ouvrage est une charge en règle, héritée du stalinisme, contre le POUM, il y a une marge. La CNT, que Nin avait voulu embarquer, au tournant des années 1920 dans le léninisme, n’accordait aucun crédit au POUM, ce qui ne l’empêcha pas d’accueillir ses militants quand le PSUC les extermina comme des chiens galeux. Le rôle de l’Union soviétique dans cette affaire est, conformément à la tendance dominante de la moderne historiographie, systématiquement minimisé. Comme si le Komintern n’avait été, en Espagne, qu’une agence de recrutement de courageux combattants antifascistes.
Dans une tout autre sphère évolue Ángel Viñas (El escudo de la República, Crítica). Diplomate, économiste, fonctionnaire d’ordre et de rigueur dont la conception de l’histoire n’est pas dépourvue de condescendance pour les ignares en histoire et en stratégie politique. Fort de ses multiples compétences de spécialiste, il a  publié toute une série d’ouvrages soucieux d’en finir avec certains mythes de la guerre d’Espagne. Son entreprise monumentale a de quoi impressionner mais l’effet se dissipe dans de courts délais quand on voit ses conclusions s’inscrire dans la continuité d’une historiographie guidée par l’idée qu’il fallait que s’effondrent les rêves révolutionnaires pour que la République puisse faire efficacement la guerre. Le problème, c’est que, sans ces rêves émancipateurs, la République se serait volatilisée en quelques jours et que, sans ces rêves mobilisateurs, elle ne pouvait que perdre la guerre. Il eût bien fallu, à l’en croire, que les exaltations libertaires fussent rapidement mises au pas pour que la République recouvrât cette nécessaire rationalité politique et économique incarnée, après Mai 37, bien trop tard d’après lui, par le talent du grand Juan Negrín, principal ordonnateur de la répression contre les révolutionnaires et responsable du démantèlement des collectivités libertaires d’Aragon. Il était donc du devoir de la République de dresser son bouclier (El escudo de la Repúblicacontre ses ennemis de l’intérieur. Son interprétation de Mai 37, fondée pour l’essentiel sur le dépouillement des archives d’Antonov Ovseenko, consul soviétique à Barcelone, nous permet de retrouver une analyse des événements conforme aux canons propagandistes staliniens : le vecteur soviétique ne joua aucun rôle dans l’affaire et les communistes espagnols définissaient seuls leur ligne politique. Cet expert en géopolitique internationale fasciné par Staline, « maître en tactique en stratégie », conteste fébrilement les arguments avancés par Burnett
Bolloten (
La guerra civil española: Revolución y contrarrevolución, Alianza Ensayo), qu’il déteste par-dessus tout, mais sans y apporter d'argument probant. Rétablir l'ordre, c'était l’Armée populaire traquant les irréductibles de la militarisation, les tueurs d’Enrique Lister détruisant les collectivités d’Aragon, la petite propriété rétablie, les prisons républicaines remplies d’antifascistes, l’État triomphant, l’économie rendue au marché, l’écrasement de tout projet émancipateur longuement réclamé. Peu importe que cette République ait failli de bout en bout, cassé l’enthousiasme populaire, créé la pénurie, accru les inégalités, perdu la guerre, l’important c’est qu’elle ait écrasé la révolution. Le point de convergence pour l’historiographie poststalinienne aussi bien que pour la néo-libérale, se situe encore et toujours dans une même détestation du processus révolutionnaire entre juillet 1936 et mai 1937. Le retour de l'ordre remettant à l’envers ce qu’une révolution libertaire avait tenté de mettre à l’endroit, restituant au pouvoir ses attributs piétinés par le peuple (à qui on avait donné des armes !), replaçant sur le devant de la scène des politiciens corrompus débordant d’incompétence avant et après la guerre, renvoyant au néant toute perspective de libération des exploités. Ferran Gallego et Ángel Viñas, que bien des choses séparent, représentent magistralement le camp d’un ordre capable, il y a quatre-vingt-cinq ans, de subordonner sa propre défaite, celle de la République, à l’écrasement de la révolution. Contre les mystifications néo-franquistes qui leur font face, ces éminences universitaires rêvent de foudroyer le fantôme de Franco avec des revenants injustement battus, à leurs yeux.
