
Fables qu’on se raconte à la retraite : relevé de compte, crédit, débit ? J’ai toujours voulu être prof. Je n'ai jamais eu
l'ambition de paraître, la coquetterie d’être socialement
quelqu’un, de réussir, fût-ce grâce à la politique ou aux fameuses quatre qualités pour
faire des affaires que je n’ai jamais eues. Pour moi l'enseignement a été une
vraie consécration, un métier suffisamment engagé / enragé. Cela m'a encouragé à
toujours travailler pour m'y consacrer de mon mieux et, en ce moment, déjà à la
retraite depuis quelques années, je le regarde avec une nostalgie partiellement
déçue : je n’ai plus pour objectif le vertige de continuer à enseigner… Le socle de ce que pourrait bien
être une certaine bonne réussite dans ma carrière professionnelle a été basé
sur les sondages auprès de mes étudiants ou des stagiaires auxquels j'ai donné des
formations. Toujours de bons résultats professionnels, de très bons même. Je
garde soigneusement sous PDF ces enquêtes de fin de trimestre ou de stage,
comme autant de témoignages de reconnaissance pour lesquels cela a valu la
peine de travailler. Ils n'ont pas été favorables par hasard car ils se
répètent année après année… J’aurais voulu laisser une certaine mémoire auprès
des gens devant lesquels il m’a été donné d’enseigner, d’apprendre, de partager
ce que je croyais savoir. De léguer quelque chose à ceux qui prennent ce métier
au sérieux au-delà de l’envie des récompenses publiques : palmes, légions
et autres colifichets... Vous en avez été bénéficiaire ? Grand bien vous fasse,
félicitations ! Ça sert à quoi,
tous ces machins ? Apportent-ils au moins une bonne dotation financière,
se questionnent à juste titre les plus malins ? Et, si on veut de l'argent,
ne vaudrait-il pas mieux se renseigner sur la construction ? On n'a jamais
connu un moyen plus difficile de gagner de l'argent que celui d'enseigner…
Cette ambition poussive de se démarquer des autres ! Je n’ai pas aimé,
normalement, me comparer à d'autres collègues. Mes défaites ou mes victoires ont
eu lieu seul. Peut-être que les sentiments les plus férocement hostiles que
j'aie jamais conçus auront été dirigés contre deux professeures du département de
ma fac de lettres, très organisées dans leurs entreprises d’auto-célébration – d’un incroyable niveau de pétasserie – que je trouvais –
et je n’étais pas le seul ! – particulièrement exécrables et dont une insupportable
couche d’autosuffisance que rien ne venait justifier me soulevait le cœur rien
qu’à les croiser dans les couloirs. C’en était assez : je les convertis en
objets d’une haine durable, avec une répugnance mêlée de profond dégoût qui
dure jusqu’à aujourd’hui... Si quelqu’un pouvait me prendre par la main et
m’éloigner de moi-même !
***




La Familia de plus en plus
grande. Cette affaire d’inceste est la dernière facture que les enfants de Mai 68
adressent à leurs parents. Dans cette lutte, la gauche intersectionnelle
a eu la peau de la gauche caviar. Camille Kouchner et sa familia
grande est l’arbre qui cache une forêt d’enfants blessés : Camille de
Toledo (Alexis Mital), fils et petit-fils de patron de gauche, récure papa (patron de Danone) et maman (rédactrice en chef du Nouvel Obs) dans Thésée,
sa vie nouvelle ; Virginie Linhart crucifie sa mère militante MLF dans
L’effet maternel ; Raphaël Enthoven éparpille son père façon puzzle
dans
Le temps gagné ; Laurence Debray déboulonne la statue de Régis
dans
Fille de révolutionnaire ; Mao (!) Peninou, dans un documentaire
(68, mes parents et moi), date son
homosexualité du jour où, petit garçon, il a été terrorisé par les amies
militantes MLF de sa mère, vantant les mérites de l’émasculation devant lui.Tout le monde était au
courant mais personne ne mouftait ! Et la censure n’existe plus depuis longtemps !

