Si je savais où est le chemin de Damas, j’irais
m’y promener …
Plus de trois
semaines de silence après mon dernier article. Qu’allez-vous penser de
moi ? Que je me suis enfoncé dans une crevasse de l’oubli ou que les
récents avatars politiques du royaume – très particulièrement dans la taïfa
catalane désormais gouvernée par un individu au dessous de tout et une mafia « nationale »
qui adore la division de la population entre les atterrés et les ravis – ont paralysé
ma plume ? On a fini par s’y habituer … Après quelques jours d’épouvante à
la perspective des secousses sismiques que provoquera inévitablement le nouveau
gouvernement de vendeurs de miracles, d’une parfaite soumission envers le
suprématisme et les politiques identitaires des différentes taïfas, il serait
plus exact de dire que mon long silence s’est dû à la lecture et relecture de
plusieurs textes mis de côté ou en ligne et à l’inertie dont les divers loisirs
liés au retour du beau temps m’ont gratifié. Je pourrais aussi légitimement
invoquer les nombreux déplacements pour des raisons familiales. Me revoilà,
donc, prêt à recommencer aujourd’hui, gâteux (?), gâté (!), dominé par la vie
et les choses …
* * *
Il y a quelques
jours, reçu roman, puissant et féroce, parfois règlement de comptes,
entièrement en espagnol, d’un ancien élève français qui méritera, à n’en pas
douter, un nombre croissant de lecteurs. On en reparlera ...
J’espère que l’auteur
ne m’en voudra pas trop si je ne le fais pas tout de suite.
* * *
Je ramène de
Bordeaux un magnifique livre de Jacques D’Arribehaude (Un Français libre). Avec des lignes impayables à propos de la tarte
à la crème mai 68. Et des portraits de ses protagonistes. Pas d’idées. Des
hommes. Du personnel. En vrac et en détail. Didier Goux les évoque
magistralement, ces héros de pacotille copyright machin 68 : « … dans
le fond, que sont-ils devenus sinon des rentiers du système ? Cohn-Bendit,
malgré sa dégaine d’écolo bon teint, sa gouaille, n’est jamais qu’un parasite
qui se paie sur la bête qu’il critiquait. Serge July est devenu un patron de
presse aux goûts forts luxueux qui continue d’affecter d’être un gauchiste.
Alain Geismar est devenu inspecteur général de l’Éducation nationale, puis le
cabinet du secrétaire d’État à l’Enseignement technique, Jean Glavany, en 1992.
Il a été conseiller, chargé de l’éducation, l’université et la recherche,
auprès de Bertrand Delanoë jusqu’à sa retrait
e. [Que dire des sinistres pitres Benny Lévy ou Romain Goupil ?] Il n’y a guère que Jacques Sauvageot
pour avoir été fidèle à ses convictions, ce qui l’a conduit à vivoter en
accumulant les petits boulots jusqu’à ce qu’il trouve un poste d’enseignant à
l’École des Beaux-Arts. « Que reste-t-il de tout cela, dites-le-moi ?
» comme chantait M. Trenet. Pas grand chose ! Le plein emploi est loin
d'être en vue, la population vieillit, la production industrielle s'est
déplacée vers l'Asie, la population s'est communautarisée, quant à l'ordre
moral... Alors faire un remake de 68 quand tout a changé me semble aussi
raisonnable que d'essayer de cuisiner un bœuf bourguignon avec des carottes et
du lait. »
Sous les pavés, il y avait l’entreprise … Ce que mai 68 illustre avant tout, c'est la formidable
capacité du capitalisme à absorber sa contestation, à marchandiser son
opposition, et en dernière instance à se
nourrir des armes dirigées contre lui.
Pour approfondir ce sujet récurrent :
Ludivine Bantigny,
Mai 68, De grands soirs en
petits matins, Seuil
Régis
Debray,
Mai 68, une contre-révolution réussie, Fayard/Mille et une nuits
* * *
Difficultés d’un Basque du Sud, « Français de
cœur », pour se faire naturaliser.