Les révolutionnaires, eux, ils sont déjà morts depuis longtemps, neutralisés, fusillés, déportés, internés par les deux camps. Les survivants ne touchèrent pas un centime des sommes perspicacement réservées par les honnêtes par définition à
l'aide humanitaire des vaincus. Contrairement aux interprétations de Gallego et Viñas et de quelques autres
ejusdem farinae, ce n’est pas en rembobinant le film de l’histoire à coups de mémoire historique, aussi rigoureux semblent-ils, qu’on tiendra tête aux défis du présent. Juan Negrín fut réhabilité par un congrès de son parti en 2008 : on lui rendit des honneurs et il fut restitué dans ses biens… En revanche, pas de trace d’enregistrement des trésors « évacués » par ses soins au Mexique sans contrôle douanier sur le yacht « Vita », habilement subtilisés à l’arrivée à bon port, piloté par un « proche du PNV »,  grâce au rival de Monsieur Negrín, Indalecio Prieto, très pote avec M. Lázaro Cárdenas, l’intègre président du Mexique à l’époque. Lire, si on en a l’envie et le temps, l’œuvre de Francesc Gracia et Gloria Munilla, El tesoro del Vita. La protección y el expolio del patrimonio histórico-arqueológico durante la Guerra Civil, Edicions de la Universitat de Barcelona, 2014.

La Vanguardia española 25 de Marzo de 1977, p. 7 


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Mare de boue 2050. Notre pays est en quelque sorte devenu une mare de boue. D’une manière générale, le monde est de plus en plus dirigé par des ignares, des cinglés et des psychopathes. Nous avons plus de détraqués que jamais à la tête du monde. C’est un foutoir incroyable. Les tweets de P. Sanchez sont des torchons à mettre aux chiottes. Voici comment ça fonctionne : il envoie un tweet. Les informations câblées le répètent immédiatement. Et en général, les journaux répercutent encore et encore le message mais c’est est un secret de polichinelle à Madrid que le gourou Iván Redondo a perdu la main, après la raclée électorale du 4 mai et n’est plus aussi affûté qu’avant. Beaucoup de gens le savent. Si j’étais socialiste, j’arrêterais de me préoccuper de PS et je commencerais à parler au peuple d’emplois et de soins de santé. On a écrit beaucoup de choses sur PS et sa formation d’une majorité en collant les incollables, grâce à son ingéniosité manœuvrière, vue comme un signe « d’espérance et de changement ». En dépit de tout son pouvoir médiatique, PS n’a pas provoqué beaucoup de changements concernant la vie des gens qui avaient voté pour lui. Il a continué la politique de Zapatero en pire. Son accession au pouvoir, quelle qu’en soit la vérité, ça n’a aucune importance. Parce que, une fois que les journaux ont une histoire, ils en écrivent leur version et cela devient la vérité. Après, c’est tout simplement comique de voir comment les journalistes sont menés en bateau. Et bien sûr, les efforts que la Moncloa déploie pour les manipuler. La presse méritait toute sorte de câlins quand PS était une star de l’opposition, elle a été un excellent tremplin pour lui. Après, c’est la pluie des subventions aux diseurs de vérité d’où qu’ils viennent. Le peuple est incapable d’arrêter de croire tout ce qu’il entend et il ne se pose pas de questions : tout le monde savait que PS ne savait absolument pas de quoi il parlait et qu’il était un tricheur, comme l’autre opportuniste qu’il avait sur le dos. Mais avec Lui, on n’était plus dans le même vieux format de Rajoy, avec Lui, c’est grand sourire, langue de bois et bonnes paroles tout le temps… Les socialistes sont allés partout en racontant : « Nous sommes pour le peuple, pour les petits. » Et tout ce qu’ils font, c’est de courir comme toujours pour récupérer des sous. Et les seuls qui n’en ont pas besoin ont été expulsés par la Ejecutiva Federal socialista. Les gens qui pensent encore que le monde est plat alors qu’en réalité la terre est ronde, comment leur expliquer ce qu’ils ne veulent pas entendre ?