On
pense au propos de Léautaud dans ses Entretiens avec Robert Mallet, où
ce qui touche à la famille, au sexe, à l’homosexualité, à l’armée, à la patrie
et aux comportements des gens de lettres à la Libération avait été victime de
la censure, ouverte et sans fard, de l’époque. Mallet et lui avaient dû revenir
enregistrer certains passages pour les rendre conformes à ce que la radio
tolérait. Ainsi, Léautaud notait le deux novembre mil neuf cent cinquante dans
son Journal littéraire, à propos de la scène, racontée par lui, où son
père couche avec sa mère et sa tante dans le même lit : « Le directeur de
la radio a jugé qu’on ne pouvait offrir un pareil sujet aux familles, les
familles dans la plupart desquelles il s’en passe bien d’autres. » Les Entretiens
ont été publiés, sans censurer, par le Mercure de France en 1951.
***
Bientôt 14 mois de bonheur. Depuis le 8 janvier 2020, les éructations, les bruits de lavements, de
conduites et d’égouts se sont peu à peu imposés à nos oreilles, alors que les
flonflons des rengaines bolivariano-podémites devenaient de plus en plus
audibles. Car c’est bien le 8 janvier 2020 qu’avec effroi les Espagnols ont entendu
battre la porte de leurs cabinets, les terrifiantes rumeurs sortant des
cuvettes, sous le battement lancinant des lunettes et le cliquetis des chasses. Une pitoyable coalition socialo-chavézienne ressortait des fosses de l’Histoire pour se
répandre dans une insoutenable puanteur sur tout notre pays. Ce fut juste le
temps d’avant la pandémie et des helminthes triomphants, des ascaris couronnés,
des cestodes exultants et des oxyures ébahis avaient
repris le pouvoir… Leur première urgence fut d’éjecter la momie naphtalinée du vieux
cadavre de Franco du mausolée de Cuelgamuros, Valle de los Caídos, près de
Madrid, pour la simple raison que sa mémoire indisposait leur pimpante coalition
au pouvoir. Audace que n’avait même pas osée un Felipe Gonzalez lorsqu’il est arrivé
au gouvernement en 82. C'est dire. V’là donc une mesure courageuse ! Les fanas médiatiques de
la mémoire démocratique s’en sont réjouis ! Même en France, s’il
vous plaît, une certaine floraison moisie de fervents insoumis de la retirada a
tressauté de joie médiatique… Là, très peu de mémoire des séides justiciers qui ont animé les maquis de la 25e heure, modérément
harceleurs des Chleus sauf lorsqu’ils pouvaient en choper un sans risque, mais
beaucoup fait dans la redistribution des richesses à l’usage exclusif des libérateurs.
On pourra noter qu’ils ont aussi appliqué la plus juste des justices, inclusive
justice avant la lettre, vraie à cent pour cent et sans modération,
toujours à l’usage exclusif des vaincus et des femmes des vaincus héroïquement
tondues et traînées nues dans les rues pour l’exemple, une fois que l’ennemi
était loin. La somme de dévastations, d’horreurs et de souffrances subies par
le peuple espagnol en guerre, en rien différente (à cette différence près que
la loi des vainqueurs ne désigne et punit que les crimes des vaincus et passe
ceux des vainqueurs à la trappe) de celle subie par l’ensemble de l’Europe immédiatement
plus tard et décrites, explorées, analysées aussi bien l’une que l’autre jusqu’au moindre détail dans des millions de thèses, de mémoires, de livres, d'articles, de films, de témoignages, risquait d’être oubliée sans l’effort inestimable de nos superhéros
justiciers au parlement… Il fallait bien que quelqu’un de courageux nous
rappelle qu’il n’y avait que des anges d’un côté et des démons de l’autre… Les professionnels de la magouille qui nous
gouvernent ne supportent plus le moindre obstacle sur leur parcours de folie reconstructrice.