On peut avoir des
papiers français tout en haïssant la France, qu'on soit « de souche »
ou « de papiers ». Attaché à la France, à sa langue, à sa culture, à
ses terroirs, à son histoire par des liens affectifs solides, mon collègue et ami de longue date a
demandé récemment à se faire naturaliser. Il estimait réunir toutes les
conditions pour devenir Français sans être né en France. On lui met toute sorte
de bâtons dans le roues … Test de langue, test d'histoire, enquête de voisinage,
tout bon. Mais pas suffisant pour les organes préfectoraux. Pour le moment, il
doit se contenter de rester Européen. C’est déjà ça. Européens, les Français,
les Espagnols, les Italiens, les Portugais le sont par définition, comme les
antilopes, les bovins ou les girafes sont ruminants. Nous appartenons à un
ensemble à l'origine ethniquement et culturellement plutôt homogène, constat qu'on
ne saurait faire pour des continents comme l'Afrique, l'Amérique ou l'Asie.
Cette relative homogénéité se voit doublement niée à coups de directives et
autres règlements contre les particularités (nationales) minoritaires et par la
remise en cause des spécificités qui fondent les états nation européens, déjà polyethniques,
mais qu’on voudrait dissoudre encore et pour toujours dans l’eau chaude de la
mondialisation.
Renversement des étals des
marchands du temple : la colère
Identifiée à un péché capital condamnable au même titre que la haine ou que
l’envie, je croyais la colère qui m’a longtemps envahi presque définitivement
calmée. Presque. Avant, je la ressentais comme une fureur première et atavique,
au fur et à mesure qu’elle fulminait ma tête, pareille à celle de Roland
déracinant tous les arbres de la forêt, dans l'Arioste. Mais, hélas, la colère
efficace, comme la grâce du même nom, possède une indéniable beauté. Celle de
faire rire, par exemple. "Attention, je peux faire rire !" s'exclamait Céline lorsqu’il
sentait dans l’air la menace d’une saloperie imméritée, à lui adressée. Et la
colère, même sans ressentiment et cantonnée à un acte de libération intime,
laisse des marques dans le corps… et dans la tête, accompagnée de l’impérieuse
nécessité d’y répondre. Surtout quand elle s’éveille devant une situation d’une
ignoble violence ou d’une stupidité sans limites. On en vient à se demander si
la plus efficace forme de réponse ne serait, justement, l’humour. Provoquer le
rire, qui contient déjà, le mot « ire » comme renforcé. Rien à voir
avec Homère ou Platon (leur θυμός / thymós !) ni avec la némésis
d’Aristote ou « juste colère » (νέμεσις ou Némesis, si nous l’associions à la déesse…) mais lente exploration dans les parages
de la hargne/rage accompagné de la rancœur et des encouragements de la plus
mauvaise humeur … On aura compris que je me sens infiniment plus proche de la
colère émotive et vociférante de Céline, de la gouaille manichéenne de Daudet (le gentil gros Léon, pas son papa, Alphonse) ou des tremblements de terre verbaux de
Bloy (encore un Léon = lion !) que de la sagesse calme de Montaigne, tout
maire de Bordeaux qu’il fût.
Appartenant au cercle de savoirs pontifiants (thèse, machins divers), il
m’a toujours été insupportable de réprimer un mouvement d’humeur quand une
manifestation de bêtise arrogante de la part des gens qui manifestement
usurpent ces savoirs ne se conforme pas aux règles de la sociabilité ordinaire
(exactitude, respect des autres lorsqu’on s’engage dans une
conversation ou un débat, dur labeur pour se documenter) : à lettré, lettré et demi. Réaction d’ailleurs
normale dans la confrérie professorale où il arrive souvent à l’érudit de
retrouver plus docte que lui avec l’impression inévitable de vivre dans un
monde de faux savants.
Écrire quelques lignes de temps en temps, pour mettre en pièces le souvenir
des crétins et des méchants qu’il m’a été donné de connaître. Plaisir décrire
sans obligation de publication et même renonçant presque complètement à cette
hypothèse, seulement au nom de ce qu’il peut rester en moi de fierté. Une
attente qui ne cherche pas à aboutir. Une sorte d’errance au fil des souvenirs.
