Désillusion. Je pense que je ne saurai jamais chasser cette idée de mon esprit : écrire. Elle a été depuis trop longtemps de nature à saper tout ce que j’aurais pu entreprendre, dans le passé, ou que je pourrais encore essayer de construire, dans un avenir qui m’est déjà compté à rebours. Et automatiquement, comme une étincelle : à quoi bon ? Ça me dépasse. Tout bien pesé, le seul sujet sérieux que j’aimerais aborder serait celui d’écrire à la gloire d’une certaine lumière provenant de mes parents et que j’eus la chance, sûrement indue, de recevoir en partage. Du coup, dans une désormais longue vie, incroyablement abritée et chanceuse, c’est-à-dire, bien peu faite pour que l’on fondât sur elle des pensées dignes d’être couchées par écrit, à part ce projet-là, comment transmettre efficacement quelque chose qui vaudrait la peine pour illuminer d’autres vies… ? Cette action se situe au-delà de mes forces surtout quand je remémore une des plus belles réflexions de Paul Valéry : « Que de choses il faut ignorer pour agir ! »
***
Impuissance. Confinement à l’infini. Ambiance politique
propre d’Un jour sans fin avec des Bill Murray aux commandes
partout. Certes, les racines de la dégradation qui s’est déployée actuellement en
certains gouvernements européens du sud (France, Italie, Espagne) sont
profondes, et la victoire impunie des compromissions les plus laides qui
ressurgissent en livres, émissions, articles de presse depuis quelques temps tient
à d’autres raisons que je ne suis pas capable d’exposer en quelques lignes
au-delà de l’indignation. Que la corruption généralisée, droite et gauche
confondues, se soit ancrée avec une telle facilité au cœur du pouvoir n’est pas
anodin, mais bien probablement le symptôme le plus visible de cette voracité
délirante qui saisit cette part infime de la société qu’est la classe politique,
au moment même où les premiers signes de sa décadence commençaient à insupporter
les opinions publiques. Qu’en Espagne, les héritiers d’un des partis les plus pourris
et indécents de la classe politique après la disparition de l’Innommable, ait
été capable d’occuper aujourd’hui le pouvoir, fort de l’appui d’un éventail de partis
– je me demande que vient foutre le PNV dans cette cabine des frères Marx –
plus dégénérés les uns que les autres et historiquement responsables, ensemble,
des pires criminelles catastrophes, ne peut être considéré comme affaire du
hasard ou même du jeu démocratique avec ses alternances. Qu’un sinistre clan de
pitres, Iglesias et comparses, se soit trouvé – même si dans la campagne électorale cela avait été motif
de la plus vive inquiétude de la part de la même personne ayant facilité
quelques jours après son accès au gouvernement, effaçant par des accolades
truculentes et des baisers d’amoureux devant les caméras son présumé motif de cauchemar,
si dramatiquement dénoncé la veille – au cœur même de l’exécutif ne peut être
considéré comme une question circonstancielle comme ce fut le cas pour la Grèce
avec ses rigolos de Syriza, retournés à leur néant une fois remis en main
propre aux conservateurs les clés du pouvoir. Que l’on n’ait, par pur opportunisme,
fait aucun sort à l’exigence de placer à l’intérieur du conseil des ministres, à
la tête de l’État, un couple indescriptible de bouffons mariés dont les
compétences se sont avérées plus que nulles au moment de devoir faire face à la
pandémie, en une escalade de mystifications stupides ne promettant que dévastation,
ruine et chômage est à inscrire dans une même perspective de destruction programmée
de nos vieux pays, actuellement produits en solde. La propulsion de pilleurs de
cadavres en les plus sales magouilles où se joue comme jamais avant la santé collective
(masques, vaccins : subventions à perte de vue !), de conseillers
mercenaires sans idéologie aucune, d’avocats ayant fait leur sel de la lie de
la société, de journalistes par terre toujours prêts à la fellation déguisée en
pratique rebelle, d’un ancien juge devenu ministre de l’intérieur qui, après
avoir toute sa carrière combattu les mafieux du terrorisme basque, les cajole
par des mesures d’allégement de leur incarcération et laisse faire en même
temps l’indescriptible troupe des séparatistes catalans en duo avec une
procureure générale au langage ordurier, extrêmement douée pour l’intrigue et les
tripotages en coulisse, de jeunes opportunistes devenus ministres de rien, de
porte-paroles stupides et de toute une constellation d’autres succubes
médiatiques agressifs et menteurs… nous enserre dans l’impuissance et nous rend
sordidement stériles face aux défis de l’avenir et dans nos rapports sociaux de
chaque jour. Cette népotisation systématique du pouvoir et l’arrogance corruptrice
qui s’y est logée devront être traitées comme les fruits palpables d’un vaste mouvement
mondial dont la critique sera réservée aux fins penseurs d’un temps à venir,
peut-être plus propice que l’actuel.
***
Temps morose. Le
voisin en télétravail qui nous a fait chier quelques jours d’affilée par ses
cours tonitruants sur la terrasse, reparti à Madrid ! Je replonge dans la
triple biographie (Otto Rühle, Anton Pannekoek, Karl Korsh) exécutée à
conscience par Paul Mattick dont je reconsulte quelques passages d’un autre
classique retrouvé par hasard : Marxisme, dernier refuge de la bourgeoisie ? Perdu (déménagement, prêté et jamais rendu ?)
sans espoir de récupération l’utile 10/18 qu’on peut néanmoins se procurer en ligne…
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