***
 |
Pau Rivadulla " la voix de la classe ouvrière " (défense de rire !) |
Elle sait rire, la classe ouvrière ! L’histoire retiendra que cracher à la figure d’un débile artiste-rappeur de son état, fils d’un riche industriel catalan et petit-fils d’un lieutenant colonel franquiste réprimeur des maquis pyrénéens, convenablement présenté sous les
projecteurs de nombreux médias de grand chemin comme un héros de la liberté
d’expression, vous expose non seulement à une réputation plus que négative (méchant croque-mitaine fasciste !) mais
également aux poursuites et incriminations les plus extrêmes, tandis que
revendiquer en gueulant de travers comme ce rappeur de métier l’assassinat, le plastiquage et le
massacre de tout ce qui bouge devrait vous donner automatiquement le droit à l’impunité
voire la sympathie des vrais démocrates. Comprenne qui pourra… à moins que ce
ne soit que trop facile à comprendre. Par un curieux retournement historique, pour
les chavéziens espingouins, la démocratie ne peut pas exister sans leur approbation
et supervision, cela implique donc d’écarter complètement leurs contradicteurs de
la sphère publique et politique pour la faire fonctionner pleinement. Vu leur
capacité pour imposer leurs vues à une social-démocratie idéologiquement moribonde, provisoirement son associée, ils réussiront sans trop de problème. Leur
logique est imparable et l’histoire a démontré qu’ils ne reculent devant rien. Et, c'est pas papa qui va casquer pour les dégâts, dégradations et victimes résultant de l'enthousiasme de ses fans attroupés un peu partout... Que nenni ! On n'est pas la voix de la classe ouvrière rappeuse pour rien !
***
Je lis de façon originale en ce moment : chaque jour je
commence un livre nouveau, que je ne termine pas, et passe au suivant… L’ennui
est trop souvent au rendez-vous !
***
Paraboles

Présence
indélébile des paraboles : Luc, 6, 41-45 – Matthieu 7, 3-5. « Pourquoi
vois-tu la paille qui est dans l’œil de ton frère, et n'aperçois-tu pas la
poutre qui est dans ton œil ? Ou comment peux-tu dire à ton frère :
Laisse-moi ôter une paille de ton œil, toi qui as une poutre dans le
tien ? Hypocrite, ôte premièrement la poutre de ton œil, et alors tu
verras comment ôter la paille de l’œil de ton frère. » La lecture de
certains touito-gazouillis complètement stupides ou insultants à propos de tout et de rien, me confirme
dans mon attitude vis-à-vis de ce machin ou de Facebook – même foire aux
cons ! – à savoir de n’y exprimer mes opinions qu’à des amis triés sur le
volet selon des critères bien précis comme leur sens de l’humour, par exemple, leurs
opinions politiques désabusées, proches ou non des miennes, compatibles ou pas
forcément avec elles mais laissant voir une capacité à s’exprimer en bon français
ou espagnol, ou basque, peu importe… Et surtout des personnes ayant
suffisamment de recul critique pour ne pas s’engager dans des polémiques sans
fondement autre que l’hypocrisie et aussi vaines que violentes. Moyennant quoi on peut passer d’agréables
moments à fréquenter ces foutus rezossossios. De toute façon, c’est ou
se taire ou bien courir un risque, dans mon cas ce risque semble encore bien
minime, mais qui sait ce qui peut arriver… ? Les maîtres-de-tout veillent
au grain partout.
***
 |
@ Christian Houge |
Nous nous éteindrons nous-mêmes. Avoir des qualités ne suffit pas. Pour satisfaire la vanité bourgeoise
d’être quelqu’un, à moins d’un miracle, il vaut mieux, au départ, appartenir à
un clan, s’inscrire dans une filière, s’aligner à quelque parti que ce soit
pour mettre en valeur des capacités – souvent ataviques – à courber l’échine…
faute de quoi on se verra toujours fatalement éloigné de toute espèce de dispensateurs
de planques, de couronnement socialement rentable. Pas étonnant, à ce
moment-là, de voir des girouettes politiques, médiatiques, universitaires, publicitaires,
du monde de la gastronomie ou du cosmos de la finance qui s’intitulent elles-mêmes
importantes pointer toujours leur nez dans la direction d’où vient le vent.
