Suite aux discussions
récentes avec des retraités (bien intentionnés !) en heureuse villégiature
turque, comme moi, ou aux partages de textes sur mon blog ou autres réseaux sociaux,
plusieurs remarques m’ont été faites. « Si jeune, déjà retraité ? » Comme
quoi, encore fringant et pétant la santé pour mes pores, je serais une espèce
de tire-au-flanc délestant avec délice les fonds du fisc par mon onéreuse retraite…
La plus
importante est aussi la plus récurrente : « Pourquoi ? ». « Et
ton expérience, t’en fais quoi ? ». « Qu’est-ce que tu cherches
au juste comme loisir, pour pas perdre du temps, comme manière d’occuper ton
temps libre, maintenant que tu n’as plus rien à faire sous les contraintes
diverses astreignant toujours des gens occupés ? ». « Tu as une riche
expérience, pourquoi partir si vite au lieu de permettre que d’autres en
profitent ? » Ce qui est le plus simple pour moi, c’est donc
d’expliquer simplement, d’abord, ce que je ne veux plus faire. J’ai quitté l’enseignement
supérieur et d’autres obligations liées à des affaires de la gestion
linguistique dans le domaine des relations internationales en mars 2015, après
de bien belles années à travailler avec des collègues professeurs francophones
de toute spécialité entre 2008 et 2014 sur les trois campus de mon
établissement, l’Université du Pays Basque / Euskal Herriko Unibertsitatea. Je
n’ai plus envie de maintenir une visibilité quelconque. Je ne veux plus
rajouter du bruit au bruit dans des projets en surchauffe permanente qui
n’aboutissent à rien généralement. Ou qui font semblant d’intéresser les
autorités les plus diverses et, après les laïus et les petits-fours lors d’une
présentation en société, soit restent en chantier sans rien donner d’autre
qu’une pâle brillance bien éphémère à quelques couches de bureaucrates
incrustés pour nourrir leur CV, soit se voient dépérir sur une voie de garage faute
de financement ou sont carrément boycottés pour d’obscures raisons qui m’ont
toujours échappé, n’entravant les intérêts plus ou moins légitimes des requins d’élevage
qui n’arrêtent pas d’évoluer derrière les vitres de l’aquarium. Je ne supporte
plus l’image que j’ai renvoyée, pendant de longues années, si j’en crois les
enquêtes de satisfaction après les prestations diverses qu’il m’a été donné
d’effectuer dans des contextes très variés. Travailleur infatigable et
enthousiaste, excellent collaborateur, « roi du dossier bien ficelé »
… Ouh là ! Et systématiquement pris pour un con aimant par principe être attelé
à quelque chose. Ça ne correspondait pas forcément à la réalité ni à ce que je
suis profondément.

J’ai pensé aussi
qu’il était largement temps de laisser la place et le bureau à des plus jeunes
que moi, qui ont sans doute tout le talent nécessaire. Je l’espère. Je sais
bien que ce n’est pas usuel dans nos parages où les départements sont monopolisés
par des irremplaçables et des nuisibles dont les ronds de serviettes sont parfois
aussi usés que les talents. Déjà, après avoir beaucoup “donné”, j’avais décidé,
pour ces raisons, dès novembre 2014, de quitter toutes mes responsabilités aussi
bien dans la gestion que dans l’enseignement pour partir à la retraite. De tout
cela, gestion devenue n‘importe quoi, enseignement sans but pratique dans un
département à la dérive jusqu’à la disparition malgré les bonnes dispositions
de son dernier directeur, je n’en avais plus envie. Et ce, dépassant d’une
année et demie la date qui m’avait déjà donné ce droit en 2013.
C’est plutôt dans
l’encadrement d’équipes de travail multidisciplinaires, dans l’élaboration de
stratégies d’apprentissage, dans la réflexion sur la production et la
fabrication de méthodes d’évaluation différente, de programmes novateurs, que
je pense avoir été utile et que j’ai eu l’impression d’être heureux. C’est là
l’essentiel. J’ajoute que je ne me sens nullement contraint de rester forcément
dans l’univers qui a été le mien pour trainer mon balluchon péniblement de
congrès en jury ou faire le raseur à côté d’autres dans des colloques/conférences
où la présidence en tête de table est plus fournie que le public assistant. Mon
expérience pourrait servir à quoi ou à qui que ce soit ? J’en doute fort. « L'expérience
est une lanterne qui n'éclaire que celui qui la porte. » A écrit Céline.
J’espère qu’ainsi grâce à lui, c’est plus clair…
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