Alfonso Camin
del hondo desespero,
Si lejos del afán no hay más que niebla?
Mes heures de
cafard
Au fil des ans, l'espagnol et le français fusionnent en moi aussi bien dans mon cœur que dans mes pensées.
***
Quelques jours d’affilée sous une pluie
fine. À la maison, sauf de brèves randos bien sages. Des films à la télé.
Surtout, Mon cousin, avec ces deux comédiens que j’aime bien :
Vincent Lindon, François Damiens. Week-end là, enfermés, sans grand intérêt :
pourquoi glander toujours devant des navets plutôt qu’écrire ou me mettre des
tonnes de podcast stockés un peu partout ? Il a plu des trombes par
intermittence. Paresse et abandon temporaire de la biographie de Soljenitsyne. Vendredi
de l’Ascension. Drôle de journée : à partir de midi, envahi d’une torpeur
irrépressible. Je me suis endormi à plusieurs reprises. Je ne comprends pas
d’où ça vient, je ne suis pas spécialement fatigué ni rien. En fin d’après-midi,
je poursuis lentement la biographie de Soljenitsyne (Lioudmila Saraskina). Le soir, film quelconque. Des fois, l'inattendu : surprise polonaise ! Double : Black Mercedes et La Communion. Les versions médiatiques des affaires à Gaza me foutent la déprime. On déverse allégre, féoce et démagogiquement des tas d'immondice sur La Palestine. La voix de Carlos Puebla vient à mon secours : "Yo estoy acá en mi rincón / preguntándome hace rato / ¿cómo es posible que al gato / le meta miedo el ratón?".
***
« Laisse-moi corriger une ou deux de
tes convictions profondes : Aristote n’était pas un savant belge, s’il y a un
message dans le bouddhisme, ce n’est pas “chacun pour soi, après c’est marre”
et la théorie de la relativité est tout sauf une règle de grammaire ! »
(Un poisson nommé Wanda)
Version française d’un (fidèle) dialogue
surréaliste sur « les aléas de l’Histoire », après l’envoi de l’image
ci-dessus à quelqu’un. Je présumais qu’on allait rire un moment ensemble en étroite
complicité. Mal m'en a pris ! J'ai plié submergé par une avalanche de conneries à la François Pignon
:
« Ce livre [La Domination masculine de Pierre Bourdieu], où la différence des
sexes est dénoncée comme une fiction, fruit d’une "violence
symbolique" destinée à assurer la domination éternelle des hommes sur les
femmes, débouche sur une obscure aspiration à en finir avec tous les processus différenciateurs
qui ne peut que s’accompagner (mais ce n’est jamais dit) de la levée de
l’inceste. Dans cette longue subversion de la norme hétérosexuelle, Bourdieu
assigne aux homosexuels un rôle d’éclaireurs. Cependant, plus royaliste que la
plupart d’entre eux, il demeure réservé concernant le Pacs, où il voit une
soumission des intéressés à la "norme dominante", et même un coup
d’arrêt au mouvement homosexuel de subversion symbolique permanente de la
domination hétérosexuelle. Au bout du compte, ce n’est même pas
l’hétérosexualité, ni la "violence masculine", qui sont visées, mais
bien la simple division des sexes qui, assimilée à la division du travail, est
regardée comme la source même de toute violence et, comme la division du
travail, doit être abolie. Après seulement commencera le paradis de
l’indifférenciation omni latérale, où n’importe qui pourra être n’importe quoi,
un rossignol, une pomme de douche, un boulon, une rose jaune faisant l’amour
avec une feuille morte, etc. Et, bien sûr, chacun aussi s’exprimera dans une
langue de feuille morte, de boulon, de rose jaune ou de pomme de douche. Car le
rêve d’abolition de la "violence symbolique" débouche sur le meurtre
de la parole, c’est-à-dire de ce qu’il y a de plus humain. C’est là ce que tous
les Bourdieu présents et à venir ne disent jamais qu’ils veulent ; et pourtant,
du fond de leur nihilisme rayonnant, ils ne veulent que ça. » Philippe Muray, Exorcismes spirituels III, Les Belles Lettres, Paris
***
***
***
Décès de Jacques Bouveresse. Ses opinions sur la presse ou les mass
media rejoignent celles de tout philosophe : la même chose. Même Hegel,
qui recommandait la lecture du journal quotidien du matin pour agir pas le
soir pour s’endormir, et surtout pour penser le réel en déchiffrant les
nouvelles. De même aucun courant n’a nié l’importance de l’étude des sciences
ni de la littérature et des arts. La philosophie analytique est une
orientation, plus qu’une méthode de travail, puisqu’elle arrive à des résultats
différents. Bouveresse a défendu Valéry, Kraus et Musil. J’ai lu quelque chose
de lui sur la logique, Leibniz je crois, suivant les conseils de Marceau
Vasseur, mon brave prof à la fac en 75, pour une critique du Candide de Voltaire. Ça m’a ennuyé. C’était rigoureux, précis mais je ne
voyais pas d'issue. Je tiens à souligner, en tout cas, que son refus public de la Légion d’Horreur, en 2010, pour laquelle il n’avait été même pas
consulté par la gourde de garde (V. Pécresse) occupant le machin ministériel, montre un homme
décent et quelqu’un vivant en cohérence avec soi-même. Si j’ai le temps, je
pourrais peut-être approfondir ses approches sur la vacuité ou l’irrationalité
de la pensée critique d’Adorno ou de la phénoménologie. Il a réagi à la mode
marxiste stalinienne, à Althusser, et à certains excès du structuralisme. Sentiments
à peu près analogues à ceux que m’avait provoqués la disparition de Michel
Serres.
***
***
***
Avec un certain attendrissement, je pense
souvent au travail de forçat de mes parents, ces êtres bons, doux, fidèles et
d’humeur égale, ces êtres jamais tristes, qui ne faiblirent jamais. Plus tard,
au beau milieu de la nuit, dans un état d’assoupissement ronflant, je revois
leurs mains généreuses en mouvement, on est tous à table, partageant un repas
et je regarde fixement des petites étoiles dansantes sur la surface du bouillon
de mon assiette. Et, brusquement, envahi par un sentiment de gratitude, je me
rappelle une phrase d’une prière oubliée depuis longtemps : « Donne-nous
aujourd’hui notre pain de ce jour », et, dans l’ombre, je me laisse gagner
par une profonde émotion. Il y avait bien longtemps, ont prononçait cette
prière à la maison, je me la rappelai sans peine – et la repassant maintenant
dans mon esprit d’homme âgé, je m’étonne de voir à quel point elle semble
désintéressée, n’exprimant pas un seul des innombrables désirs qui, jour après
jour, transpercent le cœur humain. Il n’y est demandé ni longévité, ni santé,
ni protection contre les malheurs, ni richesse, ni bonheur conjugal. Il n’y est
question ni des enfants ni des parents, tout apparaît recouvert par ces mots
grandioses : « Que Ta volonté soit faite ! » L’homme,
infime et insignifiant, ne demande qu’une chose à son Dieu immense : avoir
de quoi manger au jour d’aujourd’hui.
***
L’Espagne en 2050 / Ceuta en mai 21. L’olympe bureaucratique de la coalition
au gouvernement vit comme dans une bulle. Ce sont avant tout des gens qui ne
pensent qu’en troupeau. Un troupeau de porcs grassement nourris par le
contribuable soumis. Les cercles dirigeants de chaque parti, formation,
groupuscule, clan ou camarilla flanqués de leur armée de soi-disant experts (?)
ont tout pensé à votre place. En tant qu’individus, vous ne pourrez donc manifester
aucune curiosité, aucune exigence, aucun doute. Je me tourmente davantage quand
je croise dans la rue, tout à fait par hasard, M. le maire, socialiste de 2021.
Ne pourrait-il y avoir des comme lui aux affaires en lieu et place de la bande
de tarés qui font semblant de nous gouverner ? Je le trouve honnête et efficace.
Un vétéran capable de jouer un rôle actif dans la gestion d’un dossier
difficile… Idéologiquement solide mais sans espoir de se voir catapulté vers
Madrid où les requins et les rufians font barrage à l’arrivée de vrais talents…
Ce que la vulgate du Pléistocène appelait historiquement « la lutte de
classes à l’intérieur du parti » a toujours vu le triomphe des
bourgeois-bobos et des cons, trop souvent les pires canailles, sur la ligne
prolétarienne. Aujourd’hui, sur un minimum d’intelligence et de common decency.