Elles n’ont pour la plupart rien anticipé, rien prévu, rien apporté, rien foutu…
mais elles règnent sur les esprits par le contrôle absolu de l’école, la
communication, la publicité, le cinéma, les postes de direction… autant de
bénédictions du vrai pouvoir. Ça peut basculer au fil des ans et sans décence
du conservatisme obscène à une sorte de gauchisme vague et veule, niais et
débectant mais toute remise en cause, toute critique sérieuse est immédiatement
étouffée ou frappée d’opprobre sans le moindre examen et dans l’apathie
générale. Abandon, déni, rejet de tout ce qui nous a fait ce que nous sommes
devenus au bénéfice d’une tabula rasa offrant par seule et unique
pitance des mots creux, des abstractions grotesques et vides que tout le monde
croit comprendre, à la sauce d’une démagogie crétinisante… Il vaut mieux donc
se vouer à la solitude et demeurer ignoré du grand nombre puisqu’on ne peut pas
échapper à cette société toujours gavée de mensonges et jamais fatiguée de
prendre des vessies pour des lanternes, épuisée et vautrée dans le culte
imbécile de ce que ne pourra que la détruire.
***
Signatures. Manifestes. Quelle caution morale attendre d’un écrivain ?
Normalement, énorme distance, véritable fossé entre la lucidité d’une écriture –
quand c’est le cas – et l’exaltation d’un comportement citoyen difficile à partager
car inexplicable. Si déjà pour des intellectuels comme Sartre,
malfaisant rêvant du bonheur du peuple à coups de matraque que prodiguaient les
utopies égalitaires et ruineuses alors qu’il savait très bien ce que cela
signifiait, une des pires enflures du vingtième siècle (« un
anti-communiste est un chien »), aveuglé sans discontinuité devant les
massacres jusqu’au moment où cela devenait tellement indécent qu’il fallait
rapidement coiffer une casquette humanitaire, la question était délicate,
que pourrait-on espérer des plumitifs torche-culs qui n’ont jamais fait que le
jeu du mou progressisme professionnel, leur seul évangile, portant toujours une
haine hystérique à cette nébuleuse appelée « la droite » ?
Empêtrés dans le culte archi-usé, dans la mythologie imbécile de « les-soussignés-exigent »,
ils sont incapables de voir à quel point de tels discours peuvent inspirer un
ennui accablant.
***
Mémoire démocratique. Il y en a toujours de plus en plus des narrateurs pour souligner l’héroïsme qu’il y a eu à flinguer dans le dos un policier ou un conseiller municipal isolé à un coin de rue ou de plastiquer une caserne ou un supermarché et de se
tirer vite fait tout en sachant, sans le plus léger trouble, qu’une inévitable répression
tombera immanquablement sur la population, au risque pour certains d’y laisser
leur peau. Et des hommages aux ordures qui se vantent sans état d'âme d’avoir commis pareilles
prouesses sont toujours d'actualité. Du respect. C'est la moindre des choses. Pour ceux qui se pavaneront le cœur tranquille dans leur
infamie, l’âme en paix et la reconnaissance de certains charognards qui
parasitent le marigot politique avec leur monopole du récit des faits. Ah, le récit ! Hannah Arendt notait que c’est bien par le récit qui en est fait
rétrospectivement qu’émerge pleinement le sens de ce qui a été vécu et que la
vie acquiert sa forme d’aventure, de succession d’événements imprévisibles. Ce récit n'est possible que s'il apporte compréhension et réconciliation avec le passé, et Hannah
Arendt suggérait même que c'est lui qui délivrera le jugement dernier. Autrement, pas de récit mais des histoires à dormir debout...
***
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire