Vilem Reichmann Douleur et compassion
Si vous êtes unijambiste (confiné), évitez le funambulisme (vanité du gouvernant) !
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Deux citations pour le prix d’une, d’un classique bien bourgeois :
« Les sots vont loin quelquefois, surtout quand le fanatisme se joint à l’ineptie, et à l’ineptie l’esprit de vengeance »
Voltaire, Dictionnaire philosophique.
« … la barbarie, devenue plus insolente par notre silence, égorgera demain qui elle le voudra juridiquement … »
Voltaire, lettre à d’Alembert, 18 juillet 1766
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Il est dans l’ADN du conformiste de proximité, selon l’hideux mot à la mode, de garder le silence sur les sujets qui fâchent et de jeter hors de sa conversation les interlocuteurs qui fâchent davantage. Gouvernants au-dessous de tout, incompétents, crétins gonflés du néo-gauchisme juste bon pour l’autopromotion éhontée ? Pas de moyens pour la santé, pour le commerce, pour les gens ruinés, pour les jeunes ? Dehors, le facho, le conspiro-paranoïaque, l’empêcheur de tourner en rond !
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Proust considère la bonté comme l’intelligence véritable. La seule, par la grâce de la vertu d’empathie, capable de délier l’imagination et de la permettre de tout étreindre. Capable de transformer le cosmos en spectacle de bonté où peut avoir lieu le dialogue du pécheur Claudel avec le réprouvé Rimbaud… Chacun d’eux, en dépit de leur nature humaine, donc imparfaite, sait s’élever au-dessus de leur condition au-delà de ce que la société de leur époque aimait déjà auréoler de vertu, exactement aux antipodes de la bonté. La bonté aujourd’hui ? Qui la reconnaîtrait comme un fruit de l’Esprit qu’on n’obtient qu’au combat permanent contre soi-même ? Qui serait en ce moment prêt à combattre quoi que ce soit ? Du combat avec l’ange, Jacob est revenu victorieux mais boiteux…
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Je semblais avoir été fait pour devenir un garçon de ferme et gagner ma vie dans la bouse. Mes parents me l’ont évité. Ils m’ont facilité la prise d’un ascenseur social durement accessible, inabordable pour eux, tout juste travailleurs dans un milieu, comme partout, peuplé de squales. Je suis né après la mort d’un enfant de quatre ans, qui m’avait précédé, et de deux autres plus petits dont mon père et ma mère ont gardé une mémoire douloureuse et discrète. Avec moi, ils ont tout fait pour m’épargner la marque du sceau de l’enfant de remplacement ou de la condition de victime de la pauvreté ou de je ne sais quelle pleurnicherie encore. Discours dont raffolent les bourgeois plutôt nés une cuillère dans la bouche ! Tous les enfants devraient pouvoir dire à leurs parents ce qu’Anna de Noailles écrivait à sa mère : « Je suis née tout entière du bois de ton piano ». Le lien parents-enfant ne se résume aux mots de la bave freudienne. Amour et tragédie peuvent exister ensemble au cours d’une vie. Avant de mettre bas parce que l’horloge biologique ou je ne sais quelle fadaise lue dans un journal vous tourmente, avant que d’enfanter, d’adopter, d’acheter un jouet-bébé, homoncules de tous les genres ou transgenres ou mixtes, on devrait se demander si on pourra à perpétuité aimer pour de vrai le fruit de ces lubies à la mode et, en ce cas seulement, se reproduire, adopter, se faire cloner (en moins cons), etc. En cas contraire, sauvez la planète, la couche d’ozone et le bonheur animal et regardez-vous vieillir, seuls, en couple ou en groupe. Agissez à votre guise mais arrêtez de la remplir d’enfants malheureux qui devraient attendre tout de vous et que non seulement vous décevrez mais que vous conduirez au malheur, par vos soins précieusement préparé.
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Paraphrasant Cioran, au bout d’un certain temps, un certain nombre de ceux qui m’ont trouvé à un moment donné quelque mérite ont fini par se détourner de moi. J’ai perdu de la sorte une certaine quantité de mes amis, si tant est que j'en aie jamais eu un seul. Si le sage roumain semblait « avoir inspiré la déception », je préfère quant à moi, me leurrer de l’espérance d’avoir inspiré la proximité chez quelques bons.
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Premier brouillon – écarté, par inutile – pour un message de vœux cette terrible année 2020, juste au moment où un gouvernement de pignoufs à la tête de l’État espagnol (monarchie pourrie qu’ils ont soigneusement édifiée pour croquer à pleines dents des millions d’argent public) refuse à la langue espagnole son caractère de langue véhiculaire…
Hermanos, los que estáis en lejanía
tras las aguas inmensas, los cercanos
de mi España natal, todos hermanos
los que habláis esta lengua que es la mía.
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Textes finalement adoptés, avec une légère modification dans Et le peuple qui tremble aux frayeurs de la guerre remplacé par Et le peuple qui tremble au virus délétère, idéal pour l’occasion…
La moisson de nos champs lassera les faucilles,
Et les fruits passeront la promesse des fleurs.
François de Malherbe, Stances
Les veilles cesseront au sommet de nos tours,
Le fer mieux employé cultivera la terre,
Et le peuple qui tremble aux frayeurs de la guerre,
Si ce n'est pour danser, n'aura plus de tambours.
François de Malherbe
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« Le mal et la bassesse sont la seule transcendance qui puisse, à la rigueur, éveiller un monde assez oublieux des hiérarchies pour se faire raison de son ignominie et la résorber dans la nature ». Pierre Boutang, Les Abeilles de Delphes (relecture confinée, avec l’extraordinaire La source sacrée, du même auteur)
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Squatteurs d’État et squatteurs de quartier …
Le squat est à la mode en ce moment. Normal. Cela fait aussi plus de 70 ans qu’un État larmoyant et impudent se permet de squatter, de spolier, de voler, d’emprisonner et d’assassiner des autochtones de la terre de Palestine. Sur une musique de fond à base de délires racialistes et de l’apartheid le plus éhonté, on a assisté à l’installation de colonies de provocateurs défiant l’entendement et à l’utilisation d’une force disproportionnée – incluant des bombes au phosphore contre des femmes et des enfants en dépit des lois internationales les interdisant – sans la moindre réaction efficace de cette plaisanterie appelée communauté internationale. En toute impunité. Et grâce encore et toujours au même chantage ignoble qui leur permet de se goinfrer de milliers de milliards de dollars au titre de réparations pour des victimes souvent problématiques (cf. l’honnête intellectuel Norman Finkelstein et son travail classique sur l’industrie de l’holocauste). Et vous voulez sévir contre les squatters de cité ou de locaux inoccupés ?
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Plus les mois passent, plus la nouvelle (?) gauche me gonfle. Déconnectée de ce qu’on appelait le peuple, donc, de son univers de base, yankeesée jusqu’au tréfonds elle ne représente plus l’avenir et d’ailleurs elle n’a rien à proposer à part une caricature de l’immonde clan mafieux au pouvoir au Venezuela.
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A presque 70 piges, j’ai vu d'assez près la vie politique pour savoir qu'il existe un degré de puissance où le politicien le plus infâme se trouve protégé contre lui-même par ses propres infâmies grâce à l’ignoble ignorance de ses électeurs. Et, à plus forte raison, protégé contre les autres par les infamies des autres. Dans le marécage politique, Il n'est qu'une chose irréparable : être honnête.