* * *
Cenadores del Senado, carabiniers d’opéra comique ...
Uno no ha tenido suerte con los
senadores que el azar ha ido proponiéndole conocer a lo largo de su vida. El
primero, de origen castellano de padre, era un fulano de una remota tierra de
Galicia sin oficio ni beneficio en su avanzada madurez. El hombre, acérrimo
maoísta cristiano (!), modesto de alcances por no haber salido nunca de su
aldea ni hablar, aparte del galego y del limitado castellano paterno, lengua
alguna aun siendo doctor en no sé qué chorrada, estaba convencido de que España
– el Estado español – era una “cárcel de pueblos”, sin haber dado nunca alcance
geopolítico al término en singular, pues nunca había franqueado el Pirineo para
contrastar la cantinela. Vagas cosas de Lenin en edición de bolsillo, poster
del inevitable Che con chinchetas sobre el catre de la casa (digo, de la
“celda”). Al viajar a Madrid, ser traducido al idioma opresor y ver las orejas
ajenas con pinganillo, se cree
igoal
a Kissinger. Ahí sigue, alardeando de su incompetencia en todo, con un grueso
cartapacio en la mano que seguramente lleva lleno de folios en blanco, echando
de menos el bocadillo de choped que le llenaba la cartera de pequeño, antes de
ser estadista ...
* * *
Otro fue tiempos ha compañero de
oficio pocos años. Profesor de matemáticas. Siempre con las manos en los
bolsillos. Ni un libro, ni un apunte. En sus clases, los alumnos (machos) se
convertían en ciervos en berrea, no por instinto reproductivo sino por falta de
propuestas pedagógicas válidas, que
dirían un experto y una experta, desde una perspectiva de género. Las chicas,
más pragmáticas, se liaban un peta o jugaban a las cartas mientras sus
congéneres arrancaban un radiador o escupían por la ventana, previo sofoco de
la habitual gimnasia gutural, tan fatigosa. La convocatoria extraordinaria de
exámenes de septiembre le parecía una afrenta personal (“¿otra vez?”): no iba.
Nombrado director del centro, ejerció unos pocos meses y su partido
centenariamente honrado le propulsó alto inspector con rango de olentzero (joan zaigu). Desde el Senado
del Reino, ejerció la nadería como nadie, antes de partir raudo a una
jubilación y al justo olvido (administrativo y de los otros).
* * *
El tercer caso es posiblemente el
más mejor. Aupado al Senado por votos
de “la gente” empezó a nutrir de sandeces su muro en esa red propiedad de un
tío con cara de longaniza caducada, el tal Zuckerberg
. ¡Ahí, ahí! Fotos, mensajes, proclamas de rebelde con nómina senatorial. A diario.
A cada momento. A fuer de vasco en ejercicio, pero solidario, los mensajes se
enriquecen con plegarias del común (“¡tú si nos representas!”, “oso ondo!”) enalteciendo la labor del
tribuno que casi no se “apalpa” de contento. Y rebelde, rebelde como él solo:
inconformista y tal. Antifascista. Benito y su amorosa Clara se dejaron colgar
por los pinreles en la repisa de la gasolinera de Milán de puro miedo – por
anticipación – a nuestro senatore
banderizo. ¡Qué ejemplo para las posteridades! Pero, me digo yo, en mi
soliloquio, rebelde o no ¿un senador no es parte del tinglado? Si en las partes
rebeldes del cuerpo de uno entran desde
el ojete hasta las uñas de los pies y el vil bandullo, que bien requieren
gasto, cremas y afeites para el buen funcionamiento de la percha global, para
el funcionamiento de la Monarquía de las Autonomías, además de los pepés
gurtelianos, de los “honrados por antonomasia” y de los novísimos nuevos, ¿no
son necesarios estos tíos (y tías) que conducen y arropan – contra sueldo y
mercedes a porfía – a la manada del pueblo soberano en el transcurso del
encierro cotidiano de la vida? Juntos podríamos ¡ya lo creo! ... mandar a paseo
a tantos vendedores de lociones y crecepelos.