Mais y en qui veillent au grain. Le progressisme aura beau être complètement
taré, on sait l'oligarchie ploutocratique dotée d'un Q. I. collectif
extraordinairement élevé (immunité de goupe). Ils ne sont pas les maîtres par
hasard... Refusant de voir le monde tel
qu’il est, peuplé de cons finis, les naïfs croient que les mécontents sont
chaque jour plus nombreux. Que ça va vite finir, que ça va changer. A
l’expérience, c’est parfaitement faux. Ceux qui sont assez lucides pour être
mécontents sont, eux, un peu plus en colère, c’est tout. Leur nombre peut augmenter
sans effet aucun sur la réalité. Ce qui permet à l’oligarchie d’accélérer la
mise en place, et définitive, des saloperies qu’elle a prévues contre nous
tous. Ils se surpassent dans l’incompétence, l’obscène et l’odieux, sans honte
aucune, et là encore, sans recevoir des tomates et des coups de pied au cul. Je
pensais bien qu’après la première phase de la pandémie, avec la nouvelle réalité, l’humanité avait changé de
nature. Eh bien, je me trompais...
***
Mémoire historique et, même, préhistorique. La coalition Frankenstein qui gouverne (?) à Madrid encourage férocement le mandarinat universitaire pour des versions mémoire historique qui conviennent à ses œillères. Pas la petite piétaille, genre André Trapiello, trop révisionniste (sic) à leurs yeux. Ou Cercas, trop à doite à ce qu'il paraît. Que tout cela semble rance et vieux ! Dans un texte publié à la fin des années 60, Chomsky s’intéressait à ce qu’il appelait la subordination des mandarins dans l’interprétation historique du conflit espagnol. Examinant en détail les thèses émises par l’historien libéral Gabriel Jackson dans un ouvrage alors fort vanté (La República española y la guerra civil, Crítica),


Dans une tout autre sphère évolue Ángel Viñas (El escudo de la República, Crítica). Diplomate, économiste, fonctionnaire d’ordre et de rigueur dont la conception de l’histoire n’est pas dépourvue de condescendance pour les ignares en histoire et en stratégie politique. Fort de ses multiples compétences de spécialiste, il a publié toute une série d’ouvrages soucieux d’en finir avec certains mythes de la guerre d’Espagne. Son entreprise monumentale a de quoi impressionner mais l’effet se dissipe dans de courts délais quand on voit ses conclusions s’inscrire dans la continuité d’une historiographie guidée par l’idée qu’il fallait que s’effondrent les rêves révolutionnaires pour que la République puisse faire efficacement la guerre. Le problème, c’est que, sans ces rêves émancipateurs, la République se serait volatilisée en quelques jours et que, sans ces rêves mobilisateurs, elle ne pouvait que perdre la guerre. Il eût bien fallu, à l’en croire, que les exaltations libertaires fussent rapidement mises au pas pour que la République recouvrât cette nécessaire rationalité politique et économique incarnée, après Mai 37, bien trop tard d’après lui, par le talent du grand Juan Negrín, principal ordonnateur de la répression contre les révolutionnaires et responsable du démantèlement des collectivités libertaires d’Aragon. Il était donc du devoir de la République de dresser son bouclier (El escudo de la República) contre ses ennemis de l’intérieur. Son interprétation de Mai 37, fondée pour l’essentiel sur le dépouillement des archives d’Antonov Ovseenko, consul soviétique à Barcelone, nous permet de retrouver une analyse des événements conforme aux canons propagandistes staliniens : le vecteur soviétique ne joua aucun rôle dans l’affaire et les communistes espagnols définissaient seuls leur ligne politique. Cet expert en géopolitique internationale fasciné par Staline, « maître en tactique en stratégie », conteste fébrilement les arguments avancés par BurnettBolloten (La guerra civil española: Revolución y contrarrevolución, Alianza Ensayo), qu’il déteste par-dessus tout, mais sans y apporter d'argument probant. Rétablir l'ordre, c'était l’Armée populaire traquant les irréductibles de la militarisation, les tueurs d’Enrique Lister détruisant les collectivités d’Aragon, la petite propriété rétablie, les prisons républicaines remplies d’antifascistes, l’État triomphant, l’économie rendue au marché, l’écrasement de tout projet émancipateur longuement réclamé. Peu importe que cette République ait failli de bout en bout, cassé l’enthousiasme populaire, créé la pénurie, accru les inégalités, perdu la guerre, l’important c’est qu’elle ait écrasé la révolution. Le point de convergence pour l’historiographie poststalinienne aussi bien que pour la néo-libérale, se situe encore et toujours dans une même détestation du processus révolutionnaire entre juillet 1936 et mai 1937. Le retour de l'ordre remettant à l’envers ce qu’une révolution libertaire avait tenté de mettre à l’endroit, restituant au pouvoir ses attributs piétinés par le peuple (à qui on avait donné des armes !), replaçant sur le devant de la scène des politiciens corrompus débordant d’incompétence avant et après la guerre, renvoyant au néant toute perspective de libération des exploités. Ferran Gallego et Ángel Viñas, que bien des choses séparent, représentent magistralement le camp d’un ordre capable, il y a quatre-vingt-cinq ans, de subordonner sa propre défaite, celle de la République, à l’écrasement de la révolution. Contre les mystifications néo-franquistes qui leur font face, ces éminences universitaires rêvent de foudroyer le fantôme de Franco avec des revenants injustement battus, à leurs yeux.