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« Les mêmes qui pleurent le maïs modifié marient l’homme avec l’homme, la femme avec la femme, veulent donner à l’enfant des parents du même sexe, accepter que le fœtus soit créé ici, porté là-bas, nourri ailleurs, qu’il naisse en pipette ou qu’il soit introduit dans l’utérus d’une vieille folle qui veut encore sentir son ventre, tout cela n’a pas d’importance. Mais que personne ne touche aux légumes ! » Pasquin, L’Homme Nouveau
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« ... au tournant du troisième millénaire, la permanence du corps accordée sans condition à chacun des quatre-vingts milliards qui nous ont précédés n’est déjà plus absolument garantie à ceux qui vont venir. Non pas que la sélection naturelle soit en passe de fomenter quelque nouvelle forme d’humanité. Mais plutôt qu’un autre mode de sélection est en train de se mettre en place : une sélection artificielle, erratique mais voulue, commandée mais aveugle, promue par ceux qui étaient, au même titre que les autres espèces, les objets passifs de cette sélection, les hommes eux-mêmes. Tu lis ces dépêches qui relatent comment l’homme apprend, chaque jour un peu mieux, à intégrer dans le germen, le patrimoine génétique de telle espèce, des traits importés de n’importe quelle autre. Tu suis les progrès de ce thaumaturge. Il devient capable de provoquer des mutations artificielles qui retirent au monde du vivant son naturel, sa nécessité, son évidence et son inéluctabilité. Elles rendent ce monde chaque jour un peu plus surnaturel et beaucoup plus baroque qu’il était déjà. Tu sais tout de ces maïs qui résistent désormais aux herbicides en intégrant une hormone humaine, de ces porcs qui produisent des organes vitaux humanisés, cultivés pour nous être bientôt greffés, de ces étranges souris qui exhibent une grande oreille humaine sur leur dos, de ces veaux-usines qui produisent de l’insuline ou d’autres substances organiques utilisées ensuite dans l’industrie médicale, alimentaire, chimique… Tu visites le monde comme une salle d’exposition qui s’accroît chaque jour de produits vivants inventés par des créateurs géniaux, par des esthètes suspects, par des commerçants sans scrupule, par des médecins fous, par des mages douteux prêts à remédier à l’imperfection humaine… C’est Florence au réel, une étrange Renaissance éclatée aux quatre coins du monde où le vivant renaît selon d’autres lois. Une nouvelle genèse. Nous sommes entrés dans un fabuleux bricolage des formes et des conditions du vivant, tellement incontrôlé que nul ne saurait, ne fût-ce qu’à moyen terme, anticiper les effets locaux et encore moins globaux. Mais puisque l’homme altère tout, pourquoi n’altérerait-il pas l’homme ? »
Dany-Robert Dufour, Lettres sur la nature humaine à l’usage des survivants
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J’ai remis l’autre jour la chanson Hasta siempre par l’inusable Carlos Puebla (Youtube). Le temps ne passe pas. Chaque fois que j’entends cette chanson, dont la musiquette n’est pas désagréable je suis frappé de son caractère foncièrement religieux. Elle est toujours très populaire vouant à l’idole castriste, icônifiée à travers le vaste monde jusqu’à la nausée, un culte doucereux surtout dans son refrain qui n’arrête d’envoyer un message de satiété au cerveau : « Ici demeure la claire / La chaleureuse transparence / De ta précieuse présence / commandant Machin… »). Il m’en reste toujours une nostalgie mêlée de gêne au souvenir que moi aussi, dans ma jeunesse, mouton ignare parmi les moutons ignares, j’ai fredonné ces âneries-là...
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La croyance selon laquelle l’altérité homme/femme se réduit à une construction sociale n’est qu’une une formule dogmatique basée sur des stéréotypes idéologiques sans fondement scientifique aucun.
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Même dans les expériences communistes les plus acharnées, aucun régime n’a jamais poussé l’égalitarisme au point d’abolir le clivage entre ceux qui bossent et ceux qui contrôlent ceux qui bossent. Aucune société n’y parviendra jamais. Il y a là une sorte de malédiction, dont il faut s’accommoder. Cela dit, l’inégalité n’est pas nécessairement tyrannie, les rapports de hiérarchie ne sont pas forcément injustes ou source de discorde.
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Émérite, drôle de titre académique pour des retraités entourés d’une cour d’obligés reconnaissants ! / Emérito ¡vaya titulito académico para jubilados con corte de agradecidos ! (Gregorio Morán)
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