* * *
Elles s’étaient mises en
réputation dans le public par un verbiage spécieux soutenu d’un air imposant. Lesage (paraphrasé).
Voilà bientôt quatre ans que j’ai quitté les lieux si durement conquis de l’enseignement supérieur (?). Au hasard d'un clic pour une visite au mur d'un ami enseignant, je revois une vieille huile rance mais bien huilée, ressemblant comme deux gouttes d’eau
à une version moche de Rika Zaraï collée à sa cuvette de bidet. En compagnie d'une
collègue à elle, parfaite connasse prétentieuse, porteuse de fonds de tiroir et
de rogatons théoriques, qui ont répandu il y a longtemps une fausse rumeur selon laquelle cette conquête
se devait à mon appartenance à un soi-disant clan influent. Elles, dignes membres du
chenil de pavloviens habitués à baver leurs adulations et à japper leurs
enthousiasmes à la moindre crotte d’un membre distingué de leur abject requinat
… Mûr déjà, au moment de la « conquête », après plus de quinze ans de
bouteille à l'époque, ni l’encens ni l’insulte n’ayant plus guère d’importance, j’aurais
dû faire comme dans un défilé de condoléances quand on n’a pas grand-chose à
dire : s’incliner dignement et passer vite. Mais non : je croyais avec
ferveur à l’adjectif supérieur accolé
à « enseignement » comme à un postulat, à un article de foi.

* * *
Revue aussi, par la même occasion, sur fesse bouc, la
meilleure représentante en vue du requinat, ma Madame Pestefeu préférée, au
trombinoscope du sieur Zuckerberg : toujours là, comme le dinosaure de Monterroso.
Facétieusement habillée, ses fringues variolées faux jeune cachant à peine une
laideur maussade que des couches successives de maquillage ne font
qu’accentuer. À deux doigts de la retraite, sa vacuité mentale grassement
rémunérée continue à rependre la pestilence des charrettes de fumier qu’elle
confond avec des cours d’enseignement supérieur.
Ses traits, affichant le sourire, révèlent des vieilles grimaces de
voluptuosité périmée. Mythomane, presque toxicomane du mensonge, elle affiche
des études aux USA avec la cachotterie ajoutée de se prétendre célibataire, par
vice de forme. Sans le savoir, elle est depuis longtemps morte, incapable de
sauter à la corde de la vie autrement que – par tradition
d’imbécilité – quand elle tourne et retombe effilochée au rythme imposé par ses
complices, l’espèce odieuse et vile des collègues de corporation, pénible caste
effroyablement sonore écrasant toute possibilité de pensée …

* * *
De vagues traces de lui sur Internet. Quelques années à partager un bureau
étroit mais confortable, donnant sur la voie ferrée. Des confidences, des
milliers de cafés pour refaire ensemble le monde. Excellent gestionnaire au
secrétariat d’un département dont la tête d’un Baptistin Lachaud aurait été
peut-être préférable à celle du cyclothymique lustucru perpétuellement aigri
aux prétentions de gouverneur de Barataria qui détenait la direction. Des
années d’expérience politique directe (secrétaire d’État, des postes de
responsabilité au gouvernement autonome basque, etc.) l’avaient rendu sceptique
sur presque tout. Après son départ à la retraite, silence sur la ligne. Pas un
mot. Peut-être un choix de vie ? La tranquillité, mutisme et silence
absolus, sans devoir se dévorer le foie au quotidien en faisant face aux contingences
du petit-jeu universitaire ... À deux reprises, en presque dix ans ! il a pris
soin de détourner la tête pour éviter mon regard, sans me rendre un éventuel
bonjour que je n’aurais pas hésité à lui rendre quitte à lui adresser moi le
premier. Nez au sol, tête basse, on a passé chacun sa route loin des dangers de
l’évocation d’une soi-disant amitié entre nous.
* * *