Les révolutionnaires, eux, ils sont déjà morts depuis longtemps, neutralisés, fusillés, déportés, internés par les deux camps. Les survivants ne touchèrent pas un centime des sommes perspicacement réservées par les honnêtes par définition à l'aide humanitaire des vaincus. Contrairement aux interprétations de Gallego et Viñas et de quelques autres ejusdem farinae, ce n’est pas en rembobinant le film de l’histoire à coups de mémoire historique, aussi rigoureux semblent-ils, qu’on tiendra tête aux défis du présent. Juan Negrín fut réhabilité par un congrès de son parti en 2008 : on lui rendit des honneurs et il fut restitué dans ses biens… En revanche, pas de trace d’enregistrement des trésors « évacués » par ses soins au Mexique sans contrôle douanier sur le yacht « Vita », habilement subtilisés à l’arrivée à bon port, piloté par un « proche du PNV », grâce au rival de Monsieur Negrín, Indalecio Prieto, très pote avec M. Lázaro Cárdenas, l’intègre président du Mexique à l’époque. Lire, si on en a l’envie et le temps, l’œuvre de Francesc Gracia et Gloria Munilla, El tesoro del Vita. La protección y el expolio del patrimonio histórico-arqueológico durante la Guerra Civil, Edicions de la Universitat de Barcelona, 2014.
![]() |
La Vanguardia española 25 de Marzo de 1977, p. 7 |
Mare de boue 2050. Notre pays est en quelque sorte devenu une mare de boue. D’une manière générale, le monde est de plus en plus dirigé par des ignares, des cinglés et des psychopathes. Nous avons plus de détraqués que jamais à la tête du monde. C’est un foutoir incroyable. Les tweets de P. Sanchez sont des torchons à mettre aux chiottes. Voici comment ça fonctionne : il envoie un tweet. Les informations câblées le répètent immédiatement. Et en général, les journaux répercutent encore et encore le message mais c’est est un secret de polichinelle à Madrid que le gourou Iván Redondo a perdu la main, après la raclée électorale du 4 mai et n’est plus aussi affûté qu’avant. Beaucoup de gens le savent. Si j’étais socialiste, j’arrêterais de me préoccuper de PS et je commencerais à parler au peuple d’emplois et de soins de santé. On a écrit beaucoup de choses sur PS et sa formation d’une majorité en collant les incollables, grâce à son ingéniosité manœuvrière, vue comme un signe « d’espérance et de changement ». En dépit de tout son pouvoir médiatique, PS n’a pas provoqué beaucoup de changements concernant la vie des gens qui avaient voté pour lui. Il a continué la politique de Zapatero en pire. Son accession au pouvoir, quelle qu’en soit la vérité, ça n’a aucune importance. Parce que, une fois que les journaux ont une histoire, ils en écrivent leur version et cela devient la vérité. Après, c’est tout simplement comique de voir comment les journalistes sont menés en bateau. Et bien sûr, les efforts que la Moncloa déploie pour les manipuler. La presse méritait toute sorte de câlins quand PS était une star de l’opposition, elle a été un excellent tremplin pour lui. Après, c’est la pluie des subventions aux diseurs de vérité d’où qu’ils viennent. Le peuple est incapable d’arrêter de croire tout ce qu’il entend et il ne se pose pas de questions : tout le monde savait que PS ne savait absolument pas de quoi il parlait et qu’il était un tricheur, comme l’autre opportuniste qu’il avait sur le dos. Mais avec Lui, on n’était plus dans le même vieux format de Rajoy, avec Lui, c’est grand sourire, langue de bois et bonnes paroles tout le temps… Les socialistes sont allés partout en racontant : « Nous sommes pour le peuple, pour les petits. » Et tout ce qu’ils font, c’est de courir comme toujours pour récupérer des sous. Et les seuls qui n’en ont pas besoin ont été expulsés par la Ejecutiva Federal socialista. Les gens qui pensent encore que le monde est plat alors qu’en réalité la terre est ronde, comment leur expliquer ce qu’ils ne veulent pas entendre ?
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire